Décembre 14, 2022
Par Union Communiste Libertaire (UCL)
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Née en 1900 en Pennsylvanie, Alice Neel va peindre dans les années 30 des grévistes, des émeutiers, des noirs, des latinos, des féministes, des leaders syndicalistes et communistes, des hommes nus au sexe exposé, des homosexuel·les affiché·es et des artistes puisque le portrait sera une de ses manières de prédilection.

Un trait d’un réalisme douloureux, un flou dont les contours et les couleurs évoquent Egon Schiele. Autant dire que la reconnaissance officielle se fera tardive, le FBI la plaçant sous surveillance dans les années 50. Elle sort définitivement du placard avec son portrait de la féministe Kate Millet qui fera la Une de Time Magazine. L’incroyable modernité politique de son œuvre remet brutalement en cause la prétention franchouillarde d’une translation des post-modernes parisiens vers l’intelligentsia américaine dans l’après-guerre d’où l’intersectionnalité nous serait revenue.

L’autre immense question politique c’est la formidable créativité accordée aux communistes américains par Staline. Car au même moment qu’outre Atlantique la sexualité s’affiche librement foisonnante, en URSS et sous l’égide de tous les PC de la planète, s’abat une morale « prolétarienne » étouffante et criminelle. Une tension qui ne transparait qu’au détour d’un petit carton sous un portrait d’un militant qui se plaint auprès d’Alice Neel du chef de la section culturelle du PC américain. Ce dernier morigène le militant au motif qu’aimer Debussy serait réactionnaire. À quoi la tornade Neel répond timidement  : « Je pense qu’on doit avoir un peu de liberté » !

Jean-Yves (UCL Limousin)

  • Alice Neel, Un regard engagé, Centre Pompidou, Paris, jusqu’au 16 janvier 2023.



Source: Unioncommunistelibertaire.org