Avertissement de contenu : brutalitĂ©s policiĂšres, violence sexuelle institutionnelle, incarcĂ©ration.

Note de la traduction : Ceci est la traduction d’un texte critique des tactiques, de l’organisation, et de la stratĂ©gie d’Extinction Rebellion au Royaume-Uni. Le partage de ces critiques m’a paru pertinent, cependant cela n’implique pas que ces critiques soient nĂ©cessairement applicables aux comitĂ©s locaux d’Extinction Rebellion en France ou ailleurs. Par ailleurs, ces critiques organisationnelles ne visent pas Ă  dĂ©nigrer l’engagement des participant.es aux action de XR.

Introduction

Out of the Woods est tout Ă  fait convaincu de la nĂ©cessitĂ© d’agir par tous les moyens nĂ©cessaires pour faire face Ă  la crise Ă©cologique. Mais tous les moyens ne sont pas nĂ©cessaires.

Ces préoccupations sont si graves que nous décourageons la participation à des actions de XR

A travers cette critique en trois parties, nous voulons montrer que les tactiques, la forme organisationnelle et les stratĂ©gies utilisĂ©es par la Extinction Rebellion (XR) ne sont pas seulement inutiles, mais sont profondĂ©ment dommageables. Elles mettent en danger celleux qui y participent, d’autres groupes utilisant l’action directe pour lutter pour un changement politique (maintenant et Ă  l’avenir), et dĂ©finissent la crise Ă©cologique d’une maniĂšre qui laisse la porte ouverte aux “solutions” dystopiques. Nous ne faisons pas ces critiques pour dĂ©nigrer celleux qui ont participĂ© Ă  leur actions : nous admirons leur engagement et leur bravoure et nous sommes solidaires de celleux qui sont confrontĂ©.es Ă  la rĂ©pression de l’État [2]. Ces prĂ©occupations sont si graves que nous dĂ©courageons la participation Ă  des actions de XR.

Nous ne sommes pas les seuls Ă  critiquer XR. Bien que nous soyons d’avis que les critiques formulĂ©es ici nous sont propres, nous reconnaissons le travail d’autres personnes sur lesquelles nous nous appuyons et avec lesquelles nous espĂ©rons ĂȘtre lus en retour. [3]


Nos prĂ©occupations au sujet des pratiques de XR se situent Ă  trois niveaux fondamentaux : leurs tactiques (comment ils mĂšnent leurs actions), leur organisation (comment ils sont structurĂ©s), et leur stratĂ©gie (leur plan d’action Ă  long terme) :

  • Tactiques : Le fait que XR considĂšre la police et les forces de sĂ©curitĂ© en tant qu’alliĂ©s tactiques et leur mĂ©thode de recherche du plus grand nombre d’arrestations possible mettent inutilement en danger ceux qui participent Ă  leurs actions. Cela fournit un service de propagande pour la police et les prisons, qui ne seront jamais que des ennemis dans la lutte pour l’écologie. Elle crĂ©e Ă©galement des dangers importants pour d’autres groupes impliquĂ©s dans l’action directe et la lutte collective, y compris ceux qui travaillent avec XR et ceux qui pourraient se former dans l’avenir.
  • Organisation : celleux qui participent aux actions de XR le font en prenant des risques personnels considĂ©rables, mais les gains en sont retirĂ©s par ses dirigeant.es. En outre, en dĂ©pit de rĂ©fĂ©rences envers des modes d’organisation non hiĂ©rarchiques, XR demeure une organisation verticale avec peu de place pour le dĂ©saccord.
  • StratĂ©gie : la maniĂšre dont les dirigeants de XR ont l’intention de faire progresser l’élan et l’influence que ses actions ont permis d’obtenir est profondĂ©ment imparfaite. Ils comprennent mal la nature de la crise, le rĂŽle de l’État, le rĂŽle du capital et rĂ©pĂštent souvent des idĂ©aux Ă©co-nationalistes. Ils ne mĂšneront pas Ă  une Ă©closion Ă©cologique, mais au mieux Ă  une dystopie verte.

Nous ne nous attendons pas Ă  ce qu’une organisation soit parfaitement formĂ©e dĂšs sa crĂ©ation, bien sĂ»r. C’est particuliĂšrement le cas Ă  l’heure actuelle, avec le peu de mĂ©moire historique d’action directe dans et en tant que lutte collective. Cela est dĂ» en grande partie aux actions violentes de la police et de l’État, qui ont dĂ©libĂ©rĂ©ment et diligemment travaillĂ© pour dĂ©truire les luttes collectives antĂ©rieures visant Ă  l’épanouissement Ă©cologique. Cependant, la gravitĂ© de nos prĂ©occupations, particuliĂšrement Ă  la lumiĂšre de la structure antidĂ©mocratique de XR, signifie que nous ne croyons pas qu’il soit utile de chercher Ă  rĂ©former XR de l’intĂ©rieur (comme certains d’entre nous ont essayĂ© de le faire).

Ci-dessous, nous prĂ©sentons notre critique des tactiques de XR. Dans les semaines Ă  venir, nous publierons les deuxiĂšme et troisiĂšme parties de notre critique, en nous concentrant sur la forme organisationnelle de XR et sa stratĂ©gie. Alors que XR crĂ©e des groupes Ă  l’échelle internationale, nous nous concentrons principalement sur le Royaume-Uni dans les trois parties de notre critique, car c’est lĂ  que le groupe rĂ©alise actuellement le plus de progrĂšs et que les connaissances et les expĂ©riences des membres d’OotW [Out of the Woods] impliquĂ©s dans la rĂ©daction de cet article sont fondĂ©es.

Introduction aux tactiques d’Extinction Rebellion

Extinction Rebellion cherche Ă  faire arrĂȘter ses partisan.nes et espĂšre que certain.es d’entre elleux seront emprisonnĂ©.es. Dans une vidĂ©o aujourd’hui cĂ©lĂšbre tournĂ©e au pont de Londres bloquant la manifestation de novembre 2018 (qui a introduit XR sur le devant de la scĂšne), le fondateur Roger Hallam est vu en train d’organiser des manifestant.es sur le pont Lambeth Ă  Londres. AprĂšs avoir rassemblĂ© les manifestant.es au centre de la chaussĂ©e, il dit Ă  un officier de liaison de la police que « nous ne voulons pas vraiment bloquer les routes Â» et se plaint Ă  ce flic que « les arrestations ne se font pas assez vite Â». [4] Il suggĂšre mĂȘme que la police loue des autobus pour transporter les personnes arrĂȘtĂ©es (une tactique adoptĂ©e avec plaisir lors des manifestations de XR en avril 2019). Hallam explique clairement la logique derriĂšre cette tactique dans un article du Guardian :

…ce n’est que par la perturbation, l’infraction aux lois, que vous obtenez l’attention dont vous avez besoin….ce n’est que par le sacrifice – la volontĂ© d’ĂȘtre arrĂȘtĂ© et d’aller en prison – que les gens prennent au sĂ©rieux ce que vous dites. Et… ce n’est qu’en Ă©tant respectueux de nous-mĂȘmes, du public et de la police que nous pouvons changer le cƓur et l’esprit de nos adversaires.

Les leaders de XR sont plus que respectueux envers la police. Ils les aident activement Ă  mener des arrestations, ainsi qu’à obtenir des condamnations des tribunaux. Par exemple, ils ont fait connaĂźtre l’existence d’ordonnances en vertu de l’article 14 imposant des limites aux manifestations : les gens ne peuvent ĂȘtre poursuivis pour avoir enfreint l’une de ces dispositions que s’ils Ă©taient au courant de son existence. De telles tactiques semblent fonctionner : la police mĂ©tropolitaine a arrĂȘtĂ© environ 1 100 personnes lors de la manifestation de XR en avril 2019, et a annoncĂ© qu’elle cherchait Ă  transmettre les dĂ©tails de toutes ces personnes au Crown Prosecution Service [Service des poursuites judiciaires de la Couronne]. Ces affaires sont maintenant amenĂ©es devant les tribunaux.

La police est dĂ©crite comme un facilitateur antagoniste, plutĂŽt qu’un ennemi, de la lutte

Un tel modĂšle de changement social (sur lequel nous nous concentrerons dans notre prochain article sur la stratĂ©gie de XR) amĂšne Hallam et XR Ă  dĂ©crire les forces de sĂ©curitĂ© comme quelque chose que vous voulez subvertir et non dĂ©nigrer. C’est une mĂ©thode Ă©tonnante pour quiconque a l’expĂ©rience des manifestations au Royaume-Uni, mais elle est essentielle Ă  la (mauvaise) comprĂ©hension du pouvoir par XR. La police est dĂ©crite comme un facilitateur antagoniste, plutĂŽt qu’un ennemi, de la lutte. Incroyablement, Hallam affirme que la Metropolitan Police [5] « est probablement l’une des forces les plus civilisĂ©es au monde Â» , employant une « Ă©quipe professionnelle de gars qui vont aux manifestations sociales Â» . En consĂ©quence, XR ignore des dĂ©cennies d’expĂ©rience en maintenant que le refus de parler Ă  la police « est plus susceptible de provoquer la violence policiĂšre Â» , et suggĂšre que les participant.es aux actions devraient parler de leurs motivations aux agents lorsqu’iels manifestent et, s’iels sont arrĂȘtĂ©s, au poste de police.

Pour XR, l’expĂ©rience d’ĂȘtre arrĂȘtĂ© par ces “professionnels” est aussi susceptible d’ĂȘtre civilisatrice. Une publicitĂ© pour leur ’Non-Violent Direct Action Training’ [Formation Ă  l’action directe non-violente] mentionne qu’elle traite du « plaisir d’ĂȘtre enfermĂ© Â», tandis qu’une autre fondatrice de XR, Gail Bradbrook, a dĂ©clarĂ© que :

il n’y a pas de meilleur endroit pour faire face au dĂ©chirement du changement climatique qu’une cellule de dĂ©tention. D’aprĂšs son expĂ©rience, le fait d’ĂȘtre arrĂȘtĂ©e a une qualitĂ© de “rompre le charme”, transformant les pressions profondĂ©ment enracinĂ©es de la sociĂ©tĂ© pour qu’elles se conforment Ă  un nouveau sens du pouvoir personnel. Plusieurs autres bĂ©nĂ©voles de Extinction Rebellion ont rapportĂ© des Ă©piphanies similaires : l’une a subi une catharsis Ă©motionnelle alors que – seule dans sa cellule – elle se sentait enfin en sĂ©curitĂ© pour pleurer Ă  chaudes larmes ; une autre a senti un lien puissant avec une lignĂ©e de combattants de la libertĂ© passĂ©e.

Ce n’est pas seulement la cellule de garde-Ă -vue qui, d’aprĂšs XR, fournit des Ă©piphanies autonomisantes : pour eux, la prison peut ĂȘtre « une expĂ©rience Ă©mouvante et de mĂ»rissement Â», mĂȘme si elle exige « une certaine conscience de soi et un certain dĂ©tachement Â» ; une« forme de “transcendance” pour rĂ©aliser que ce n’est pas Ă  propos de “soi-mĂȘme” Â». Dans leur guide de la prison maintenant supprimĂ©, [6] ils ont fait l’étonnante (et tout Ă  fait fausse) affirmation que « si vous faites profil bas et Ă©coutez les gens – il y a beaucoup Ă  apprendre de cet environnement Â».

La police n’est pas faite pour ĂȘtre subvertie

 [7]

Il y a, en effet, beaucoup Ă  apprendre. Mais les dirigeant.es de XR n’écoutent pas. Au lieu de cela, iels masquent le rĂŽle que la police et les prisons jouent dans la sociĂ©tĂ© et mentent sur les dangers qu’elles reprĂ©sentent pour les personnes arrĂȘtĂ©es et les manifestant.es. En rĂ©ponse aux critiques, iels ont maintenant reconnu le « racisme structurel Â» de la police et du systĂšme judiciaire et ont reconnu les « mensonges, agressions, traumatismes des flics espions et pire encore Â» de la police, mais le fait que c’est la fonction mĂȘme de la police est nĂ©gligĂ©. En effet, dans ce mĂȘme texte, ils ne se contentent pas de blanchir Ă  la chaux la police et les services pĂ©nitentiaires, mais rĂ©pĂštent leur propagande. Ils sont mĂȘme heureux que les partisans « expriment leur gratitude et leur amour envers les policiers Â», mĂȘme s’iels « comprennent Â» qu’il peut ĂȘtre « difficile et aliĂ©nant [pour certains] d’en ĂȘtre tĂ©moins Â». [8]

Le groupe d’entraide juridique Green and Black Cross (GBC) a dĂ©clarĂ© que, « au moins pour l’instant Â», ils « se retirent du soutien apportĂ© Ă  l’organisation Extinction Rebellion Â» .

Ce n’est pas la naĂŻvetĂ© d’une nouvelle organisation, ni simplement de celleux dont le privilĂšge les a auparavant protĂ©gĂ©s des rĂ©alitĂ©s de la police, de la CPS [Service des poursuites judiciaires de la Couronne] et des prisons. Il s’agit d’une manipulation dĂ©libĂ©rĂ©e et malveillante face aux avertissements rĂ©pĂ©tĂ©s d’autres groupes et de militants de XR absolument dĂ©terminĂ©s Ă  utiliser une action directe (parfois illĂ©gale) pour Ă©viter une nouvelle crise Ă©cologique. Dans une dĂ©claration qui montre clairement l’impunitĂ© avec laquelle les dirigeants de XR pensent agir, le groupe d’entraide juridique Green and Black Cross (GBC) a dĂ©clarĂ© que, « au moins pour l’instant Â», ils « se retirent du soutien apportĂ© Ă  l’organisation Extinction Rebellion Â».

Comme GBC l’indique clairement, les consĂ©quences de cette situation s’étendent Ă  d’autres organisations qui travaillent avec XR, et Ă  celles qui cherchent Ă©galement Ă  utiliser l’action directe pour crĂ©er un rapport de force sur la justice Ă©cologique en dehors ou aprĂšs XR. Ces malentendus et ces fausses dĂ©clarations rĂ©vĂšlent Ă©galement la position privilĂ©giĂ©e Ă  partir de laquelle XR exerce ses activitĂ©s et prĂ©sume que les personnes qui participent Ă  ses actions partagent sa responsabilitĂ©. L’un de leurs ” 10 principes de travail ” peut ĂȘtre d’attĂ©nuer activement les rapports de pouvoir, mais cela facilite activement leurs abus.

Pour sa part, Hallam affirme que l’opposition Ă  la police est fondĂ©e sur des « raisons idĂ©ologiques Â»

Pour sa part, Hallam affirme que l’opposition Ă  la police est fondĂ©e sur des « raisons idĂ©ologiques Â». Nous ne sommes pas en dĂ©saccord en soi, mais alors que pour nous l’idĂ©ologie est une maniĂšre de comprendre le monde basĂ©e sur l’expĂ©rience et la comprĂ©hension critique (et quelque chose dont personne ne peut se passer), pour lui c’est un ensemble dogmatique d’hypothĂšses qui empĂȘchent une vĂ©ritable comprĂ©hension. Il affirme, par exemple, que l’idĂ©ologie empĂȘche trop de gens de comprendre que « la police peut ĂȘtre coopĂ©rative dans des circonstances particuliĂšres Â» et de « tirer parti des nouvelles possibilitĂ©s Â» qui dĂ©coulent de cette comprĂ©hension. Le seul dogme dĂ©tachĂ© des faits est le sien.

La violence policiĂšre prend principalement deux formes Ă©troitement liĂ©es : la rĂ©pression des mouvements de masse qui menacent les divisions de la richesse et du pouvoir dans notre sociĂ©tĂ© ; et les actes quotidiens de harcĂšlement, d’intimidation et de violence plus explicite qui sont mĂ©diĂ©s par et au travers de la classe, la race, le sexe, la santĂ© mentale et physique, le statut migratoire (perçu), la validitĂ©, la richesse et la sexualitĂ©. Alors que la premiĂšre est plus directement pertinente pour une critique de XR, tout comme ce sur quoi nous nous concentrons principalement ici, nous pensons que leur inattention Ă  l’égard de la seconde tĂ©moigne de leur incapacitĂ© Ă  dĂ©velopper un mouvement en faveur de l’épanouissement Ă©cologique ouvert Ă  et dirigĂ© par celleux qui sont confrontĂ©s de maniĂšre disproportionnĂ©e Ă  la crise Ă©cologique (c’est-Ă -dire prĂ©cisĂ©ment les personnes les plus exposĂ©es Ă  la violence policiĂšre, tant structurelle que physique).

Pour la police, les individus “menaçants” sont toujours considĂ©rĂ©s comme des membres d’une collectivitĂ© plus large qui remet en question le statu quo

Il est Ă©galement important de comprendre comment ces deux formes de violence sont intimement liĂ©es : pour la police, les individus “menaçants” sont toujours considĂ©rĂ©s comme des membres d’une collectivitĂ© plus large qui remet en question le statu quo. Les “suspects” noirs ne sont jamais de simples suspects, mais des membres potentiels de grandes entreprises criminelles. Le but du maintien de l’ordre est donc la discipline collective et la punition de ces collectifs menaçants (rĂ©els ou perçus). C’est ce qu’on peut voir dans le rĂ©cit de Sam Swann sur les manifestants de XR qui ont signalĂ© Ă  la police « deux jeunes hommes Â» soupçonnĂ©s de vol Ă  la tire : ils ont ensuite Ă©tĂ© soumis Ă  des vĂ©rifications de leur statut d’immigration. [9] Ce processus de racialisation et de criminalisation est exemplaire de la façon dont la police catĂ©gorise les gens afin d’exercer un contrĂŽle social et fait partie d’une taxonomie de la violence qui relie le maintien de l’ordre au quotidien aux mĂ©thodes plus extraordinaires utilisĂ©es pour faire face aux manifestations. Que XR ne parviennent pas Ă  comprendre cela est rendu Ă©vident par leur lamentation sur le fait que les coupes dans les budgets de la police entravent la lutte contre les attaques au couteau. Les tactiques utilisĂ©es par la police pour s’attaquer ostensiblement Ă  ce problĂšme – contrĂŽles, fouilles et autres formes d’intimidation, de harcĂšlement et d’agression des jeunes Noirs – font, en fait, partie du problĂšme et ne fonctionnent pas. Pourquoi XR n’offre-t-elle pas plutĂŽt solidaritĂ© et soutien Ă  des groupes comme la London Campaign Against Police et State Violence, qui organisent des ateliers communautaires pour explorer les questions de violence chez les jeunes ?

[…] [10] (Ce passage parle de la police en gĂ©nĂ©ral plutĂŽt que de XR en particulier. Il est disponible en notes de bas de page.)

Les expĂ©riences d’arrestation, quant Ă  elles, sont souvent loin de l’expĂ©rience monastique Ă©piphanique vantĂ©e par XR. Les personnes arrĂȘtĂ©es sont souvent dĂ©tenues le plus longtemps possible sans inculpation, des heures d’isolement et d’inconfort dans une cellule n’étant brisĂ©es que par un entretien. Ces entretiens servent Ă  la fois Ă  recueillir des renseignements sur la manifestation et Ă  voir si des informations peuvent ĂȘtre extraites qui pourraient donner lieu Ă  des poursuites. En encourageant les personnes arrĂȘtĂ©es Ă  discuter de leurs intentions avec les policiers, XR les expose, eux et d’autres personnes, Ă  de sĂ©rieux risques de poursuites judiciaires : Netpol et GBC donnent des conseils beaucoup plus judicieux Ă  ces derniers, qui font remarquer qu’il n’existe « pas de conversation amicale avec un policier. Tout ce que vous dites peut et sera probablement utilisĂ© comme preuve Â» , comme le confirme cet important fil Twitter de Ben Smoke, accusĂ© de terrorisme aprĂšs avoir interrompu un vol charter de dĂ©portation en 2017. La police recueillera Ă©galement d’autres preuves Ă  partir de tout dispositif Ă©lectronique que vous avez sur vous au moment de votre arrestation, refusant souvent de les retourner sans raison valable pendant plusieurs mois. Cela inclue les contacts, ce qui signifie que la police obtiendra des informations mĂȘme sur les personnes qui n’ont pas Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es. Le refus de XR d’utiliser des services de messagerie cryptĂ©s lorsqu’ils discutent des actions les aidera de maniĂšre significative dans ce domaine.

Leur conseil sur la prison est Ă©galement dangereux : il ne s’agit pas, bien sĂ»r, d’une retraite pĂ©dagogique, mais d’un lieu violent et dĂ©shumanisant

La stratĂ©gie temporelle de l’État se poursuit lorsque la libĂ©ration sous caution est accordĂ©e (souvent assortie de conditions ridiculement draconiennes), lorsque les militant.es sont libĂ©rĂ©s loin de chez eux dans les petites heures du matin et, lorsque des poursuites sont engagĂ©es, en attendant le procĂšs et la procĂ©dure judiciaire. Au moment de leur derniĂšre action, XR prĂ©tendait que si vous plaidiez non coupable Ă  des accusations de comparution en cour, vous ne pouviez ĂȘtre dĂ©tenu en dĂ©tention prĂ©ventive que pendant ” environ 14 jours au maximum “. C’est une erreur : vous pouvez ĂȘtre en dĂ©tention provisoire jusqu’au procĂšs, ce qui peut prendre des mois. Leur conseil sur la prison est Ă©galement dangereux : il ne s’agit pas, bien sĂ»r, d’une retraite pĂ©dagogique, mais d’un lieu violent et dĂ©shumanisant. [11] Nous invitons tous les sceptiques Ă  lire cet excellent article de l’ancien prisonnier D Hunter dans The Independent (avertissement : viol). Comme nous, Hunter convient que l’action directe est nĂ©cessaire pour lutter contre le changement climatique, mais iel affirme qu’iel « ne peut pas comprendre une analyse oĂč le systĂšme carcĂ©ral est utilisĂ© comme un outil pour dĂ©fendre l’environnement Â». Pour elleux, comme pour tant d’autres, la prison Ă©tait un espace de traumatisme, d’agression sexuelle, de pauvretĂ© et de violence.

Étonnamment, les informations accessibles au public de XR ne contiennent aucune rĂ©fĂ©rence Ă  un soutien continu pour les personnes accusĂ©es ou condamnĂ©es

Étonnamment, les informations accessibles au public de XR ne contiennent aucune rĂ©fĂ©rence Ă  un soutien continu pour les personnes accusĂ©es ou condamnĂ©es, et un bulletin interne de XR a rĂ©vĂ©lĂ© que les dirigeants de XR ont, Ă  la consternation des groupes locaux, dĂ©cidĂ© de ne dĂ©penser aucun des fonds (considĂ©rables) de XR pour fournir un soutien juridique. Il s’agit lĂ  d’un stupĂ©fiant manquement Ă  leurs obligations et, comme nous le dĂ©velopperons dans la derniĂšre partie de cette critique, il soulĂšve de sĂ©rieuses questions sur les processus dĂ©cisionnels et les structures de pouvoir de XR, qui permettent aux figures centrales d’exercer un pouvoir Ă  l’échelle nationale grĂące aux risques encourus et aux coĂ»ts engagĂ©s par les membres locaux.

MĂȘme en l’absence d’accusations, la police aura recueilli des quantitĂ©s importantes de donnĂ©es pour chaque arrestation : ajouts aux bases de donnĂ©es sur “l’extrĂ©misme intĂ©rieur” , stockage de l’ADN et partage de l’information avec les forces policiĂšres dans tout le pays. Non seulement cela peut conduire Ă  des actes d’intimidation comme ceux dĂ©crits ci-dessus, mais cela facilitera aussi le maintien de l’ordre (et le dĂ©pĂŽt d’accusations) lors de manifestations ultĂ©rieures : les consĂ©quences pour l’avenir Ă  long terme des manifestations de masse dans ce pays sont donc menacĂ©es.

Ce n’est pas la lutte dont nous avons besoin

Ce ne sont pas les tactiques d’une institution qui peut ĂȘtre “subvertie”. La police et l’administration pĂ©nitentiaire ne seront pas conquises par des discussions polies, ni par une vague de sympathie Ă  l’égard des manifestants Ă©cologistes. L’agent de police peut ĂȘtre curieux, voire sympathique, mais mĂȘme lorsque de tels sentiments ne sont pas simplement un prĂ©texte offert au service de la collecte de renseignements, Ă  moins et jusqu’à ce qu’il cesse d’ĂȘtre policier/gardien de prison, il sera incapable d’apporter un changement positif. Au contraire, ils continueront Ă  faire partie d’institutions qui, tout au long de leur histoire, ont eu recours Ă  la violence, Ă  l’intimidation, Ă  la ruse et Ă  la violence sexuelle pour empĂȘcher ce changement positif. Bref, ils continueront d’ĂȘtre l’ennemi de la lutte dont nous avons si dĂ©sespĂ©rĂ©ment besoin. En travaillant avec eux, Extinction Rebellion s’affiche comme ne faisant pas partie de cette lutte.

Nos prĂ©occupations ne s’arrĂȘtent pas lĂ . Dans la deuxiĂšme partie de notre critique, nous expliqueront de quelle maniĂšre les dangers dĂ©crits ci-dessus apportent des avantages importants aux dirigeants de Extinction Rebellion, qui cherchent Ă  prĂ©server cette structure de pouvoir par un manque de redevabilitĂ© et de dĂ©mocratie. Dans la troisiĂšme partie, nous explorerons les objectifs plus larges de XR, en soutenant qu’à travers leurs adhĂ©sion Ă  l’État et au capital et la mobilisation de thĂšmes nativistes [12] , ils risquent de renforcer, plutĂŽt que d’attĂ©nuer, les impacts inĂ©gaux des crises Ă©cologiques.


Article publié le 29 AoĂ»t 2019 sur Mars-infos.org