Alors que ce samedi 28 mars de nombreux marchés de plein air seront interdits, des paysan.nes de la zad de Notre-Dame-des-Landes lancent avec d’autres une lettre ouverte (ci-dessous et en pièce jointe) pour réagir et s’organiser.

Nous vous invitons à la relayer largement (et à la cosigner si vous êtes paysan.nes).

Voir aussi ici : https://www.facebook.com/zadnddlinfo/

pour tous contacts : 0652640032 – mail : [email protected]

Faire face à la fermeture des marchés

Lettre ouverte aux paysan.nes du 44 et à ses habitant.e.s

Nous sommes des paysannes et paysans de Loire-Atlantique et nous apprenons avec étonnement et désarroi la décision prise par le gouvernement d’étendre les mesures de confinement aux marchés ouverts dans tout le pays.

De l’étonnement d’abord. Face à la pandémie à laquelle nous faisons face comme tout le monde, beaucoup attendent que nous soyons présents pour accompagner dans l’épreuve une population confinée et nous entendons ce besoin. Pourtant, le gouvernement décide de la fermeture des marchés, là où chaque semaine de nombreuses personnes viennent se ravitailler en produits frais et là où des producteurs viennent vendre une large part de leurs productions car ils ont fait le choix d’une vente de proximité et des circuits-courts.

Du désarroi ensuite parce le gouvernement opère ainsi clairement et sciemment un arbitrage politique entre ce qu’il faut absolument maintenir à flot – les supermarchés, la grande distribution – et ce qu’on est prêt à contrario à mettre à l’arrêt dans la période de confinement. Ceci augure d’un aveuglement préoccupant sur les leçons à tirer de cette crise et sur les directions à suivre.

Est-il vraiment prouvé et évident que les risques de contagion sont plus élevés dans un marché en plein air que dans un supermarché fermé ? Les risques de contagion sont-ils vraiment plus faibles pour des produits dont la chaîne de production nécessite une multitude d’intermédiaires ou pour des produits frais vendus en direct ? L’agro-industrie est connue pour ses nombreuses crises sanitaires et c’est cependant ce système qui est promu par le gouvernement.

On nous dit depuis dix jours que nous sommes en guerre, comme une manière de nous faire accepter les nombreuses contradictions et manquements du gouvernement face à cette situation. Comme une manière de rendre impossible toute mise en cause des choix formulés, des orientations prises. Le gouvernement appelle publiquement à ce qu’une « armée de l’ombre » soit levée, puisque les fermes industrielles sont désormais dépourvues de leur main d’œuvre détachée pour les récoltes du printemps. Après avoir isolé, fragmenté le monde paysan, après l’avoir soumis à se plier aux lois de l’agro-industrie et à l’artificialisation continue des terres nourricières, on cherche à dresser les agriculteurs au haut rang de hér os discrets de la guerre contre le virus. Et dans le même temps on ferme les marchés de plein air, parce qu’il faut bien durcir le ton et que l’on se soucie finalement peu de sacrifier les formes d’agriculture qui priorisent encore le soin des populations et des terres.

Nous n’avons pas besoin qu’un gouvernement qui a choisi délibérément de mettre en crise son système de santé comme sa production agricole nous fasse sans arrêt des leçons sur nos manières d’appréhender ce désastre sanitaire. Nous sommes suffisamment attachés à notre histoire et à nos terres pour prendre la mesure de la gravité de la situation et agir en conséquence. Nous ne cessons d’ailleurs de répéter que ce système, s’il ne se donne pas les moyens de changer profondément, court à sa perte.

Alors oui, prenons au sérieux l’épidémie du coronavirus, appliquons les gestes et les distances à observer pour l’endiguer, mais ne nous laissons pas malmener par des mesures néfastes, qui entérinent l’emprise de l’agro-industrie. En ces temps de dur retour aux contingences biologiques et où la bulle de déni dans laquelle s’est retranchée le monde moderne éclate, les incohérences du système sont mises à nu. Une agriculture paysanne et respectueuse du vivant nous semble être la seule à même de ne pas susciter d’autres crises plus brutales encore, du fait de l’intoxication des sols, de la dépendance aux énergies fossiles et du réchauffement climatique. Il est possible de la soutenir ici et maintenant. Nous appelons à nous o rganiser partout dans le département pour répondre à la situation.

La proposition est simple et modeste dans un premier temps. Nous voulons contribuer à élaborer une cartes des points de distribution qui viendront se substituer aux marchés interdits. Nous invitons tous les producteurs du département à échanger afin de proposer d’autres lieux, et à monter au créneau pour obtenir le maintien ou la réouverture des marchés dans les plus brefs délais . Il est tout à fait possible de penser l’aménagement d’un certain nombre d’entre eux dans des espaces suffisamment grands pour tenir compte des précautions nécessaires. Nous nous soucions aussi du fait que des invendus puissent être acheminés vers des points de redistribution et pour la production de repas solidaires pour les populations les plus préca risées par le confinement. C’est le cas de l’Autre Hangar à Nantes.

Afin d’aider à se fédérer et de collecter les informations nécessaires, nous mettons à disposition un numéro d’appel – 0652640032 – et une adresse mail : [email protected]

Nous invitons à des initiatives de ce type dans d’autres départements.

Paysannes, paysans,

si vous êtes touchés par la fermeture des marchés, racontez nous quelles difficultés vous rencontrez et comment vous vivez cette période.

si vous vous réorganisez autour de points de distribution à la ferme et que vous voulez le faire savoir, si vous n’avez plus de distribution et cherchez à vous mettre en contact avec d’autres producteurs pour trouver une solution, contactez nous. Vous pouvez aussi demander à être abonné à la liste d’information paysantraide44 qui relaiera les propositions et demandes.

Premiers signataires (directement touchés par la fermeture des marchés ou paysans solidaires – nous vous invitons à vous rajouter à cette liste en nous envoyant un mail ou par tel)

Erwan Joyeau – galettes, huiles – Notre-Dame-des-Landes

Baptiste Hazouard – Paysan crêpier – Vigneux de Bretagne

Les amaps de Couëron

Gaec Saint-Hubert – Lentilles et Millet – Machecoul

Guillaume Clavier – Boulanger – Notre-Dame-des-Landes

Clément Lecoq – Ferme des Hauts Blés – Nort sur Erdre

Mickael Lamaury – Paysan boulangerie – Vigneux de Bretagne

Claire et Gaetan Lecoq – Ferme de la Tindière – Nort sur Erdre

Thoma Rabu – le champ du pain – pain et viande ovine en agriculture bio – Varades

Gaec des Roches – élevage bovin et fromage – Couëron

Gaec des hauts roseaux – Volailles – Pannecé

Jospeph Potiron – paysan retraité – la Chapelle sur Erdre

Cyril et Aurélie Bouligan – ferme de la tommière – produits laitiers – Fay de Bretagne

Etienne Blacher – maraîcher – Notre-Dame-des-Landes

Alain Cerclé – paysan boulanger – Pannecé

Lambert Angélique et Legret Michel – bergerie du sillon – ovins et bovins viande – Couëron

Ferme de Beaulieu – élevage caprin et fromage – Plessé

Grégoire Minday – éleveur bovin – Vigneux de Bretagne

Gérard Monnier – ferme du Bas fief – viande bovine – Saint-Lumine de Coutais

Le magasin de producteurs du Wagon – Pannecé

Corentin Blot – éleveur ovin – Notre-Dame-des-Landes

Virgile Mazery – apiculteur – Guenrouet

Tony – les Vraies Rouges – Lentille tournesol – Notre-Dame-des-Landes

Michel Tuaud – paysan retraité – Pannecé

Willem Doedens – éleveur bovin – Vigneux de Bretagne

Dominique Lebreton – paysan retraité – la Grigonnais


Article publié le 29 Mar 2020 sur Zad.nadir.org