Depuis la campagne électorale de Trump en 2016, on entend beaucoup parler de « post-vérité » et de deux notions apparentées, les fake news et les « faits alternatifs ». Tout cela est révélateur du fait que les dirigeants de cette « grande démocratie » ont basculé dans le grand n’importe quoi. Les faits, la rationalité, cela n’est pas si important, ce qui compte c’est l’émotion et surtout que le spectacle continue au rythme effréné de Twitter.

Jusque-là, les dirigeants états-uniens mentaient, certes, mais pas tout le temps, uniquement quand c’était important – par exemple, pour espionner l’opposition démocrate ou pour aller faire la guerre à l’Irak. Aujourd’hui, c’est le règne du mensonge quotidien et assumé : Trump peut dire tout et n’importe quoi et c’est considéré comme presque normal. Le divertissement télévisuel a gagné la Maison-Blanche et l’idée que la vérité compte est simplement passée à la trappe.

À vrai dire, ce fonctionnement des chefs d’État n’est pas tout à fait nouveau. Les dictatures ont toujours reposé sur la force, mais aussi sur le mensonge et la propagande d’État. Que l’on aille en Corée du Nord, en Turquie ou en Russie, on en trouve de nos jours encore de beaux exemples. Pour les dictateurs, qui se prennent tous plus ou moins pour des dieux, la « vérité » est avant tout quelque chose qui se décrète : c’est le produit du pouvoir, les récalcitrants n’ont qu’à bien se tenir. Ce qui est un peu nouveau, c’est la dérive des dirigeants des démocraties occidentales qui adoptent le même rapport pathologique à la vérité. Bien entendu, ils le font à la mode du XXIe siècle, en zappant d’une question à l’autre, en se contredisant, en mentant, en racontant n’importe quoi. La post-vérité, cette dislocation de la vérité, c’est cela aussi, le glissement vers des régimes autoritaires.

Dans la course au mensonge, l’équipe de Macron n’est pas en reste. L’affaire Benalla a offert l’occasion de se lancer et avec les Gilets Jaunes on a atteint le rythme de croisière. Sur le devant de la scène, on voit surtout le ministre de l’Intérieur, Castaner, qui, depuis des mois, nie les violences policières, dénonce les violences de milliers de casseurs « prêts à tout, prêts à tuer », jusqu’à l’invention de l’attaque de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, le 1er mai. Mais Castaner n’est pas seul à jouer cette partition. Macron et le gouvernement sont solidaires, appuient et relaient les mensonges. Mais aussi les médias poubelles comme BFMTV et quelques autres chaînes, qui ont oublié ce qu’était l’éthique minimale du journalisme et qui se font les relais complaisants des forces de l’ordre. Mais aussi les juges qui, dans les tribunaux, condamnent des centaines de manifestant∙es pour violence ou outrage sur la seule parole des flics, alors que tout le monde sait que ces derniers sont couverts, qu’ils font et racontent n’importe quoi […]


Article publié le 13 Juin 2019 sur Rebellyon.info