La couleur verte est associée au thème de la nature depuis plus de deux siècles.

« Le vert des Verts correspond, comme par hasard, au vert de l’islam » : c’est la petite phrase lâchée par Eric Zemmour sur CNews ce lundi 29 juin (voir à 6’50”) dans le cadre d’une discussion sur la percée réalisée dans plusieurs grandes villes françaises lors des élections municipales de la veille par Europe Écologie-les Verts (EELV).

La formule « comme par hasard » est l’une des plus caractéristiques de la rhétorique conspirationniste. Elle a généralement pour fonction d’introduire l’idée d’un lien invisible, inavouable voire caché. En y ayant recours, Zemmour veut-il souligner un simple signe du destin ? Suggère-t-il qu’il y a quelque ironie à ce que le multiculturalisme et l’immigrationnisme promus selon lui par les écologistes fassent système avec « l’islam » – conçu ici comme une entité monolithique ? Ou laisse-t-il carrément entendre qu’il existe plus qu’une coïncidence fortuite dans l’adoption, par les Verts, de ce nom et de cette couleur, comme si un tel choix procédait d’une volonté assumée d’envoyer un message subliminal au monde, voire de complaire aux fidèles de la religion musulmane, laquelle, on le sait, a fait du vert une couleur sacrée ?

Quoi qu’il en soit, la sortie d’Eric Zemmour a été jugée par beaucoup, sur les réseaux sociaux, comme inepte (voir ici, , et encore ).

Le 28 juin au soir, commentant les résultats des municipales sur Twitter, le géopolitologue et ancien eurodéputé d’extrême droite Aymeric Chauprade s’était distingué par le même genre de réflexion – osera-t-on dire comme par hasard ?

Toujours est-il que c’est au tout début des années 1980 qu’apparaissent en Allemagne, en Belgique, en Irlande, en Suède puis en France les premiers partis écologistes se revendiquant « verts ». La couleur devient immédiatement celle de l’écologie politique, comme le rouge celle de la révolution.

Comme l’expliquait à Télérama l’historien Michel Pastoureau, à l’occasion de la sortie de son livre Vert. Histoire d’une couleur (Seuil, 2013), « plusieurs étapes historiques ont inventé le vert comme couleur médicale, sanitaire, apaisante, couleur de la nature, de l’hygiène, du bio. » Selon ce spécialiste incontesté de l’histoire culturelle des couleurs, c’est au XVIIIe siècle que « la nature devient verte, exclusivement synonyme de végétation, alors qu’elle portait avant les couleurs des quatre éléments, l’eau, la terre, le feu et l’air. » Par la suite, à l’époque industrielle, on se met à construire des espaces verts en milieu urbain et on ne tarde pas à fuir la ville pour… « se mettre au vert ». Vérification faite, l’expression est déjà usitée au XIXe siècle.

Quand, plusieurs décennies plus tard, l’écologie émerge sur la scène politique dans plusieurs pays d’Europe, la couleur verte est déjà associée au thème de la protection de la nature. De sorte qu’il n’y a, pour le coup, aucun hasard à ce que les écologistes l’aient choisie comme symbole de leur cause. Mais, jusqu’à preuve du contraire, aucun rapport non plus avec l’islam.

Voir aussi :

Un drapeau, deux bandes bleues… et un mythe complotiste persistant

Le “Grand Remplacement” ? Un “projet” soupçonne Eric Zemmour


Article publié le 30 Juin 2020 sur Conspiracywatch.info