Juillet 8, 2021
Par Marseille Infos Autonomes
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Le projet de la guérilla moderne professionnelle

– Espoir des peuples opprimĂ©s du 21Ăšme siĂšcle –

Aujourd’hui, s’écrit le 65e jour de la rĂ©sistance hĂ©roĂŻque de la guĂ©rilla dans les zones de dĂ©fense de Medya. Le 23 avril, l’armĂ©e d’occupation turque a lancĂ© un assaut total sur les rĂ©gions de MetĂźna, Zap et AvaƟün contrĂŽlĂ©es par la guĂ©rilla. Cette opĂ©ration de grande envergure a Ă©tĂ© baptisĂ©e “Claw Lightning et Claw Thunderbolt”. C’est une opĂ©ration qui s’inscrit directement dans la spirale des 6 derniĂšres annĂ©es dans laquelle la dictature fasciste AKP-MHP de Turquie fait tout pour briser la volontĂ© de libertĂ© et de rĂ©sistance du peuple kurde et de toutes les forces antifascistes de la rĂ©gion. Cette attaque est la continuation de la guerre dans les villes du Kurdistan du Nord en 2015 et 2016, de l’invasion Ă  EfrĂźn en 2018, GirĂȘ SpĂź et SerĂȘkaniyĂȘ en 2019, ainsi que des guerres d’agression contre les guĂ©rillas dans les rĂ©gions de XakurkĂȘ et HeftanĂźn.

Le concept de ” les mettre Ă  genoux ” :

DĂ©jĂ  en octobre 2014, au plus fort de la rĂ©sistance Ă  KobanĂȘ contre Daech et alors qu’un cessez-le-feu prĂ©valait en Turquie et au Nord-Kurdistan depuis Newroz 2013, les dirigeants de l’État turc ont mis en place le plan ” les mettre Ă  genoux ” (Plana ÇokdanĂźne). Ce plan consiste Ă  mettre Ă  genoux le Mouvement de la libertĂ© kurde et en premier lieu son avant-garde, le PKK. En consĂ©quence, toutes les ressources militaires, financiĂšres-Ă©conomiques et politico-diplomatiques dont dispose l’État turc sont mobilisĂ©es depuis 6 ans. Erdoğan et le gouvernement AKP-MHP voient dans cette guerre le seul moyen de se maintenir au pouvoir et de concrĂ©tiser leurs aspirations impĂ©riales.

A la fin de l’étĂ© 2014 les habitantes du Rojava et leurs forces de dĂ©fense YPG et YPJ se sont hĂ©roĂŻquement dressĂ©es contre l’avancĂ©e de l’Etat-Islamique. Au mĂȘme moment, alors que les Peshmerga du PDK abandonnaient leurs positions sur toutes les lignes de front, les guĂ©rilleros du HPG et de l’YJA-Star au Sud-Kurdistan/Nord de l’Irak se sont prĂ©cipitĂ©s au secours des Yezidis de ƞengal dans une opĂ©ration hĂ©roique et ont mis fin Ă  l’avancĂ©e des gangs islamistes sur Kirkouk, Maxmur et Hewler. InspirĂ©es par la rĂ©volution au Rojava et la rĂ©sistance contre Daech, des millions de personnes Ă  travers le monde sont descendues dans la rue et ont dĂ©clarĂ© leur solidaritĂ© ave la guerilla. Un nouveau mouvement internationaliste a Ă©mergĂ©.

Au Kurdistan du Nord (Turquie), lors du soulĂšvement d’octobre 2014 (du 5 au 9), les peuples ont fait trembler de peur et d’angoisse les dirigeants de la Turquie pendant quelques jours. Les institutions de l’État et du gouvernement se sont enflammĂ©es et les soldats n’osaient pas sortir de leurs casernes. L’annĂ©e 2014 a Ă©tĂ© une annĂ©e de confrontation dure et le mouvement rĂ©volutionnaire en est sorti grandi et est devenu plus fort et plus grand jour aprĂšs jour. Le Rojava a rĂ©sistĂ© avec succĂšs et a gagnĂ© le cƓur de nombreuses personnes Ă  travers le monde, au Bakur (Kurdistan du Nord) et en Turquie les masses se sont organisĂ©es, le projet du HDP a Ă©tĂ© mis en action, au Kurdistan Sud la guerillas a gagnĂ© une popularitĂ© longtemps inĂ©dite grĂące Ă  son intervention dĂ©sintĂ©ressĂ©e et pleine d’abnĂ©gation contre l’Etat-Islamique.

L’État turc avait espĂ©rĂ© profiter de la pĂ©riode de cessez-le-feu pour adoucir le mouvement et affaiblir ses principes idĂ©ologiques, mais au lieu de cela, la lutte armĂ©e a attirĂ© plus de monde qu’elle ne l’avait fait depuis longtemps. Rien qu’en aoĂ»t 2014, Murat Karayilan a dĂ©clarĂ© que plus de 1 000 hommes et femmes avaient rejoint la guĂ©rilla en l’espace d’un mois seulement. La rĂ©sistance Ă  KobanĂȘ est restĂ©e inĂ©branlable malgrĂ© la supĂ©rioritĂ© apparente des bandes djihadistes. Notamment grĂące au fait que les guĂ©rilleros et des centaines de jeunes du Nord se sont mis en route, ont traversĂ© la frontiĂšre vers KobanĂȘ, ont rejoint la rĂ©sistance directement sur les lignes de front et ont, donnĂ© leur vie pour empĂȘcher Ă  tout prix la chute de KobanĂȘ.

Cette rĂ©alitĂ© Ă  laquelle le gouvernement d’Erdoğan a Ă©tĂ© confrontĂ© en 2014 l’a amenĂ© Ă  conclure que seule une suppression complĂšte de la partie la plus dynamique de la rĂ©volution, le peuple du Kurdistan du Nord, et une annihilation de l’avant-garde de ce mouvement de libertĂ© pouvaient garantir son existence et son pouvoir. Le peuple, la guĂ©rilla, la direction organisationnelle et idĂ©ologique du PKK doivent ĂȘtre “mis Ă  genoux”.

En consĂ©quence, Abdullah Öcalan a Ă©tĂ© une nouvelle fois placĂ© en isolement complet sur l’üle-prison d’Imrali Ă  partir d’avril 2015. Toutes les mesures ont Ă©tĂ© prises pour empĂȘcher le HDP d’entrer au parlement lors des Ă©lections de 2015, mais Ă©videmment sans succĂšs, et le 24 juillet 2015, l’armĂ©e d’occupation turque a finalement entamĂ© la phase de guerre, qui dure maintenant depuis 6 ans, en lançant une attaque tous azimuts contre les zones de dĂ©fense de Medya contrĂŽlĂ©es par la guĂ©rilla dans le sud du Kurdistan/Nord de l’Irak. Les guĂ©rilleros ont rĂ©pondu en dissolvant le cessez-le-feu, qui n’avait de toute façon Ă©tĂ© dĂ©clarĂ© qu’unilatĂ©ralement jusqu’alors. Le peuple a proclamĂ© une auto-administration autonome et dĂ©mocratique dans plusieurs rĂ©gions du Kurdistan du Nord et a fondĂ© les UnitĂ©s civiles d’autodĂ©fense, YPS. Ni le peuple ni les guĂ©rilleros ne se sont laissĂ©s subjuguer et mettre Ă  genoux, au contraire ils et elles continuent Ă  tenir bon, Ă  dĂ©fendre leur dignitĂ©. Beaucoup de choses se sont passĂ©es depuis, mais la guerre continue sans relĂąche.

Le Kurdistan du Nord, le Kurdistan du Sud et le Rojava (Kurdistan occidental) sont liĂ©s dans cette guerre, mĂȘme s’ils ont Ă©tĂ© sĂ©parĂ©s de force par des frontiĂšres physiquement tracĂ©es, et c’est ce que nous devons toutes comprendre. La lutte dans les diffĂ©rentes parties du Kurdistan ne peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e sĂ©parĂ©ment. Sans la guĂ©rilla, la rĂ©volution au Rojava n’aurait jamais Ă©tĂ© possible. Les guĂ©rilleros ont dĂ©fendu KobanĂȘ en 2014/2015 et n’ont jamais cessĂ© d’assumer la dĂ©fense de la rĂ©volution au Rojava et de se sacrifier lorsque cela Ă©tait nĂ©cessaire. La guĂ©rilla est garante de l’autonomie de la rĂ©volution au Rojava.

La situation et les Ă©vĂ©nements dans toute la rĂ©gion, aussi bien dans les diffĂ©rentes parties du Kurdistan que les États occupants et les pays voisins sont indissociablement liĂ©s. C’est l’une des raisons pour lesquelles la lutte et la situation dans la rĂ©gion sont si incroyablement compliquĂ©es. Cette rĂ©alitĂ© prouve l’énorme potentiel d’une rĂ©volution possible et rĂ©ussie dans cette rĂ©gion.

Avec l’objectif de dĂ©truire la guĂ©rilla, l’armĂ©e d’occupation fasciste turque a lancĂ© son opĂ©ration contre la rĂ©gion de XakurkĂȘ en 2018, son opĂ©ration contre HeftanĂźn en 2019 et en 2020, et rĂ©cemment elle a voulu porter un coup dur au centre de la guĂ©rilla en envahissant la rĂ©gion de Gare ce printemps.

Gare – La vengeance et la victoire de la guĂ©rilla

La rĂ©gion montagneuse de Gare est un endroit stratĂ©giquement important pour la guĂ©rilla. Contrairement Ă  MetĂźna, AvaƟün, Zap, HeftanĂźn et XakurkĂȘ, par exemple, Gare n’est pas situĂ© Ă  la frontiĂšre avec le territoire turc, mais plus Ă  l’intĂ©rieur des terres, au sud. A cet Ă©gard, Gare a toujours eu l’avantage pour la guerilla d’offrir un espace pour le travail d’organisation, le travail Ă©ducatif, etc. et ce, malgrĂ© les attaques aĂ©riennes et la surveillance des drones. Le 10 fĂ©vrier de cette annĂ©e, l’armĂ©e d’occupation turque a lancĂ© une opĂ©ration de grande envergure pour envahir la rĂ©gion de Gare. InitiĂ©e et accompagnĂ©e par des bombardements massifs et une surveillance aĂ©rienne de toute la zone, l’armĂ©e turque a envoyĂ© des centaines de ses forces spĂ©ciales avec des hĂ©licoptĂšres depuis le Sud, c’est-Ă -dire de la zone du PDK. DĂšs le premier jour, elles ont tentĂ© de s’emparer des sommets stratĂ©giques de la rĂ©gion, mais ont Ă©chouĂ© lamentablement en raison de la rĂ©ponse directe de la guerilla. Partout oĂč l’armĂ©e turque dĂ©posait ses soldats, malgrĂ© des heures de bombardements prĂ©alables, les guĂ©rilleros Ă©taient sur le terrain et frappaient les envahisseurs de plein fouet.

Le plan est Ă©vident. Ils voulaient avancer dans l’une des zones centrales de la guĂ©rilla avec cette opĂ©ration Ă©clair surprise, pour y Ă©tablir un pied-Ă -terre permanent. Pendant des jours, toute la zone a Ă©tĂ© bombardĂ©e depuis les airs sans interruption. Dans la grotte, oĂč se trouvaient des prisonniers de guerre, des soldats turcs et des officiers du MIT, l’armĂ©e turque a finalement utilisĂ© des gaz toxiques, tuant Ă  la fois ses propres agents et les combattantes de la guĂ©rilla, menĂ©s par ƞehĂźd ƞoreƟ, qui rĂ©sistaient depuis des jours.

Au bout de 4 jours, cependant, la trĂšs moderne armĂ©e turque, la deuxiĂšme armĂ©e de l’OTAN, a Ă©tĂ© vaincue et contrainte de battre en retraite. À cet Ă©gard, le 14 fĂ©vrier 2021 marque une victoire historique pour la guĂ©rilla. Une fois de plus, ce sont les guĂ©rilleros qui ont dĂ©fendu le Rojava. “Pourquoi cela ?”, se demandent peut-ĂȘtre certains aujourd’hui. Qu’est-ce que l’un a Ă  voir avec l’autre ? AprĂšs tout, Gare est dans le sud du Kurdistan/le nord de l’Irak, et le Rojava est dans le nord de la Syrie. C’est exact, mais ce n’est pas le point dĂ©cisif ici. À Gare, on s’est vengĂ© de l’occupation d’EfrĂźn, de GirĂȘ SpĂź et de SerĂȘkaniyĂȘ. Les milliers de combattantes tombĂ©es, les femmes, les enfants et les hommes assassinĂ©s par l’État turc et ses sbires ont Ă©tĂ© vengĂ©s Ă  Gare.

Le mythe et la propagande selon lesquels les guĂ©rilleros sont impuissants face Ă  la supĂ©rioritĂ© de l’État ont Ă©tĂ© brisĂ©s une fois de plus et ont Ă©tĂ© dĂ©masquĂ©s. Gare a Ă©tĂ© une victoire pour nous toutes au Kurdistan mais aussi dans le monde entier. Une victoire pour toutes celles d’entre nous qui marchent cĂŽte Ă  cĂŽte avec la rĂ©sistance antifasciste et prennent part au combat contre le fascisme turc et ses collaborateurs internationaux de diffĂ©rentes maniĂšres.

MĂȘme si l’État turc essaie de cacher et de dĂ©tourner la vĂ©ritĂ© par des mensonges et de la propagande, mĂȘme s’il essaie de briser la rĂ©sistance par des campagnes militaires larges et massives actuellement encore en cours contre la guĂ©rilla, il ne pourra pas annuler notre victoire, la victoire de la guĂ©rilla Ă  Gare. L’armĂ©e turque a Ă©tĂ© mise Ă  genoux Ă  Gare et en ce moment mĂȘme, elle est mise Ă  genoux tous les jours dans les montagnes, Ă  MetĂźna, Ă  Zap, et Ă  AvaƟün.

Pour ne pas ĂȘtre embarrassĂ©e, l’armĂ©e turque recourt Ă  ses forces paramilitaires, aux gangs islamistes venus de Syrie, Ă  l’utilisation des gardes de village (milice rĂ©actionnaire de contre insurrection) et aux sbires du PDK. Moins de soldats turcs, dont le moral de combat est brisĂ©, sont envoyĂ©s au front, mais d’autres forces sont envoyĂ©es Ă  la place comme chair Ă  canon.

Dans ce contexte, le PDK joue un rĂŽle central. Depuis des mois le PDKcherche Ă  encercler les zones de guĂ©rilla par le Sud et Ă  provoquer une escalade qui entraĂźnerait une guerre intra-kurde fatale. Et mĂȘme si le PDK mĂ©rite d’ĂȘtre tenu responsable de ses crimes, une telle escalade servirait pleinement les intĂ©rĂȘts et les objectifs du fascisme turc. La situation est grave et la guerre est dans une phase critique, dĂ©cisive. L’État turc en est Ă©galement conscient et ne nĂ©glige donc rien pour pouvoir avancer. Des armes chimiques et des gaz toxiques sont Ă©galement utilisĂ©s par l’armĂ©e turque Ă  MetĂźna, Zap et AvaƟün pour s’emparer des tunnels de dĂ©fense et des grottes de la guĂ©rilla. MalgrĂ© tout cela, la guĂ©rilla continue de rĂ©sister depuis plus de 60 jours. En mĂȘme temps, il est intĂ©ressant de noter que la propagande de l’État fasciste turc, qui accompagne normalement toute opĂ©ration militaire, a Ă©tĂ© relativement modeste et rĂ©servĂ©e cette fois-ci. De toute Ă©vidence, la dĂ©cision a Ă©tĂ© prise de ne pas faire trop de bruit afin d’éviter un Ă©ventuel embarras comme celui de l’opĂ©ration sur Gare.

Le concept de la guérilla moderne

Depuis 65 jours, les jeunes femmes et hommes du HPG et de l’YJA-Star rĂ©sistent 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Face Ă  une armĂ©e ultra moderne de l’OTAN, qui a reçu le feu vert pour sa campagne de destruction de la part de ses partenaires de l’OTAN, les Etats-Unis et l’Europe, et qui est soutenue par les collaborateurs du PDK au Sud-Kurdistan. Les guĂ©rilleros n’ont rien d’autre que leur volontĂ© de rĂ©sister et de gagner contre le fascisme. C’est cette volontĂ© et, avec elle, la rĂ©alisation du projet de “guĂ©rilla moderne” du 21e siĂšcle qui font que, mĂȘme aprĂšs 65 jours, l’État turc n’a toujours pas de gains territoriaux significatifs Ă  enregistrer. La victoire Ă  Gare et la rĂ©sistance ininterrompue de la guĂ©rilla sont le rĂ©sultat de la dĂ©termination rĂ©volutionnaire de la guĂ©rilla apoĂŻste, ainsi que de la restructuration et de la rĂ©organisation de ces derniĂšres annĂ©es en une guĂ©rilla moderne et professionnelle. La capacitĂ© du HPG et de l’YJA-Star Ă  conserver leurs territoires dans le sud du Kurdistan jusqu’à aujourd’hui et Ă  continuer Ă  ĂȘtre actifs dans toutes les rĂ©gions du nord du Kurdistan est principalement liĂ©e Ă  cette professionnalisation.

Le concept de la guĂ©rilla moderne ne se base plus uniquement sur les tactiques de guĂ©rilla classiques, mais se professionnalise sur tous les points de la guerre et de la rĂ©volution. La guĂ©rilla moderne doit ĂȘtre ferme dans ses convictions idĂ©ologico-politiques, dĂ©terminĂ© Ă  construire le socialisme du XXIe siĂšcle : guĂ©rilla de la modernitĂ© dĂ©mocratique, guĂ©rilla de la sociĂ©tĂ© dĂ©mocratique et Ă©cologique et de la libertĂ© des femmes. La guĂ©rillera moderne doit ĂȘtre un soldat : C’est-Ă -dire ĂȘtre disciplinĂ©e, organisĂ©e et structurĂ©e. La guĂ©rilla moderne doit connaĂźtre l’ennemi et se connaĂźtre soi-mĂȘme, se dĂ©placer en fonction des circonstances et des conditions, et ĂȘtre spĂ©cialisĂ©e dans l’armement dont elle dispose. Les principes fondamentaux de la guĂ©rilla classique sont toujours d’actualitĂ©, mais la guĂ©rilla moderne s’organise en fonction de l’évolution constante des capacitĂ©s techniques des États et des dirigeants.

Par consĂ©quent, la guĂ©rilla moderne trouve ses propres rĂ©ponses crĂ©atives aux caractĂ©ristiques toujours changeantes de la guerre d’aujourd’hui. Bien que la quantitĂ© ne perde pas de son importance, dans la guerre moderne, la qualitĂ© prime sur la quantitĂ©, et cela est particuliĂšrement vrai pour la guĂ©rilla.

L’une des principales raisons pour lesquelles le Mouvement de libĂ©ration kurde continue d’ĂȘtre internationalement criminalisĂ©, politiquement, diplomatiquement, Ă©conomiquement marginalisĂ© et isolĂ©, pour lesquelles les États-Unis et l’Europe soutiennent et financent par tous les moyens la guerre de la Turquie contre le PKK, pour lesquelles Abdullah Öcalan continue d’ĂȘtre maintenu en isolement et pour lesquelles le Rojava ne bĂ©nĂ©ficie pas d’un statut officiel au niveau international, est la force rayonnante que pourrait avoir au XXIe siĂšcle une guĂ©rilla rĂ©ussie contre un État de l’OTAN.

Les impĂ©rialistes ont peur que le modĂšle de “guĂ©rilla moderne et professionnelle” du 21e siĂšcle ne devienne un exemple et un modĂšle pour d’autres peuples et luttes sociales dans le monde. Imaginez, s’ils ont dĂ©jĂ  de si gros problĂšmes avec la guĂ©rilla au Kurdistan et ne parviennent pas Ă  dĂ©truire le PKK depuis plus de 40 ans, que se passerait-il si 2, 3, de nombreux mouvements de guĂ©rilla moderne Ă©mergeaient dans diffĂ©rentes parties du monde ? Et si 2, 3, ou de nombreux mouvements de combat adoptaient ce modĂšle ?



La situation de la Turquie, la guerre au Kurdistan, et l’OTAN


L’OTAN dirigĂ©e par les États-Unis craint un tel scĂ©nario. Une guĂ©rilla socialiste battant une armĂ©e de l’OTAN au 21Ăšme siĂšcle ? Un scĂ©nario d’horreur pour les dirigeants capitalistes. AprĂšs tout, n’était-ce pas il y a seulement 30 ans que le drapeau du socialisme Ă©tait censĂ© ĂȘtre enterrĂ© ? N’ont-t-ils pas proclamĂ© la fin de l’histoire ? La rĂ©ponse douloureuse pour les capitalistes est la suivante : Au Kurdistan, dans la guerre contre l’OTAN, dans la rĂ©sistance contre le fascisme turc, l’histoire continue Ă  se faire avec assurance ; ceux que l’on croyait morts sont toujours vivants.

Nous connaissons l’histoire de la guerre spĂ©ciale de l’OTAN au XXe siĂšcle, au cours de laquelle tout a Ă©tĂ© fait dans le monde entier pour liquider, dĂ©truire, assimiler et libĂ©raliser les mouvements communistes et socialistes. La Turquie a Ă©tĂ© et reste Ă©galement un lieu oĂș la politique de guerre spĂ©ciale est intense.

Coups d’État, pogroms, presse monopolisĂ©e, tortures, massacres, exĂ©cutions extra-lĂ©gales, terreur paramilitaire, arrestations massives, mensonges, drogues, prostitution, corruption, chantage, etc. – tout cela fait partie des outils de l’État turc, du rĂ©pertoire rĂ©pressif pour le maintien au pouvoir de chaque membre de l’OTAN. Ceci n’est pas nouveau, mais devient plus palpable par les rĂ©vĂ©lations publiques du mafieux contre-rĂ©volutionnaire Sedat Peker – qui partage depuis un certain temps sur Youtube une partie de ses connaissances au grand public, concernant les manigances de l’État profond en Turquie et la participation de diffĂ©rentes personnalitĂ©s Ă  ces manigances. Il est Ă©vident qu’un grave conflit de pouvoir au sein de l’État turc se cache derriĂšre cette affaire, et il est Ă©galement clair qu’Erdoğan doit ĂȘtre mis sous pression. Mais cela montre la situation critique dans laquelle se trouve la Turquie. L’économie est en chute libre depuis des annĂ©es, et sans les injections financiĂšres rĂ©guliĂšres de l’UE et des États-Unis, la Turquie n’aurait probablement plus Ă©tĂ© capable de se tenir debout aussi facilement.

Sur le plan intĂ©rieur, c’est l’ébullition ; le gouvernement Erdoğan-Bahceli a pu prĂ©server son propre pouvoir pendant des annĂ©es – par de fausses promesses d’une part, et une rĂ©pression brutale d’autre part , mais l’histoire montre que cela ne peut pas durer Ă©ternellement. En termes de politique Ă©trangĂšre, la Turquie aime se montrer sĂ»re d’elle et indĂ©pendante, mais elle dĂ©pend totalement de la bonne volontĂ© des États-Unis et des puissants acteurs de l’UE, Ă  savoir l’Allemagne et la Grande-Bretagne.

MĂȘme si la Turquie se prĂ©sente comme militairement invincible et qu’elle s’est forgĂ©e une image ces derniĂšres annĂ©es avec une grande variĂ©tĂ© de dĂ©ploiements militaires Ă  l’étranger, comme en ArmĂ©nie-Karabakh, en Libye, au nord de la Syrie et au nord de l’Irak, la guerre pĂšse Ă©normĂ©ment sur les forces de l’État.

La rĂ©sistance du Mouvement pour la libertĂ© des Kurdes ne laisse pas de rĂ©pit Ă  la Turquie, elle draine ses ressources Ă©conomiques, politiques, diplomatiques et sociales. Le fascisme turc est au bord d’une falaise et s’accroche de toutes ses forces Ă  la jambe des superpuissances impĂ©rialistes pour l’empĂȘcher de glisser. Le gouvernement AKP-MHP peut ne pas le montrer ouvertement, et la presse mainstream peut peindre une image diffĂ©rente, mais la rĂ©alitĂ© c’est que ; comme l’a expliquĂ© Murat Karayilan commandement gĂ©nĂ©ral du HPG, l’Etat turc a essayĂ© plusieurs fois ces derniers mois par le biais d’intermĂ©diaires d’amener le PKK Ă  dĂ©clarer un cessez-le-feu. Proposant mĂȘme de laissĂ©r la guerilla libre de faire ce qu’elle veut si elle se retire du Kurdistan Nord, ceci explique trĂšs bien la situation de la Turquie.

Il est vrai que c’est une pĂ©riode difficile au Kurdistan. Chaque jour, de grands hommes et femmes, nos camarades perdent la vie sur les diffĂ©rents fronts du Kurdistan. L’OTAN, dirigĂ©e par les USA et exĂ©cutĂ©e par la Turquie, continue sa campagne de destruction contre le PKK et le Mouvement de LibertĂ© Kurde.

Qu’il s’agisse d’une administration dĂ©mocrate ou rĂ©publicaine aux États-Unis, les mots peuvent ĂȘtre diffĂ©rents, mais la stratĂ©gie reste la mĂȘme. Elle a a Ă©tĂ© clairement dĂ©montrĂ© juste aprĂšs l’arrivĂ©e de Biden Ă  la prĂ©sidence qui Ă  donnĂ© le feu vert Ă  l’opĂ©ration sur Gare. RĂ©cemment, la prime sur les camarades du PKK, qui existait depuis 2018, a Ă©tĂ© renouvelĂ©e et en mĂȘme temps, la guerre actuellement en cours Ă  MetĂźna, Zap , et AvaƟün a Ă©tĂ© validĂ©e et lancĂ©e.

Nos camarades combattantes du Kurdistan qui luttent pour la libertĂ© traversent une pĂ©riode difficile. Dans les montagnes, les guĂ©rilleros vivent sous une surveillance aĂ©rienne constante, ce qui signifie la mort en cas de faux mouvement. Le bourdonnement des drones et le tonnerre des jets F-16 ne faiblissent guĂšre. C’est prĂ©cisĂ©ment cette pĂ©riode difficile qui nous oblige, au niveau international, Ă  faire tout ce qui est en notre pouvoir pour soutenir la rĂ©sistance. C’est aussi prĂ©cisĂ©ment cette pĂ©riode difficile qui est porteuse d’un grand espoir pour la destruction du fascisme turc.

Le rĂŽle du KDP : Trahison et collaboration

Actuellement le rĂŽle du PDK en particulier est critique. Pendant des annĂ©es, il a Ă©tĂ© occupĂ© Ă  servir la Turquie et surtout les renseignements turcs. Sous prĂ©texte de mener des relations politico-diplomatiques-Ă©conomiques avec l’État voisin au profit de sa propre population, de grandes parties du Sud-Kurdistan ont Ă©tĂ© directement ou indirectement remises Ă  la Turquie. Des dizaines de bases militaires turques ont Ă©tĂ© Ă©tablies, et le MIT se dĂ©place et se comporte Ă  Hewler/Erbil, Duhok et Zaxo comme il le fait Ă  Ankara, Istanbul et Izmir. La Turquie et en particulier l’AKP considĂšrent le Sud-Kurdistan jusqu’à Mossoul et Kerkuk comme une partie de son territoire Ă  revendiquer et sont dĂ©terminĂ©s Ă  crĂ©er « des situations de faits Â» dans la rĂ©gion d’ici 2023, date du 100e anniversaire du traitĂ© de Lausanne, qui leur permettraient d’étendre leurs propres frontiĂšres. Le plus grand obstacle Ă  ce plan expansioniste est le PKK et sa guĂ©rilla.

Le traitĂ© de Lausanne est le dernier traitĂ© international qui a dĂ©limitĂ© les frontiĂšres de la Turquie aprĂšs l’effondrement de l’Empire ottoman en 1923. Erdoğan, avec l’AKP, revendique au nom de la Turquie depuis des annĂ©es les territoires de l’Empire ottoman prĂ©cĂ©demment dominĂ©s. Affirmant Ă  plusieurs reprises que la Turquie a Ă©tĂ© spoliĂ©e de ses terres Ă  l’époque. Depuis des annĂ©es, le PDK, dirigĂ© par le clan Barzani, a ouvert la porte Ă  la Turquie Ă  tous les niveaux, et la Turquie se comporte Ă  l’égard du Sud-Kurdistan comme s’il s’agissait d’un district sous son administration. Ce n’est pas nouveau : dans les annĂ©es 1990, la Turquie (avec l’approbation de l’OTAN) a utilisĂ© les peshmerga du PDK pour dissuader la guĂ©rilla de son offensive dans le Nord et pour l’épuiser par une guerre sur deux fronts. Mise Ă  part le travail de surveillance qui, a permis Ă  la Turquie – comme elle le dit – d’”Ă©liminer des terroriste” , la Turquie utilise depuis des mois le PDK pour encercler et assiĂ©ger les zones de dĂ©fense de Medya et pour couper les diffĂ©rentes zones les unes des autres. L’intention est de provoquer une guerre entre le PDK et le PKK.

Le PDK joue complaisamment avec le feu, mais il ne s’avise pas Ă  dĂ©clarer la guerre de lui-mĂȘme ; au contraire, par des provocations, des mensonges et des complots, il essaie de mettre la guĂ©rilla dans une position oĂč elle n’a d’autre choix que d’attaquer dans le but de pouvoir accuser le PKK de dĂ©clencher une “guerre fratricide”, et ainsi diffamer et dĂ©lĂ©gitimer le PKK. Cette manoeuvre est fait en coordination et avec l’approbation des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne. Les puissances impĂ©rialistes ont dĂ©cidĂ© de dĂ©truire le PKK Ă  tout prix. Le PDK lui-mĂȘme s’est vendu il y a des dĂ©cennies. Sa propre existence dĂ©pend de la coopĂ©ration avec les occupants du Kurdistan et les impĂ©rialistes.

En rĂ©sumĂ©, nous pouvons dĂ©finir le PKK et le KDP comme l’expression concrĂšte de deux lignes politiques et idĂ©ologiques fondamentalement diffĂ©rentes au Kurdistan. Vu sous cet angle, le KDP est l’expression de la trahison contre son propre peuple et de la collaboration avec l’ennemi, tandis que le PKK est l’expression d’une rĂ©sistance cohĂ©rente et d’un attachement ininterrompu Ă  son propre pays et Ă  son propre peuple. Cette distinction dĂ©crit la situation actuelle dans la rĂ©gion et la position des diffĂ©rentes forces.

La guĂ©rilla n’est pas seule. Nous la soutenons !

L’OTAN, la Turquie et le PDK poursuivent une stratĂ©gie d’isolement et de division. GĂ©ographiquement, les zones de guĂ©rilla doivent ĂȘtre sĂ©parĂ©es les unes des autres et le Rojava doit ĂȘtre isolĂ© du reste du Kurdistan. Les diffĂ©rentes rĂ©gions sont encerclĂ©es, marginalisĂ©es et isolĂ©es sur le plan politico-diplomatique et Ă©conomique, elles font monter la pression et dressent un mur de propagande rĂ©actionnaire au niveau international. Nous nous y opposons et disons clairement que la guĂ©rilla n’est pas seule !

Tout comme nous soutenons la rĂ©volution au Rojava, nous soutenons Ă©galement la guĂ©rilla, car nous avons compris qu’il n’y a pas de diffĂ©rence entre elles. L’une conditionne l’autre et vice versa. De mĂȘme, il faut comprendre que la guerre dans le Sud-Kurdistan est Ă  la fois une continuation de l’invasion au Rojava et une prĂ©paration Ă  une nouvelle invasion au Rojava. Lorsque l’opĂ©ration Ă  Gare a commencĂ© en fĂ©vrier, on ne savait pas les jours prĂ©cĂ©dents oĂč l’État turc allait frapper et tout comme une opĂ©ration contre les zones de dĂ©fense de Medya Ă©tait probable, une opĂ©ration Ă  grande Ă©chelle contre ƞengal et le Rojava, en particulier la rĂ©gion entre Qamislo et Derik, Ă©tait Ă©galement possible. Sur le plan international, il est important de manifester de maniĂšre dĂ©cisive notre solidaritĂ© avec la guĂ©rilla et d’agir activement contre le fascisme turc, ses institutions internationales, ses aides, ses partisans et ses bĂ©nĂ©ficiaires, et contre le PDK. De cette façon, nous pouvons apporter notre contribution Ă  la rĂ©volution et adopter et reprĂ©senter une position anticapitaliste et anti-impĂ©rialiste cohĂ©rente.

Au nom de la campagne RiseUp4Rojava, nous dĂ©clarons dans ce contexte notre soutien Ă  l’initiative nouvellement formĂ©e “Defend Kurdistan” et envoyons nos salutations aux camarades impliquĂ©s.

En outre, nous envoyons nos salutations Ă  toutes les combattantes qui rĂ©sistent sur les lignes de front Ă  EfrĂźn, Eyn Isa, Til Temir, MetĂźna, Zap, et AvaƟün !

Ensemble, nous vaincrons le fascisme turc, dĂ©fendrons le Kurdistan et construirons la vie libre !

We continue to #UniteInResistance

We gonna #SmashTurkishFascism

We #RiseUp4Kurdistan

We #RiseUp4Rojava

Coordination de la campagne RiseUp4Rojava,

29 juin 2021

https://riseup4rojava.org/fr/evaluation-de-la-situation-politico-militaire-actuelle-au-kurdistan-29-juin-2021/










Source: Mars-infos.org