Mai 26, 2021
Par Partage Noir
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Il y avait alors en Italie des journaux nettement anti-organisateurs, Ă  Milan et Ă  Messine, et une tendance ultra-organisatrice et modĂ©rĂ©e, reprĂ©sentĂ©e par quelques publications Ă  Rome. Cela explique peut-ĂȘtre pourquoi Malatesta continuait Ă  vivre Ă  Londres. La guerre tripolitaine, prĂ©lude des autres guerres, montra le danger des dĂ©veloppements unilatĂ©raux et la force que le nationalisme, continuĂ© par le fascisme prĂ©sent, avait dĂ©jĂ  su acquĂ©rir. Ces conditions firent enfin rentrer Malatesta en Italie oĂč, par de nombreuses confĂ©rences et par l’hebdomadaire VolontĂ  (AncĂŽne, Ă  partir du 8-VI-13), il rallia de nouveau les meilleures forces rĂ©volutionnaires. Il sut aussi, par son intelligence et sa valeur propre, gagner un ascendant moral sur la jeunesse rĂ©publicaine de la Romagne. Le rĂ©sultat de son activitĂ© fut le caractĂšre grandiose de la « semaine rouge Â», en juin 1914, dans le district de la Romagne, des Marches et d’AncĂŽne. Ce mouvement fut, inĂ©vitablement, trahi de suite par les socialistes parlementaires et rĂ©formistes qui ne savent faire que cela. Ces Ă©vĂ©nements obligĂšrent Malatesta Ă  se rĂ©fugier Ă  nouveau Ă  Londres. En traversant GenĂšve il rencontra de vieux camarades, Bertoni, Herzig, Jacques Gross ; Ă  Paris, il fit mĂȘme une visite Ă  James Guillaume qu’il n’avait pas revu depuis 1880, et qui venait de mener une dure polĂ©mique syndicaliste contre lui, ce que Malatesta, dans sa sĂ©rĂ©nitĂ©, acceptait de bonne humeur.

La guerre Ă©clata. Malatesta resta ce qu’il avait toujours Ă©tĂ©. Une rupture absolue s’en suivit avec Kropotkine aprĂšs une scĂšne pĂ©nible que le premier a racontĂ© dans un essai de dĂ©cembre 1930. On trouvera les articles Ă©crits de 1914 Ă  1916 en consultant VotontĂ  d’AncĂŽne, le RĂ©veil de GenĂšve, Freedom de Londres, Tierra y Libertad de Barcelone, etc. Rudolf Rocker, internĂ© Ă  Londres, reçut souvent sa visite ; il raconte que lors de la RĂ©volution russe, en 1917, Malatesta aurait voulu partir pour voir les Ă©vĂ©nements de ses propres yeux, mais que le gouvernement anglais lui interdit de partir. De mĂȘme, en dĂ©cembre 1919, les autoritĂ©s voulaient l’empĂȘcher de partir pour l’Italie, mais des marins italiens l’embarquĂšrent en secret. Son arrivĂ©e Ă  GĂȘnes fut un vĂ©ritable triomphe ; tout travail fut suspendu pour aller le saluer. Pendant quelques jours ou quelques semaines, il tint peut-ĂȘtre le sort de l’Italie entre ses mains. Il a dĂ» se convaincre qu’une rĂ©volution sociale, dĂ©chaĂźnĂ©e Ă  ce moment, prendrait un cours trop autoritaire dans ce Pays, rongĂ© par le socialisme parlementaire, le bolchevisme et le nationalisme d’éducation patriotique et de guerre ; il aura voulu d’abord prĂ©parer les esprits. Le quotidien UmanitĂ  nova (Milan, 27-II-20 au 24-III-21, 262 numĂ©ros) et de nombreuses rĂ©unions devaient servir Ă  ce but. Dans le programme du quotidien, dĂ©jĂ  rĂ©pandu avant son dĂ©part pour Londres, il soutient l’idĂ©e de l’équivalence des hypothĂšses Ă©conomiques par lesquelles des anarchistes qualifient leurs conceptions, et il rĂ©clame la libertĂ© des groupements, la libertĂ© de l’expĂ©rimentation, la libertĂ© complĂšte sans autre limite que l’égale libertĂ© d’autrui.

Il ne pouvait manquer de comprendre que tout l’enthousiasme qu’il rencontrait partout ne pouvait remplacer une action intelligente et rĂ©flĂ©chie, ni cette large tolĂ©rance qu’il Ă©prouvait lui-mĂȘme et que le fanatisme, hĂ©ritage de l’autoritĂ© et de la religion, a si longtemps bannie de nos rangs. Il a dit Ă  Bertoni, qui lui fit visite en avril 1920, qu’il ne se sentait pas Ă  l’aise dans ce Nord italien et qu’il aimerait se fixer dans son Midi napolitain qu’il connaissait autrement bien et oĂč il aurait voulu prĂ©parer une rĂ©volution agraire sĂ©rieuse. Il n’a pas pu le faire, et son Ă©nergie d’homme de 66 ans fut plutĂŽt Ă©parpillĂ©e par le journal, par les rĂ©unions, par ce CongrĂšs de l’Unione anarchica italiana tenu Ă  Bologne (1 Ă  4-VII-20), pour lequel il rĂ©digea un programme publiĂ© en brochure, et au cours duquel individualistes et organisateurs se heurtĂšrent une fois de plus, par cet effort compliquĂ© de rĂ©unir socialistes et anarchistes pour libĂ©rer au moins les prisonniers (aoĂ»t 20), et par d’autres agitations, sans doute trĂšs utiles par temps calme, mais que j’appellerais des vĂ©tilles en face d’une situation peut-ĂȘtre encore rĂ©volutionnaire, mais qui voit grandir autour d’elle l’assaut de la rĂ©action.




Source: Partage-noir.fr