Facebook lives et vidéos amateurs lors d’émeutes : parfois utiles, souvent dangereux

Nous vivons dans un monde ultraconnecté : les smartphones sont accessibles à moins de 100€, nous sommes nombreux à passer plusieurs heures par jour derrière un écran, et nous sommes alertés quasiment en temps réel, grâce aux réseaux sociaux, des dernières actualités à l’autre bout de la France et du monde. Nous pouvons en penser ce que nous voulons, mais c’est un fait. Pour les manifestants, et notamment les gilets jaunes, ce phénomène présente à la fois des avantages et des inconvénients.

Avantages : populariser les luttes et dénoncer les violences policières

C’est notamment lors des printemps arabes – au cours desquels plusieurs peuples du Maghreb se sont soulevés de 2010 à 2012 – que l’importance des smartphones et des réseaux sociaux en période révolutionnaire a été démontrée. Les médias répétant en boucle la propagande d’État, les réseaux sociaux ont permis de diffuser des informations cruciales pour que l’existence du processus insurrectionnel soit connue de tous. En réaction, les autorités égyptiennes ont coupé internet, mais il était toujours possible de diffuser des informations en appelant un numéro de téléphone pour y laisser des messages vocaux retransmis sur twitter. En période révolutionnaire, le contrôle d’internet est un enjeu crucial.

N’oublions pas qu’en 2016, le mouvement social contre la loi travail est parti d’une pétition en ligne et d’une vidéo réalisée par un collectif de youtubeurs, et que le premier acte des gilets jaunes a été annoncé sur facebook. Depuis le début du mouvement des gilets jaunes, les vidéos amateurs ont largement contribué à populariser les luttes et dénoncer les violences policières. Plusieurs vidéos ont fait le tour du web, comme celle de la femme qui filme son mari en train de bloquer seul un rond-point, celle des policiers qui matraquent au sol des manifestants dans un Burger King, celle d’un homme qui est incité par la foule à sortir d’un magasin car la police s’approche dangereusement ou bien encore celle du motard policier qui dégaine son arme. Ces vidéos amateurs permettent de ne plus être dépendant des médias dominants et de créer une conscience collective.

Inconvénient : livrer des camarades à la police

Le danger pour les manifestants, c’est lorsque des personnes filment et diffusent des scènes qui incriminent des personnes. Les vidéos diffusées sur internet sont toutes susceptibles d’être regardées par des policiers. Le 31 décembre, un gilet jaune accusé d’avoir jeté une pierre sur un policier a été condamné à sept mois de prison avec sursis et 1800€ d’amende par le tribunal de grande instance de Montpellier sur la base d’une vidéo de Midi Libre et d’une autre vidéo amateur prise par un gilet jaune et diffusée sur youtube. Les facebook lives lors d’émeutes sont particulièrement dangereux pour les manifestants : ils donnent des informations en temps réel à la police pour pouvoir identifier puis interpeller telle ou telle personne. D’une manière générale, les images prises de trop près sont une source de danger pour les manifestants, à la différence des plans larges pris de loin. Avant de publier une vidéo ou une photo, mieux vaut vérifier qu’elle ne mette personne en danger. De son côté, Le Poing réduit la qualité des photos prises lors d’émeutes et floute les visages (ce site internet permet de réduire en ligne la taille d’une photo, et celui-ci de flouter en ligne).

Malgré ces conseils, gardons en tête qu’il y aura toujours des personnes – pas forcément mal intentionnées – pour prendre des vidéos dangereuses lors des mobilisations, et qu’il appartient donc aux manifestants de se protéger.