« Il est grand temps de se rebeller, vous ne trouvez pas ? XR est un mouvement international qui ne cesse de grandir depuis 2018. Il nous faut montrer notre cohésion, notre unité derrière notre horizontalité et faire briller de mille feux notre rayon d’action sur toute notre belle planète. »

Ainsi commence l’appel à la semaine mondiale d’action d’Extinction Rebellion (XR), à la fin de laquelle l’efficacité d’une organisation âgée d’un an, capable d’interpeller d’un seul geste et au même moment les gouvernements de dizaines de pays, convoque une sorte d’interrogation. Le verrouillage pendant cinq jours d’une zone pivot du centre de Paris en a surpris plus d’un, dont l’auteur de ces lignes qui s’est même demandé si les rares pandores aux abords n’allaient pas, en guise de Flashmob, faire don de leurs képis pour y servir la soupe aux Peace Keapers fatigués.

Très Troublant… Cet article qui n’épuisera pas le sujet se concentre sur le financement, les revendications, et l’organisation d’XR. Faute de place, il laissera les lecteurs s’interroger – peut-être conclure – sur les raisons de la clémence des autorités.

Financement vert – comme le billet ?

XR est un mouvement international dont les headquarters (la maison mère) sont à Londres. Le chapitre français qui a refusé les 50,000€ alloués pour financer son bootstrap (phase de démarrage), affirme ne recevoir que les dons des membres et surtout minimiser ses coûts. Grâce à la récup’ et au DIY (bricolage), l’occupation du pont au Change n’aurait coûté que quelques milliers d’euros issus des quelques 8000 membres et des 74 000 abonnés de son compte FaceBook.

Coté maison mère par contre, en Angleterre, le financement du mouvement et de ses salariés est loin d’être à la seule charge des 330 000 abonnés Facebook. A côté de célébrités, comme le groupe Radiohead qui vend en ligne en faveur d’XR, 18 heures d’archives de son album phare OK Computer, on trouve également le Cimate Emergency Fund (Fonds Urgence Climatique), une fondation états-unienne lancée début juillet 2019 qui lui a alloué $350 000, et est en mode fund-raising (levée de fonds) à la recherche de quelques millions de dollars. À sa tête, une héritière de Robert Kennedy, une héritière de Paul Getty (empire pétrolier) et aux commandes un certain Trevor Neilson. Le Directeur Exécutif de cette fondation est un Young Global Leader de ce Forum Economique Mondial qui se réunit chaque année à Davos dans le but de « fournir une plate-forme aux 1000 entreprises leader mondiales pour créer un meilleur futur ». On le retrouve lobbyiste pour la fondation Bill & Melinda Gates auprès du Congrès US, collaborateur de Bill Clinton à la Maison Blanche, et plus récemment Directeur Exécutif de la Global Business Coalition qui regroupe 200 des plus grandes firmes de la mondialisation afin d’être à l’échelon mondial « The voice of enterprise » (La voix de l’entreprise). Aux commandes : Bill Gates (Microsoft), George Soros (multi-milliardaire requin de la finance) et Ted Turner (magnat de la publicité, propriétaire de CNN).

Leader incontesté des défenseurs du climat et de la biodiversité, le MEDEF est membre de cette coalition… Les deux ont conjointement organisé début juillet à Aix les Bains la réunion du B7, ou Business 7, qui rassemble les méga-entreprises des pays membre du G7). Une des recommandations nous intéresse particulièrement ici (nous traduisons) :

« Promouvoir la réelle mise en œuvre des Accords de Paris par les principaux pays émetteurs, en accélérant la Recherche, le Développement et le Déploiement (R&D&D) des technologies innovantes »

Autrement dit, faire financer par les contribuables l’essor mondial du capitalisme vert…

Ce qui nous conduit au tout premier maillon de la chaîne, à sa source peut-être : le Green New Deal. Réactivation « verte » du New Deal de Roosevelt, c’est l’indispensable projet phare du parti Démocrate US. L’immense choc produit par la défaite de Hillary Clinton à une élection inratable, avait mis en évidence le vide abyssal d’un programme se contentant d’agréger le soutien à une mosaïque de communautés aux sujets sociétaux chers aux « progressistes diplômés », cible électorale du priapique Bill Clinton. Pour faire financer leurs campagnes par les banques et la « nouvelle économie », les new democrates avaient tout simplement délaissé les ouvriers pour les cadres.
Mais renouer avec la classe ouvrière répugnait aux gagnants de la mondialisation, il fallait une Très Grande Idée. Le Green New Deal est cette idée géniale ! Une idée à vrai dire extraordinaire, car à double détente. Le premier coup pour revenir aux commandes et le second pour faire « exiger » le financement du capitalisme vert par ceux-là même qui le paieront !
Le Green New Deal est le cœur et le moteur du capitalisme vert. Ces ultra-riches et ces méga-entreprises qui financent le Climate Emergency Fund qui à son tour finance XR, sont ceux-là même qui contrôlent le parti démocrate et recevront les tsunamis de dollars du Green New Deal. Par ce coup de maître d’un parti que l’on croyait à terre, la nouvelle économie déjà numéro un à Wall-street, part à l’assaut de l’économie extractiviste vigoureusement soutenue par Donald Trump.

Dans ce combat des modernes contre les anciens pour le contrôle de l’économie occidentale, inconsciente des enjeux, l’innocente Gaïa joue le rôle de l’arme de destruction massive.

Revendications
Le mouvement affiche quatre revendications :
1. La reconnaissance de la gravité et de l’urgence des crises écologiques
2. La réduction immédiate des émissions de gaz à effet de serre pour atteindre la neutralité carbone en 2025
3. L’arrêt immédiat de la destruction des écosystèmes océaniques et terrestres, à l’origine d’une extinction massive du monde vivant
4. La création d’une assemblée citoyenne chargée de décider des mesures à mettre en place pour atteindre ces objectifs et garante d’une transition juste et équitable

Hop ! C’est fini… Les revendications se résument à deux injonctions bien peu réalistes – neutralité carbone et une sorte de résurrection des morts – et surtout, elles s’adressent aux états, à ceux-là même qui depuis deux siècles ont méthodiquement produit cette situation. XR conduit ses militants et sympathisants à penser que le pyromane sera le pompier.

Le point quatre est également des plus pervers… Il veut faire croire que le colossal changement qu’implique la satisfaction des revendications deux et trois, peut résulter des décisions d’une assemblée citoyenne… L’objectif évident est de dépolitiser le sujet et surtout d’évacuer à la base, grâce à l’expression même des revendications qu’il faudra crier, répéter, expliquer sans fin, la question des conditions de possibilité d’un changement radical de société.

« Notre horizontalité »

Un compagnon de la Fédération Anarchiste nous confirme qu’un groupe XR peut se constituer, décider de façon autonome de ses actions tant qu’il respecte rigoureusement la Charte du mouvement. En France, des comptes Facebook, Twitter ou Telegram permettent d’échanger librement, et l’absence de modérateur évite la censure qu’on a pu retrouver par exemple sur certains comptes FB des Gilets Jaunes. Le problème par contre survient si l’on s’intéresse à l’échelon « du dessus »… car s’il existe bel et bien, il n’est en aucune façon l’émanation des groupes. Ce mouvement a une direction, en Angleterre, qui définit ses objectifs, ses modalités d’action, ses alliances et sa stratégie de développement mondial. La verticalité très présente et très dense est simplement cachée, et ceci pour une raison évidente : on ne peut plus mobiliser les gens sur le mode de l’autorité ! Le groupe affinitaire est la modalité adaptée à l’époque, et le capital conscient de l’air du temps l’a bien compris, qui en quelques décennies est passé d’un management autoritaire inspiré du militaire à un mode indirect mobilisant plaisir de faire et désir d’accomplissement. Mais l’autorité reste absolue quant à la définition des objectifs et à l’allocation des ressources. On retrouve au sein d’XR ce modèle largement déployé, par exemple, au sein des GAFA : une petite structure toute puissante articule finances et objectifs ; elle recrute et gère des groupes créatifs et autonomes, sauf pour quelques critical processes (processus critiques) qui sont verrouillés, intouchables, comme ici, la désobéissance civile non-violente.

Qu’en penser ?

Notre première exploration des cuisines d’XR, nous donne le sentiment suivant, encore à peine sec et à l’emporte-pièce : cet OVNI peut s’interpréter comme une Civic Tech (start-up « citoyenne ») financée par les ultra-riches et les méga-entreprises de la nouvelle économie qui contrôlent le parti démocrate US. Elle pourrait s’auto-décrire comme ci-dessous, lors par exemple d’un rendez-vous avec de gros investisseurs/donateurs. La notion de « fenêtre d’opportunité », en particulier, est un élément majeur ; c’est le moment où de grandes ruptures sont possibles, pas avant et plus après.

Mission: la campagne marketing et communication d’un New Deal Vert Occidental
Innovation scientifique : une théorie sociologique des foules reposant sur des accélérations non-linéaires de l’effet Copy-cat (Moi aussi!) lors du dépassement du seuil de 3,5%
Innovation technique : lancer les populations dans les rues
Opportunity window(Fenêtre d’opportunité) : les populations sont ultra-sensibilisées suite à la Cop21 et aux rapports du GIEC. Angoisse eschatologique au sein des jeunes générations.
Stratégie : désobéissance civile rigoureusement non-violente « à tout les coups on gagne » : « Pont bloqué : on gagne, ou bloqueurs en prison : on gagne ! »
Blocages fun et festifs : créativité, musiques, danses, communions, décorations.
◦ Inciter un tiers des militants à se faire arrêter et 10-20% à faire de la prison.
Tactique/Process : articuler autonomie des pays et horizontalité des groupes avec le contrôle vigoureux de la communication et de l’adhérence aux principes non violents. Rendre obligatoire les formations techniques et politiques
Risques : difficulté de contrôle de certains groupes/pays, retrait de gros donateurs.
Scale-up (Croissance) : déploiement simultané sur tout l’occident et ses zones d’influence
Financement :
◦ Artistes, ultra-riches et corporations mondialisées de la nouvelle économie
◦ Financement participatif des militants et sympathisants
Atouts :
◦ Énorme couverture médiatique pendant et après les Cop et le GIEC ; sujet hot hot hot !
◦ Formidable réseau d’influenceurs et décideurs à l’échelle mondiale
◦ Accès privilégié aux instances de gouvernance nationales et mondiales
◦ Soutien massif des artistes, des scientifiques et des médias
◦ Équipe de direction très expérimentée.

Constat complémentaire, ceci ne colle pas avec les analyses, les désirs et les croyances des militants et des sympathisants avec lesquels nous avons échangé en France, sur le Pont au Change. Pas si étonnant ; il faut savoir que bien qu’il reconnaissent la qualité de notre travail, les dirigeants des entreprises US ont une sainte horreur des Français, il doit bien y avoir une raison…

Le mot de la fin

Trevor, le patron du Climate Emergency Fund dirige également, un important fond d’investissement sur les nouvelles technologies, fondé avec avec le petit-fils de Warren Buffet, troisième fortune mondiale, et constitué de 56 world’s leading families (les plus puissantes familles mondiales) Voici ce qu’on trouve sur le site de l’entreprise (notre traduction, et c’est nous qui soulignons).

« Nous devons penser plus grand. Nous devons accepter la notion selon laquelle le capitalisme est l’une des forces les plus puissantes de la planète, et si nous construisons et investissons dans des entreprises qui ont un but positif, nous pouvons créer un changement durable à une échelle que nous avons seulement imaginée. »

Qui a parlé de Capitalisme vert ?

— Nuage Fou

Note : tous ces mots en italique dont nous avons caviardé ce petit texte sont le quotidien des dirigeants des startups. On les trouve également dans la communication de XR UK.


Article publié le 16 Déc 2019 sur Monde-libertaire.fr