Mai 13, 2022
Par Rapports De Force
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Habituellement organisĂ©e en octobre, l’Existransinter, la manifestation annuelle pour les droits des personnes trans et intersexes aura lieu ce samedi 14 mai Ă  Paris au dĂ©part de la place de l’OpĂ©ra. Face Ă  la prĂ©caritĂ© croissante et au contexte rĂ©actionnaire, les organisateurs insistent sur la dimension vitale de leurs revendications. Le mot d’ordre de cette annĂ©e : on veut l’autonomie, pas la survie.

OrganisĂ©e depuis 1997 par le collectif du mĂȘme nom l’Existrans, renommĂ©e Existransinter depuis 2019, se dĂ©roulait jusqu’à prĂ©sent le 3e week-end d’octobre. La manifestation porte les revendications et dĂ©fend les droits des personnes trans, c’est-Ă -dire celles dont l’identitĂ© de genre vĂ©cue ne correspond pas Ă  celle assignĂ©e, ainsi que des personnes intersexes, dont les caractĂšres sexuels (gĂ©nitaux, hormonaux, gonadiques ou chromosomiques) ne correspondent pas aux dĂ©finitions binaires des corps masculins ou fĂ©minins.

C’est, avec le Jour du Souvenir Trans, journĂ©e internationale le 20 novembre en mĂ©moire des personnes assassinĂ©es par haine transphobe, la principale date de lutte trans et intersexe. Cette annĂ©e, elle partira de la place de l’OpĂ©ra Ă  15h, avec Ă  sa tĂȘte un cortĂšge anti-raciste et en queue syndicats et partis.

Ce changement de date est politique. Son but : « se rapprocher du 17 mai, journĂ©e internationale de lutte contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie (IDAHOT) », et de juin, le mois des Marches de FiertĂ©s. Le collectif organisateur dĂ©nonce par ailleurs « l’invisibilisation » des luttes spĂ©cifiques des personnes trans est intersexes lors de ces marches. Mais ce changement de date a aussi Ă©tĂ© rĂ©flĂ©chi comme s’inscrivant dans le calendrier Ă©lectoral entre la prĂ©sidentielle et les lĂ©gislatives, oĂč les organisateurs s’attendaient Ă  voir s’affronter des candidats menaçants leurs droits.

Réagir face à la réaction

La marche de cette annĂ©e s’inscrit dans un contexte particuliĂšrement hostile pour les personnes trans et intersexes. 600 militants LGBTI venus d’une centaine de pays ont dĂ©noncĂ©, lors d’une confĂ©rence internationale en Californie la semaine derniĂšre, une vague d’hostilitĂ© mondiale Ă  leur Ă©gard. « Un niveau trĂšs Ă©levĂ© de violence et de discrimination », auquel Julia Ehrt apporte des explications. Selon la directrice de l’Association internationale des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans et intersexuĂ©es (ILGA World) ces derniĂšres annĂ©es ont Ă©tĂ© marquĂ©es par la rĂ©surgence de discours attaquant la dite « thĂ©orie du genre ». Pour la militante, ils visent Ă  priver les LGBTQ « des droits humains qu’ils mĂ©ritent » (AFP) et donnent lieu Ă  des  lois transphobes au Texas en Alabama ou encore en Floride.

En France, la candidate RN, qui reprĂ©sente un courant particuliĂšrement hostile aux LGBTI, a fait un score historique de 41 % au second tour de la prĂ©sidentielle. Mais le danger vient aussi de la majoritĂ© prĂ©sidentielle. Le gouvernement Macron a comptĂ© parmi ses ministres plusieurs proches de la Manif pour Tous, ainsi que Jean-Michel Blanquer, Ă  l’initiative d’un think tank vouĂ© Ă  combattre le « wokisme Â». Un combat que le docteur en sciences politiques Alex Mahoudeau dĂ©crit dans son rĂ©cent ouvrage comme une « panique morale Â» participant de « l’offensive rĂ©actionnaire » Ă  l’Ɠuvre aujourd’hui en France comme aux États-Unis.

Un contexte difficile

Les associations se montrent Ă©galement trĂšs critiques du bilan du premier quinquennat Macron. Notamment aprĂšs le vote d’une loi bioĂ©thique ne garantissant ni l’accĂšs des personnes trans Ă  leurs droits reproductifs (PMA, conservation des gamĂštes), ni l’interdiction des interventions mĂ©dicales sur les enfants intersexes. Or cette pratique est qualifiĂ©e de « mutilation » par les militants et la France, qui la pratique, a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© mise en cause par diverses instituions nationales comme internationales, du Conseil d’État au ComitĂ© contre la torture de l’ONU.

Enfin, l’épidĂ©mie de COVID-19, ses consĂ©quences Ă©conomiques et sociales, ainsi que les mesures sanitaires prises pour y faire face ont aggravĂ© nombre des problĂšmes qui les affectent les personnes trans et intersexes, comme les difficultĂ©s d’accĂšs aux soins, la prĂ©caritĂ©, les violences intrafamiliales ou encore la possibilitĂ© d’obtenir des papiers correspondant Ă  l’identitĂ© de genre.

Pour une autonomie matérielle, médicale et institutionnelle

Le mot d’ordre de cette Ă©dition de l’Existransinter est donc l’autonomie, face aux institutions Ă©tatique et mĂ©dicale, mais aussi matĂ©rielle, face Ă  la prĂ©caritĂ©.

Cette annĂ©e encore, militantes et militants trans et intersexes revendiquent « la suppression de la mention dite de sexe » Ă  l’état civil et sur l’ensemble des documents d’identitĂ©. Ou, Ă  dĂ©faut, le changement de la mention dite « de sexe » Ă  l’état civil libre et gratuit en mairie, sans Ă©valuation juridique et ouvert aux mineurs. En effet comme le rappellent Arnaud Alessandrin et Karine Espineira dans leur enquĂȘte de rĂ©fĂ©rence Sociologie de la transphobie, « Ne pas avoir de papiers d’identitĂ© conformes Ă  son genre revendiquĂ© accroĂźt Ă©videmment les risques de situations de harcĂšlement, de discrimination et d’humiliation Â».

Les co-organisateurs demandent aussi que soient dĂ©ployĂ©s d’importants efforts de formation en direction de personnels administratifs et Ă©ducatifs, ainsi que des mesures concrĂštes de luttes contre les discriminations dans l’accĂšs Ă  l’éducation, la formation, l’emploi et aux aides sociales, qui conduisent Ă  la marginalisation accrue des personnes trans et intersexes.

Pour accĂ©der Ă  l’autonomie sur le plan mĂ©dical ils demandent une prise en charge par la SĂ©curitĂ© sociale des soins de transition, la formation de tous les personnels soignants et l’arrĂȘt des interventions mĂ©dicales non strictement nĂ©cessaires en l’absence du consentement Ă©clairĂ© des enfants intersexes. Mais aussi l’accĂšs aux mĂ©thodes de PMA et de prĂ©servation de la fertilitĂ© dĂ©jĂ  autorisĂ©es en France pour les personnes cisgenres (c’est-Ă -dire non trans). Ainsi que de vĂ©ritables changements institutionnels, comme la « dĂ©psychiatrisation », c’est-Ă -dire Ă  la fin de la mainmise des psychiatres sur les parcours trans et de leur lĂ©gitimation des mutilations intersexes .

Enfin, le collectif Existransinter porte aussi des revendications de régularisation des sans-papiers, de lutte contre le VIH et de défense des droits des malades et de dépénalisation du travail sexuel. La manifestation se veut accessible (traduction LSF, véhicules PMR,
) et le port du masque y sera obligatoire.

AprÚs une édition 2020 annulée et une 2021 en distanciel, les militants trans et intersexes et leurs alliés retrouveront enfin les pavés parisiens samedi et feront de leur mieux pour se faire entendre de ceux qui décideront de leur quotidien pendant les cinq prochaines années.

Photo : CC Julie Cotinaud




Source: Rapportsdeforce.fr