Mais quelle drôle d’idée!

Vous avez des problèmes actuellement dans votre existence? Cela ne va pas très bien. Vous n’êtes pas très heureux ou même, vous ne savez plus où pourrait être votre bonheur ou pire encore, vous le pensez inatteignable voire impossible? Vous ressentez une pulsion irrésistible que le sang coule ou mieux encore, vous réclamez des sacrifices.  Vous ne pouvez pas rester comme ça. Regardons ça de plus près.

Nous entamerons cet article en rappelant à nos seniors avides de sang, puisque ce sont très majoritairement les personnes âgées qui réclament le retour de la peine de mort, que les premiers vrais débats sur l’abolition de la peine de mort ont eu lieu en France quand ils n’étaient pas nés, c’est-à-dire en 1791 à l’occasion de la réforme du code pénal, l’usage de la guillotine étant jugé inefficace et inutile par  Le Pelletier de Saint-Fargeau qui sera soutenu par Robespierre.

L’abolition de la peine de mort figure au programme des “110 propositions pour la France” présenté par le Parti socialiste et son candidat François Mitterrand pour l’élection présidentielle.

Les 16 et 24 mars 1981 se prononcent respectivement contre la peine de mort François Mitterrand et Jacques Chirac.

Cet article donnera une lecture sensiblement différente des conclusions consécutives à ce sondage paru le 13 septembre 2020 sur le magazine petit bourgeois de centre-gauche Le Nouvel Obs, lui même repris du journal patronal de centre-droit Le Monde., étude quant à elle commandée par la Fondation Jean Jaurès proche du Parti Socialiste, étude se fondant sur le questionnement de 1 030 personnes âgées de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas.

Mais avant de débuter notre relecture, qui, vous le verrez, vous évitera de sombrer dans des idées noires, prenons connaissance des pays qui, dans le monde et comme la France, ont aboli la peine de mort ou qui ne l’appliquent pas, pays qui sont très majoritaires dans le monde, est-il nécessaire de le rappeler. L’infographie étant issue de l’encyclopédie en ligne Wikipédia.


Si vous additionnez le bleu canard et le beige, vous pouvez constater que la non application de la peine de mort est effective dans toutes les démocraties comptant dans le monde à l’exception des USA, qui possèdent une pratique active de la peine de mort à un niveau équivalent ou supérieur aux pires dictatures au monde.

Maintenant, questionnons-nous sur la signification d’une question que l’on pose “aux français”.

Ca veut dire quoi, poser une question “aux français”? Vous êtes vous déjà posé la question?

Autre question, saviez-vous que les prisons regorgent d’individus souffrant de déficience mentale ou de troubles mentaux? C’est l’un des arguments solides que les abolitionnistes opposèrent à l’occasion des nombreux débats. Jacques Chirac lui-même affirmait le 21 juin 2001 que “nulle justice n’est infaillible et chaque exécution peut tuer un innocent. Car rien ne peut légitimer l’exécution de mineurs ou de personnes souffrant de déficience mentale. Car jamais la mort ne peut constituer un acte de justice…

Les chiffres qui vont suivre ne sont pas des sondages mais concernent eux aussi “les français”.  Ils n’ont pas été établis selon la méthode des quotas et sur la base du questionnement d’un millier de personnes.

Selon un article publié par la revue European Neuropsychopharmacology, les autorités françaises ont très largement sous-estimé le nombre de français souffrant d’une pathologie mentale qui toucherait en réalité 12 millions de français sur les 69 millions que compte la population.

Parmi les 44 millions d’adultes vivant à leur domicile en France, 18,5% souffrent d’une pathologie psychiatrique dont 15% d’une forme sévère de pathologie. Par ailleurs, 3,5% des enfants et 24% des adultes vivant en institution souffrent également de troubles psychiatriques. Dans les prisons françaises où sont enfermés 58 251 hommes et 2152 femmes, le taux de troubles psychiatriques atteint 78,5% des hommes et 73,7% des femmes.13 019 personnes se suicident chaque année en France, soit 36 suicides par jour.

Il y a donc près d’un adulte français sur quatre qui souffre de troubles mentaux. Ces français ont-ils été questionnés par le sondage sur la peine de mort? Pourquoi ne l’auraient-ils pas été? Est-ce que pour une question aussi cruciale, concernant, on le voit juste au dessus, au premier chef les malades mentaux, qui pâtiraient les premiers du retour d’une telle barbarie, il n’est pas plus raisonnable d’écouter les philosophes, les hommes politiques abolitionnistes de tous bords politiques mais aussi ce que l’on nomme les “corps intermédiaires” qui possèdent précisément l’expertise, la distanciation nécessaire à l’étude du réel pour se prononcer avec minutie et parcimonie, réflexions que nécessite un sujet aussi grave et important? Or à l’occasion d’un sondage brutal sans présentation des faits à des béotiens sur la question, il n’est guère étonnant, sur la période consécutive à une attaque fasciste historique qui a duré deux années pleines, que les pulsions morbides aient été attisées par la mise en mouvement des couches religieuses et réactionnaires du pays. Car tel était le but avant tout, faire pencher le pays très à droite et la manœuvre est parfaitement réussie! “Les français”, non repus d’avoir battu tous les records de consommation de sang animal en 2019, non satisfaits des dizaines de milliers de mort liés au COVID dans le monde, réclament encore d’avantage de sang humain. “Les français” mais quels “français”?

Mais on peut aller encore plus loin. Car “les français”, ce sont également plus de 5 millions d’alcooliques et plus de 10 millions qui consomment trop d’alcool. Un alcoolique, qui se situe dans une logique d’autodestruction personnelle morbide, devrait-il être habilité à se prononcer sur un sujet aussi grave concernant le don de la mort?

Pourtant, des français alcooliques ou ayant un gros problème de surconsommation d’alcool, ont été consultés dans ce sondage, car quand on parle “des français”, il faut aussi préciser que plus d’un sur dix est alcoolique. Faut-il questionner des malades mentaux et des alcooliques sur un sujet aussi crucial? Que signifie vraiment ce genre de sondage si ce n’est que la plupart des français, dans un cadre marchand, sont incapables de se prononcer équitablement sur des sujets aussi graves?

Il reste à préciser que l’abolition de la peine de mort fut votée en France face à des “français” qui y étaient majoritairement défavorables. Est-ce que cela signifie pour autant qu’il ne fallait pas, comme dans tous les autres grands pays au monde, l’abolir à notre tour?

Dans un cadre capitaliste, la majorité des sujets sur lesquels sont questionnés “les français” obtiennent des réponses biaisées, pulsionnelles, épidermiques, irréfléchies et c’est bien pour cela que la majorité n’a pas toujours raison. Les personnes âgées, désocialisées du réel économiques et sociétal, bien plus facilement manipulables que les jeunes, sont bombardées chaque jour d’une propagande sensationnalistes et sécuritaire par les médias patronaux, qui ont besoin de cette grosse armada pour faire penser et voter à droite voire à l’extrême droite.

Mais si l’on regarde les chiffres au niveau de ceux qui font vivre l’activité économique de façon quotidienne, qui sont beaucoup moins réceptifs à la propagande patronale sécuritaire et sanguinolente, ceux qui appartiennent à la population dite “active”, on se rend compte que les abolitionnistes sont majoritaires en France, que ces “français” là n’entendent en aucun cas revenir sur ce progrès social majeur et c’est ça qui est important. D’autant plus que la grande majorité des partis républicains, de la gauche à la droite, n’entendent en aucun cas revenir sur cet acquis social et universel. Ils entendent au contraire faire pression dans le monde pour que partout, enfin, elle puisse être abolie. Le combat sera long mais il est grandement estimable.

Ne soyons pas, de grâce, échaudés par un tel sondage. Il ne veut finalement pas dire grand chose si ce n’est que “les français” ne connaissent ni leur propre Histoire, ni le réel se produisant dans le monde. Ces “français” ou plutôt, ces vieux “français” passeront bientôt l’arme à gauche, y compris s’ils réchappent au COVID ce qui signera, finalement et ironiquement, un juste retour des choses.


Article publié le 15 Sep 2020 sur Lesenrages-antifa.fr