Août 1, 2019
Par Bibliotheque Anarchiste
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Je rends hommage Ă  la bonne volontĂ© du Professeur Valiani et Ă  l’effort mĂ©ritoire qu’il a fait pour exposer les grandes lignes de la pensĂ©e anarchiste. Mais je dois dire qu’Ă  mon avis il n’est pas allĂ© au-delĂ  de ce qu’on pourrait qualifier d’anarchisme du XIXe siĂ©cle, rĂ©duisant singuliĂ©rement les perspectives de l’anarchisme dons son ensemble. En parlant des anarchistes espagnols, ppar exemple, il ne cite que des hommes du XIXe siĂšcle. Ses rĂ©fĂ©rences Ă  tout ce qu’a produit la pensĂ©e anarchiste espagnole, sont pratiquement inexistantes.

Contre l’avis de plusieurs historiens et de certains penseurs s’intĂ©ressant aux problĂ©mes de l’anarchisme, j’affirme que ce mouvement ne c’est pas arretĂ© ni Ă  la pensĂ©e de Proudhon, ni Ă  celle de Bakounine, ni Ă  celle de Kropotkine, ni mĂȘme Ă  la pensĂ©e de Malatesta, le plus proche de nous. L’anarchisme, aujourd’hui, nes pas seulement une pensĂ©e philosophique, mais un mouvement politique et social qui dĂ©passe largement cette conception artisanale de la sociĂ©tĂ© qu’on veut bien lui attribuer – communisme des premiers chrĂ©tiens, Guildas de Moyen Age, idĂ©alisme bucolique Ă  la Rousseau – L’anarchisme n’est pas une utopie fossilisĂ©e dans la conception mutualiste de Proudhon, de Bakounine, dans le communisme humaniste de l’Ethique et l’entraide de Kropotkine, son ‟ prenez dans le tas ” et sa croyance dans la bontĂ© de l’homme, idĂ©es que nus trouvons dĂ©jĂ  chez Rousseau. L’anarchisme est un mouvement en Ă©volution continuelle et qui a, aujourd’hui comme hier, la facultĂ© d’Ă©voluer, de s’integrĂ©s dans le marche de l’humanitĂ©, de reconnaĂźtre et d’accepter tous le faits nouveaux. Il y a donc, Ă  mon avis, une erreur fondamentale lorsqu’on circonscrit l’anarchisme aux affirmations de ses premiers thĂ©oriciens.

Les anarchistes espagnols – je parle d’eux parce que ce sont eux que je connais les mieux – ont Ă©tĂ© constamment habitĂ©s par l’idĂ©e de faire une rĂ©volution transformant la sociĂ©tĂ© actuelle et instaurant une nouvelle sociĂ©tĂ©, tout en tenant compte du progrĂ©s scientifique et technologique et des rĂ©alitĂ©s Ă©conomiques.

A plusieurs reprises, dans tous les CongrĂ©s celĂ©brĂ©s en Espagne, en dehors d’Espagne et dans le derniers CongrĂšs anarchiste de Carrara, en 1968, nous avons eu soin de toujours apporter des projects d’organisation d’une nouvelle sociĂ©tĂ©, justement parce que nous avions pris conscience des rĂ©alitĂ©s actuelle : pas des rĂȘves et autre chose que des thĂ©ories. Je vieux insister sur ceci, parce que je sais que l’on admet gĂ©nĂ©ralement que cet anarchisme ‟ romantique ” et ‟ gĂ©nĂ©reux ”, rĂ©duit Ă  une affirmation de libertĂ©, a plus ou moins inspirĂ© diffĂ©rents mouvements internationaux, mais qu’il reste une pure aspiration, un mouvement de la pensĂ©e, coupĂ© de l’Ă©volution sociale, politique, scientifique, Ă©conomique, du monde d’aujourd’hui.

Je tiens Ă  dire que la rĂ©volution espagnole de 1936, dans un pays qui n’est pas Ă©videmment le plus avancĂ© de l’Europe, la Catalogne, mais dans une contrĂ©e qui est la plus Ă©voluĂ©e de l’Espagne, la Catalogne, a demontrĂ© par les faits que les anarchistes ne rĂȘvent pas et qu’ils sont capables d’organiser la gestion de la prodution et la distribution et de prendre de main, en somme, l’organisation de la sociĂ©tĂ©.

Il y a une constante, il est vrai, dans l’idĂ©ologie anarchiste : c’est la destruction de l’Etat, non par une position philosophique, mais parce que nous sommes arrivĂ©s Ă  la conclusion que l’Etat, tant qu’il existera, sera toujours l’origine et la cause de l’autoritĂ© et de tous les privilegĂ©s, injustices et inĂ©galitĂ©s que cette autoritĂ© impliquĂ©.

Nous avons vĂ©cu l’expĂ©rience de la rĂ©volution russe. L’Etat a pris le nom de socialiste, de communiste, de rĂ©volutionnaire, mais il a Ă©tĂ© tout aussi opprssif que l’Etat du passĂ© et il a crĂ©e Ă  nouveaux les organes et les besoins inhĂ©rents Ă  tout Etat. Nous fondons notre idĂ©ologie sur la destruction de l’Etat, mais la destruction de l’Etat signifie ni chaos ni ‟ anarchie ”, dans le sens pĂ©joratif du mot, non dans le sens Ă©thymologique du terme. Nous voulons dĂ©truire l’Etat parce que nous croyons qu’il est Ă  l’origine de tous les maux de l’humanitĂ©, et nous voulons le substituer par l’administration des choses, de l’homme jusqu’Ă  la Commune et Ă  la ConfĂ©dĂ©ration des Communes ; du producteur jusqu’au syndicat at Ă  la ConfĂ©dĂ©ration des syndicats, puor parvenir enfin Ă  la ConfĂ©dĂ©ration des peuples. C’est Ă  dire, que nous avons cherchĂ©, et peutĂȘtre trouvĂ©, un moyen d’utiliser les mĂȘmes organismes que les travailleurs en rĂ©volte contre le capitalisme ont crĂ©e dans cette sociĂ©tĂ©, pour organiser la premiĂšre pĂ©riode de la rĂ©volution, en substituant l’Etat et ses organismes par des Conseils Ă©lus directement par les producteurs et reprĂ©sentant toute la gamme des ctivitĂ©s Ă©conomiques et sociales, Conseils qui n’auront aucue facultĂ© directive et qui seront constamment rĂ©vocables et renouvablĂ©s.

Plusieurs thĂ©oriciens, Ă©crivains, militants syndicalistes, anarcho-syndicalistes, l’ont dĂ©fini : on l’oublie et on ne lit probablement pas les thĂ©oriciens comme Malatesta ou Besnard qui dĂ©gagĂšrent des idĂ©es trĂ©s rĂšalistes sur l’organisation de la sociĂ©tĂ© nouvelle. Ou oublie tout ce que l’anarchisme a apportĂ© de constructif, devenant chaque jour plus actuel, pour Ă©voquer uniquement le vieil anarchisme ‟ romantique ” et ‟ gĂ©nĂ©reux ” de tous les premiers thĂ©oriciens.




Source: Fr.theanarchistlibrary.org