Novembre 13, 2020
Par Alternative Libertaire (AL)
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Le 17 octobre, devait avoir lieu la 24e édition de l’Existransinter, la marche des personnes trans et intersexes, mais elle a été annulée en raison de la situation sanitaire. Alors que le gouvernement vient de faire paraître son « plan d’action pour l’égalité des droits », qui consiste essentiellement en la parution de brochures, les droits des personnes trans et intersexes stagnent tandis que les discriminations sont toujours aussi présentes. De même, le projet de loi bioéthique, dont le gouvernement vante le progressisme, est au final très insatisfaisant pour les personnes trans et intersexes : l’accès à la PMA a été refusé ou limité pour les personnes trans pour des raisons idéologiques ouvertement transphobes tandis que l’Assemblée a refusé d’interdire les mutilations des enfants intersexes.

Contrôle des corps, limitation des droits, infantilisation, violences physiques et non-respect de l’autodétermination

Il y a quelques semaines, le suicide de Doona a mis en lumière ce que beaucoup de personnes trans ne connaissent que trop bien, à savoir la transphobie inhérente aux institutions médicales et aux administrations. Alors que, comme toute manifestation du patriarcat, la transphobie se manifeste au sein de la cellule familiale, du travail, des institutions médicales etc. La transphobie médicale est l’héritière de celle qui jusqu’à peu pratiquait encore la stérilisation des personnes trans.
La transphobie se manifeste dans la complexité judiciaire et institutionnelle des procédures de changement de sexe. Procédures pour lesquelles un suivi psychiatrique et des modifications corporelles sont encore bien trop souvent exigées dans les faits. Ainsi, le personnel soignant dans son ensemble, souvent orienté ou conseillé par la société de médecins transphobes de la FPATH [1], considère encore le besoin de transition comme lié à une pathologie mentale. Ce qui conduit le corps médical à ne respecter que rarement l’autodétermination des patient·es, en les mégenrant [2].
Cela ainsi que l’infantilisation des personnes trans par le personnel médical a pour conséquence des sévices psychologiques ou physiques qui diminuent l’accès des hommes et femmes trans à la santé. Cela d’autant plus quand ils et elles sont prostitué·es ou migrant·es. Il est beaucoup plus difficile de se faire correctement soigner quand on est trans.


Dans le même ordre d’idée, le refus de l’accès des personnes trans à la PMA s’inscrit dans l’histoire patriarcale du contrôle des corps et des droits procréatifs des personnes LGBTI en général et des trans en particulier. Si l’on ne stérilise plus systématiquement, les droits reproductifs et l’accès à la filiation des femmes et hommes trans est encore limitée par la loi bioéthique. Ce qui prolonge un régime d’exception procréatif et une inégalité des droits pour des motifs idéologiques qui entrent en résonance avec ceux de La Manif pour Tous.

Contrôle des corps, limitation des droits, infantilisation, violences physiques et non-respect de l’autodétermination forment un cadre oppressif structurel qui favorise les discriminations au sein des familles, du travail, des administrations et ont leur responsabilité face aux meurtres et violences transphobes.

C’est pourquoi, pour que ce qui est arrivé à Doona et à beaucoup trop d’autres ne se reproduise plus jamais, il est absolument vital que les personnels soignants soit directement formé par des associations trans et non par des lobbys de médecins « spécialisés trans ».

Précarité au travail, dans le logement et les études

La transphobie, parce qu’elle est systémique, mène à la précarité face au logement et au travail. Ainsi, de nombreux·ses trans en début de parcours sont rejeté·es par leur famille ou en dépendance matérielle d’un foyer discriminant, n’ont pas accès au RSA. Or, il est essentiel pour pouvoir aborder sereinement une démarche de transition d’avoir des conditions matérielles stables.
La précarité face au logement et à l’emploi est bien plus grande chez les personnes trans par rapport au reste de la population. Cela accroît les risques de dépression et de pensées suicidaires, vécus par beaucoup, alors qu’ils et elles sont totalement ou en partie isolé·es de leurs cercles sociaux. Contrairement à ce que voudraient nous faire croire les réactionnaires de tous bords, ce n’est pas la transition elle-même qui rend malheureux·se, c’est la transphobie institutionnelle, médicale, familiale et sociale qui met en danger les personnes désirant changer de sexe. La transition est perçue comme une transgression par l’ordre patriarcal, transgression qu’il s’agit de réprimer et d’invisibiliser.

En tant que communistes libertaires, nous soutenons les luttes trans. Nous soutenons l’auto-organisation des personnes trans, relayons et soutenons les initiatives de centres d’accueil autogérés ou d’appels aux dons comme le front d’aide social trans, finalement, en reconnaissant que les hommes et femmes trans sont des hommes et femmes avec leurs spécificités découlant des discriminations transphobes et transmisogynes.

Ainsi nous soutenons et demandons :

  • L’accès à un changement d’état civil libre et gratuit
  • L’interdiction des mutilations des enfants intersexes
  • L’accès aux mêmes droits reproductifs et de filiation que les personnes cis
  • La reconnaissance de l’autodétermination de toute personne et le remboursement de tous les types de parcours de transition
  • La formation des personnels soignants, administratifs et institutionnels aux problématiques trans et intersexes, formation qui devront être initiées par des collectifs trans et intersexes
  • L’arrêt total des expulsions et la régularisation des personnes migrant.es qui sont d’autant plus en danger qu’elles sont trans et/ou homosexuelles
  • En attendant l’abolition du système carcéral, que la volonté des personnes trans quant au choix d’une prison pour hommes ou pour femmes soit prise en compte lors de leur incarcération

Si nous soutenons les luttes pour des mesures législatives concrètes, comme un changement d’état-civil simplifié ou une meilleure prise en compte par les médecins, nous estimons que, seules, elles seraient insuffisantes et qu’il est tout aussi important de lutter contre l’ensemble du système patriarcal, pour en finir avec toutes les oppressions et violences qui en découlent : sexisme, homophobie et transphobie.

Union communiste libertaire le 12 novembre 2020




Source: Unioncommunistelibertaire.org