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Depuis le début de l’année, 300 lois ont été votées aux États-Unis pour tenter de faire interdire l’IVG. Mais ce n’est pas le seul pays où ce droit est menacé  ! le droit à l’avortement, s’il peut sembler acquis pour certains et certaines, reste une lutte qu’il nous faudra continuer de mener partout dans le monde.

Aux États-Unis, si l’interruption volontaire de grossesse (IVG) est dépénalisée depuis 1973 au niveau fédéral, le débat sur la question de l’avortement a été continu ces cinquante dernières années et reste un enjeu phare pour la nomination des juges à la Cour suprême.

Un enjeu intersectionnel

La menace varie selon les États : plusieurs l’ont interdit en 2019 et 2020, et les électeurs et électrices de Louisiane ont même voté pour ne jamais l’autoriser. En septembre dernier, la Cour suprême avalisait au Texas la loi la plus restrictive sur l’IVG et l’interruption médicale de grossesse (IMG), fixant le délai à six semaines, et mettant en place un véritable système de délation.

Depuis le début de l’année, ce ne sont pas moins de 300 lois qui ont été votées par les États sur la question de l’avortement. Parmi les plus marquantes, on peut citer l’Alabama, où les médecins ayant pratiqué un avortement risquent jusqu’à 99 ans de prison. Ces attaques à l’accès à l’avortement ont été menées par des juges conservateurs nommés par Trump et Georges W. Bush au sein des cours d’appel fédérales. Leur objectif est clair : il s’agit de saisir la Cour suprême et de remettre en cause l’arrêt de 1973, dit Roe v. Wade, garantissant à tous les étatsuniens et toutes les étatsuniennes le droit d’avorter.

En effet, le 2 mai 2022 est paru un projet d’arrêt qui pourrait renverser la jurisprudence Roe v. Wade, donnant ainsi à chaque État la liberté d’interdire ou d’autoriser l’avortement. La situation est particulièrement inquiétante puisque près d’une vingtaine d’États conservateurs ont déjà promis de le rendre illégal et que le Sénat américain a échoué, le mercredi suivant, à adopter une loi garantissant l’accès à l’IVG dans tout le pays.

Si le droit à l’avortement est aujourd’hui si dangereusement menacé aux États-Unis, c’est l’aboutissement d’une guerre culturelle de la droite religieuse étasunienne qui n’a jamais faibli en cinquante ans, martelant l’impératif de revenir sur Roe v. Wade élection après élection.

Une problématique internationale

Les attaques au droit à l’IVG visent également le 14e amendement, sur lequel reposent les lois contre le racisme, pour le mariage homosexuel et pour la liberté de toutes et tous à disposer de leurs corps, donc à avorter, à transitionner… Ainsi, derrière ces attaques se cachent également de lourdes atteintes racistes et LGBTIphobes.

Ce dernier arrêt est l’arbre qui cache la forêt. En effet, le combat contre le droit à l’avortement fonctionne de pair avec les attaques contre les personnes LGBTI et les multiples agressions racistes qui sévissent de plus en plus, aux États-Unis comme en Europe. À titre d’exemple, on peut citer le cas de la France, où la campagne présidentielle a permis la médiatisation et la banalisation d’idéologies racistes, misogynes et reniant les identités et les droits des personnes LGBTI.

Ces idéologies sont du même ordre que celles que nous voyons depuis des années aux États-Unis et c’est pourquoi notre féminisme se doit d’être internationaliste et antifasciste.

De plus, il s’agit de rappeler que, si les récents événements aux États-Unis ont donné un regain de visibilité aux enjeux de la lutte pour l’avortement libre et sécurisé, ce n’est pas le seul pays où ce droit est menacé. Par exemple, rappelons que les irlandais et irlandaises n’ont eu le droit d’avorter qu’en 2018, que la Nouvelle-Zélande ne l’a dépénalisé qu’en 2020 et que Malte l’a tout simplement proscrit.

Rappelons également que la loi Veil de 1975 qui légalise l’avortement est toujours en sursis – l’inscription du droit à l’avortement dans la constitution, bien que demandé par les gauches et extrêmes gauches, ne s’est jamais fait et ce droit n’est toujours pas protégé par l’Union européenne – et que la clause de conscience permet toujours à des médecins de refuser de pratiquer un avortement.

Une question de classe

Parallèlement, comme aux États-Unis, nous faisons face à des mouvements dits « pro-vie », souvent religieux, qui, dans les médias et dans la rue, expriment leur idéologie anti-IVG en jouant sur la culpabilisation des personnes concernées et de leurs proches. Encore aujourd’hui, nombre de ces associations mettent en place de faux numéros verts et de faux sites web pour décourager les personnes souhaitant recourir à l’avortement.

En plus d’être une question féministe, le droit à l’avortement est également une question de classe.

Le populisme électoral des partis d’extrême droite est un leurre, car, aux États-Unis comme dans tous les pays où les femmes, les LGBTI, les personnes racisées, n’ont pas de droits qui les protègent : ce sont d’abord les prolétaires et les plus précaires qui subissent.

Exemple en est avec l’interdiction du droit à l’avortement, qui va affecter plus durement les plus précaires, de surcroît avec le système de santé étatsunien qui vous soigne selon vos moyens.

Rappelons-le : la criminalisation de l’avortement ne fait pas disparaître ces actes médicaux, elle les rend juste plus dangereux.

Ainsi, les plus riches pourront changer d’État où prendre l’avion pour aller avorter à l’étranger tandis que les classes les plus précaires devront se débrouiller seules. Déjà, aux États-Unis, certains et certaines font le plein de médicaments contre l’arthrose pour pratiquer des « IVG maison ». Sans droit à l’avortement ou avec des délais trop courts, les solutions trouvées sous la contrainte sont souvent très risquées : hémorragies, infections lourdes, séquelles gynécologiques irréversibles et, trop souvent, décès. Malgré des avancées pour le droit à l’IVG dans le monde, la situation aux États-Unis nous montre que jamais rien n’est acquis.

Une oppression patriarcale

Ces attaques obscurantistes visent toutes les personnes susceptibles de recourir à l’avortement : les femmes, les personnes intersexes, les personnes non-binaires et les hommes trans. Elles permettent non seulement de contrôler leurs corps et les empêchent d’en disposer, mais les enferment aussi dans un rôle procréatif. Le droit à l’avortement, s’il peut sembler acquis pour certains et certaines, reste une lutte qu’il nous faudra continuer de mener partout dans le monde. C’est une liberté fondamentale au même titre que tous les droits à disposer de son corps.

Seule l’auto-organisation et la mise en place de luttes offensives de toutes les personnes subissant le patriarcat nous permettra d’abolir ce système de domination. Refusons la mainmise des réactionnaires sur nos corps !

Mata (UCL Lyon) et Laura (UCL Bordeaux)




Source: Unioncommunistelibertaire.org