FĂ©vrier 3, 2021
Par Zone À DĂ©fendre
412 visites


Comme chaque 17 janvier depuis l’abandon de l’aĂ©roport, nous avons invitĂ© des camarades de luttes ayant fini par l’emporter dans l’annĂ©e face Ă  d’autres projets destructeurs. Lors du lever de la charpente des tritons, accompagnĂ©es par un accordĂ©on, deux voix poignantes se sont Ă©levĂ©es avec ces quelques mots-Ă©tincelles pour nous raconter leurs annĂ©es de barrages contre le center parc de Roybon et la vie da
ns cette forĂȘt :

17 janvier 2020, ZAD NDDL.


Et paf la Bulle ! – prise de parole d’ex-occupant.es de ROYBON le 17 JANVIER 2020 sur la zad nddl

Il Ă©tait une fois une forĂȘt, ses arbres, ses champignons, ses hĂŽtes, quelque part entre le Vercors et les plaines du Bas DauphinĂ©. On la dit forĂȘt des « Chambarans Â», ce qui pourrait vouloir dire quelque chose comme : les champs bons Ă  rien. Une terre humide, froide, et vallonnĂ©e.

Une forĂȘt comme tant d’autres, dont certains ont voulu pousser l’histoire vers le bling bling de l’argent qui rentre dans les caisses et du soleil qui tape sur les parois de verre d’une piscine sous serre tropicale. La fameuse bulle tropicale des Center Parcs de Pierre et Vacances.

Un centre de loisirs parmi tant d’autres. Et pourtant celui-ci ne se fera pas. On a fait voler en Ă©clat cette bulle qui voulait nous en mettre plein la vue. EnvolĂ©s, les rĂȘves de billets verts, tandis que coule, rattrapĂ© par les marĂ©cages dans lequel il s’est embourbĂ©, ce projet verdĂątre d’hypocrisie.

Juillet 2020 : Pierre & Vacances abandonne son projet. La compagnie jette la pierre aux zadistes et aux associations de recours juridiques. Un pavĂ© pour tous ceux qu’on a jetĂ©s en pensant Ă  eux !

On l’a balayĂ©e, leur bubulle artificielle, par la force d’un souffle qui a tant gonflĂ© nos poumons qu’il a menacĂ© de les faire Ă©clater, eux aussi.

Ce souffle, humide et frais comme la terre de lĂ -bas, ce souffle un souffle qui nous a tant portĂ©s qu’on s’est senti pousser des ailes. Un souffle en bout de course aujourd’hui, que nous sommes nombreuses et nombreux Ă  regretter.

Cette bulle, petite bulle, toute petite poche d’air emprisonnĂ© Ă  la surface d’un ocĂ©an mondial de remous incontrĂŽlĂ©s. Et pourtant, grande histoire, majestueuse et douloureuse Ă©popĂ©e quotidienne de volontĂ©s agglutinĂ©es autour d’une mĂȘme idĂ©e : bloquer, empĂȘcher. RĂ©sister.

Et encore. Ça n’est pas si simple Ă  dire. Aucun dĂ©nominateur commun ne tombe sous le sens quand il s’agit de raconter cette abstraction, ce « nous Â» impossible Ă  dĂ©finir, celles et ceux qui ont vĂ©cu lĂ -bas ou y sont passĂ©s, un grand soir, un petit matin, quelques mois, Ă  jamais de cƓur et d’envie. Dire « nous Â» a Ă©tĂ© comme un pari, une chance que l’on saisit, jamais acquise. Souvent source de conflits. Mais peu importe.

Peu importe, parce qu’on ne pourra nous ĂŽter l’envie de faire sens avec cette histoire qui a Ă©tĂ© et est encore la nĂŽtre. On ne nous ĂŽtera ni l’envie de fĂȘter le retour de cette forĂȘt dans le rĂšgne du vĂ©gĂ©tal et de l’animal ni celle de cĂ©lĂ©brer les amitiĂ©s que tout ceci a crĂ©Ă©.

Et cette histoire qui n’est peut-ĂȘtre qu’un dĂ©but ! Que valent nos quelques annĂ©es de lutte dans la vie d’une forĂȘt ? Elles ont tout signifiĂ©, tout condensĂ©, et pourtant aujourd’hui c’est comme si tout Ă©tait seulement sur le point de commencer. Car certes cette forĂȘt est restĂ©e une forĂȘt. Mais nous pouvons essayer de lui offrir mieux que ça. Nous pouvons veiller Ă  ce qu’elle devienne une forĂȘt mature, diversifiĂ©e, vivante et intimement liĂ©e Ă  celles et ceux qui ont luttĂ© pour elle, celles et ceux qui voudront construire avec son bois, celles et ceux qui s’y promĂšneront, qui expliqueront sa nature, ses dĂ©tours, ses recoins.

Maintenant, il va s’agir de se mettre au tempo de la forĂȘt, de tenter de la suivre et de vivre longtemps, aussi longtemps que possible, avec elle. DĂ©fi difficile Ă  relever pour nos intelligences et temporalitĂ©s humaines limitĂ©es et nos histoires collectives en vagues et en ressac. Mais ça peut ĂȘtre une bien belle suite Ă  cette aventure… Cette suite, on l’écrit ensemble.

Nos forces, comme muselĂ©es pour l’instant, Ă©touffĂ©es derriĂšre des masques sanitaires, forcĂ©es de rentrer s’abriter dans nos gorges et nos poumons, ressortiront, et crieront demain comme hier, Ă  pleins poumons, la folie de ce monde et l’envie de vivre et survivre. En attendant, crions, chantons et dansons, ici, Ă  nos victoires, passĂ©es, prĂ©sentes et futures, et Ă  tout ce qu’elles crĂ©ent Ă  chaque instant.





Source: Zad.nadir.org