L’épidémie de coronavirus est intervenue dans un contexte de mobilisation féministe internationale. Au moment de penser le monde d’après, cette nouvelle vague féministe souligne des enjeux centraux en particulier ceux du travail des femmes, salarié ou non, des violences de genre mais aussi des oppressions multiples, autant de questions centrales dans les gestion du confinement.

L’ouvrage Féminismes dans le monde. 23 récits d’une révolution planétaire, coordonné par Pauline Delage et Fanny Gallot et publié aux éditions Textuel, revient sur cette dynamique mondiale, en rendant compte de l’hétérogénéité des stratégies et des revendications mises en œuvre, tout en soulignant leurs connexions à d’autres mouvement sociaux.

Sous la forme de contributions originales ou d’entretiens, sont rassemblés dans le livre des textes de chercheuses, journalistes ou militantes féministes d’Algérie, Argentine, Belgique, Canada, Chine, Colombie, Égypte, Équateur, Espagne, France, Inde, Irak, Italie, Maroc, Mexique, Palestine, Sénégal, République dominicaine, Roumanie, Russie, Suisse, Syrie, Thaïlande et Tunisie.

Avant-propos – Des luttes féministes pour une révolution globale

Depuis les années 2010, les mouvements pour les droits des femmes et pour l’égalité se multi- plient dans différentes parties du monde. Partout, des femmes luttent contre les violences sexistes, comme en Inde, où des mouvements de protestation ont surgi à la suite d’un viol collectif en 2013 et en Amérique latine, avec le mouvement NiUnaMenos depuis 2015. En 2017, lorsque l’actrice Alyssa Milano reprend sur Twitter l’expression MeToo, qui avait été initialement utilisée dix ans plus tôt par la travailleuse sociale Tarana Burke, pour relayer les témoignages d’agressions sexuelles, une vague de dénonciation des violences sexistes sans précédent est alors lancée et se diffuse sur toute la planète. Dans le même temps, les femmes se mobilisent toujours pour les droits reproductifs. C’est le cas en Pologne en 2016, lorsque des féministes se mettent en grève pour protester contre un projet de loi bannissant l’avortement ; ou encore en Irlande, au moment du mouvement Repeal the 8th pour la légalisation de l’IVG en 2018. Tout en prenant pleinement part aux soulèvements contre l’autoritarisme, le conservatisme et pour la justice sociale, elles ont avancé des revendications spécifiques aux femmes. Au cours des révolutions contre des régimes autoritaires du Printemps Arabe, certaines femmes sont non seulement devenues des figures de la protestation, comme Tawakul Karman qui s’est mobilisée sur les campus du Yémen ou Zainab Al-Khawaja qui a mené une grève de la faim à Barheïn, mais elles ont également rendu visibles les problèmes de violences sexuelles les affectant, comme l’ont fait les militantes de la place Tahrir en Égypte. Après l’accession à la présidence des États-Unis par Donald Trump, des femmes marchent chaque année depuis 2017 en réaction aux propos et comportements sexistes du président et pour protester contre les discriminations ; depuis l’élection de Jair Bolsonaro en tant que président du Brésil   en 2019, les Brésiliennes continuent de se mobiliser contre l’extrême droite. Ces quelques exemples, dont on a connaissance de façon éparse à la faveur de leur médiatisation, ne sauraient résumer cette dynamique mondiale qui résonne jusqu’en France. Le 23 novembre 2019, deux jours avant la journée mondiale contre les violences faites aux femmes, près de 100 000 personnes se sont rassemblées en France pour dénoncer les violences sexistes et sexuelles. Non seulement cette manifestation est probablement l’une des plus importantes de l’histoire des féminismes, mais elle ne fait qu’illustrer un contexte plus général où se tiennent quotidienne- ment des actions de rue contre ces violences, contre les féminicides notamment. Du monde politique au cinéma, en passant par l’université, la dénonciation des violences sexistes et sexuelles est de plus en plus visible.

Tant dans les médias que dans les discours politiques, certaines des questions soulevées par les féministes – en particulier les violences sexistes, les inégalités des salaires ou l’avortement –, sont omniprésentes. Ce contexte nouveau est le produit de décennies de mobilisations qui ont rendu légitime l’idée d’égalité entre les femmes et les hommes. Depuis les années 1970, des groupes et associations féministes continuent de se mobiliser pour la conquête des droits dans tous les aspects de la vie des femmes. De plus, des politiques publiques contre les violences masculines, contre les stéréotypes sexistes dans l’éducation et les inégalités dans le monde du travail se sont développées au niveau national. En France par exemple, depuis la loi Roudy en 1986 et celle « tendant à favoriser l’égal accès   des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives » en 2000, les lois sur l’égalité professionnelle et la parité


Article publié le 22 Mai 2020 sur Contretemps.eu