Rodrigo Lanza va être jugé du 4 au 11 novembre avec une accusation d’homicide volontaire avec “circonstance aggravante de délit haineux”, pourtant créée pour lutter contre les exactions de l’extrême droite, nombreuses dans ce pays qui peine à tourner la page de son histoire fasciste. Il y a des groupes ouvertement nostalgiques des 40 ans de dictature militaire. Malheureusement la magistrature étant elle-même en partie composé de ces nostalgiques fascistes, ce délit sert aujourd’hui à attaquer des antifascistes pour un soi-disant racisme anti-espagnol ou dans des violences contre des policiers pour haine anti-flic…

Une bagarre qui tourne mal

Le 8 décembre 2017, alors qu’il se trouve dans un bar de Saragosse, une discussion éclate entre Rodrigo et Víctor Láinez. Celui-ci est un néonazi connu sur la ville, étant notamment un membre des phalanges. Il arbore des bretelles avec le drapeau espagnol (signe distinctif des skinheads fascistes en Espagne) et semble avoir une attitude agressive.

Selon Rodrigo, il l’aborde en le traitant de “sudaka de mierda“, une insulte raciste visant les personnes venant d’Amérique du Sud (or Rodri est Chilien d’origine) et le ton monte. Rodrigo et ses amis sortent du bar pour éviter que la situation dégénère. Toujours selon les déclarations de Rodrigo, Víctor Láinez sort lui aussi, et l’attaque alors avec un couteau : Rodrigo se défend et assène quelques coups de poing, son assaillant s’écroule et Rodrigo part en courant. C’est seulement le lendemain matin qu’il apprendra que ce qui était une simple bagarre à la porte d’un bar est devenu une affaire judiciaire grave, car Víctor Láinez est mort.

L’emballement médiatique

Dès le lendemain, la presse espagnole fait ses grands titres sur “le crime des bretelles”. Il faut dire que nous sommes alors en plein processus indépendantiste, et beaucoup de journaliste de la droite “espagnoliste”[] parle du premier mort de “l’insurrection catalane” et de violence anti-espagnol (similaire au prétendu racisme anti-blanc). Si Rodrigo a longtemps vécu en Catalogne et a des liens établis avec les mouvements sociaux catalans, le raccourci assez délirant est malgré tout repris massivement dans les médias.

Mais c’est surtout le passé de Rodrigo qui donne un écho exceptionnel à ce fait divers. En février 2006, il avait été arrêté au cours d’une altercation entre des policiers et des jeunes à la porte d’un squat de Barcelone. Un policier avait été gravement blessé et les autorités devaient trouver coûte que coûte un coupable. Rodrigo et 2 autres de ses camarades ont alors été torturés puis emprisonnés.

Suite à une mascarade de procès, il est condamné malgré l’absence totale de preuve à 6 ans de prison. Une des autres inculpés de cette affaire finit par se suicider au cours d’une permission de sortie. En 2013, un film raconte cette histoire et et à la surprise générale remporte le prix du meilleur documentaire espagnol au festival de Vitoria-Gasteiz, le plus prestigieux du pays.

L’affaire refait la une des journaux mais cette fois-ci pour dénoncer l’emballement judiciaire et médiatique. Toutes les autorités sont mises en cause dans ce montage policier et sa diffusion est un record d’audience sur une des chaînes de télévision publique catalane.

Et maintenant le procès

Depuis, Rodrigo avait refait sa vie à Saragosse jusqu’à cette triste histoire. Il a rapidement été arrêté et a  reconnu les coups en légitimé défense. Il a ensuite été emprisonné et placé en isolement. Le procureur demande 25 ans de prison puisqu’il aurait “volontairement attaqué un homme animé par la haine que lui provoquait son idéologie”.

Les frais de la modeste famille de Rodrigo sont très importants entre les déplacements (plus de 300kms de distance), l’accompagnement psychologique (puisqu’il est toujours en isolement), la cantine et les frais de justice divers.

Si vous voulez participer à ces frais, vous pouvez envoyer un don à l’association qui soutien les proches de Rodri:

Associació Espai Trobada (ASSET)

ES93 3025 0002 4314 3342 9402 (Caixa d’Enginyers)

L’intitulé du virement doit être “donación” (don) et si la somme est supérieur à 100 euros il faut inscrire également le nom et le numero d’un papier officiel (carte d’identité ou passeport)


Article publié le 11 Oct 2019 sur Lahorde.samizdat.net