Mai 27, 2021
Par Partage Noir
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Quand l’occupation des usines mĂ©tallurgiques Ă  Milan et en PiĂ©mont (septembre) crĂ©a une situation unique jusqu’alors, Malatesta et ses amis, entr’autres Ettore Molinari qui avait dĂ©jĂ  publiĂ© Fattori eronomici pel successo della rivoluzione sociale, comprirent la portĂ©e de cet Ă©vĂ©nement, mais, comme toujours, les socialistes trahirent le mouvement et ouvrirent ainsi les portes Ă , la rĂ©action fasciste. DĂ©jĂ , le 17 octobre, Malatesta fut arrĂȘtĂ© ; devant les lenteurs du procĂšs, ses camarades prisonniers et lui firent la grĂšve de la faim ; en riposte eut lieu l’explosion devant le thĂ©Ăątre de Diane (23-III-21), vengĂ©e depuis par des condamnations fĂ©roces contre les jeunes fauteurs de cet attentat. Dans le procĂšs qui eut enfin lieu du 27 au 29 juillet 1921, Malatesta et tous ses camarades furent acquittĂ©s par le jury. On avait fait reparaĂźtre UmanitĂ  nova Ă  Rome, le 14 mai, en quotidien ; il devint hebdomadaire Ă  partir du n°183, le 12 aoĂ»t 22. La collaboration de Malatesta Ă  cette sĂ©rie fut moins frĂ©quente qu’à la premiĂšre. Le due Vie (Les deux voies), extrait du journal en aoĂ»t 20 (15 p.) expose sa conception de la rĂ©volution sociale Ă  un moulent oĂč elle semblait ĂȘtre vraiment Ă  portĂ©e de la main, mais ce moment passa…

L’immonde fascisme mit la main sur Rome en novembre 1922, et l’agitation sociale, frappĂ©e dans toutes ses manifestations par des fĂ©rocitĂ©s bestiales sans nom, devint graduellement impossible. NĂ©anmoins Malatesta sut encore faire paraĂźtre les 57 numĂ©ros dont beaucoup furent saisis, de sa belle revue Pensiero e Volonta, du 1er janvier 21 au 10 octobre 26, donc jusqu’au moment oĂč tout organe indĂ©pendant fut supprimĂ© on Italie. Cette revue contient beaucoup de ses articles les mieux rĂ©flĂ©chis et les plus mĂ»rs, ainsi que quelques souvenirs personnels sur Bakounine, Fanelli et autres. Depuis lors, jusqu’à cet hiver mĂȘme, il Ă©crivit un grand nombre d’articles que l’on trouve dans les journaux italiens de GenĂšve, des États-Unis, etc., et qui restent jusqu’au dernier moment Ă  la hauteur de ceux de Pensiero e Votonta. Seulement, au lieu d’encourager cet homme modeste, soit Ă  rĂ©unir ses meilleurs Ă©crits de son propre choix, soit Ă  se concentrer en un effort plus Ă©tendu et d’écrire un livre, ce qu’il n’eut jamais le loisir de faire (ou les moyens de le publier), soit Ă  Ă©crire des souvenirs, il a eu Ă  faire face jusqu’au dernier moment Ă  des camarades soulevant devant lui ces Ă©ternelles questions d’un peu plus ou d’un peu moins d’individualisme, d’organisation, du pro et du contra de l’autoritĂ© et des dictatures, du syndicalisme, etc., et dans sa bontĂ© et sa patience de propagandiste, il s’est toujours prĂȘtĂ© Ă  ces discussions oiseuses, mille fois rĂ©solues pour tout homme de quelque bonne volontĂ©, mais toujours ouvertes pour ceux qui ne croient qu’aux solutions uniques et infaillibles de leur propre crĂ». A ces mesquineries s’ajoutaient ses souffrances physiques et morales, sa maladie chronique de la dilatation des bronches, son internement et isolement virtuels dans son logement, la vue de la misĂšre morale de son pays qu’il avait vu du moins libre en esprit durant tant d’annĂ©es, puis cet afflux de plaintes vulgaires qui savaient toujours pĂ©nĂ©trer jusqu’à lui, tandis que les paroles libres qui se disent encore çà et lĂ  Ă©taient soigneusement interceptĂ©es par la censure qui veillait sur ses moindres gestes. Il conserva sa sĂ©rĂ©nitĂ© quand mĂȘme, jusqu’aux derniĂšres lignes que je connaisse de lui, sa lettre Ă  Bertoni du 30 juin 1932, alors qu’il se savait perdu. Mais il a dĂ» beaucoup, Ă©normĂ©ment souffrir.




Source: Partage-noir.fr