Septembre 27, 2021
Par Lundi matin
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Une extradition pour un dĂ©lit non jugĂ© ? Ses avocats ont eu beau fouiller la jurisprudence italienne, française, europĂ©enne, ils n’ont rien trouvĂ© de semblable, nulle part dans leurs archives. Le 15 septembre dernier, des carabiniers de Turin ont interpellĂ© dans une rue de Bussoleno, village de la vallĂ©e de Suse et cƓur de la lutte no-tav, Emilio Scalzo, 66 ans, activiste anarchiste et militant historique du combat contre la construction de la nouvelle ligne Lyon-Turin. Mais s’il est visĂ© par une procĂ©dure d’extradition Ă©manant de la magistrature française, c’est pour sa prĂ©sence sur un autre terrain de bataille : celui de la solidaritĂ© concrĂšte aux milliers de personnes, migrantes et exilĂ©es, qui traversent ou tentent de traverser, souvent au pĂ©ril de leur vie, la frontiĂšre avec la France.

Ceux qui l’ont interpellĂ© dans une rue de Bussoleno Ă©taient en civils et ils ont agi si discrĂštement que pendant plusieurs heures, personne ne savait oĂč il Ă©tait passĂ© : leurs chefs savaient sa popularitĂ© dans la vallĂ©e. L’accusation Ă©manant de la France est de violence aggravĂ©e et d’outrage sur personne dĂ©tentrice de l’autoritĂ© publique. Comme a eu le temps de raconter Passamontagna.info avant que ce site devienne, pour des raisons que nous ignorons, indisponible, les faits seraient relatifs Ă  une manifestation qui eut lieu en mai dernier durant le camping « sconfiniamo la frontiera Â» [franchissons la frontiĂšre]. Partie de Claviere (Italie) la manifestation Ă  l’initiative de groupes anarchistes, a dĂ©bordĂ© en territoire français. Elle se voulait une riposte Ă  l’évacuation du refuge autogĂ©rĂ© Chez JĂ©sus Ă  Oulx (oĂč l’on portait assistance aux migrants). La manifestation en question avait Ă©tĂ© « presque aussitĂŽt attaquĂ©e Ă  coups de lacrymos et de grenades Ă©tourdissantes, par les gendarmes français, ces mĂȘmes gendarmes qui repoussent et Ă©puisent les personnes « sans les bons papiers Â», en les obligeant Ă  tenter des routes toujours plus dangereuses et mortelles. Â» Rappelons que le 16 septembre, deux Afghans ont fait une chute mortelle.




Le mandat d’arrĂȘt europĂ©en assorti d’une demande d’extradition qui vise Emilio est unique en son genre : il s’agirait de le transporter en France oĂč il serait mis en dĂ©tention provisoire avant mĂȘme d’avoir Ă©tĂ© jugĂ© ! Sans doute rĂ©sultat des relations toujours plus Ă©troites entre les parquets de Gap et de Turin, cette procĂ©dure donne 14 jours au tribunal de Turin pour accepter ou refuser l’extradition.

Comme l’écrivait Frank Cimini dans Il Riformista (16 septembre) :

« A l’évidence, l’Italie Ă©tait impatiente de dire oui Ă  la France au niveau de la rĂ©pression des mouvements contestataires et le moment est arrivĂ©. (
) Il est impossible de ne pas mettre en relation l’arrestation d’Emilio Scalzo avec les joutes rĂ©pressives en cours entre la France et l’Italie. Avant tout, il y a l’affaire des extraditions relatives Ă  neuf ex-militants de groupes de la lutte armĂ©e pour des faits remontant Ă  quarante et cinquante ans, arrĂȘtĂ©s Ă  Paris puis remis en libertĂ© provisoire en attendant le rĂ©sultat d’un processus politique et judiciaire qui s’annonce long et complexe. Pour l’instant l’Italie a Ă©tĂ© invitĂ©e Ă  complĂ©ter les dossiers relatifs Ă  chaque cas particulier.

En outre, la Cour de justice europĂ©enne devra d’ici la fin de l’annĂ©e fixer une date pour l’audience Ă  l’issue de laquelle elle dĂ©cidera de la compatibilitĂ© du dĂ©lit de « dĂ©vastation et pillage Â» avec l’ordre juridique français. En l’occurrence, il s’agit de l’histoire de l’anarchiste Vincenzo Vecchi condamnĂ© en Italie Ă  12 ans de rĂ©clusions pour des faits relatifs aux manifestations du G8 de GĂȘnes durant l’étĂ© 2001 et pour lequel l’Italie demande une extradition qui pour l’heure a Ă©tĂ© refusĂ©e. (
)

On voit que l’arriĂšre-plan de cette arrestation est dense de sous-entendus, et qu’il s’agit de savoir si les justices française et italienne vont travailler main dans la main et innover encore et toujours en matiĂšre de rĂ©pression des dissensus. La vallĂ©e de Suse a trĂšs vite affirmĂ© sa solidaritĂ©, avec une campagne d’affichage, une prĂ©sence devant la prison de la Valette Ă  Turin, oĂč il se trouvait et dĂšs le dimanche 19 septembre, une manifestation aux flambeaux, trĂšs nombreuse, jusque devant sa maison inhabituellement vide et silencieuse.

Le 23 septembre, Emilio a Ă©tĂ© remis en libertĂ© provisoire, avec assignation aux arrĂȘts domiciliaires, en attente d’une rĂ©ponse du tribunal de Turin sur la demande d’extradition. Ses amis lĂ -bas et ici restent en alerte.





Source: Lundi.am