Avril 18, 2022
Par Lundi matin
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Le thĂšme de l’effondrement systĂ©mique occupe aujourd’hui dans l’espace public, notamment dans le milieu Ă©cologiste militant, une place centrale. Ses spĂ©cialistes – collapsologues en tĂȘte – sont invitĂ©s dans bon nombre de dĂ©bats et de confĂ©rences qui jalonnent la cause climatique. Si le coeur de la problĂ©matique exposĂ©e par les thĂšses de l’effondrement est d’une extrĂȘme gravitĂ© et se rapporte non pas exclusivement Ă  un « climaticide Â» mais bien Ă  un Ă©cocide en marche, ce genre de discours et plus particuliĂšrement les solutions qu’il prĂ©conise, semblent trĂšs Ă©loignĂ©es d’un projet politique oĂč l’écologie serait au coeur d’une protection sociale solidaire et gĂ©nĂ©ralisĂ©e qui mettrait fin au capitalisme et son fonctionnement Ă©cocidaire.

Il est proposĂ© ici de mettre en contraste quelques unes des conditions d’existence matĂ©rielles des classes moyennes et populaires avec quelques points notables du discours sur l’effondrement systĂ©mique ; afin d’en montrer paradoxalement le caractĂšre inclusif quand il s’agit d’expliquer la responsabilitĂ© soi-disant collective de ce dĂ©sastre Ă©cologique en cours et Ă  la fois exclusif quand il s’agit d’aborder des solutions qui convergent vers l’édification de communautĂ©s rĂ©silientes. OĂč la Permaculture entre autres serait un constituant parmi d’autres de ce nouveau monde que nous promettent les collapsologues, nĂ© des cendres de l’ancien monde, celui du capitalisme fossile.

Une rĂ©cente enquĂȘte journalistique et sociologique auprĂšs « des classes populaires : femmes de mĂ©nage, puĂ©ricultrices, ouvrier.e Ă  la chaine, plombier, carreleur… Â» rĂ©vĂšle que l’essentiel de leurs prĂ©occupations s’arrime au quotidien. « Leur colĂšre porte sur [les prix] de la vie courante, sur l’angoisse du porte-monnaie qu’on ouvre tous les jours en constatant qu‘il se vide de plus en plus vite. Â» Leur revendication Ă  minima consiste en « un encadrement strict des prix des produits de premiĂšre nĂ©cessitĂ© Â» afin de « pouvoir remplir le frigo sans y penser, pour ainsi dire, sans comparer, sans traquer l’étiquette, sans d’épuisantes heures de recherche sur Internet [1]. Â»

On voit bien que subsiste et s’accentue ici en France, une insĂ©curitĂ© sociale qui se cristallise dans notre rapport Ă  la nature des choses issues du mode de production capitaliste, Ce sont ainsi pour bon nombre d’entre nous, dans une sociĂ©tĂ© pourtant saturĂ©e d’objets industriels superflus, des corps psychiques et physiques qui souffrent de pĂ©nuries matĂ©rielles rĂ©currentes. L’écrivain-ouvrier Joseph Pontus tĂ©moignait lui aussi dans son premier et unique livre « Ă€ la ligne – Feuillets d’usine Â» de l’impossibilitĂ© d’assouvir des dĂ©sirs matĂ©riels simples comme celui de rejoindre en voiture ses amis pour aller manifester Ă  la ZAD de Notre-Dame des Landes : « Et moi/Petit intĂ©rimaire/Petit anarchiste de godille/Je choisis le boulot/Je n’ai pas les sous suffisants pour partir une semaine Ă  mĂȘme pas deux heures de bagnole Â».

Un rapport matĂ©riel Ă  la nature qui n’a strictement rien Ă  voir avec le matĂ©rialisme hĂ©doniste des classes dominantes mais que condamnent le plus souvent sans nuance les discours sur l’effondrement systĂ©mique. Les propos du collaposlogue Yves Cochet [2] sont justement sans nuance Ă  l’aune de ce qu’il annonce comme futur et destinĂ©e anthropologiques [3]. Il s’est fait le chantre d’un catalogue prospectif de dĂ©sastres imminents – parmi lesquels la disparition de la moitiĂ© de la population d’Europe d’ci 5 Ă  10 ans. Raison invoquĂ©e : l’AnthropocĂšne, c’est Ă  dire toutes les activitĂ© humaines Ă  l’ùre industrielle qui sont les grandes responsables de cet effondrement qui vient. Certes, un argument scientifique aujourd’hui peu rĂ©futable mais peut-ĂȘtre mal nommĂ© [4] au regard du niveau de responsabilitĂ© des sociĂ©tĂ©s et des individus qui les composent et qui n’influent pas toutes avec la mĂȘme intensitĂ© dans l’avĂšnement non pas d’un effondrement systĂ©mique tel que l’entend ce collapsologue mais d’un Ă©cocide dĂ©jĂ  bien entamĂ©.

Pour l’ancien ministre de l’AmĂ©nagement du territoire et de l’environnement, la transition Ă©cologique pilotĂ©e par nos Ă©lites est une « monstrueuse foutaise Â». On sera sĂ»rement d’accord avec cette impĂ©ritie soulignĂ©e par Cochet. Par consĂ©quent politiquement, tout est foutu. Exit toutes les thĂšses, analyses et rĂ©flexions sur l’écologie politique et son histoire. Mieux vaut donc anticiper, se prĂ©parer et s’adapter au choc de l’effondrement. Dans ce qu’il liste comme stratĂ©gies et moyens d’adaptation, qu’il a mis en place et en pratique chez lui, on est plongĂ© dans le manuel illustrĂ© et pratique du Permaculteur : redondance des ressources en bois, en eau ; dĂ©multiplication des espaces vivriers – potager agroĂ©cologique et jardin-forĂȘt,, production d’énergie et moyens de transport low-tech, entraide avec ses voisins « mĂȘme s’ils sont du Rassemblement National (sic) Â» etc.

On retrouve la mĂȘme teneur dĂ©faitiste et apocalyptique dans les discours et les livres de Pablo Servigne. Face Ă  la certitude de ce bouleversement civilisationnel, pour ce « Jevoniste Â» convaincu, il faut construire dĂšs Ă  prĂ©sent le monde de demain en Ă©difiant des sociĂ©tĂ©s parallĂšles comme elles se font dĂ©jĂ  : en gros, des Ă©covillages peuplĂ©s de petites communautĂ©s qui seront les rescapĂ©s de demain oĂč Permaculture, agroĂ©cologie et gouvernance locale seraient les mamelles de cet idĂ©al de vie sans heurts et sans conflits.

Servigne comme Cochet n’ont pas l’air de bien se rendre compte de la violence symbolique d’une telle proposition : celle qui porte l’exclusion sociale Ă  son acmĂ©. Un rappel au discernement s’impose. Certains philosophes et chercheurs comme Pierre Charbonnier fort heureusement s’en chargent : « la vie dans les ruines n’a pas la même saveur pour tous : quand elle se manifeste à la plupart sous la forme de la précarité énergétique et de l’exclusion des biens communs (eau, air sain, transports), seule une petite minorité peut convertir cette précarité et ces exclusions en opportunités [5]. Â»

Cet imaginaire pro-rabhiste et « colibriesque  Â» qui Ă©dulcore une autre fin du – ou de ce – monde possible est trĂšs prĂ©gnant dans les discours de Servigne. Mais il ne s’inscrit nullement dans « une rĂ©orientation des luttes sociales vers un rapport de force avec les intĂ©rĂȘts attachĂ©s au rĂšgne de l’accumulation et de la production [6]. Â» Par consĂ©quent, imaginer et construire un systĂšme politique populaire et dĂ©mocratique qui s’orienterait vers d’autres modes de production possibles et qui rĂ©pondraient aux besoins essentiels et nĂ©cessaires des populations n’est pas Ă  l’ordre du jour chez ce thurifĂ©raire de lâ€˜Ă©dification d’un monde parallĂšle rĂ©silient.

Puisque lĂ  aussi comme son collĂšgue Cochet, c’est pliĂ©. Comme le montre Jean-Baptiste Malet [7], chez Servigne, on passe de « la peur Â» Ă  « la joie Â» une fois la certitude de cet effondrement conscientisĂ©. On semble flotter par moment dans une pathĂ©tique mais non moins sĂ©rieuse mystique « Bisounours Â».

DĂšs lors, les discours de Cochet et Servigne, trĂšs engagĂ©s non pas dans la voie de la sobriĂ©tĂ© productiviste et consumĂ©riste – il est trop tard – mais bien dans l’économie du survivalisme petit-bourgeois et individualiste avec une inclinaison idĂ©ologique millĂ©nariste, achoppent de maniĂšre flagrante avec les tĂ©moignages plĂ©thoriques du « frigo vide le 15 du mois. Â» Ils rĂ©vĂšlent une terrible dissonance discursive. En creux, se dessine ainsi un puissant antagonisme de classe qui renvoie les prĂ©occupations vitales des uns et des autres dos Ă  dos.

Antagonisme qui vire parfois jusqu’au mĂ©pris de classe qu’on peut remarquer aisĂ©ment dans les exposĂ©s, entretiens et confĂ©rences de Jean-Marc Jancovici, autre expert, non pas de l’effondrement mais de la sobriĂ©tĂ© Ă©nergĂ©tique. Ce polytechnicien, aussi visible dans les mĂ©dias mainstream qu’alternatifs est la figure autoritaire et omnisciente des problĂ©matiques Ă©nergĂ©tiques face au changement climatique. Il ne s’agit pas de remettre en cause tout son discours vulgarisateur Ă  propos du diagnostic et des analyses qu’il propose sur l’épuisement des Ă©nergies fossiles et les Ă©missions de Gaz Ă  Effet de Serre (GES). Il est dans les grandes lignes relativement Ă©loquent.

Sa particularitĂ© est qu’il est totalement dĂ©pouillĂ© des diffĂ©renciations sociales qui existent entre les les groupes et les individus qui composent le corps social. La sociologie n’étant manifestement pas son fort, il prend ce corps social comme un bloc monolithique. Il le rend responsable et coupable face au dĂ©rĂšglement climatique comme un continuum qui fait preuve d’aveuglement productiviste et consumĂ©riste. Pire encore, quand il s’agit de forcer le trait pour Ă©tayer cet amalgame un peu facile, il n’hĂ©site pas Ă  stigmatiser les plus vulnĂ©rables socialement. En effet, dans ses nombreuses interventions disponibles sur le web, cet entrepreneur-consultant de l’économie dĂ©carbonĂ©e a maintes fois dĂ©clarĂ© devant un arĂ©opage d’élites ou de futurs Ă©lites – son public de prĂ©dilection pourrait-on ajouter – que le smicard ou la personne au RSA, dans un pays industriel comme le notre, « vit comme un nabab (sic) Â». Et que ça ne pourra pas durer compte tenu de l’urgence climatique.

Ce qui ne pourra pas durer non plus, pourrait-on objecter Ă  Jancovici, pourtant spĂ©cialiste des ordres de grandeur, c’est cette asymĂ©trie totalement dĂ©lirante et disproportionnĂ©e qui existe pourtant entre le niveau de vie d’une infime partie de la population – l’oligarchie industrielle et financiĂšre – et celles prĂ©carisĂ©es de plus en plus durement – classes moyennes comprises et dont je me sens totalement appartenir. Que ce technocrate considĂšre insistons lĂ -dessus « comme des nababs Â». À y regarder de plus prĂšs, la maniĂšre dont ces classes trĂšs privilĂ©giĂ©es produisent et consomment – puisque ce sont elles qui dĂ©tiennent en grande partie les moyens de production – ne laisse aucun doute quant Ă  leur culpabilitĂ© et leur cupiditĂ© destructrice.

Le dernier rapport d’Oxfam et Greenpeace intitulĂ© « Les milliardaires français font flamber la planĂšte et l’État regarde ailleurs Â» rĂ©vĂšle qu’avec « au moins 152 millions de tonnes de CO2 en une annĂ©e, le patrimoine financier de 63 milliardaires français Ă©met autant que celui de 49,4 % des mĂ©nages français. Â» Et mieux encore sur le plan de relance du quoiqu’il en coĂ»te des entreprises du CAC 40, durant la crise sanitaire : « Résultat, selon le Haut Conseil pour le climat, 70 % des sommes dégagées par le plan de relance pourraient avoir “un effet significatif à la hausse sur les émissions” de CO2. Â» En Ă©tant un poil « grattouilleur Â», on pourrait aussi demander Ă  Jancovici si lui et son collĂšgue l’économiste Alain Grandjean par le truchement de leur sociĂ©tĂ© de conseil Carbone 4 pensent sĂ©rieusement sauver la planĂšte en faisant migrer ce pharaonique patrimoine financier vers « le coeur de la finance bas carbone [8] Â» ?

Pour finir avec ce panorama hexagonal du discours effondriste, Arthur Keller se prĂ©sente comme « consultant, spĂ©cialiste des risques systĂ©miques et des stratĂ©gies d’anticipation et d’organisation collectives [9]. Â» Dans ses nombreuses confĂ©rences, Keller expose une sĂ©rie de processus et d’évĂ©nements liĂ©s aux activitĂ©s humaines qu’on peut qualifier sans ambiguĂŻtĂ© d’écocide. Il pourrait selon lui engendrer un possible effondrement Ă  Ă©chĂ©ance indĂ©terminĂ©e. Ce qui sous-entend qu’il reste des marges de manƓuvre possibles et en cela le distingue des collapsologues prĂŽnant la rĂ©signation dĂ©faitiste et attentiste de l’imminence catastrophiste.

Il a lui aussi clairement un discours inclusif et sans nuance concernant le degrĂ© de responsabilitĂ© historique entre dominĂ©s et dominants. MĂȘme s’il se veut critique envers les Ă©lites politiques et Ă©conomiques [10] Keller affirme « [s’en] foutre Ă  la rigueur de qui est coupable. Â» Et d’ajouter « nous le sommes tous et nous le sommes aussi face au futur. Â» Ce laconisme culpabilisant fait l’impasse sur qui porte rĂ©ellement la responsabilitĂ© majeure d’un tel dĂ©sastre.

Il finit donc par mettre tout le monde dans le mĂȘme sac. Et laisse supposer qu’il n’y aurait plus le temps pour mettre en exergue l’historicitĂ© d’un systĂšme politique et Ă©conomique coupable d’un Ă©cocide, en l’occurence toujours et encore le capitalisme qui ne sera jamais au bout de sa prĂ©dation sur la nature. Puisque sa raison d’ĂȘtre est bien de croitre en la pillant. Rappel qui serait nĂ©cessaire Ă  la comprĂ©hension de ce qui nous arrive.

Les solutions que Keller prĂ©conise convergent avec celles de Servigne. On est encore une fois dans un « agir Â» urgentiste. Il faut aller vite en besogne et donc Ă©difier « une sociĂ©tĂ© parallĂšle Â» oĂč la Permaculture et l’agroĂ©cologie seraient l’alpha et l’omĂ©ga pour former la civilisation rĂ©siliente de demain Ă  l’échelle locale. Toujours et encore paradoxalement dans les structures existantes du capitalisme nonobstant ce parallĂ©lisme illusoire souhaitĂ©.

On voit bien apparaĂźtre dans les propos de ces experts de l’effondrement une divergence de fond qui s’objective par la temporalitĂ© et le fatalisme accordĂ©s (ou non) Ă  l’effondrement lui-mĂȘme – imminent et inĂ©luctable versus probable Ă  Ă©chĂ©ance indĂ©terminĂ©e si on ne fait rien. Avec dans les solutions proposĂ©es un point commun et de taille : celui de mener l’injustice sociale Ă  son paroxysme en oubliant ce que sont les conditions matĂ©rielles prĂ©sentes d’un trĂšs grand nombre de gens.

Pour Jancovici, c’est donc la rĂ©duction de l’empreinte carbone de maniĂšre totalisante et inclusive. Ce sont les politiques industrielles par secteur mais aussi les individus sans distinction de classe et leur mode de vie qu’il faut tirer vers la production et la consommation bas carbone [11]. Comme on l’a vu, elle est difficilement envisageable et entendable dans une telle disproportion sociale dans la mesure oĂč c’est l’oligarchie financiĂšre et Ă©conomique qui explose les compteurs de l’empreinte carbone. Pour Keller, Cochet et Servigne, leurs solutions se basent sur une organisation de l’entre-soi et une ingĂ©nierie de la survie grĂące un soi-disant matelas de rĂ©silience qui amortira le choc.

Se prĂ©parer au choc dĂšs maintenant relĂšve en rĂ©alitĂ© d’une Ă©cologie pratique exclusive et Ă©litiste de par les moyens et les dispositions sociales qu’elle requiert si on les met en perspective avec les conditions matĂ©rielles d’existence du plus grand nombre. Il faut ĂȘtre de surcroit dans une dynamique psychique empreint d’une positivitĂ© trĂšs avancĂ©e, en somme ĂȘtre un virtuose de l’adaptabilitĂ© et de la rĂ©silience.

Il ne s’agit pas de rejeter en bloc toutes les idĂ©es et les alternatives qui surgissent dans le cadre d’une remise en cause de nos modes de vie. Je sais de quoi je parle pour avoir fait partie de ces communautĂ©s dites Ă©cologiquement rĂ©silientes dont Pablo Servigne ou Arthur Keller disent le plus grand bien. Une vie faite de collectif, d’écovillage, de Permaculture et de tant d’autres choses expĂ©rimentĂ©es pendant plus de dix annĂ©es ; faite de rencontres aussi avec d’autres collectifs existants ou en construction, Ă©parpillĂ©s ici ou lĂ  et vivant selon des principes similaires oĂč indĂ©niablement la pratique Ă©cologique est centrale.

Si sur un plan strictement personnel, ce choix de vie peut constituer un genre d’émancipation peu ou prou satisfaisant, il n’en reste pas moins trĂšs marginal. Parce que pour la plupart, ce mode de vie est matĂ©riellement impossible, du moins dans les structures politiques, Ă©conomiques et sociales du systĂšme capitaliste. Penser le contraire est une chimĂšre.

Ces initiatives Ă©cologiques et communautaires ne sont dans les faits pas rĂ©silientes. La plupart dĂ©pendent encore et toujours matĂ©riellement de la division du travail internationale et du mode de production capitaliste mondialisĂ© ainsi que de ses flux d’approvisionnement. La somme de ces alternatives ne peut constituer en soi un vĂ©ritable projet politique qui s’émanciperait de la domination d’un tel systĂšme et de la servitude aux marchĂ©s en remettant les compteurs Ă  zĂ©ro. Le discours sur l’effondrement fortement dĂ©politisĂ© et qui trouve une rĂ©sonance avĂ©rĂ©e chez ceux qui ont franchi le pas ou dĂ©sirent le franchir, tend Ă  faire croire le contraire.

La politique n’est rien sans l’écologie. Il a fallu plus de deux siĂšcles pour s’en rendre compte. L’écologie politique prend tout son sens quand elle en appelle Ă  une rĂ©volution Ă©conomique et sociale qui garde le cap sur le progrĂšs de nos conditions d’existence Ă  tous. Et nous sensibilise au fait que ces conditions sont irrĂ©mĂ©diablement liĂ©es aux limites de la nature elle-mĂȘme. Le mode de production capitaliste tente de faire croire qu’il est aujourd’hui un bon Ă©lĂšve et qu’il a compris la leçon. Il s’habille d’un vert high-tech rutilant pour sa communication Ă  flux tendus…et continue ainsi Ă  se goinfrer en tout impunitĂ©. En saccageant l’espace vital de tous les ĂȘtres vivants.

La rĂ©silience quant Ă  elle est un leurre et ce n’est pas faire de la politique. C’est au contraire son cache-misĂšre quand il semble ne plus y avoir d’espoir. C’est se rĂ©signer. C’est accepter l’inacceptable. « La rĂ©silience est devenue la nouvelle religion d’État. Â» comme le dit si bien Thierry Ribault. Elle est aussi l’alliĂ© indĂ©fectible et pernicieux du discours des collapsologues qui en rajoutent une couche – et une sacrĂ©e ! – sur notre impuissance d’agir.

Ce n’est sĂ»rement pas sur les ruines de l’économie fossile que naitra un nouveau monde absout et lavĂ© de ses pĂ©chĂ©s Ă©cocidaires et dont il faudrait se rĂ©jouir, en laissant crever une bonne partie de l’humanitĂ©. L’Histoire est faite de ruptures certes mais aussi de continuitĂ©s et de similitudes parfois troublantes.

Antonio Gramsci, une des tĂȘtes pensantes du communisme italien, disait Ă  l’heure de la montĂ©e des fascismes dans l’Europe des annĂ©es 1920, la chose suivante : « le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde Ă  venir et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. Â» L’Histoire a aussi montrĂ© qu’à la mĂȘme Ă©poque Fascisme et Ecologie pouvaient faire bon mĂ©nage. De quoi peut-ĂȘtre calmer la joie post-catastrophe des adeptes de la spiritualitĂ© et du dĂ©faitisme effondristes.

Daniel Vivas




Source: Lundi.am