Il s’appelait Eyad al-Halaq, il avait 32 ans. Eyad Ă©tait autiste. Samedi 29 mai, il se rendait Ă  l’école spĂ©cialisĂ©e qu’il frĂ©quentait. Palestinien de JĂ©rusalem, il vivait sous occupation depuis sa naissance. La brutalitĂ© de l’armĂ©e d’occupation Ă©tait son quotidien depuis sa plus tendre enfance. La sauvagerie de cette armĂ©e raciste aura fauchĂ© sa vie.

InterpellĂ© par les soldats, il s’est enfui, effrayĂ© : ils l’ont « neutralisĂ© Â» comme ils savent le faire en lui tirant dessus pour tuer. Ils avaient soi-disant pris son tĂ©lĂ©phone portable pour une arme et donc identifiĂ© Eyad comme terroriste. Palestinien Ă©gal terroriste, c’est un des items israĂ©liens. L’éducatrice d’Eyad, prĂ©sente Ă  ses cĂŽtĂ©s, avait pourtant informĂ© les soldats de cette armĂ©e qui se proclame la plus morale du monde qu’il Ă©tait autiste. « Soudain, ils ont tirĂ© trois balles sur lui, sous mes yeux Â», a-t-elle dĂ©clarĂ© Ă  Channel 13. « J’ai criĂ© : “Ne tirez pas.” Ils n’ont pas Ă©coutĂ©, ils ne voulaient pas entendre. Â»

Mais que vaut la vie des Palestiniens ? ?

On peut se le demander. Au fil des ans, des Palestiniens ont Ă©tĂ© abattus dans des accidents de la route par des soldats qui prĂ©tendaient se dĂ©fendre contre une attaque terroriste. D’autres ont Ă©tĂ© abattus pour avoir simplement marchĂ© prĂšs d’un point de contrĂŽle, tandis que d’autres, comme al-Halaq, sont tuĂ©s simplement parce qu’ils « avaient l’air suspect Â». Ce sont 21 d’entre eux qui ont Ă©tĂ© assassinĂ©s par l’armĂ©e israĂ©lienne depuis le dĂ©but de cette annĂ©e.

VoilĂ  plus d’un an que la rĂ©pression israĂ©lienne a pris une nouvelle dimension Ă  JĂ©rusalem avec des raids quotidiens dans les quartiers palestiniens donnant lieu Ă  des saccages d’habitations et Ă  des dizaines d’arrestations de jeunes hommes et d’enfants. La pĂ©riode du coronavirus aura Ă©tĂ© l’occasion pour cette armĂ©e privĂ©e de tout sens moral de dĂ©truire des centres de santĂ©, d’arrĂȘter les volontaires qui dĂ©sinfectaient les rues


Le hasard aura rĂ©uni George Floyd et Eyad al-Halaq, assassinĂ©s par des policiers ou des soldats pour qui la vie de l’autre ne compte pas. Miko Peled, le fils du gĂ©nĂ©ral israĂ©lien Peled note sur les rĂ©seaux sociaux qu’il s’agit bien du mĂȘme racisme, de la mĂȘme brutalitĂ©. Des manifestations se sont tenues tant en IsraĂ«l qu’en Palestine occupĂ©e pour demander justice pour George et justice pour Eyad.

Le journaliste et Ă©crivain israĂ©lien Gideon Levy lui aussi fait le parallĂšle entre les deux victimes. Il s’insurge : « La Police des frontiĂšres israĂ©lienne n’est pas moins brutale et raciste que la police des États-Unis. [
] Mais, ici, la mort d’un homme nous aide Ă  dormir ; lĂ -bas, elle dĂ©clenche des protestations. Le maire de Minneapolis, Jacob Frey, dont il s’avĂšre qu’il est juif, a Ă©tĂ© trĂšs prompt Ă  s’excuser face Ă  la communautĂ© noire de sa ville. “Être noir en AmĂ©rique ne devrait pas signifier une sentence de mort”, a-t-il dit. Et ĂȘtre palestinien non plus ne devrait pas signifier une sentence de mort, mais aucun maire juif israĂ©lien n’a jamais rien dit de tel. Â»

L’assassinat d’Eyad al-Halaq n’est qu’une illustration de plus de la violence de l’occupation et du rĂ©gime d’apartheid auquel IsraĂ«l soumet les Palestiniens depuis plus de 70 ans. Elle est l’illustration du caractĂšre raciste d’un État fondĂ© sur la nĂ©gation de l’Autre. Si l’on veut que la vie des Palestiniens ait autant de valeur que la vie de tout autre ĂȘtre humain sur cette terre, il est temps de mettre fin Ă  l’impunitĂ© d’IsraĂ«l, de dĂ©noncer et combattre les lois racistes et discriminatoires qui font des Palestiniens des citoyens privĂ©s de des droits Ă©lĂ©mentaires et de leurs droits nationaux.

Le bureau national de l’AFPS, 2 juin 2020



Article publié le 04 Juin 2020 sur Millebabords.org