Cette année les épreuves du bac se dérouleront d’une manière très particulière qui pose question à de nombreux lycéens.

Mi-mai, les terminales ont reçu leurs premières affectations dans l’enseignement supérieur sur la plateforme Parcoursup. Cette année, une première dans l’histoire, les bachelier.es seront évalué.es par  contrôle continu. Avec une reprise des cours qui semble très peu probable dans la plupart des établissements scolaires, les élèves sont confrontés à des notations aménagées, sur des critères qui peuvent sembler arbitraire. 

      Comme pour la procédure habituelle du baccalauréat, les élèves qui ont plus de 10 de moyenne à l’année obtiendront le diplôme tandis que ceux entre 8 et 10 de moyenne auront accès à des rattrapages. Les élèves qui auraient une moyenne au moins égale à  8 et inférieure à 10 pourront passer les oraux de rattrapage dans les conditions ordinaires, avec la possibilité de choisir deux matières (tant sur les disciplines évaluées lors des épreuves anticipées que sur les disciplines de la classe de terminale) à présenter à l’oral entre le 8 et le 10 juillet. Les terminales qui ont moins de 8 de moyenne lors de l’évaluation du conseil et les déscolarisés passeront des épreuves dans des conditions habituelles en septembre.

     Les notes de bac seront déterminées en fonction de différents critères . Premièrement la moyenne annuelle (premier, deuxième, début du troisième trimestre pour les notes supérieures à celles du premier et deuxième trimestre) pondérée par les coefficients habituels du bac selon leurs spécialités choisies. Dans un second temps, les notes obtenues lors des épreuves du anticipées de première ainsi que qu’un nouveau critère « d’assiduité et d’investissement » qui peut notamment porter sur la période de confinement. Ces différents facteurs seront évalués par un jury choisi par le rectorat de l’académie qui pourra être constitué de professeur.es des universités, maîtres de conférences ou enseignant.es-chercheur.ses, inspecteur.es d’académie et professeur.es des lycées publics et/ou privés. Celui ci sera présidé par un.e professeur.e d’université ou un.e maître de conférence.

« Des difficultés et inégalités scolaires réduites à une question de motivation »

     En effet, le jury se chargera d’harmoniser les notes du troisième trimestre sur ce critère.  Il est assez probable que les professeurs qui y siègent se basent sur les notes données pendant le confinement pour donner leurs appréciations du troisième trimestre. Mais quid de la lutte contre les effets du confinement en terme d’inégalités scolaires, grand dada de la communication médiatique du ministère ? Au final, les élèves en difficulté scolaire,qui ont des simples problèmes de connexion internet, des problèmes environnementaux et familiaux extérieurs seront toujours mis en difficulté. Car ces « manques d’investissement ou de motivation » chez les élèves révèlent souvent des inégalités sociales réelles. De plus, s’y oppose le simple constat qu’il est difficile pour tous les élèves de suivre les cours à distance. Cette prétendue « chance » donnée aux élèves de se valoriser par leur motivation dans le troisième trimestre semble plutôt un geste caché pour justifier une sélection méritocratique.

« Bac 2020, nouveau moyen de sélection disciplinaire »

     L’assiduité deviendra également un critère afin d’obtenir le baccalauréat. En revanche, ce critère de sélection disciplinaire laisse transparaître les épreuves comme une récompense en retour du bon comportement de ses élèves. Pourtant le bac est une chance qui doit être offerte à tous les terminales et non pas un système de tri sélectif de l’enseignement secondaire. Beaucoup d’élèves ont des difficultés pour suivre le rythme scolaire pendant l’année pour diverses raisons (problèmes familiaux, travail en dehors des cours, problèmes liés à la santé mentale ect.) et cette épreuve détachée du parcours scolaire de l’élève devrait pouvoir les accompagner et leur laisser une chance.

« Un troisième trimestre difficile pour tous »

     En théorie, aucune note lors du troisième trimestre n’est censée être prise en compte afin de diminuer les inégalités scolaires indues par le confinement. En pratique, le troisième trimestre semble tout de même être déterminant pour les élèves. Malgré la consigne de ne pas noter les élèves, les notes sur Pronote se multiplient, le travail exigé est toujours aussi important et les professeurs exigent une forte régularité. Les absences aux cours en ligne sont soigneusement répertoriées dans de nombreux cas ainsi que le nombre de connections de l’élève sur Pronote. Même si ces critères devraient être pris en compte il semble difficile d’évaluer le déroulement de cette procédure très floue qui renforce la localisation de l’épreuve. Les menaces aux arguments méritocratiques du personnel enseignant sont également très présentes et nombre d’entre eux se baseront sur des notes attribués dans la période de confinement afin d’aboutir à leurs appréciations pour le troisième trimestre.

« De nombreux élèves en situation de décrochage scolaire »

     De plus, la prise en compte du troisième trimestre même semble absurde et très peu représentative du travail annuel des élèves. Une grande partie des élèves ont des difficultés, pour de nombreuses raisons, à suivre la continuité pédagogique imposée et nombre d’entre eux témoignent être en situation de décrochage scolaire. L’accompagnement de ces lycéens “décrocheurs” semble très superficiel : les lycées se basent sur le nombre de connexions sur pronote afin de déterminer lesquels de ces élèves suivre. Pourtant cette méthode manque grandement de fiabilité et n’est que très peu représentative de leur situation.

“ Quelle valeur pour le “bac covid-19”?

        La question de la valeur de ce bac en contrôle continu inquiète également les élèves. Déjà que la réforme de la sélection à l’entrée de l’enseignement supérieur a instauré une hiérarchisation des élèves territorialisée, les répercussions d’un bac complètement localisé s’annoncent ardues . Hors de la procédure Parcoursup, le bac est pour beaucoup le seul diplôme qu’obtiendront les terminales et il est déterminant pour leur avenir. Il est aussi un moyen d’accéder à des bourses, ainsi qu’une garantie d’accès aux études supérieures pour les élèves qui choisiront de se réorienter. Et avec cette procédure d’évaluation, la valeur du baccalauréat ne pourra être uniquement basée que sur la réputation de la qualité d’enseignement de l’établissement concerné. Une faveur de plus pour les établissements privés à défaut des lycées de banlieue…

“ Une rentrée scolaire 2020 qui s’annonce difficile”

     Une dernière inquiétude se profile pour les terminales, ainsi que les étudiants d’aujourd’hui. Des élèves reçoivent même des alertes d’ établissements avertissant celleux-ci que la rentrée scolaire 2020 risque de se dérouler en distanciel. En effet, même si on ne peut prévoir l’évolution de la crise sanitaire, la réouverture des établissements d’études supérieures, en particulier des facs semble mise en péril. Cette possibilité de numérisation de l’enseignement supérieur s’avère rude et peu adaptée à la réussite des étudiants… En particulier pour les établissements moins sélectifs qui accueillent un public plus large ou les risques sanitaires sont forts…


Article publié le 22 Mai 2020 sur Lepoing.net