Novembre 30, 2022
Par Le Mouton Noir (QC)
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Paru en 2017, le recueil Faire partie du monde : réflexions écoféministes est composé de dix textes d’autrices de différents horizons. Le préambule, Nos amitiés écoféministes, est une mise en contexte des motivations communes, des similitudes et des différences de chacune des autrices du collectif à propos de l’écoféminisme, une perspective à la croisée du féminisme et de l’écologie. Parfois théorique, parfois ancré dans le récit de vie, chacun des textes nous fait découvrir un peu plus l’écoféminisme. Les autrices s’écartent toutefois d’une perspective essentialiste de la femme et de la nature.

Portées par une soif de justice sociale, leurs positions s’inscrivent plutôt dans l’action politique, solidaire avec les luttes autochtones et celles des pays du sud. Leur écoféminisme est une réponse politique à une peur, à une urgence d’agir, à un souci de prendre soin des personnes qui les entourent et des différents écosystèmes. Au cours des réflexions, elles abordent le concept du care, en lui donnant une valeur visible et politique, car le care est souvent invisibilisé dans les espaces de luttes et d’intimité.

Le patriarcat et le capitalisme sont les principaux systèmes de domination et d’oppression critiqués par l’écoféminisme. Tout au long de l’ouvrage, la colère ressentie par les autrices est propre à chacune, juste et sentie. Reconnaissant l’apport des écoféministes autochtones, leur analyse intègre le colonialisme comme un autre système d’oppression. Devant la misogynie coloniale, elle propose une réflexion sur les graves conséquences territoriales ainsi que les violences de genre qu’ont subies et que subissent encore les femmes autochtones. Dans l’ensemble, on comprend que les autrices s’inscrivent davantage dans un féminisme matérialiste tout en actualisant leurs réflexions sur des enjeux actuels. La crise écologique accentue les impacts du travail invisible et gratuit des femmes, associé à la production et à la reproduction sociale pour maintenir le patriarcat en place.

Les autrices reconnaissent leurs privilèges ainsi que l’apport des écoféministes qui les précèdent. La place faite à leur subjectivité dans l’ouvrage ajoute de la sensibilité à leurs propos et de la réflexivité sur certains angles morts possibles.

En somme, la force de Faire partie du monde : réflexions écoféministes est d’avoir réuni dix femmes de différents milieux qui ont su mettre sur papier leurs réflexions à propos de leurs peurs, de leurs contradictions, de leurs forces et de leurs désirs de changement pour l’avenir. Leur vulnérabilité est palpable et au cœur de leur récit. En racontant leurs luttes, ces femmes fortes et attachantes nous offrent le bonheur d’imaginer avec elles un avenir meilleur nourri par la justice sociale et la solidarité. La crise écologique est une lutte majeure, mais nous ne pouvons l’aborder sans l’intégrer à d’autres enjeux. L’écoféminisme nous mène à ne jamais oublier l’importance de considérer tous les groupes de personnes dans cette lutte actuelle et portée vers l’avenir.




Source: Moutonnoir.com