Est-ce que la négation de génocide est maintenant anti-impérialiste ? Sur le retour du « Tankisme »

La traduction en français a été motivée par la vision de cette même résurgence dans certains cortèges de manifestations ici à Marseille, mettant par exemple en valeur les armoiries de l’URSS… Initallement paru sur l’internet puis diffusé dans la brochure « Always against the tanks : Three essays on red nationalism » L’appélation de « Tankiste » désigne ces communistes qui en apprenant la répression de l’insurrection hongroise de 1956 par l’envoi de tanks de l’armée rouge, s’étaient dépéché.e.s de la justifier.

Imagine toi un étudiant britannique de deuxième année de sociologie tenant une pancarte du parti ouvrier-socialiste et criant « Touche pas à la RPDC [1] » à l’extérieur de ton foyer étudiant. Cette image dans ta tête : c’est un homme, portant un short large, n’est-ce pas ? Il va te demander si tu veux aller boire un chai-latte, t’emmener à Bookmarks, t’expliquer la section ’’féminisme’’ et soudainement t’ignorer pendant six mois. C’est ma semaine d’intégration à la rencontre de la Socialist Society.

Septembre 2013, et trois personnes devant moi lisent Russia Today sur leurs macbook pros : « Un sondage officieux montre que la majorité de la Crimée préférerait un partenariat économique avec la Russie plutôt qu’avec l’Union Européenne. » Ça ne commence pas vraiment bien.

Un garçon de Cambridge portant un keffieh qu’il a acheté à Camden Lock tourne énergétiquement sa tête quand il entend ce qu’il pense être un nom russe dans la liste d’appel. Il me dit plus tard que s’il pouvait marier n’importe quelle nationalité, ce serait la russe. Je ne lui sourit pas, et lui dit que je n’ai pas de citoyenneté russe et qu’il me laisse tranquille.

La Société Marxiste de Londres distribue des tracts et leur en-tête est une image du Mont Rushmore avec les rochers aux visages de Lenine, Marx, Staline et Putin. Et si ce n’est pas déjà assez ahurissant, ces symboles sont suivi des mots « à bas l’impérialisme ».

Plus tard, nous allons tou.te.s au Lexington. Il y a la un pub quiz où l’équipe avec le nom le plus amusant gagne un paquet de chips Doritos. Quand les noms sont donnés, l’homme est stupéfait que 6 des 10 équipes s’appellent Crimea River. C’est bizarre et presque aussi décevant que les chips qui sont seulement des Cool original.

C’est 2017 et je suis à l’extérieur du bâtiment de l’école des études africaines et orientales (SOAS) avec une amie, et Jonty Leff, le candidat pour Hackney-Sud et Shoreditch du Parti révolutionnaire ouvrier s’approche de nous. Il commence mal « Salut les beautés. » Il nous tend un tract pour une rencontre célébrant le 100e anniversaire de la révolution février. Premier scandale : l’entrée coûte 48£. Il me dit qu’ils veulent plus de femmes impliquées dans leur mouvement parce qu’après tout, c’était en 1917 à Petrograd que le sexisme a périt. Il se tourne vers mon amie, une femme marocaine, et ajoute : « Tu sais, la révolution de 1917 était aussi la première défaite du racisme dans le monde moderne ! »

Je voudrais ajouter ici que j’ai lu son manifeste, et que je suis d’accord avec chacune de ses mesures. Je suis une socialiste, je crois en la redistribution des richesses, la gratuité de la sécurité sociale, et le démantèlement des hiérarchies de pouvoir. Je crois que Jonty Leff a de bonnes idées et je serait contente qu’il soit élu un jour. Je ne crois pas que l’URSS ai défendu les valeurs du socialisme ou du marxisme et je ne crois pas en la défense et la ré-évaluation d’un régime qui en de nombreuses occasions bien documentées a utilisé massivement le viol comme outils de guerre, envoyé des femmes et des enfants vers les goulags et perpétré d’innombrables génocides sur des bases ethniques et religieuses au cours de son règne (en avoir finit avec le sexisme et le racisme mon cul !)

Ce en quoi je ne crois pas c’est de défendre sans critique le soviétisme pour défendre les idéologies de la gauche. Nous avons fait un long chemin depuis, et pouvons faire mieux que 1917. Ces points de vues sont des manifestations intellectuelles de ces choses gonflables aux bras ballants à l’extérieur des concessionnaires automobiles. Elles sont laides et n’ont aucun sens. Nous devons nous défaire de ces célébrations inconditionnelles du soviétisme 2017 est terminé. Maintenant, ça fait 102 ans depuis la révolution bolchévique, et personne n’en a rien à faire d’un 102e anniversaire.

Je sais que l’esthétique soviétique est une excentricité en vogue et que les gamin.e.s aiment avoir des faucilles et des marteaux sur leurs noms Twitter, ou une photo de profil vaporwave de Staline. Les blocs d’immeubles soviétiques ont vraiment l’air cool. Je sais. L’URSS était importante et fascinante. Les blagues sur les goulags et la négation de génocides le sont un peu moins. Ce qui a peut-être l’air d’une esthétique Kawai 2.0 du visage de Staline avec des filtres glitch, avec un mauvais emploi de lettres cyrilliques est devenu une couverture pour le déni, l’appropriation et la révision d’une histoire qui s’est faite ancrée dans les esprits du bloc de l’est depuis des siècles.

L’époque de Leftbook [2] a amené une prohibition explicite des comportements racistes, transphobes, homophobes, biphobes, aphobes, et antisémites, et pourtant, seulement une poignée de groupes bannissent le « tankisme ». Un grand nombre d’utilisateur.ice.s ne voient pas le problème avec leur soutien caractéristique, ou leur déni, de la violence, répression et impérialisme soviétique. Le débat est grand ouvert et il semble que tout le monde ai son opinion. Pourtant, les gens qui ont grandit dans des nations soviétiques et post-soviétiques sont réduit.e.s au silence par les apologistes du marxisme soviétique insistant que « Stalin n’a rien fait de mal ». Tu sais. Ces gars qui ont « S’IL TE PLAIS NE MENTIONNE PAS L’AFGHANISTAN » écrit dans les yeux. « Staline ne peut pas avoir assassiné des milliers de musulman.e.s parce qu’il n’y a pas de musulman.e.s en Russie. » Voilà pour l’histoire : échec et mat.

Ces gamins d’ici qui fantasment sur le bloc de l’Est, considérant n’importe quelle critique du communisme soviétique comme une « propagande impérialiste états-unienne » tout en refusant d’écouter qui que ce soit qui ai fait l’expérience de la colonisation soviétique. Les mêmes qui crient « les religions ne font que causer des guerres ! » cachés sous leurs fédoras, et qui défendent que leur idéologie séculaire ai pu méthodiquement expulser par le feu les musulman.e.s du Caucase, parce que leur socialisme ne laisse pas de place pour le religieux. Ces mêmes qui dénoncent justement l’iconographie de l’esclavage et de l’holocauste dans les campagnes végan et dans une même phrasent balancent des blagues sur les goulags sur toutes les plateforme. Ces mêmes qui pensent que Staline a combattu les nazis parce qu’il détestais BEAUCOUP le racisme. Ces comptes ☭ Twitter ☭ fantasmant constamment sur le fait d’aligner leurs opposant.e.s idéologiques contre un mur ou de les expédier dans des goulags tout en insistant que l’État soviétique n’a pas fait usage d’une violence excessive. Ce sont les tracts des Worker’s Lib dénonçant l’antisémitisme tout en ignorant sans équivoque celui de Staline. Ce sont les nouvelles vagues de ces mêmes vieilles personnes appelant à la résignation de Corbyn sur ses promesse de renouveler Trident (Ndt : Le nom du programme d’armement nucléaire britannique) tout en défendant le droit de la Russie et de la Corée du Nord à acheter et vendre des armes nucléaires (…Sans vouloir ajouter au déséquilibre de la couverture médiatique négative sur Corbz, ses déclarations sur la Syrie voudraient me faire lui hurler « Ta gueule tankiste ! » dans n’importe quelle salle de classes de cours. C’est le type dans dans mon cours de premier cycle d’anthropologie portant un t-shirt ’’Free Tibet’’ en défendant que les États-nations ’’communistes’’ n’ont jamais joué au jeu de l’impérialisme. Les marxistes de Schrödinger insistent que le communisme ne devrait pas être réduit aux opinions et aux actions de dirigeants totalitaires tout en écrasant celleux qui daignent les critiquer. Il est plus nocif d’essayer de défendre les actions de dangereux criminels de guerre associés aux mouvements de gauche que des les critiquer, de développer nos opinions et de les dépasser.

Je comprend un peu pourquoi certain.e.s gauchistes se sentiraient sur la défensive vis à vis de l’URSS. C’est bien trop souvent utilisé comme un test décisif auxquelles sont confrontées toutes les moralités gauchisantes. Les communistes doivent être malade d’avoir à essayer de justifier le communisme d’état étant donné les tentatives horribles que l’on a vu jusqu’à présent. Pour autant que je puisse espérer que nous puissions avoir de bons exemples, ce n’est pas le cas. Mais c’est seulement lorsque nous acceptons ça que nous pourrons travailler à faire en sorte que ça se passe. Accepter que Staline ai fait un tas d’erreurs ne sape en rien les idéologies du communisme, du socialisme ni même du marxisme-léninisme. Je ne fais pas qu’écrire une simple liste des hypocrisies au sein du milieu militant Londonien (pour être honnête, ça pourrait me prendre des semaines), et je ne suis pas (seulement) sarcastique. Il y a un énorme problème quand des hipsters adolescent.e.s qui ont découvert la théorie marxiste lors d’une semaine d’intégration quelques trois mois plus tôt essayent d’expliquer l’URSS a des gens qui l’ont connu depuis le berceau.

Étant donné que la plupart des gens qui devraient avoir dit ça ont été affamé.e.s jusqu’à la mort, déporté.e.s dans des camps d’esclaves et/ou alignées et abattu.e.s, certaines parties de moi ont survécu pour émerger à travers le pool génétique dans le monde fantastique de la discussion en ligne anglophone, et je me retrouve ici à écrire un blog sur le sujet.

Comme la plupart des gens ayant un héritage post-soviétique, l’histoire de ma famille est décousue, déprimante et confuse. Ayant des ancêtres venant de ce qui est maintenant connu comme étant l’Arménie, l’Ouzbékistan, la Russie, le Royaume-Unie et le Pakistan, j’ai grandit dans une ville du nord glorieusement multiculturelle, et j’ai la chance d’avoir (presque) toujours été confortable dans une identité britannique. Je suis très blanche, j’ai (malheureusement) un fort accent anglais régional, et au Royaume-Uni, ce n’est qu’en voyant mon nom que les gens commencent à se rendre compte qu’il doit y avoir quelque chose d’étranger là dessous.

Une grande partie des générations nées pendant l’ère soviétique ont un sentiment de déconnexion avec leurs racines culturelles et ethniques du fait des campagnes massives d’épurations et de déportations à leurs égards. Le trauma qui en résulte, et l’effacement de leurs histoires restent des vestiges actuels du joug soviétique. D’autant plus que la plupart de la politique contemporaine et l’opinion publique russe sont toujours axées sur les mêmes lignes que le soviétisme. Les gens du Caucase et d’Asie centrale sont quotidiennement discriminées en Russie et les différentes nations souffrent toujours des effets négatifs des campagnes coloniales de l’URSS et de la Fédération Russe.

Une grande portion de l’existence de l’humanité tient à un fil fait des multiples génocides, déportations forcées et famines directement exécutées par les chefs de l’Union Soviétique. Il nous faut recueillir une certaine compréhension et empathie pour les histoires de celleux qui ont soufferts sous le joug ’’communiste’’. Nous avons à beaucoup a écouter et en apprendre. Il y a eu un grand nombre de massacres prémédités perpétrés sur des bases d’ethnie, de religion, de classe et autre. Se plaindre de la ’’propagande occidentale’’ ne suffisent pas pour expliquer les fosses communes de celleux ciblé.e.s par les chefs soviétiques. Et aucun argumentaire idéologique sur l’invalidité de la religion, précisément quelles classes sont contre-révolutionnaires ou qui a conspiré avec les Allemands ne peut être utilisé pour justifier une échelle aussi gigantesque de souffrance. C’est un putain de scandale que j’ai encore à donner des exemples en particulier étant-donné qu’il s’agit des cas les mieux documentés, recherchés et facilement accessibles. Mais allons-y. Des viols de masses ont été planifiés et exécutés par des soldats soviétiques à travers la Pologne et l’Allemagne de l’Est afin de punir d’ancien.ne.s prisonnièr.e.s de guerre. Des communautés juives ont été rayées de la carte à travers un grand nombre de nations. Deux millions d’afghan.e.s ont été tué dans un génocide communiste. 18 millions de gens ont été envoyé vers les goulags. 10 millions de gens sont mort.e.s dans une famine délibérée en 1932-1933. Des génocides ethniques de polonais, tchétchènes, ingush, balkars, karachay, tatars de Crimée, kalmyks et tellement d’autres. 4 millions de gens ont été forcé à émigrer à l’intérieur de l’Union Soviétique, et environ la moitié en sont mort.e.s. Merde, est-ce que j’ai vraiment besoin de continuer ?

La négation des génocides et des crimes de guerre nie simultanément les voix des populations survivantes et leur droit d’accepter et de dépasser le trauma. Elle enlève la possibilité de confronter la racine et les causes de ces atrocités et nous empêche de les surmonter et faire en sorte que cette merde n’arrive plus. C’est aussi horrifiant que j’ai même à essayer de résumer pourquoi illes ne devraient peut-être pas rouler leurs yeux aux témoignages des victimes et nier les massacres reconnus.

Peux-tu t’imaginer être la dernière personne de ta famille en vie, troquer ta ration alimentaire et ne pas manger pendant trois semaines, puis utilisant les cigarettes récupérer pour soudoyer un garde afin qu’il te donne une cuillère de métal, l’aiguiser graduellement pendant deux mois et l’utiliser pour couper une barrière et menacer les gardes qui essaieraient de t’en empêcher, de marcher pendant 28 jours jusqu’au village libéré le plus proche (c’est une histoire vraie d’ailleurs), où tu te retrouverait nez-à-nez avec une sorte de contributeur de Vice de Dorset qui crierait « HoLOLdomor était faux. Va au goulag paysan hahahaha ! » Tu t’effondre. Tout espoir est perdu. À genoux tu crie au ciel « POURQUOI SUIS-JE TOMBE VICTIME DE LA PROPAGANDE OCCIDENTALE ! »

La guerre froide a inculqué de part et d’autre une vision binaire de la géopolitique que nous avons besoin de déconstruire. Elle l’a aussi cimentée de manière à largement essentialiser les idéologie entre Capitaliste et Communiste. Si tu n’es pas avec nous, tu es contre nous. Détester les États-Unis ne veux pas dire que tu dois aimer et croire l’État Russe. Dans quel monde nous serions si nous devions faire le choix entre l’alliance US/UK et celle de la Russie/RDPC/Chine ? Reconnaître et se souvenir des millions tué.e.s par la famine soviétique ne veux pas dire que l’on ne peut pas aussi reconnaître et se souvenir que la Grande-Bretagne a affamé à mort 3 millions de personnes au Bangladesh. Nous n’avons pas à choisir un camp. Nous avons tou.te.s un devoir à se débarrasser des déséquilibres de pouvoir à travers le monde. Affirmer que ’’l’ennemi.e de mon ennemi.e est mon ami.e’’ est une façon vraiment occidentale de percevoir l’Union Soviétique et ce qu’il en reste. Quand tu base ton point de vue uniquement et précisément dans ce qui est dénigré par ’’l’Ouest’’, tu fonde toujours cette opinion sur le point de vue occidental, et ce n’est ni cool, ni subversif. Essayer de justifier rétrospectivement les morts et la souffrance de millions de civiles est dangereux, infondé et absurde. Cette notion catégoriquement vague et idéologique (et, c’est un choc : individualiste) de qui mérite ou non de vivre, au sein de cette étrange utopie nommée ’’l’Union Soviétique’’ qui n’existe que dans les esprits de garçons blancs de 20 ans n’est pas plus offensante qu’elle n’a aucun sens.

La conjecture qui remplie les duels en ligne entre les Tankistes, Ultras, Communistes libertaires et Brocialists, etc, est si vide de références au monde réel, qu’il est le plus souvent impossible d’y interagir Des fois, je m’accroche a quelque chose que je reconnais et m’y implique. Le plus souvent, c’est le déni des famines ou la moindre mention de la Crimée, et le plus souvent, je me fais appeler une sympathisante nazi par trois gamins de 19 ans de Nottingham et me fais envoyer un lien vers un fil de discussion Reddit décrivant comment les documents ont probablement été des faux fabriqués par des économistes bourgeois du nouveau-monde parce que tu peux voir les différents pixels à travers le texte. Comment peut tu avoir un débat avec quelqu’un.e qui attaque l’épistémologie elle-même ? Combattre des récits peut ressembler à être dans une chambre noire a essayer d’attraper un moustique dont tu n’es pas vraiment certain.e.s qu’elle existe vraiment. Est-ce que Twitter est le forum où discuter l’historicité ?

L’idée tankiste de l’Union soviétique. Cette image dans leur tête est glorieuse, radicale et pastel qui n’a jamais vraiment existé. Ce que les Tankistes disent de l’URSS en dit plus sur elleux que sur l’URSS elle même. Dieu bénisse Edward Saïd. Dans l’ensemble, je suis ravie que des gens s’intéressent à l’Union Soviétique, mais cet intérêt devrait aller plus loin. Nous avons besoin de plus de nuances, de nouvelles voies, et de meilleurs arguments, d’un présent qui prenne moins d’importance. L’impact des ’’Tankistes’’ a un impact négatif sur les discours contemporain. De véritables mouvements socialistes, réels, magnifiques, radicaux, sont là dehors à se battre contre les véritables héritages vivants de l’impérialisme russe. Malheureusement, des étudiant.e.s en politique occidentaux avec plus de 3000 followers sur Twitter prennent leur place. Illes gaspillent nos énergies sur des débats sur une propagande d’il y a 100 ans. L’État Russe et son entourage d’héritage colonial est toujours nocif et vaux toujours la peine d’être débattu. Par exemple, depuis que l’URSS a imposé des frontières et une gouvernance non-voulue, des régions du Caucase se sont battues pour leur droit à l’indépendance et à l’auto-détermination. Tu peux lire plus sur ces luttes sur www.eng.kavkaz-uzel.eu. Après l’invasion par la Russie, les populations Tatars de Crimée ont fait face à des violences et discriminations sur leurs terres, un grand nombre étant détenu de manière illégale ou forcé.e.s d’abandonner leurs maisons, et de nombreuses personnes disparues n’ont toujours pas été retrouvées. Tu peux lire plus et offrir ton soutien là : http://khpg.org/en.

Pendant ce temps, les suspects habituels de l’ultragauche britannique, Worker’s Hammer, Socialist Worker, Morning Star ont chacun et sans équivoque soutenu le ’’referendum’’ de 2014 qui refusait de donner un droit de vote aux Tatars comme justification pour l’invasion russe de la Crimée. Des histoires vitales et importantes de l’Ukraine, du Kazakhstan, Tatarstan, Crimée, Sibérie Ichkérie et beaucoup d’autres se font coopter et approprier et ré-écrire dans des groupes Leftbook composés d’étudiant.e.s de la classe moyenne à Paris. Des gens dont les recherches google ne comportent que des articles et archives écrits en anglais ne devraient pas dire à des géorgien.ne.s ou des uzbeks qu’illes ne sont que des victimes passives de la propagande occidentale. L’occupation progressive de l’Ukraine et du Caucase est appuyée et soutenue par des guerrièr.e.s de Twitter qui ne sont jamais allé à l’est de Berlin. Ok : Chiang Mai ne compte pas (Ndt : ville touristique du nord de la Thaïlande).

Les gens qui s’engagent dans des discours critique de l’Union Soviétique sont exclu.e.s de certains lieux gauchistes occidentaux. L’exclusion des voix post-soviétique va plus loin. Nous avons toujours des incompréhensions inquiétantes des nations post-sovietiques. Elles sont sous-représentées dans la presse, la culture populaire et universitaire et pour de nombreuses raisons historiques, peu de gens voyagent ou émigrent en dehors de leurs nations, particulièrement depuis la Russie et l’Asie Centrale. Peu de gens d’Europe voyagent au delà de Moscou et Saint Petersburg. Les voix post-soviétiques sont déjà marginalisées dans les espaces occidentaux. L’agenda gauchiste a simplement à combattre ça. Par exemple, il y a quelques années, la Tchétchénie a commencé à émergée sur toutes les plateformes en ligne. Au même moment, « Où est la Tchétchénie » était recherchée sur Google plus de 178 fois. Le premier article en anglais publié par l’International Business Times titrait « la Tchétchénie détient 100 hommes gay dans le premier camp de concentration depuis l’holocauste. »

D’abord, la Tchétchénie n’est pas un pays. Ce n’est pas qu’elle ne devrait pas en être un, mais le fait qu’un grand nombre d’individu.e.s et organes de presses l’écrivent comme tel montre à quel point illes n’y comprennent pas grand chose. Et puis, la Russie, à l’intérieur de laquelle est la Tchétchénie est circonscrite (pour l’instant, la liberté et la justice arriveront dans le nord du Caucase), a systématiquement détenu, torturé et par extension tué des gens LGBT+ depuis un long moment. Je me dois aussi d’ajouter que ce n’est probablement pas le « premier camp de concentration depuis l’holocauste. » Les tchétchènes étaient il y a encore peu mit dans ce que j’appellerai des camps de concentration.

Il ne s’agit pas de l’argument du ’’Comment ne savais tu pas que ça se passait déjà depuis LONGTEMPS ??’’ mais que quand l’IBT rapporte que la Tchétchénie le fait, ça se retrouve partout de façon instantanée ? Un certain agenda islamophobe Russe (et Européen, et Américain) marque le Caucase et l’Asie Centrale, principalement musulman, comme des espaces de terrorisme et de barbarie en général.

Dans un flash-back de déni des crimes de Staline contre des ethnies, les russophiles inconditionel.le.s s’alignent à nouveau sur les formes de racisme islamophobe. Les gens et campagnes défendant chacune des facettes de l’Union Soviétique retombent donc à chaque fois à soutenir Putin et l’État moderne de la Fédération Russe. Par exemple, début 2016, un historien a exposé de nouveaux crimes de Staline par la découverte d’une fosse commune datant des années 1930 et contenant 9000 corps (va nier ça, Tankie !). Il s’agit de ce qui est maintenant connu sous le nom du site mémorial de Sandarmokh (Ndt : en Karélie, proche de la frontière avec la Finlande). Il a promptement été envoyé dans un asile psychiatrique par Putin et évalué au centre Serbski, un infâme lieu d’interrogation à partir duquel de nombreux efforts de propagande sont falsifiés, et est toujours en procès. Depuis sa campagne de ré-élection, Putin a fortement appuyé sur l’argument selon quoi ’’la démonisation excessive de Staline’’ était utiliser pour saper la Russie et son gouvernement. Avec l’instrumentalisation du jour de la victoire (Ndt : sur le nazisme, le 8 mai), cela a contribuer à voir des sommets de popularité pour Staline parmi les russes d’aujourd’hui. Il dénonce toute tentative de draguer les témoignages négatifs sur le soviétisme parce que ça saperait la primauté de l’État Russe et le nationalisme rampant qu’il répand. Putin arme et soutien des armées et des états violents à travers le monde. Il réprime brutalement les droits des femmes et LGBT+ dans son propre pays et emprisonne des manifestant.e.s. Il a solidifié un système d’oligarchie et de corporatisme, une forme de capitalisme régulé par l’État qui concentre les profits du gouvernement et de son aristocratie. Il a restauré l’église orthodoxe russe dans le gouvernement, appuyé par la répression d’autres religions à travers la nation. Sa politique étrangère a été une d’occupation et d’invasion de la Tchétchénie, de l’Ingushetia, de l’Ossétie du sud, de la Géorgie-Abkhazia, de l’Ukraine et de la Crimée. Il commet des massacre en Syrie au quotidien. Dire tout ça ne veux pas dire « Putin est pire que l’Amérique ou la Grande-Bretagne ! » ça veux dire « applique les même critiques à la fédération russe de Putin que tu le ferait à des états-nations occidentaux. »

La tankisme va souvent main dans la main avec une forme particulièrement écœurante d’Assadisme. Il s’agit des gens niant (ou même célébrant) les armes chimiques, les militaristes, les ’’nettoyeur.se.s de kebab’’ en revenant aux mêmes excuses de la ’’propagande occidentale’’ et léchant constamment les bottes de la politique étrangère russe sous n’importe quelle forme ou plateforme que ce soit.

Pourtant, nombreux.se.s sont les personnes percevant la Russie comme une outsider ayant besoin d’avoir son nom et sa réputation protégée. Il est en quelque sorte devenu impossible de considérer que la Fédération Russe dans toutes ses formes à travers l’histoire moderne n’ai été rien de plus qu’une image miroir des États-Unis (et de son toutou la Grande-Bretagne). La Russie a colonisé ou tenté de colonisé la majeur partie de l’Asie Centrale. Elle s’est alignée avec les forces les plus cruelles au monde (incluant maintenant les USA et l’UK) à travers chacune de ces époques, elle s’est systématiquement épurée de toutes ses minorités religieuses ou ethniques. C’est complètement horrible. Il est impératif que tou.te.s les Tankistes ré-évaluent leurs priorités et dirigent leurs facultés de pensée critique douteuse ailleurs. Laisse ça tranquille. Le discours tankiste est terminé pour moi. Je n’y participerait plus. Ça part d’une série de points de référence idéologiques qui ne fait écho à rien du monde vivant ou mort. C’est un réseau d’argument et contre-arguments toxiques basé sur des prétentions infondées et des accusations vides de propagande. C’est le désastre d’un défilé de mode par des gens qui n’ont aucune idée des expériences toujours vécues du monde soviétique. Jette ton arrogance, ton non-sens dialectique, l’insensibilité culturelle l’ignorance du Tankisme.

Nous n’avons pas le choix. Staline a fait des erreurs. L’État de Staline était dramatiquement raciste, sexiste et destructeur et les effets de ses échecs résonnent encore à travers le bloc de l’est. Ignorer, nier et ré-écrire ce qui s’est mal passé ne fait que saper les mouvements socialistes et communistes d’aujourd’hui. Si nous ne pouvons pas trouver un moyen pour nos mouvements de progresser hors de tout ça, alors je les regarderait mourir avec plaisir. Les tanks sont une régression, et franchement, un putain d’embarras pour la Gauche.

Darya Rustmanova

13 Aout 2019


Article publié le 13 Jan 2020 sur Mars-infos.org