Au CongrĂšs national indigĂšne,
Au Conseil indigĂšne de gouvernement,
Aux peuples du Guerrero,
Aux peuples du Mexique et du monde,
À la Sexta nationale et internationale,
Aux réseaux de résistance et de rébellion,
Aux réseaux de soutien au CGI,
Aux mĂ©dias honnĂȘtes, libres et autonomes,

Nous, les peuples autochtones qui faisons partie du Conseil indigĂšne et populaire du Guerrero‑Emiliano Zapata, du Front national de LibĂ©ration du peuple FNLP et de l’Organisation paysanne de la Sierra du Sud OCSS, nous vous informons, sƓurs et frĂšres, que nous nous opposons avec grande colĂšre et tristesse Ă  la position politique de la prĂ©sidence dirigĂ©e par AndrĂ©s Manuel LĂłpez Obrador qui laisse libre l’armĂ©e et qui l’utilise pour mener Ă  bien la “tĂąche de sĂ©curitĂ©” censĂ©e faire face au crime organisĂ©, lequel a provoquĂ© la violence Ă  grande Ă©chelle dans nos villages.

Il nous semble que le rĂ©gime Ă©tatique n’a pas changĂ©, mais que le vrai visage du pouvoir actuel s’est renforcĂ©. Il utilise la mĂȘme mĂ©thode que Felipe CalderĂłn qui avait dĂ©clarĂ© la guerre au narcotrafic en militarisant le pays en 2006. Cela avait produit de multiples injustices et le deuil de milliers de familles, victimes des mains du crime organisĂ©, restĂ© impuni jusqu’à ce jour : aucune enquĂȘte de la part des institutions responsables n’a Ă©tĂ© menĂ©e Ă  son encontre. Le prĂ©sident actuel a promis de rendre justice et, pourtant, il n’a rien fait, bien au contraire, il maintient l’impunitĂ© avec laquelle a toujours opĂ©rĂ© l’État mexicain.

Pour nous, peuples autochtones, la problĂ©matique qui s’intensifie aujourd’hui ne fait aucun doute, consĂ©quence de la stratĂ©gie prĂ©sidentielle de militariser tous les coins de notre pays. Il est clair que l’armĂ©e exerce un contrĂŽle sur nos peuples et nos villages. Mais quels objectifs prĂ©sidentiels poursuit toute cette prĂ©sence militaire ?

Quelle coĂŻncidence que la militarisation concerne plus le Sud que le Nord du pays… Ne s’agirait-il pas de freiner la lutte de rĂ©sistance des peuples frĂšres du CongrĂšs national indigĂšne et du Conseil indigĂšne de gouvernement, qui sont aujourd’hui les gardiens dans la lutte pour la dĂ©fense des terres et du territoire, ceux-lĂ  mĂȘme qui ont maintenu une lutte de longue haleine contre ce systĂšme gĂ©nocidaire et invasif de guerre d’extermination pendant 527 ans ? Et quelle coĂŻncidence que ces dĂ©cisions de militarisation contre les peuples aient Ă©tĂ© prises au milieu d’une crise suscitĂ©e par le Coronavirus


Avec l’arrivĂ©e des forces militaires, la violence peut s’accroĂźtre considĂ©rablement comme Ă  l’époque de Felipe CalderĂłn, lorsque les meurtres, les violations aux droits humains et les emprisonnements d’innocents, les culpabilitĂ©s fabriquĂ©es, les disparitions forcĂ©es, les fĂ©minicides se sont multipliĂ©s en mĂȘme temps que se sont dĂ©veloppĂ©s la corruption au niveau institutionnel de l’État, les rackets, les extorsions, les menaces de mort, les fosses clandestines et les effusions de sang partout.

La militarisation entraĂźne des atrocitĂ©s sanguinaires. Nous avons observĂ© que ces mĂ©thodes prĂŽnĂ©es par le mauvais gouvernement n’amĂ©liorent rien, au contraire, elles augmentent les violations des droits humains, les exĂ©cutions extrajudiciaires et la torture des combattants sociaux Ă  travers la complicitĂ© des trois niveaux de gouvernement.

La militarisation de la quatriĂšme transformation consiste en fait Ă  nous dĂ©placer pour s’approprier de nos terres. Un exemple clair de cela, ce sont les projets comme le Couloir interocĂ©anique de l’Isthme de Tehuantepec, le “Train Maya”, le “Projet intĂ©gral Morelos”, l’extractivisme, les centrales hydroĂ©lectriques, l’agro-industrie, les couloirs industriels, les gazoducs, les olĂ©oducs, le fracking et les parcs Ă©oliens.

Il est clair pour nous que ces projets capitalistes affecteront nos peuples et entraĂźneront la destruction des forĂȘts et la pollution de nos eaux et de nos montagnes, sans compter qu’en outre ils dĂ©truiront l’autonomie des communautĂ©s et des peuples, mais peu importe cela pour eux.

C’est pour cela que la Garde nationale de la quatriĂšme transformation sĂ©lectionne des organisations, des groupes, des personnes et des communautĂ©s organisĂ©es et rĂ©sistantes dans le but de les fragmenter, les faire s’affronter, les diviser et les dĂ©sarticuler, afin de lĂ©gitimer son discours pour faire aboutir tous ses projets de mort.

Ces chefs d’État qui ont un nom et un prĂ©nom ne se prĂ©occupent pas du bien-ĂȘtre des populations. Ce qui les intĂ©resse c’est de s’entendre avec leurs amis milliardaires et peu leur importe d’écraser les villages et les communautĂ©s pour s’approprier ce que les peuples originaires ont su prĂ©server pendant des milliers d’annĂ©es. Ils se prĂ©cipitent alors pour Ă©crire des lois et les faire passer dans le but de privatiser.

Que soient jugés et punis les commanditaires des meurtres de tous les frÚres membres du CNI tombés pour avoir défendu la terre et le territoire !

Stop aux féminicides et à la violence contre les femmes !
Liberté pour tous les prisonniers politiques !
Stop aux déplacements forcés !
Stop à la guerre contre les peuples en résistance et en rébellion !

“Plus jamais un Mexique sans nous”

Guerrero, Mexique, 14 mai 2020


Article publié le 07 Juin 2020 sur Monde-libertaire.fr