La situation actuelle est assez claire.

Aujourd’hui il y a deux écologies, deux écologies incompatibles. L’une, partant du sensible, entend libérer la Terre de sa dévoration capitaliste. L’autre écologie, gouvernementale, se veut le fer de lance de nouvelles formes de contrôle social et poursuit l’accélération de la catastrophe sous toutes ses formes. C’est un fait, les techniques de management mises au point dans l’univers de l’entreprise dans les années 80 sont aujourd’hui complètement intégrées à cette écologie du pouvoir. Avec une recette simple : responsabiliser le citoyen dans ses choix de consommateurs conscient et écolo mais déresponsabiliser les grandes entreprises pour qu’elles puissent continuer à polluer sans crainte de représailles. La tentative du gouvernement Macron d’imposer la taxe carbone rentre complètement dans cette perspective managériale. Faire payer au citoyen le prix du ravage en cours tout en laissant les grandes entreprises s’enrichir sur ce même ravage, en constitue l’opération politique essentielle.

Le discours de Macron du 27 novembre 2018 sur le PPE – Plan Pluriannuel sur l’Energie – (précisément 10 jours après le début des GJ) a bien confirmé cette stratégie qui est celle de la transition écologique telle qu’elle a été pondue par le Ministère. Transition qui, faut-il le rappeler, a constitué un des 4 piliers du grand blabla et qui est revenue très fréquemment dans les débats. Pour Macron, il s’agit à l’horizon 2030 de multiplier la production énergétique issue des énergies renouvelables, de développer la voiture électrique, et de ne pas remettre en cause le nucléaire dans ce mix énergétique soit disant « décarbonné ». Il s’agit aussi, selon ce plan, de continuer à développer les interconnexion THT dans toute l’Europe. Des mesures qui de toute évidence ne remettent pas en cause le système actuel d’extraction des ressources planétaires mais l’accélère de façon criminelle.

Tout en travaillant avec des ONG écolo réformistes et autres hubs de « transitioneurs », ce gouvernement a su faire de la question écologique un dispositif de contre insurrection en délégitimant toute contestation trop radicale de l’ordre nécro-libéral. La création en janvier 2019 des « gilets citoyens » – quelle blague ! – à l’initiative de figures « green tech » comme Cyril Dion et Marion Cotillard et tout un tas de « connecteurs citoyens » politicards, aura servi cyniquement à aider l’organisation de la « transparence démocratique » dans le grand débat orchestré par Macron. Au final, aucune décision n’a été prise qui irait dans le sens d’un engagement sérieux pour « changer le système, pas le climat », comme toutes les associations le demandent. Bien au contraire, le gouvernement Macron a donné un blanc seing aux entreprises pour continuer à contaminer le monde (fossile, nucléaire, glyphosate). Cette clique de technocrates branchés a su mettre autour de la table tout ce que le pays contient des débris moribonds de la gauche et des alternatifs pour en faire une bouillie « macron compatible » servie à la louche aux médias dominants : make our planet great again, blablabla. Après la démission de Hulot, puis de de Rugy (mis hors jeu par son train de vie scandaleux), on se demande bien quel tartuffe ils trouveront pour venir professer le mensonge de cette écologie là. Du côté de la rue, la seule réponse à celles et ceux qui ont tenté de bloquer le cours normal des circulations de marchandises, des dépôts de carburants, des plates-formes logistiques, des institutions capitalistes, fut celle des gardes à vue par milliers, des blessés en série, des gazés, des morts.

Dans son offensive de com, Macron a fait apparaître petit à petit dans ses discours l’idée nouvelle « d’écologie industrielle ». Une industrie qui deviendrait l’écosystème lui-même. Il faut savoir que le terme « écologie industrielle » date de 1989 dans un article d’un certain Frosch (qui travaillait à la Nasa puis pour General Motors). Frosch posait le problème du recyclage des plastiques et des métaux comme une nouvelle opportunité pour d’autres industries d’utiliser ces matières dans leur propre chaîne de production. L’exemple classique aujourd’hui est celui du parc industriel de Kalundborg au Danemark où industrie pétrolière, électrique, chimique, pharmaceutique fonctionnent ensemble…. Très écolo n’est-ce pas !? En prétendant mimer les écosystèmes naturels, cette écologie industrielle ne veut pas seulement s’affranchir d’une nature par trop chaotique, mais tente bien de rendre le système autosuffisant et infini, peu importe les limites de la Terre. Les fonds marin, Mars ou des astéroïdes fourniront bientôt les nouvelles matières premières de nos « écosystèmes industriels résilients ». A un détail près … c’est que cette planète sera alors absolument inhabitable.

Ce qui nous occupe à l’Amassada, dans la lutte contre un des nœuds de cette écologie industrielle avec le méga transfo RTE-EDF (et toute une région bientôt transformée en parc à « énergie positive ») est bien de problématiser ce conflit entre les deux écologies. Et donc de problématiser notre rapport au monde. A son habitabilité. Car il se pourrait bien que le management par la transition soit la deuxième vague de neutralisation des mouvements écologistes en cours (la première ayant eu lieu en Allemagne dans les années 90 par l’alliance socio-démocrate-verts pour le « tournant énergétique »). Et que cette neutralisation entame encore plus les forces pouvant s’allier contre ce système funeste. Un système qui a su faire gober comme une « innovation » une vieille idéologie congénitale à tous les pouvoirs en crise : « la transition pour que rien ne change ». La gestion de la crise environnementale par le gouvernement actuel tient uniquement dans la production massive du discours standardisé mais rassurant de la « transition », rien de plus qu’un ersatz de rêve collectif administré à la frange de la population qui voudrait bien rester fidèle à ce système. Par contre, face aux nouvelles formes de luttes et d’actions politiques plus ingouvernables et territorialisées (ZAD, Gilets Jaunes, Exctinction Rebellion, Jeunesse pour le climat), face à ceux qui refuseraient ce « rêve collectif », le gouvernement a bien montré qu’il emploiera toujours la force brute. Au regard de ce pouvoir, nous sommes tous, d’une certaine manière, « substituables », « sacrifiables ». Mais ce que les tenants d’une certaine écologie pacifiée ne veulent pas comprendre c’est que contre ce management fasciste, la situation actuelle implique de ne plus se bercer d’espoirs futurs par la « conscientisation de la population » – objet même du contrôle gouvernemental – mais bien de mettre en jeu nos corps dans la guerre en cours. Nos cabanes, nos campements, notre solidarité, nos liens, nos fêtes sont des armes parce qu’ils sont déjà les signes inscrits dans la terre, ici et maintenant, d’une réparation du monde.

La cinquième Fête du Vent qui se tiendra à l’Amassada du 6 au 9 septembre 2019 entend participer de ce geste politique. Partout en France et ailleurs, la farce de l’écologie capitaliste a fini de faire rire. L’urgence n’est pas à sauver ce système à travers on ne sait quelle transition écolo-managériale mais bien d’en finir avec une conception toxique du monde, ne voyant en celui-ci que ressources à phagocyter, que matières à transformer. Ici contre le projet de méga transfo RTE-EDF, contre cet échangeur géant des autoroutes de l’électricité soi disant verte, nous avons décider d’interrompre localement le cours de cette aliénation faite de béton, d’acier, de communicants livides, de grillage sécurisés, de paramètres d’optimisation, d’intelligence artificielle pour se donner un peu d’espace, de temps et respirer un peu mieux. Car, malgré ce qu’en disent les agents de cette encapsulation réticulaire tout n’est pas énergie, calcul, comptabilité. Il y a toujours un reste qui résiste. Il y a toujours des affects qui débordent, des rencontres magiques, des êtres bouleversés, des amis qui s’organisent, des communes qui grandissent, des forces condensées qui couvent en chacun de nous.

Alors oui, nous ne voulons pas de ce transfo parce que nous portons en nous une autre idée de la vie.

Seule la lutte transforme. Vive la Commune libre de l’Amassada.

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Article publié le 13 Sep 2019 sur Lepressoir-info.org