Et puis, ça va vite de quoi ? De me mettre dans une toute petite case ? Parce que j’avais déjà des étiquettes mais a priori c’était pas les bonnes. Et il m’a fait comprendre que je faisais partie « des rares chanceuses de l’établissement » a bénéficier de son diagnostique. En fait ça va permettre d’étayer le diagnostique de ma psychiatre. Youpi ! Parce que j’ai préalablement rempli une sorte de test de personnalité. Ça a l’air drôle sur le papier. Mais en réalité, en un peu moins de 100 phrases on te demande de soit dire vrai ou faux. Y’a zéro nuance. Depuis plusieurs années par exemple « Parfois, je me sens bouleversée » Vrai ou faux. « J’ai eu des problèmes avec la loi à plusieurs reprises (ou j’en aurais eu si j’avais été pris). Vrai ou faux. Bon autant dire que déjà j’suis une grosse malade du ciboulot. Il m’a dit je vois que vous avez vécu en « squaaaaat ». A peu près avec cette intonation que j’espère t’imagineras bien. En squaaaaat. Comme si c’était extraordinaire, et complètement irraisonné. Évidement. Qui par choix irait vivre dans un squaaaaat ? Oui m’sieur. « Donc mise en danger ». Direct. Dans la même phrase. Alors que j’ouvrais la bouche pour me justifier. Me justifier, oui, oui. J’ai tenté de me justifier, de dire que ce n’était pas pathologique… mais autant dire que j’ai pas insisté. Il avait quand même commencé la séance en disant que « les femmes qui élèvent seules leurs enfants en excluant le père, le font dans une espèce de fantasme des guerrières amazones. D’un monde sans homme. » J’ai presque joui à la dernière phrase. Mais… j’ai rajouté que petite déjà je disais que j’aurais jamais un enfant ET un mari. Que je voulais avoir un enfant seule. J’crois qu’il a même pas entendu puisqu’il a enchaîné par, tenez vous prêtEs : « de toutes façons bientôt il n’y aura plus ni d’hommes ni de femmes. Les femmes commencent à se masculiniser, les hommes à se féminiser… » J’ai répondu très vite pour avoir le temps de commencer ma phrase : « Beh tant mieux que les gens fassent ce qu’ils ont envie de faire ! » et il a coupé court en disant qu’il « ne sera de toutes façons plus là » d’ici là. J’ai eu envie de dire : tant mieux ! En fait j’m’en suis voulu après coup parce que j’aurais du clairement l’envoyer chier. Mais j’ai pas eu la force. l’HP me rend docile. Au delà des médocs c’est l’institution. Les experts et la peur de la sanction. De finir cachetonnée comme jamais. Là j’ai pas eu le courage. J’étais déjà assez stressée de savoir ce qui m’attendait. Et donc test de Rorschach.

Le test de Rorschach c’est un soit disant outil d’évaluation psychologique élaboré par un psychanalyste en 1921. Ouais, on est en 2019 tout est ok. Depuis 1921 les experts psy utilisent les mêmes planches et grilles d’analyse. Rassurant. L’idée c’est que le psy montre une série de planches avec des tâches symétriques dessus. T’sais c’est un peu comme quand tu fais de l’aquarelle, genre tu fais une tâche et tu plies ta feuille en deux… normalement la symétrie opère. Bref là fallait que je regarde ces tâches et que je dise ce que je vois. Et l’autre en face il notait ce que je disais. J’ai rigolé qu début. Parce que je me sentais vraiment conne à faire ce test. Et lui qui se dit expert de lecture en tâches. Cimer ! Et donc moi je parle, je dis des trucs, je me laisse aller au jeu. Et lui il note. Il analyse. Et à partir de ça il évalue ma personnalité. Ouais. T’es sceptique ? Ahah. Moi aussi. Autant dire que j’étais dans un état horrible en sortant de là. Pour me détendre j’ai cherché sur internet. La fiabilité de ce test, à quoi ça servait. C’est de la vraie merde. Enfin… C’est déjà remis en question par les praticiens eux mêmes. Et puis c’est utilisé pour recruter des gens dans des entreprises… ça me rassure pas des masses. Ce test est d’ailleurs de moins en moins utilisé c’est sûrement pas pour rien. Bref si t’as envie d’en savoir plus internet is your friend.

Donc le gars après m’avoir analysé sur mes réponses, me demande en 15min de déballer ma vie. Comme si je pouvais raconter ma vie en 15min. Tu veux que je commence par quoi ? Parce que le début de l’histoire c’est pas ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants nan. C’est les séparations, la violence, l’inceste, la pédophile, les viols, c’est l’abandon, c’est la violence, toujours la violence, les non-dits, les silences, l’absence, la fuite, le silence encore, toujours le silence, la lâcheté… Bref. Je commence par quoi ? Mais le gars à réussi sans m’écouter à me balancer des trucs bateaux dans la gueule qui m’ont retourné l’esprit. Déjà j’hyper-intellectualise. Ok. Donc je parle trop ? Je lui ai demandé… (j’pensais être là pour ça mais bon…). « Non non vous réfléchissez trop ! » Ah pardon ! J’ai éteint mon téléphone en entrant mais j’ai oublié d’éteindre mon cerveau. Il a même eu le culot de dire que mon « flot de réflexion était séduisant mais déstabilisant, ça l’empêchait de poser les bonnes questions ». Ok. Déjà d’envisager que c’était séduisant ça m’a donné envie de vomir sur le bureau de ce vieux beau moche. (D’ailleurs il portait une affreuse chemise à fleur hyper tendance. J’ai ri intérieurement en le voyant. Bref. Détail). Puis il m’a balancé un « vos parents ne vous ont pas aidé ». Purée ! Seul un expert pouvait me le dire. Je m’en serais pas doutée. Mais bon je fais la maligne mais de l’entendre de quelqu’un complètement extérieur à moi et à ma famille, m’a quand même fait du bien. J’me suis dit : « Hé grosse, c’est pas de ta faute ! Et là tu fais c’que tu peux ! » Mais j’ai accusé le coup.

Bref j’abrége la séance et ces autres commentaires merdiques.

J’ai chialé en retournant dans ma chambre. Le lendemain, sur le lendemain et j’arrête plus de toutes façons. En gros je pleurs quasi une fois par jour depuis. Et en vrai je trouve ça positif. Je renoue avec moi. J’accepte même si sur le moment j’ai envie de tout sauf de ça. J’avais presque oublié c’que ça faisait de d’ouvrir les vannes. Tu sais quand tu cherches pas à éponger direct. Et pourtant j’ai eu envie de m’enfiler toutes les sucreries les plus dégueux, de bouffer de me fonsder le crâne, de boire à grandes lampées de la sacro-sainte 8-6. D’étouffer, noyer, bouffer mes maux. J’ai toujours fait ça en fait. Manger mes émotions. Noyer mon stress. Taire mon mal être. Ne pas parler. Ne pas ressentir. M’anesthésier de la tête aux pieds et dormir. J’ai l’impression qu’on fait toutes un peu plus ou moins ça. On a nos trucs. Mais j’vais encore parler de moi. Après tout je suis là pour ça.

Hier j’étais dans l’inconfort le plus extrême. J’ai affronté (difficilement) mon état. J’étais triste. Perturbée. Remuée. Chamboulée. J’avais pas pleuré comme ça depuis longtemps. Et bizarrement j’ai aimé. Enfin, sur le moment j’ai détesté. J’avais envie de vomir de mourir même. Mais une fois passé je me suis dit que c’était nécessaire. Et c’est que le début. J’veux plus manger mes émotions. J’veux plus les ravaler. J’veux les gerber. J’veux les dire. Les vivre. Quitte à être mal. Quitte à perdre l’équilibre. Quitte à perdre pied. A quoi bon nager si on a toujours pied. Le vertige c’est un peu excitant. Bien que flippant. Mais je sens les choses se faire. Les angoisses. Les mécanismes. Et j’ai envie d’affronter ça. De porter, poser ça. Et oui, c’est long et douloureux. Purée, j’en chie. J’suis à fleur de peau. Un rien me fiche les larmes aux yeux. Et tant mieux. Je veux pleurer bordel ! Je veux plus avoir à me cacher.

Et j’avance. A grand, petit, moyen pas. Peu importe j’avance. Je le sens. Pas grâce à lui. Expert de rien du tout. Ni au diagnostique de ma psychiatre, qui a fini par dire que j’avais un trouble de la personnalité borderline de type impulsif.

A savoir, Trouble de personnalité borderline de type impulsif : Maladie psychique en gros pour résumer : instabilité des affectes et de l’humeur, impulsivité, peur de l’abandon, relations interpersonnelles instables et intenses, instabilité de l’image de soi, manque de contrôles des pulsions dans les domaines dits à risques (sexe, drogue, alcool, dépense, boulimie…), répétitions des comportements/gestes/menaces suicidaires, et automutilations, instabilité affective/émotionnelle, sentiments chroniques de vide, colères intenses et gestion de la colère problématique.

Bon j’vais pas mentir j’m’y retrouve carrément. Hein. J’aurais pu m’auto-diagnostiquer. Pas besoin de faire appel au plus réputé des experts de lecture de tâches. Mais comme ça je change de case. J’ai plus de trouble de l’humeur, mais un trouble de la personnalité. Tu rois que je level up ? Qu’est-ce que ça change ?

C’est toujours ambivalent cette histoire de diagnostique parce que quelque part ça m’aide à me comprendre. Même si, finalement, j’ai pas changé. Et je vais pas changer. Je vais évoluer. En apprenant dire, en continuant à dire, à nommer les choses. Telles que je les ressens et ne pas les camoufler derrière autre chose. Je veux prendre le choses de front. Tranquillement. Continuer d’avancer. En sachant éviter les personnes toxiques, en sachant me poser, en acceptant de ne pas sauver le monde, en apprenant à établir de franches et solides relations pour ne pas avoir peur de les perdre systématiquement. J’ai besoin qu’on me parle, me porte à certains moments, j’ai besoin de paroles et d’actes qui me mettent en confiance, qui me sécurisent. J’ai toujours pas envie que la terre entière soit ma potesse. Je m’en bats royalement les ovaires. Mieux vaut être peu mais bien mieux. Je sais ce dont j’ai besoin. Maintenant c’est à moi de ne plus me court-circuiter. D’attraper les mains fiables. D’accepter d’être faible.

Viens on arrête de chacunE pleurer dans nos coins. On se donne de la force. On se donne la main. Viens j’accepte un peu ton aide. Et moi aussi je t’aiderai quand je serai plus capable. Promis. Viens on dit qu’on est un peu dans le même bateau et que si c’est pas moi c’est toi, ou toi ou toi encore qui pourrait couler. On navigue en eau trouble, on le sait. Depuis le début. Depuis qu’on a commencé à se triturer le cerveau.

Mais viens on s’aime, on se le dit. Viens on avance ensemble. Viens on parle. Viens on nomme, on dit les choses. Les trop dures à dire, les plus douces. Celles qui font mal ou du bien. On s’en fiche au final on n’pourra aller que mieux.

Perso, je peux plus des non-dits. Des faussetés. Des rires forcés. Des bises. Des bonjours. Des vides. Des riens. De la politesse de merde. Je suis pas polie et je m’en bats les reins. Je veux juste prendre soin des gens que j’aime et apprendre aussi à c’qu’on prenne soin de moi. A me laisser aimer parce que je suis aimable. A me laisser aider. Tu remarqueras que aimer et aider ça s’écrit presque pareil.

J’veux que ce qui se passe là pour moi, ce n’soit pas juste pour moi.

Je ne suis pas la seule à galérer avec la vie. On a toutes et tous nos raisons, nos vécus. Et je dis pas que j’irai tendre la main au/à la premièrE galérienNE venuE. Je déteste toujours trop les gens. Mais si déjà entre amiEs on apprenait à le faire et sincèrement.

Moi, aujourd’hui j’suis plus capable de sauver le monde si j’me sauve pas moi-même d’abord. J’suis plus capable d’aider qui que ce soit si je m’occupe pas concrètement de moi d’abord. Si je m’aime pas je vais continuer à douter du monde entier. Et en fait j’ai beau détester beaucoup de monde je pense aussi qu’il y a aussi un paquet de belles personnes. Et que le monde, la société, tout ce merdier est à gerber. Mais j’ai envie de vivre !!!

J’ai envie de vivre. J’veux plus survivre. Je veux vivre. En entier. Pas à demi. Je veux trouver du beau dans l’immonde. Je veux rire, jouer, pleurer, chanter, errer, danser, discuter, rire, rie, rire. Je veux de la légerté dans toutes cette dureté. Je veux de la couleur. Je veux tout. Tout. Le monde.

Et vivre. Pleinement.

Je veux continuer de vous rencontrer, de vous trouver beaux et belles. De vous découvrir, de parfois vous détester mais vous aimer ensuite. Parce que rien n’est figé. Je veux pleurer dans vos bras. Je veux rire, rire, rire à en chialer-même. Je veux accepter votre aide. Je veux qu’on continue de se soutenir. Ici. Là-bas. Peu importe la distance. Peu importe le loin. Vous êtes rentréEs sans prévenir dans un recoin caché de mon cœur. Et j’pensais plus que c’était possible. Mais y’a un truc pète, qui cède petit à petit. Et tant mieux ! Faut que ça pète ! J’veux vous aimer bordel ! J’veux vous donner autant de force que vous m’en donner.

Alors j’sais pas trop c’que je dis là. Enfin si je sais très bien. (Faut aussi que j’arrête de faire genre que je sais pas quand je sais)

J’déclare ma flamme à mes proches mais surtout à la vie. Vraiment. Je veux pas mourir. Je veux affronter chaque moment et les savourer. Et c’est un peu comme une invitation finalement. Qui m’aime me suive. Les autres j’m’en fiche.

Prenons soin de nous.

Chaque chose en son temps faut croire que me anciens ne disaient pas que des conneries. C’est le chemin qui compte peu importe où j’vais attérir. Tomber, se relever, avancer, glisser, se marrer, faire un pas un arrière. C’est la vie. Et ouais j’aimerais pas attendre de crever pour vivre. Je veux vivre maintenant et tout de suite.

Prenons soin de nous les amiEs. Je vous aime. Tellement, tellement…


Article publié le 09 Juil 2019 sur Iaata.info