Novembre 13, 2021
Par Le Monde Libertaire
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Le gñteau pour lequel les factions oligarchiques dominantes se battent bec et ongles est l’argent public que l’État, leur État, l’État au service du capital, met à leur disposition.

AprÚs les attaques subies lors de la crise précédente, un nouvel assaut aux dimensions bien plus importantes est en cours de préparation, il est consciemment conçu à travers un scénario de terreur généralisée visant à minimiser nos possibilités de réponse.

Alors que l’abĂźme de la crise s’approfondit, le capitalisme montre sans ambages que la libertĂ© des marchĂ©s et sa dĂ©fense de la libre concurrence ne sont que de la propagande. Le gĂąteau pour lequel les factions oligarchiques dominantes se battent bec et ongles est l’argent public que l’État, leur État, l’État au service du capital, met Ă  leur disposition.

Et cette Ă©niĂšme appropriation de nos richesses, celles que la classe ouvriĂšre produit, ce n’est pas seulement la plus-value, pas seulement les profits que nous gĂ©nĂ©rons pour eux en achetant leurs marchandises, c’est aussi le vol des fonds publics que nous gĂ©nĂ©rons avec nos impĂŽts — payĂ©s pratiquement uniquement par les travailleurs — et nos cotisations sociales.

Les fonds de l’Union europĂ©enne comme outil de chantage

Les 2 000 pages que le gouvernement espagnol a envoyées à Bruxelles pour rendre compte des contre-réformes à entreprendre en échange des fonds de reconstruction sont secrÚtes.

Elles sont secrĂštes pour deux raisons :
— D’une part, parce qu’ils changent chaque jour en fonction des pressions exercĂ©es par ceux qui sont rĂ©ellement aux commandes : l’Union europĂ©enne au nom des banques et des multinationales.
— Et surtout, parce que, comme tous les crimes contre le peuple, ils sont perpĂ©trĂ©s dans l’obscuritĂ©, de sorte qu’il faille le plus longtemps possible pour que nous les dĂ©couvrions.

Il se passe exactement la mĂȘme chose qu’en 2011. Alors que « notre » dette augmentait et que les signaux d’alarme retentissaient, le gouverneur de la Banque centrale europĂ©enne et le gouverneur de la Banque d’Espagne, le social-dĂ©mocrate FernĂĄndez Ordóñez, ont Ă©crit une lettre secrĂšte au Premier ministre, le trĂšs « progressiste » Zapatero, le menaçant, sous peine de ne pas acheter les obligations de la dette publique, de rĂ©duire les pensions et les droits des travailleurs et de rĂ©duire et privatiser -— encore plus — les services publics tels que la santĂ© et l’éducation. Le gouvernement du Parti socialiste a non seulement fait ce qu’on lui demandait, mais en plein mois d’aoĂ»t et en l’espace d’une semaine, avec le soutien du Parti populaire, il a rĂ©formĂ© la sacro-sainte Constitution pour faire passer le paiement de la dette avant tout besoin social. Il faut rappeler que cette dette a Ă©tĂ© construite sur la base d’un transfert massif d’argent public vers les banques et d’une rĂ©duction des impĂŽts pour les grandes entreprises.

Aujourd’hui, l’histoire se rĂ©pĂšte : le Plan de choc approuvĂ© au dĂ©but de l’étĂ© dernier, entre autres mesures, a mis 100 milliards d’euros Ă  la disposition des banques, Ă  travers lesquels l’État s’est portĂ© garant de la dette de toutes les entreprises et des travailleurs indĂ©pendants qui ont fait faillite et n’ont pas pu rembourser les prĂȘts demandĂ©s aux banques.

En outre, Ă  la fin du mois de juillet, 40 milliards d’euros supplĂ©mentaires ont Ă©tĂ© annoncĂ©s. Il a rĂ©cemment Ă©tĂ© rapportĂ© qu’en effet, une grande partie de ces crĂ©dits n’ont pas Ă©tĂ© payĂ©s, et qu’ils seront comptabilisĂ©s comme dĂ©ficit public.

Avec une dette de 125 % du PIB, consĂ©quence d’une Ă©conomie en plein effondrement, due Ă  la crise et au pillage des richesses, les vampires de l’Union europĂ©enne font pression pour que toutes sortes de contre-rĂ©formes soient appliquĂ©es afin que la classe ouvriĂšre et les PME paient pour l’énorme crise engendrĂ©e par le capitalisme lui-mĂȘme.

Face à ces agressions, le gouvernement du PSOE et de Unidas Podemos, comme auparavant celui de Zapatero, se soumet sans se plaindre et prépare une éniÚme attaque contre la classe ouvriÚre et les couches populaires.

Bien que, comme je l’ai dit, l’opacitĂ© sur les rĂ©formes demandĂ©es soit totale, il y a dĂ©jĂ  suffisamment d’indications pour connaĂźtre le scĂ©nario du drame qui s’annonce, qui sera en gros le suivant :

1. OĂč iront les fonds europĂ©ens ?

Les fonds europĂ©ens, ces 140 milliards d’euros, iront Ă  la « reconversion verte » et Ă  la « digitalisation ». L’Union europĂ©enne a dĂ©cidĂ©, et le gouvernement a acceptĂ©, que ce soient « nos » prioritĂ©s.

Les besoins sociaux urgents : logement, santĂ©, Ă©ducation, protection sociale, prĂ©caritĂ©, etc., ou la planification dĂ©mocratique de l’économie aprĂšs l’effondrement du tourisme et de la construction, ne comptent absolument pas.

2. Qui les recevra ?

Nous ne savons pas exactement comment ils seront distribuĂ©s, mais c’est un secret de polichinelle que les 140 milliards seront distribuĂ©s aux requins de l’Ibex (l’équivalent espagnol du CAC 40), cette fois dĂ©guisĂ©s en « verts », en Ă©cologistes. Et ce sera le cas, car on sait que tant la rĂ©forme des administrations publiques et de la procĂ©dure administrative — pour accĂ©lĂ©rer les procĂ©dures d’accĂšs aux Fonds — que les critĂšres de distribution ont Ă©tĂ© Ă©laborĂ©s par des bureaux juridiques liĂ©s Ă  la CEOE (ConfĂ©dĂ©ration espagnole des organisations entrepreneuriales). Ils conçoivent et le gouvernement signe.

3. Quel sera le montant alloué à la santé ?

Pendant la pandĂ©mie, au milieu des applaudissements et des louanges, nous avons vu de quoi il s’agissait. Toutes les dĂ©penses supplĂ©mentaires causĂ©es par la pandĂ©mie sont systĂ©matiquement allĂ©es dans les poches des particuliers. Rien pour embaucher plus de personnel ou renforcer la santĂ© publique.

Les maigres fonds qui seront allouĂ©s Ă  la santĂ© reprĂ©sentent 1,5 %, soit un peu plus d’un milliard d’euros, qui iront aux « partenariats public-privĂ© », le nouvel euphĂ©misme pour la privatisation.

Le ministre de la SantĂ©, en pleine pandĂ©mie, a eu l’impudence de prĂ©sider un Ă©vĂ©nement financĂ© par l’industrie pharmaceutique sur « La santĂ© du futur » oĂč il n’y avait pas d’autres horizons que cette « collaboration » qui consiste Ă  vampiriser les fonds publics par l’entreprise privĂ©e.

4. Que va-t-il se passer avec la digitalisation ?

La digitalisation, comme toute autre technique, dĂ©pend des mains dans lesquelles elle se trouve et de l’objectif pour lequel elle est utilisĂ©e. La digitalisation augmente considĂ©rablement la productivitĂ© du travail, c’est-Ă -dire que la mĂȘme quantitĂ© de travail est produite en moins de temps. La digitalisation, logiquement, dans un pays oĂč le taux de chĂŽmage est si Ă©levĂ©, devrait servir Ă  rĂ©duire la journĂ©e de travail et Ă  rĂ©partir le travail, Ă©videmment sans rĂ©duire les salaires, Ă©tant donnĂ© qu’il y a d’énormes augmentations de la plus-value — les salaires non payĂ©s — qui sont appropriĂ©es par l’employeur.

La digitalisation, logiquement, dans un pays oĂč le taux de chĂŽmage est si Ă©levĂ©, devrait servir Ă  rĂ©duire la journĂ©e de travail et Ă  rĂ©partir le travail, Ă©videmment sans rĂ©duction des salaires, Ă©tant donnĂ© qu’il y a d’énormes augmentations de la plus-value appropriĂ©e par l’employeur.

Ce sera l’inverse. Le patronat, la rĂ©forme du travail n’étant pas abrogĂ©e dans la Ă©niĂšme rupture du pacte gouvernemental, s’apprĂȘte Ă  rĂ©duire les effectifs (voir ce qui s’est passĂ© avec le secteur bancaire) et Ă  augmenter la journĂ©e de travail (en GrĂšce, ils ont l’intention de la porter Ă  10 heures). En outre, il ne faut pas oublier que la principale utilisation de la numĂ©risation est la « DĂ©fense », c’est-Ă -dire l’amĂ©lioration des armes pour la rĂ©pression des travailleurs et le massacre des peuples.

Mais cela ne s’arrĂȘte pas lĂ .

Qui paiera pour ce que « nos » multinationales recevront des fonds européens ?

Tout est conçu pour ĂȘtre payĂ© par nous. Nous ne savons pas encore tout, mais ils ont dĂ©jĂ  fait des progrĂšs :

1Âș La moitiĂ© de ces 140 000 millions d’euros sera payĂ©e sous forme de Dette, c’est-Ă -dire avec des coupes dans les dĂ©penses publiques, en rĂ©duisant le personnel, les salaires et les ressources des services publics. Cela fera d’une pierre deux coups : les banques, qui sont nos crĂ©anciĂšres, s’engraisseront pour la Ă©niĂšme fois, et les services publics s’effondreront au profit du secteur privĂ©.

2Âș Le gouverneur de la Banque d’Espagne l’a annoncĂ© il y a quelques jours : la classe ouvriĂšre devra payer ses propres indemnitĂ©s de licenciement et allouer une autre partie de son salaire Ă  un fonds de pension privĂ© afin d’avoir une pension qui lui permette de vivre (une mission impossible aprĂšs les coupes qu’ils prĂ©voient de nous imposer). C’est ce qu’on appelle le sac Ă  dos autrichien. L’affaire est rondement menĂ©e : on vide les caisses de la SĂ©curitĂ© sociale construite avec notre argent et, comme il n’y a pas d’argent, dit-on, on impose un financement supplĂ©mentaire aux assurances privĂ©es.

3Âș De plus, comme ils sont « verts », « Ă©cologistes » et prĂ©occupĂ©s par le changement climatique, ils vont rĂ©former les impĂŽts. Et comment vont-ils le faire ? En faisant payer les entreprises polluantes, comme les incinĂ©rateurs, qui ont des impacts terribles sur la santĂ© de leurs travailleurs et de la population environnante ? Pas du tout. Ils vont introduire de nouveaux impĂŽts indirects, c’est-Ă -dire des impĂŽts que nous payons tous de maniĂšre Ă©gale, riches et pauvres, comme les pĂ©ages d’autoroute ou les taxes sur le diesel des voitures.

A prĂ©sent, l’intrigue devrait ĂȘtre claire. Ils entendent continuer Ă  dĂ©truire la vie de la classe ouvriĂšre et des petits et moyens entrepreneurs, tandis que les banquiers et les propriĂ©taires de multinationales amassent des fortunes toujours plus grandes. Et les gouvernements, quelle que soit leur couleur, les servent sans se plaindre.

Ils entendent continuer à détruire la vie de la classe ouvriÚre et des petits et moyens entrepreneurs, tandis que les banquiers et les propriétaires de multinationales amassent des fortunes toujours plus grandes.

Ángeles Maestro
Médecin, technicien supérieur en santé publique. Ancien membre du Parlement, porte-parole de la santé au CongrÚs.

Traduction : Daniel PinĂłs

Article publié par le journal libertaire El Salto diario




Source: Monde-libertaire.fr