Septembre 25, 2021
Par Paris Luttes
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TW : menace de viol par des mecs cis. Le paragraphe concerné commence et termine par **

On voulait écrire un truc sur ce qui s’est passé, parce qu’on trouve utile de se partager nos expériences au-delà de nos cercles locaux, c’est comme ça qu’on apprend et qu’on fait vivre la solidarité aussi.

De Nantes à Toulouse, de Turin à Madrid, de Berlin à Athènes, et partout ailleurs, des camarades vivent dans des squats, font vivre des squats, qu’ils soient d’organisation ou d’habitation, les défendent et construisent des analyses politiques autour de leurs situations respectives. Nous voulons nous inscrire dans cette dynamique.

Le 20 Septembre 2021, un squat de Montreuil qui venait de se monter s’est fait expulser par le propriétaire et sa bande de potes.

Des compagnon.nes anarchistes étranger.es avaient besoin d’un toit, et le 11 septembre nous avons ouvert toustes ensemble cette manifique et énorme maison dans le haut-Montreuil, preuve du contrat d’électricité à l’appui. La fenêtre était tout simplement grande ouverte, et le bâtiment était totalement vide et rénové, une perle ! Une énorme bâtisse sur 4 niveaux, et une dizaine de pièces à vivre totalement clean, un grand jardin… Le rêve à 20 minutes de Paname, quand généralement les prix des loyers en maison sont inabordables, et nous forcent à vivre à plusieurs entassés dans de petits apparts !

Le propriétaire c’était une entreprise, la SCI Faure, basée dans le 94 sur la Marne, à 1H de vélo. L’organisation n’était pas sans difficultés. Entre autres avec la barrière de la langue (il fallait traduire chaque réunion dans 1 ou 2 langues), les différentes cultures de squat, des niveaux de rapport à la violence différents, des temporalités serrées, mais c’était beau de le faire ensemble, avec différents niveaux d’implication et de soutien.

Depuis le début du processus, il était clair que les compagnon.nes, s’iels sont attaqué.es, voudraient se défendre. Nous avions décidé de nous rendre visibles depuis l’extérieur le 20 Septembre. Ce jour-là, vers 11H les guetteur.euses aperçoivent un gars qui panique devant le portail voyant qu’il y a un problème avec la serrure. Il réussit à entrer dans le jardin, fait le tour du propriétaire, mais ne tente rien.

Vers 13h on décide de s’afficher aux balcons. On y fout de la musique, on danse, on joue aux cartes. On se dit autant en profiter tant que tout va bien, aucun danger en vue. Des camarades à l’extérieur nous ramènent une grosse banderole qu’on fout entre les balcons « On habite ici ». signé « La Jalousie ». Jalousie ça veut dire rideau de métal dans une certaine langue. OK c’était une private joke mais les voisin.es qu’on saluait depuis le trottoir ont tous.tes kiffé quand on leur a expliqué, et quand iels comprenaient que nous squattions, nous souhaitaient la bienvenue, le bon courage, et les sourires fusaient. Un quartier somme toute accueillant et bienveillant.

Sauf que le proprio se pointe vers 15h, un mec de 60 ans au style bourge, doudoune sans manches matelassée, d’abord nous demande comment on est entré.es. Il nous informe que la maison a bel et bien été rénovée, pour être finalement détruite bientôt. On se dit que c’est cool et qu’on sauve un peu cette super maison en la squattant, dans ce quartier où PLEIN de maisons se font détuire pour construire des immeubles sécurisés. Un quartier, La Boissière, où le métro va pas tarder à arriver, les loyers à grimper, la vidéo-surveillance s’installe tout doucement, et les pauvres de dégager. Le proprio dit qu’il va appeler les flics, et part en disant que ça va pas se passer comme ça… Pour rentrer chez lui, dans … la maison voisine. TINTINTIN ! Eh merde, le proprio c’est le voisin.

Les recherches au cadastre n’indiquaient qu’une entreprise et on pensait que c’était un bon plan. On s’est pas doutés une seconde qu’on se retrouverait nez-à-nez avec le voisin comme proprio. On sait toujours pas exactement qui est ce mec vis-à-vis de l’entreprise. Mais en tout cas, là, on commence à se dire que la maison était trop bien pour être pour nous, et que vivre à côté de son proprio, ça pue sale.

Il revient 1h après, cette fois-ci bien plus menaçant. A base de « On va venir à plein vous déchirer la gueule », « Vous êtes mal tombé.es, ici vous êtes chez les *nom de nationalité* ! ». Il dit qu’on l’exploite LOL, qu’il va s’en prendre à nous physiquement si la police ne fait rien, mais que quand même la police est en route. On décide de faire jouer la liste SMS d’urgence et de ramener des potes. À l’intérieur, des personnes pas à l’aise avec les menaces de violences décident de partir, et on est finalement 3 à rester. On peut se dire que c’était une erreur d’être aussi peu dans la maison. En cas d’attaque ou de situation stressante, ça fait pas assez de monde pour se sentir fort.es et pour se répartir les tâches importantes.

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En 30 minutes, on voit débarquer progressivement des gros bras, casqués, gants coqués, plus ou moins véhéments. Ils sont tous plus jeunes que le proprio, environ 30 ans. S’ensuivent des échanges un peu vener, déjà entre les occupant.es et la dizaine de gros mecs. A base de « Je vais t’enculer », « Tu vas voir ce que je vais te faire quand je t’aurai mis la main dessus », « Attends un peu qu’on rentre tu vas voir ce qui va t’arriver » adressés à l’une d’entre nous, et on en passe. Ils défendent leur propriété, et nous, de l’intérieur et aussi de l’extérieur on leur dit que c’est absurde ce qu’ils défendent, que la maison est vide et qu’ils veulent la démolir de toute façon.

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Y’a aussi des altercations entre la dizaine de camarades venus nous soutenir et la bande de bâtards, ils pètent des cables tout seuls, rentrent dans le jardin en escaladant la grille, s’embrouillent avec nous, reviennent sur la rue, ré-escaladent la grille, checkent les portes de derrière. C’est un peu le bordel. Tout le monde est inquiet et certain.es pensent qu’on va se faire salement amocher. Nos camarades à l’extérieur ne savent pas vraiment quoi faire pour nous aider dehors, mais iels restent devant les grilles de la maison, certaines en s’interposant physiquement avec nos ennemis. Leur présence, même si elles n’est pas massive, est vraiment rassurante et nous donne de la force dans ce moment où on a toustes peur.

De base, on se préparait à se défendre physiquement avec nos outils à la main. En considérant le contexte rationnellement, on se dit que défendre ce lieu de vie par la force n’est clairement pas un objectif réaliste. Notre vie ici sera un cauchemar, le proprio est notre le voisin, et même si on gagne ce moment-là, on se fera emmerder voir agresser quotidiennement par la suite. En plus, ses potes se sont ramenés hyper vite, donc on ne dormirait jamais sereinement. Aussi on voit bien que nos ennemis sont 4 fois plus nombreux, costauds et agressifs que nous.

Devant les menaces et les tentatives de rentrer chez nous, deux camarades veulent proposer de discuter de stratégie de défense : est-ce que ça vaut la peine de se battre pour une maison dans laquelle nous ne pouvons pas vivre ? Et si oui, est-ce que ça vaut la peine de défendre la porte barricadée avec des armes ? Est-ce qu’il faut sortir par nous-mêmes et abandonner la maison ? Mais comme on parle pas la même langue, et qu’en plus on se retrouve dans un situation sur-stressante, il y a des quiproquos et cette discussion n’a pas pu avoir lieu. A posteriori, on se dit que dans ce genre de situation tendue, quand on essaie de transmettre une info à quelqu’un.e, on peut lui demander de répéter ce qu’on vient de lui dire, et lui demander qu’est-ce qu’elle doit faire, pour s’assurer que le message est bien passé malgré le stress ou le focus sur un autre problème que celui dont on veut discuter.

Après un certain temps, on décide de ne pas faire encore monter la tension, on change de stratégie et on se défendra à mains nues, d’autant plus qu’ils n’ont pas pris d’armes avec eux. On ne voulait pas abandonner aussi facilement non plus. À ce moment là, vu le contexte ce n’était plus une question de tactique dans un rapport de force où nous aurions nos chances, mais bien une question de dignité personnelle et collective. On est plusieurs à penser que quand on ouvre un squat, on peut se préparer à le défendre de milices privées, mais qu’il est sain de prendre chaque situation au cas par cas et ne pas s’entêter à continuer un plan qui ne correspondrait plus à la situation.

Alors on reste finalement tous les 3 à l’intérieur. On garde notre sang-froid même si on a peur, on s’équipe pour se protéger, casques, gants, on se prépare à se défendre dans la mesure du possible et on refuse de sortir. En entendant les bruits de défonçage de la porte, sans réfléchir on descend les escaliers et on se retrouve face à face avec notre petite porte, dont on s’est donnés tant de mal à changer la serrure, en train de se faire défoncer. Même si sur le coup ça nous a fait mal au cœur de descendre par nous-mêmes, on n’y a pas trop réfléchi et à posteriori on se dit que les situations de baston dans les escaliers finissent toujours mal d’après nos expériences avec des flics.

Ils finissent donc par entrer en défonçant leur porte, mal barricadée il faut le dire, même si y’avait quand même 2 mâts en fer appuyés contre la porte qui reposaient sur l’escalier. A posteriori on se dit aussi qu’on aurait vraiment dû mieux s’occuper des barricades, car elles auraient pu les empêcher de rentrer, et qu’on puisse quitter les lieux par nous-mêmes quand ça nous convenait.

Ils se jettent sur nous, mais très vite on comprend qu’il ne vont pas nous frapper, mais nous gueulent dessus pour nous faire sortir. Finalement c’est la cohue et ils nous poussent et nous font sortir physiquement. Quelques camarades de l’extérieurs se massent autour de la porte d’entrée avec dans l’idée de tenter de réagir si les bâtards commencent à nous tabasser. Au même moment la police nationale débarque, les occupant.es et les soutiens se taillent. De loin, on a l’impression que la police et les types chillent devant la maison. Normal, entre expulseurs on se comprend. Histoire de marquer le coup, des feux d’artifices sont tirés en direction de tout ce beau monde, et le tout finit en dispersion colorée.

Suite à ça les flics tournent en caisse dans le quartier pendant un petit moment, et vont interroger des voisin.es.

Après l’expulse de Belleville la semaine dernière, on annonce la couleur, ça va (re) squatter Montreuil !

A BAS LES PROPRIOS, les multi propriétaires, leurs gangs de merdes, à bas la police !

Vive l’entraide, la solidarité et la débrouille face aux galères de logement.






Source: Paris-luttes.info