Novembre 29, 2020
Par Le Monde Libertaire
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Caricature signée Arthur Szyk, New-York, 1941 (Doc. JEA/DR).

Un maréchal-pèlerin
Prit son bâton de Pétain
Et marcha sur la Mère
Pour rejoindre le calvaire.

Guilleret, le vieil homme
Traversa une région rom
Vidée de ses habitants
Déportés dans des camps.

« La marche du monde
Est joliment immonde
Gentiment décadente
Propice à l’amitié franco-allemande.

De Rethondes à Dachau
De Drancy à Auschwitz-Birkenau
Que de beaux chemins ! »
Se réjouit le boucher de Verdun.

Les voies du Saigneur
Mènent à l’horreur
Impensable
Impénétrable.

Mais pour le chef d’État
La visite à Treblinka
Fut fort roborative
Et doublement instructive.

On pouvait distinguer
Le bon grain de l’athée
Exterminer aussi les Juifs
Après les Berbères du Rif.

Quand derrière un visage hâve
Se dessina la figure d’un Moldave
L’excursion du maréchal
Prit un air de carnaval.
.
En dette envers ses hôtes
Et leur accueil sans-faute
Il donna aux dignitaires nazis
Accès aux eaux de Vichy.

De retour en douce France
Il étrenna en confiance
La préférence pour la race
Inhumaine et vorace.

L’étoile du berger allemand
Apposé sur le vêtement
Devint le symbole
Des droits que l’on immole.

Mais au jeu de la terreur
Il commit une erreur
Une erreur majuscule
Une grave erreur de calcul.

Le jaune sied au soleil
Et au métal vermeil
Mais le soleil brûle les doigts
Le vermeil éblouit les rois.

La blancheur des étoiles
La noirceur des cathédrales
Et même les grelots roses
S’élevèrent contre la chose.

Le petit père prit une palette
De mille couleurs sur la tête
Et se cachant les yeux
Il trouva refuge sur l’Ile d’Yeu.

***
Le succès d’estime
Rencontré par ces crimes
Rend manifestement nostalgiques
Les héritiers de la francisque.

« Ah les beaux jours ! »
S’exclament les vautours
Les patriotes prosélytes
Les buveurs d’eau bénite.

Or, si la France de l’An mille
Est une invention infertile
La France de mille neuf cent quarante
Fut parfaitement terrifiante.

En deux mille vingt donc
Collons notre oreille à la conque
Car résonnent encore et encore
Les hurlements des gazés à mort.

Céd.

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Passager clandestin : En écho au poème de Céd. voici, clandestinement embarqué, un poème de Robert Desnos… (Bernard, Comité de rédaction du ML)

Maréchal Ducono

Maréchal Ducono se page avec méfiance,
Il rêve à la rebiffe et il crie au charron
Car il se sent déja loquedu et marron
Pour avoir arnaqué le populo de France.

S’il peut en écraser, s’étant rempli la panse,
En tant que maréchal à maousse ration,
Peut-il être à la bonne, ayant dans le croupion
Le pronostic des fumerons perdant patience ?

À la péter les vieux et les mignards calenchent,
Les durs bossent à cran et se brossent le manche:
Maréchal Ducono continue à pioncer.

C’est tarte, je t’écoute, à quatre-vingt-six berges,
De se savoir vomi comme fiotte et faux derge
Mais tant pis pour son fade, il aurait dû clamser

Robert DESNOS – mort du typhus le 8 juin 1945 au camp de concentration de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie à peine libéré du joug de l’Allemagne nazie.
Recueil : “À la caille” 1944-1945




Source: Monde-libertaire.fr