Décembre 26, 2022
Par SERHILDAN
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Manifestation suite à l'attaque de Paris

Mîr Perwer, artiste profondément engagé en faveur d’une identité kurde libre, était un adepte du martyr Hozan Serhad. Il exerçait son art pour défendre un avenir libre et faisait partie des artistes kurdes qui ont du prendre la route de l’exil depuis leur pays en raison de leur attachement à leur langue et à leur culture.

Evîn Goyî (Emine Kara) était originaire du Botan. Sa vie a été telle un résumé de l’histoire de la lutte pour la libération au Kurdistan. Elle était l’une des pionnières du mouvement des femmes libres kurdes. Son nom était Evîn, ce qui signifie amour.

Abdurrahman Kizil a lutté pendant 40 ans. C’était un welatparêz du Kurdistan. Il était l’un des premiers apoïstes [militant des idées de d’Abdullah Öcalan] de Qaqizman. Abdurrahman a vécu selon ses convictions, il est tombé martyr dans la lutte pour la liberté.

Nous publions trois portraits des victimes de l’attaque terroriste du vendredi 23 décembre à Paris, publiés par Yeni Özgür Politika, traduits et édités par Serhildan.

 

Son art en défense d’un avenir libre

Mîr Perwer était son nom de scène, Şirin Aydın son nom de naissance. Cet homme, tombé martyr lors de l’attaque armée à Paris, avait grandi avec les mélodies des dengbêj (conteurs chantants) kurdes dès son enfance. Il était un artiste kurde fermement engagé dans les valeurs artistiques de libération créées par le PKK.

Mîr Perwer est né en 1993 dans le quartier de Gimgim à Mûş [tout au nord du Kurdistan]. Dans les années 90, sa famille a été contrainte de migrer vers le centre de Mûş en raison de l’oppression de l’État turc.

Dès son enfance, il s’est consacré à son pays, le Kurdistan, et à la musique kurde. Il s’est opposé au système scolaire en Turquie et a quitté l’école, ne voulant pas étudier dans celle du colonialisme. Il a néanmoins réussi à s’instruire par ses propres moyens.

En apprenant à connaître la lutte pour la libération du Kurdistan, il a appris à mieux se connaître lui-même. Il a pris le martyr Hozan Serhed [1] comme exemple dans son travail pour la culture et l’art kurde contre les politiques d’assimilation.

« Mîr Perwer faisait partie de ces artistes kurdes qui ont du prendre la route de l’exil à cause de leur attachement à leur langue et à leur culture. »

 Mîr Perwer est devenu l’une des voix de la musique kurde. Il a été arrêté par l’État génocidaire turc pour son travail. Il a passé plus de 4 ans en prison. Pendant son emprisonnement, sa conscience de la réalité des gens et de son identité propre s’est approfondie. Il a transformé la prison en un lieu de production et y a écrit nombre de ses chansons.

Fin 2018, à sa sortie de prison, il s’est davantage concentré sur ses œuvres artistiques. Sa première œuvre s’appelle « Bajar ». Cette chanson a été très appréciée par le public. Il a aussi participé activement à soutenir la campagne électorale du HDP de 2018 à Mûş. En 2021, lorsque l’État turc occupant a condamné Mîr Perwer à 18 ans de prison, il a dû partir pour l’Europe. Il a continué son combat là où il l’avait laissé et a continué avec la même attitude politique et position artistique à Paris. Quelques jours avant de tomber martyr à Paris, il chantait à l’anniversaire du PKK à Rennes.

Jusqu’au moment où il a perdu la vie, il a été un combattant de la liberté de son peuple et de la musique kurde.

Evîn a lutté pendant 34 ans sans répit

Heval Evîn est née en 1974 dans le village de Hilal, dans le district de Qilaban de Şirnex [Shirnak], près du mont Herekol. Comme lui, elle était majestueuse et rebelle. Le réveil de la société kurde, provoqué par l’action du 15 août menée par Mahsum Korkmaz marqua également le début d’une nouvelle vie pour Evîn.

Enfant, Evîn est exposée aux incendies de villages par l’État turc, à l’oppression et à la torture. Après cela, elle décide de se battre pour la liberté de son peuple. Elle se rend dans les montagnes en 1988. Elle développe l’intime conviction que la liberté de la société kurde sera le résultat de la libération des femmes. Elle combat le colonialisme turc dans tous les villages de Botan et de Zagros. Pendant 34 ans, de Herekol à Raqqa, de Shengal à Paris, elle mène une lutte acharnée et sans répit, une lutte glorieuse.

Evîn Goyî est blessée lors de la guerre contre Daesh au Rojava. Elle vient alors en France pour se faire soigner. Là, sa demande d’asile lui est refusée à cause de sa participation à la lutte armée au Kurdistan.

« Pendant 34 ans, de Herekol à Raqqa, de Shengal à Paris, elle mène une lutte acharnée et sans répit, une lutte glorieuse. »

Ayant grandi avec la culture de Botan, heval Evîn était une femme courageuse, travailleuse, consciente de la terre et de la liberté, une pionnière connue pour ses caractéristiques fortes. Elle a défié les colonisateurs et les fascistes avec son cœur et sa conscience. Elle a consacré sa vie à la liberté. Elle a marché dans les traces de Sakine Cansiz et des femmes martyres du Botan.

Abdurrahman a vécu selon ses convictions

Le militantisme au Kurdistan, en tant que force organisée suivant la tradition de résistance populaire qui a façonné l’histoire kurde moderne, a créé des milliers de pionniers au sein du peuple. Ces welatparêz [2], influencés par les idées du leader du peuple kurde Abdullah Öcalan, ont pris part à des processus déterminant le destin dans chaque région du Kurdistan et ont assumé des tâches historiques. C’est contre eux que s’est dirigée l’oppression la plus implacable du colonialisme turc. Abdurrahman Kizil était un représentant de cette tradition, qui a continué à lutter malgré les meurtres, l’exil et l’emprisonnement.

Abdurrahman Kızıl a lutté sans relâche pendant 40 ans. Dès qu’il a rencontré le Mouvement kurde à Qaqizman, il a rejoint sans hésiter la marche pour la liberté. En raison de l’oppression de l’État turc, il a été contraint de quitter le Kurdistan et s’est rendu d’abord à Istanbul, puis en Europe. Il était à l’avant-garde de chaque action, prêt pour chaque tâche.

Parmi les premiers apoïstes

Abdurrahman Kizil naît dans le village de Yukari Karagüney, dans le district de Qaqizman, à Qers. Dans les années 80, lorsque le mouvement pour la libération des Kurdes prend racine au Kurdistan, il vit ses années de jeunesse dans la lutte. Il est influencé par ce combat pour la liberté et y est reste indéfectiblement attaché. Il est alors l’un des premiers apoïstes de Qaqizman et des dizaines de jeunes avec lesquels il travaille prennent le chemin des montagnes et de la guérilla.

« Abdurrahman Kizil était un représentant de cette tradition, qui a continué à lutter malgré les meurtres, l’exil et l’emprisonnement. »

Il subit de plein fouet les politiques d’oppression, de déplacement et d’incendie de villages menées par l’État turc. En 1989, il est contraint d’émigrer de ses terres.

La lutte dans les partis

Abdurrahman Kızıl se rend à Istanbul et reprend là-bas son combat. Il travaille activement au sein du DEP [Parti de la démocratie, parti kurde légal depuis interdit et reformé sous un nouveau nom] puis du HADEP [idem]. Abdurrahman cherche à retourner dans son village depuis Istanbul. Cependant, à chaque fois, il est détenu et soumis à des tortures intenses. Les pressions et les détentions se multipliant il est contraint de quitter son pays.

Depuis 2001, il vivait en France, et n’a jamais perdu un seul instant sa loyauté envers sa culture. Il était un welatparêz du Kurdistan et considérait que pour cela il devait travailler à jamais pour son peuple. Il a vécu en accord avec ces convictions et est tombé martyr dans la lutte pour la liberté.

Notes :

[1] Artiste kurde et guérilla, voix du mouvement de libération du Kurdistan, tombé martyr dans les montagnes du Kurdistan du sud en 1999. Lire : https://rojinfo.com/hozan-serhat-musicien-revolutionnaire-et-guerillero-kurde/

[2] Le terme welatparêz signifie « protecteur du pays », il est souvent traduit par « patriote » mais il porte au contraire une dimension révolutionnaire et n’est pas nationaliste. Il est utilisé en kurde pour désigner les militants civils du PKK.




Source: Serhildan.org