Octobre 23, 2020
Par Marseille Infos Autonomes
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Let it be known that the Feminist Coven did that.

Chaque fois que des révolutions sont documentées, les femmes sont effacées. L’histoire est intemporellement méprisante pour les femmes et la contribution des femmes à la politique et au militantisme. Lorsqu’un honneur doit être rendu, les réalisations des femmes noires sont, au mieux, créditées aux patriarches, et au pire, qualifiées de subversives. L’expérience nous a cependant appris à offrir aux gens leurs fleurs tant qu’ils peuvent encore les sentir. Il est donc nécessaire que nous, les femmes noires, racontions nos histoires et documentions notre histoire avant qu’elles ne soient effacées. En Afrique subsaharienne, les Nigérian·nes sont descendu·es dans la rue en masse pour protester contre les brutalités policières d’une unité appelée SARS. Les femmes nigérianes sont le fer de lance de ce mouvement.

La brigade spéciale de lutte contre les vols (SARS) est une unité de la police nigériane créée en 1992 pour lutter contre les crimes liés aux vols à main armée et aux enlèvements dans le pays. Cependant, ces soi-disant protecteurs sont des prédateurs. Au cours des deux dernières décennies, les agents de la SARS ont été responsables d’innombrables exécutions extrajudiciaires, de cas de violation des droits de l’homme, de harcèlement sexuel des femmes et de la brutalisation de jeunes Nigérians sur la base du “profilage criminel”. A l’origine une campagne sur les réseaux sociaux, les manifestations #EndSARS sont descendues dans la rue le jeudi 8 octobre, dans l’Etat de Lagos. Le vendredi 9 octobre, #EndSARS était déjà une tendance mondiale sur les réseaux sociaux.

En Afrique subsaharienne actuellement, les Nigérian·nes sont descendu·es dans les rues en masse pour protester contre les brutalités policières d’une unité appelée SARS. Les femmes nigérianes sont le fer de lance de ce mouvement.

Elle s’est depuis transformé en un série de protestations nationales et de manifestations mondiales de solidarité qui ont continué à attirer l’attention des grands médias internationaux. Des célébrités comme Viola Davis, Wizkid, Davido, Falz, Runtown, Burna Boy, Kanye West et Lil Baby ont également manifesté leur soutien, et CNN, Al Jazeera et la BBC ont également assuré une couverture médiatique. En colère et audacieux·euses, les jeunes Nigérian·es ont clairement déclaré que si leurs cinq demandes ne sont pas satisfaites, les manifestations se poursuivront sans relâche.

Au premier plan de ce mouvement révolutionnaire mené par la jeunesse contre la brutalité policière au Nigeria se trouve la Coalition féministe – un groupe de jeunes féministes nigérianes qui mobilisent collectivement toutes les facettes des manifestations mondiales #EndSARS. Ce qui a commencé par un tweet de Feyikemi Abudu le 9 octobre, appelant les Nigérians à donner 50 000 nairas (130 dollars) pour fournir de la nourriture et de l’eau aux manifestant·es qui passaient la nuit devant le palais du gouvernement de Lagos, s’est finalement transformé en un don sans fin se chiffrant en millions de nairas pour le mouvement #EndSARS. La nourriture, l’eau, les frais juridiques, la sécurité, les masques à gaz, les fournitures médicales et le paiement des factures d’hôpital des manifestant·es ont été couverts de manière adéquate par ces dons au cours des six derniers jours.

Chaque jour de la manifestation nationale de la semaine dernière a commencé par l’annonce par le chef Obubu du menu atypique de la manifestation. Du shawarma à la pizza, en passant par le riz jollof, les croissants et le chocolat chaud, l’équipe alimentaire de la coalition féministe a veillé à ce que les manifestant·es soient bien nourris chaque jour de leur marche. Ces femmes ont brillamment déployé leurs compétences culinaires phénoménales pour contribuer à alimenter l’élan de protestation. Funmi Oyatogun, entrepreneuse et consultante en voyages, coordonne l’envoi et la logistique des ressources. Elle a envoyé et distribué de la nourriture, des services de sécurité, des toilettes mobiles, des ambulances et d’autres ressources aux manifestants.

Ironiquement, ces manifestations contre la brutalité policière sont accueillies avec la même brutalité policière. Plusieurs manifestant·es pacifiques ont été abattus, arrêtés illégalement, battus, détenus, et certain·es ont même été tués par la police. Néanmoins, l’aide juridique a toujours été présente. Grâce aux efforts incessants de Feyikemi Abudu et de Modupe Odele, des accords de libération sous caution et des services hospitaliers ont été mis en place pour les détenu·es et les manifestant·es qui avaient été blessés ou abattus. Indépendamment du temps ou de la distance, ces femmes étaient toujours prêtes à offrir leur aide si nécessaire, et ont jusqu’à présent pu libérer plus de 70 manifestant·es détenus illégalement.

Des femmes nigérianes étaient également présentes en première ligne sur les lieux de la manifestation nationale pour mobiliser et motiver les manifestants. Olorunrinu Oduala, une jeune Nigériane, était l’une des rares manifestantes à s’être organisée et à avoir dormi devant le palais du gouvernement de Lagos pour demander une audience le premier jour de la manifestation. S’adressant avec audace à la presse, elle a déclaré que tant que le gouvernement n’aurait pas pris de mesures concrètes pour répondre à ses demandes, elle (elle-même et les autres manifestant·es) ne reculerait pas. Les féministes populaires de Twitter Tife Soloye, Ozzy Etomi, Kiki Mordi, Ebele, Jola Ayeye et Uloma Nwoke se sont également jointes aux marches qui ont suivi à Lagos. Dans la diaspora également, le mouvement #ENDSARS s’est développé, avec Fakrriyah Hashim et Karo Omu qui ont pris la parole lors des manifestations de Londres, Bola Adams et Ndali Ozegbe qui ont coordonné les manifestations de New York, et de nombreuses autres femmes ont travaillé sans relâche pour parler, marcher, manifester et documenter ces manifestations.

De même, les manifestants en ligne ne sont pas en reste. Des dons en argent ont été faits pour financer du temps d’antenne de téléphones portables dans tout le pays. Ces dons ont permis de soutenir le tweeting constant et d’assurer que #EndSARS reste en tête du tableau des tendances quotidiennes des médias sociaux. Tant en ligne que hors ligne, les féministes nigérianes ont travaillé 24 heures sur 24 pour se rallier et distribuer des ressources afin de faciliter le mouvement.

Il est vraiment fascinant de voir comment les féministes nigérianes ont couvert toutes les bases et ont envahi tous les recoins possibles des manifestations en ligne et hors ligne de #EndSARS.

Les femmes nigérianes demandent également de l’attention pour les manifestations de #EndSARS dans les médias et l’espace politique,. Aisha Yesufu et Ndi Kato, militantes sociopolitiques, ont envahi les médias traditionnels nigérians en s’exprimant ouvertement en faveur de la lutte contre la brutalité policière. La journaliste et rédactrice en chef de CNN, Stephanie Busari, a également attiré l’attention de la communauté internationale sur les preuves de brutalité policière lors des manifestations dans le pays.

Il est vraiment fascinant de voir comment les féministes nigérianes ont couvert toutes les bases et ont envahi tous les recoins possibles des manifestations en ligne et hors ligne de #EndSARS. Ces femmes, nommées ou non, sont la colonne vertébrale de cette résistance. En défilant, en se portant volontaires, en se mobilisant, en tweetant, en parlant, en faisant des dons et en piétinant de manière flagrante les politiques sexistes, queerphobes et transphobes, elles sont sans aucun doute les amplificatrices de cette révolution nigériane historique.




Source: Mars-infos.org