La démocratie et les libertés bafouées

Depuis deux mois que nous subissons les flux

d’informations en direct (qui laissent peu de place à

l’esprit critique et à la réflexion), nous sommes tous

devenus des épidémiologistes, des virologues et nous

discutons des effets comparés de la chloroquine ou du

désinfectant en intraveineuse, non plus au bistrot du

coin mais sur les réseaux sociaux. Mais il semble que le

méfait principal du virus nous échappe encore et ne

fait qu’apparaître progressivement au grand jour, c’est

son effet délétère sur nos libertés et sur la

démocratie dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire.

Dans un retour étonnant au Moyen Age nous avions

déjà sacrifié au virus notre liberté fondamentale de

nous déplacer librement, en nous confinant plus ou

moins volontairement (faute d’une politique de

prévention des épidémies, en raison des pénuries de

matériel et des effets de la cure d’austérité imposée à

l’hôpital public) afin d’en limiter la propagation.

Maintenant le gouvernement veut ficher et tracer les

contagieux (grâce une future application qui menace

les libertés individuelles) comme autrefois les lépreux

qui agitaient leurs cloches pour se signaler aux bien

portants. Pour les bien-pensants, la loi AVIA, présentée

(à tort) comme une loi anti-haine, prévoit le retour de

la mise à l’Index des contenus numériques qui

déplaisent au pouvoir en place, qui sont promis à la

censure sur les réseaux sociaux. Dans le prolongement

de la loi instaurant l’état d’urgence et de la loi

« anticasseurs », elle renforce les pouvoirs de

l’autorité administrative et de la police au détriment

des pouvoirs du juge. Mais cela n’est pas assez, il faut

aussi embastiller ceux qui continuent à s’opposer et

qui ont le culot de vouloir manifester les samedis. Il

faut même revenir en arrière pour trainer en justice

ceux qui ont eu l’audace d’utiliser cette arme de

destruction massive des idées qu’est l’autocollant

collé sur une permanence d’un candidat LREM.

Les quelques rares opposants qui tentent de réveiller

la flamme de la lutte et de la contestation se voient

remettre rapidement, dès le premier samedi de sortie,

les nouvelles lettres de cachet que sont les

contraventions de l’état d’urgence. C’est vrai que de se

rassembler sur la place publique pour contester les

décisions ubuesques de notre gouvernement est

dangereux pour la santé de la population, seules les

réunions dans les temples de la production et de la

consommation que sont les usines et les centres

commerciaux sont approuvées et validées par les

autorités spécialisées en mesures sanitaires que sont

les forces de l’ordre !! Les travailleurs des classes

populaires peuvent s’entasser dans les transports en

commun pour aller au boulot, mais il est interdit de

manifester pacifiquement en petit groupe dans le

respect des préconisations sanitaires.

De qui se moque-t-on ?! Comment la préfecture ose-t-

elle invoquer l’interdiction de rassemblement de plus

de 10 personnes sur les places pour quelques

manifestants par ailleurs respectueux de toutes les

règles de distanciation et d’équipement alors qu’en

arrière plan certaines rue sont noires de monde ?!

Comment

peut-on

justifier

les

tracasseries judiciaires pour le collage de quelques

autocollants alors que toutes les manifestations sont

restées pacifiques ?! A trop vouloir souffler sur les

braises de la contestation pour l’éteindre, on risque

d’en raviver la flamme et si la fièvre monte cela sera

sans doute aussi la faute du virus ! Nos organisations

syndicales

départementales

condamnent

vigoureusement ces dérives liberticides que d’aucuns

voudraient justifier par la lutte contre le virus. Nous

nous battrons toujours pour défendre les libertés

individuelles et collectives contre ceux qui veulent les

limiter et les brider.

Strasbourg, le 26 mai 2020

Article publié le 27 mai 2020


Article publié le 27 Mai 2020 sur Solidaires.org