DĂ©cembre 26, 2021
Par Marseille Infos Autonomes
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Il y a 22 ans aujourd’hui, des anarchistes et d’autres manifestants ont rĂ©ussi Ă  bloquer et Ă  fermer le sommet de l’Organisation mondiale du commerce Ă  Seattle. C’était le dĂ©but spectaculaire de ce que les journalistes ont appelĂ© le “mouvement antimondialisation” – en fait, un mouvement mondial contre le capitalisme nĂ©olibĂ©ral. Au cours des derniĂšres annĂ©es, nous avons cĂ©lĂ©brĂ© les vingt ans de plusieurs des moments forts de ce mouvement. Aujourd’hui, nous rĂ©flĂ©chissons Ă  ses origines et Ă  ce qu’il peut enseigner aux mouvements contemporains.

Dans l’annexe intitulĂ©e “Compte Ă  rebours pour la bataille de Seattle – Une chronologie incomplĂšte“, nous explorons la portĂ©e mondiale du mouvement qui a conduit Ă  la victoire de Seattle.

Lorsque nous pensons au soi-disant mouvement antimondialisation, nous pensons Ă  des manifestations massives au sommet. Outre la mobilisation historique contre l’OMC Ă  Seattle, nous nous souvenons de la marche du black bloc contre la rĂ©union ministĂ©rielle de la Zone de libre-Ă©change des AmĂ©riques Ă  QuĂ©bec en avril 2001, ou des Ă©meutes au sommet du G8 Ă  GĂȘnes en juillet suivant.



Une photographie emblĂ©matique des manifestations contre le sommet de l’Organisation mondiale du commerce Ă  Seattle, en 1999.

Mais ces sommets n’étaient que des panaches de fumĂ©e s’élevant d’un feu. Pour utiliser une mĂ©taphore plus prĂ©cise, il s’agissait de champignons Ă©mergeant d’un rĂ©seau mycĂ©lien. Le rĂ©seau lui-mĂȘme Ă©tait composĂ© d’une variĂ©tĂ© d’espaces et de mouvements participatifs anticoloniaux et contre-culturels rĂ©partis dans le monde entier : Des rĂ©voltes indigĂšnes comme celle de l’EZLN au Mexique, des mouvements d’occupation comme le Movimento Sem Terra au BrĂ©sil et le rĂ©seau des centres sociaux squattĂ©s en Europe, des mouvements de travailleurs agricoles du sous-continent indien Ă  la CorĂ©e du Sud, des mouvements Ă©cologiques comme Earth First !, des syndicats de base comme l’Industrial Workers of the World, des milieux de musique underground bricolĂ©s comme les scĂšnes rave et punk.

Dans tous ces contextes, les gens ont pu dĂ©velopper un discours commun sur leur vie, leurs aspirations et leurs problĂšmes, et surtout, ils ont pu expĂ©rimenter des moyens d’utiliser leur agence collectivement en dehors des impĂ©ratifs du capitalisme et de la politique d’État. (Par contraste, les rĂ©seaux radicaux actuels basĂ©s sur l’Internet fournissent souvent un espace virtuel pour le discours sans offrir un espace physique ou temporel partagĂ© pour une expĂ©rimentation collective qui rompt avec la logique des institutions qui restent dominantes dans cette sociĂ©tĂ©). Dans les contextes susmentionnĂ©s, les individus ont pu dĂ©velopper leurs idĂ©es et Ă©tablir des relations durables avant d’entrer en confrontation directe avec les forces assemblĂ©es de la rĂ©pression Ă©tatique.

L’enracinement dans des espaces sociaux et culturels de longue date a Ă©tĂ© essentiel au succĂšs de ces mobilisations, car il a permis aux gens de vivre une Ă©volution politique commune, de tisser des liens et d’innover de nouvelles tactiques et de nouveaux discours. Les punks qui avaient jouĂ© dans des groupes ensemble ont intuitivement compris comment former des groupes affinitaires ; les militants Ă©cologistes qui avaient coordonnĂ© des campagnes dans les bois savaient comment faciliter des rĂ©unions impliquant des personnes de plusieurs continents.

Genoa 2001 : Memories from the Front Lines

Tout cela a eu lieu des annĂ©es avant les manifestations massives du sommet qui ont attirĂ© l’attention des photojournalistes. Pour continuer Ă  employer la mĂ©taphore du mycĂ©lium, la premiĂšre Ă©tape a Ă©tĂ© pour les spores individuelles de trouver un sol fertile dans lequel germer. La dĂ©centralisation a prĂ©cĂ©dĂ© la convergence. L’étape suivante a consistĂ© pour les scĂšnes et les mouvements individuels Ă  entrer en contact, de la mĂȘme maniĂšre que les spores des champignons, lorsqu’elles germent, envoient des fils fongiques cherchant Ă  se connecter les uns aux autres.

Bien avant que nous ne convergions lors des manifestations au sommet, les gens qui couvraient ces diffĂ©rents contextes les ont mis en contact les uns avec les autres, dĂ©montrant les vertus de ce que les zapatistes appelaient “Un monde dans lequel plusieurs mondes s’insĂšrent”. Les vieux anarchistes qui avaient survĂ©cu aux rĂ©cessions et aux dictatures du milieu du 20e siĂšcle sont entrĂ©s en contact avec les punks ; les punks se sont rendus au Chiapas et ont rencontrĂ© des organisateurs indigĂšnes ; les organisateurs indigĂšnes ont appelĂ© Ă  des journĂ©es mondiales d’action ; et le reste appartient Ă  l’histoire.

S’appuyant sur l’approche qui leur a donnĂ© vie, certaines des premiĂšres expressions publiques de ce qui est devenu le mouvement contre la mondialisation capitaliste ont Ă©tĂ© couronnĂ©es de succĂšs parce qu’elles ne s’opposaient pas seulement Ă  la politique de l’État et des entreprises, mais aussi Ă  l’espace, et donc aux relations sociales quotidiennes. Par exemple, le mouvement anti-route au Royaume-Uni a crĂ©Ă© des occupations Ă  long terme, des zones autonomes temporaires dans lesquelles les gens pouvaient construire de nouvelles relations et un sens partagĂ© de l’objectif. (Ce qui se rapproche le plus de ces occupations au cours de la derniĂšre dĂ©cennie est probablement le mouvement autour de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.) Le mouvement anti-route a contribuĂ© Ă  donner naissance Ă  Reclaim the Streets (RTS), qui a cherchĂ© Ă  crĂ©er des zones autonomes de courte durĂ©e dans les environnements urbains, en obstruant et en interrompant immĂ©diatement le mode de vie qui dĂ©pendait de la culture automobile. Reclaim the Streets, Ă  son tour, a jouĂ© un rĂŽle majeur dans l’organisation du “Carnaval contre le capitalisme” Ă  Londres le 18 juin 1999 – la premiĂšre journĂ©e d’action mondiale vraiment rĂ©ussie, qui a ouvert la voie Ă  la mobilisation contre l’OMC Ă  Seattle.

Aux États-Unis, nous pourrions tracer une trajectoire similaire, en commençant par les occupations de forĂȘts et le Minnehaha Free State.



Reclaim the Streets !

Il est important de souligner que pratiquement toutes ces expĂ©riences Ă©taient fondamentalement joyeuses, positives et crĂ©atives. Reclaim the Streets organisait des fĂȘtes de rue – oui, ils dĂ©truisaient les rues avec des marteaux-piqueurs, mais la police ne pouvait ni les voir ni les entendre car les marteaux-piqueurs Ă©taient dissimulĂ©s sous les jupes des Ă©chassiers et noyĂ©s dans la musique techno. Chaque manifestation met en scĂšne des marionnettes gĂ©antes et se termine par un concert punk ou une rave party. Les actions d’art performance prolifĂšrent, de mĂȘme que les farces comme celles organisĂ©es par les Yes Men, qui crĂ©ent de faux sites web pour les organisations commerciales mondiales et envoient ensuite des porte-parole se faisant passer pour leurs reprĂ©sentants, infligeant des burlesques farces Ă  quiconque prend les faux sites web pour les pages officielles de ces institutions.

Cette approche joyeuse et crĂ©ative de la rĂ©sistance est quelque chose que nous avons perdu, mĂȘme si les confrontations se sont intensifiĂ©es dans le monde entier au cours des 20 derniĂšres annĂ©es. Une atmosphĂšre ludique et inventive s’épanouissait naturellement dans un mouvement issu des espaces contre-culturels. Revisitez avec nous ce rĂ©cit d’un moment fort de Reclaim the Streets, l’occupation de l’autoroute M41 le 13 juillet 1996 :

En juillet de cette annĂ©e-lĂ , la RTS a organisĂ© ce qui Ă©tait probablement son action la plus ambitieuse et la plus subversive : l’occupation d’un tronçon d’autoroute. La courte liaison de la M41 Ă  Shepherds Bush – l’autoroute la plus courte d’Angleterre – a Ă©tĂ© transformĂ©e en zone de fĂȘte pendant un aprĂšs-midi et une soirĂ©e. La vue de milliers de personnes courant sur une autoroute vide fermĂ©e par de grands trĂ©pieds est une image qui reste dans les mĂ©moires… Des “pantomime dames” de 30 pieds ont glissĂ© dans la fĂȘte en lançant des confettis. Des stands de nourriture distribuaient gratuitement du ragoĂ»t et des sandwiches, des graffeurs ajoutaient de la couleur au macadam, des poĂštes fulminaient depuis les rambardes, des groupes acoustiques jouaient et des joueurs ambulants se produisaient. Au plus fort des festivitĂ©s, sous les grandes pantomimes vĂȘtues d’immenses jupes de Marie-Antoinette, des gens Ă©taient Ă  l’Ɠuvre avec des marteaux-piqueurs, tapant au rythme de la techno pour masquer le son des officiers qui se tenaient Ă  quelques centimĂštres, creusant la surface de la route jusqu’à ce que de grands cratĂšres jonchent la voie rapide… pour planter des semis dans les jardins dĂ©truits par les bulldozers de Claremont Road.



Reclaim the Streets prend l’autoroute M41 avec des Ă©chassiers et des marteaux-piqueurs le 13 juillet 1996.

Aux États-Unis, en tout cas, l’une des autres choses qui ont permis aux manifestants de fermer le sommet de l’Organisation mondiale du commerce est le fait que rien de tel ne s’était produit depuis une gĂ©nĂ©ration. Les autoritĂ©s ont Ă©tĂ© prises par surprise et ont fait en sorte que cela ne se reproduise plus. À Seattle, le 30 novembre 1999, les manifestants ont dĂ» faire face Ă  quelque 400 policiers ; en 2017, les manifestants ont dĂ» affronter plus de 28 000 agents de sĂ©curitĂ© lors de l’investiture de Donald Trump Ă  Washington, DC, ou 31 000 lors des manifestations du G20 Ă  Hambourg. Au cours des deux derniĂšres dĂ©cennies, l’État a dĂ©versĂ© Ă©normĂ©ment de ressources pour rĂ©primer les manifestations nationales.

Il s’avĂšre que l’on peut jouer Ă  deux sur la stratĂ©gie de la convergence. La leçon Ă  en tirer est que nous devons sans cesse dĂ©placer les lignes de bataille et ouvrir de nouveaux fronts, et non nous enliser en essayant de nous rĂ©pĂ©ter dans des situations oĂč les autoritĂ©s peuvent nous isoler et concentrer toutes leurs forces contre nous. Ce n’est pas tant un argument contre le fait de continuer Ă  employer les mĂȘmes tactiques qu’un argument en faveur de la recherche constante de nouveaux espaces pour les dĂ©ployer.



La police Ă©tait extrĂȘmement infĂ©rieure en nombre lors des manifestations de l’OMC Ă  Seattle. Sinon, les tactiques passives employĂ©es par les manifestants majoritairement “non violents” n’auraient pas suffi Ă  les submerger. Au fur et Ă  mesure que la police s’est intensifiĂ©e et militarisĂ©e au cours des annĂ©es suivantes, les militants ont dĂ» recourir Ă  des tactiques plus conflictuelles, ainsi qu’à une spontanĂ©itĂ© et une dĂ©centralisation croissantes, afin de dĂ©jouer la police.

L’autre Ă©lĂ©ment qui a rendu le mouvement contre la mondialisation capitaliste si puissant Ă  son apogĂ©e Ă©tait qu’en plus d’ĂȘtre hĂ©tĂ©rogĂšne, il Ă©tait fondamentalement dĂ©centralisĂ©. De nombreux groupes hiĂ©rarchiquement organisĂ©s y participaient – syndicats, partis politiques, organisations militantes avec un leadership bien Ă©tabli – mais il n’existait aucun mĂ©canisme leur permettant d’obtenir un contrĂŽle central, de sorte qu’aucun d’entre eux n’a jamais Ă©tĂ© en mesure de dicter ce qui se passait dans la rue. L’énorme potentiel du “mouvement des mouvements” a Ă©mergĂ© de maniĂšre organique par le libre jeu des programmes et des tactiques. C’était un chaos plus puissant que n’importe quel ordre.

Si ce mouvement Ă©tait si puissant, que lui est-il arrivĂ© ? Il n’a pas seulement Ă©tĂ© vaincu par l’escalade policiĂšre.

Dans un article que nous avons commandĂ© pour Rolling Thunder, notre Journal of Dangerous Living, David Graeber soutient que le mouvement contre la mondialisation capitaliste a atteint un plateau parce que nous avons atteint nos objectifs intermĂ©diaires de discrĂ©diter les institutions financiĂšres internationales comme l’Organisation mondiale du commerce plus rapidement que prĂ©vu. On peut soutenir que cela s’est produit d’autant plus rapidement que, comme nous sortions d’une pĂ©riode au cours de laquelle la marĂ©e de la lutte politique avait considĂ©rablement diminuĂ© depuis les annĂ©es 1960, les objectifs de nombreux participants n’étaient pas particuliĂšrement radicaux au dĂ©part.

Une dĂ©cennie et demie plus tard, aux États-Unis, nous avons vu Donald Trump s’approprier des slogans tels que “Fair Trade, not Free Trade” directement issus de l’aile libĂ©rale du mouvement altermondialiste. Ces slogans ont pu lui servir parce qu’ils ne rejetaient pas le capitalisme lui-mĂȘme – ils laissaient ouverte la possibilitĂ© qu’une “meilleure” direction politique puisse le faire fonctionner correctement. Les Ăąmes timides qui ont fait valoir que la rhĂ©torique et les aspirations radicales aliĂ©neraient des partisans potentiels et affaibliraient le mouvement ont ouvert la voie Ă  la cooptation de notre hĂ©ritage par nos ennemis d’extrĂȘme droite.

En effet, le mouvement lui-mĂȘme aurait simplement Ă©tĂ© appelĂ© le mouvement anticapitaliste sans les rĂ©formistes et les journalistes qui ont dĂ©libĂ©rĂ©ment supprimĂ© ce langage. Il a fallu attendre le mouvement Occupy de 2011 pour que les anarchistes parviennent Ă  forcer les prĂ©sentateurs de journaux tĂ©lĂ©visĂ©s et les libĂ©raux Ă  prononcer le mot “capitalisme” Ă  haute voix sans sourire, les obligeant Ă  reconnaĂźtre les causes systĂ©miques de la souffrance induite par le marchĂ©.



Une grande partie de l’iconographie du mouvement qui a fermĂ© l’Organisation mondiale du commerce a prĂ©sentĂ© les institutions commerciales mondiales comme antidĂ©mocratiques, permettant aux rĂ©formistes – et plus tard aux rĂ©actionnaires nationalistes – de proposer des solutions qui ne s’attaquent pas Ă  la racine du problĂšme.

Pour ceux d’entre nous qui n’ont jamais cru que le capitalisme pouvait ĂȘtre rĂ©formĂ© – qui ont abordĂ© les sommets sur le commerce mondial comme des occasions de dĂ©montrer le type de tactiques et de valeurs qui, nous l’espĂ©rions, pourraient se rĂ©pandre parmi les personnes en colĂšre et dĂ©sespĂ©rĂ©es partout dans le monde – l’une des limites que nous avons atteintes Ă©tait qu’à partir d’un certain point, les confrontations s’intensifiaient plus vite que nous ne pouvions attirer davantage de personnes dans la lutte. Au fur et Ă  mesure que les affrontements s’intensifiaient, il Ă©tait difficile de rĂ©sister Ă  l’envie de concentrer toute notre attention sur les adversaires qui se trouvaient immĂ©diatement devant nous – ou, pire encore, de nous concentrer sur nous-mĂȘmes, sur d’autres participants au mouvement – plutĂŽt que de continuer Ă  diriger notre attention vers l’extĂ©rieur, vers ceux qui n’étaient pas encore impliquĂ©s mais qui auraient pu nous rejoindre, renversant ainsi la situation, si nous avions fait davantage pour nous rapprocher d’eux. L’une des principales fonctions de la police est de nous entraĂźner dans des querelles privĂ©es avec les autoritĂ©s, nous enfermant dans le genre de bataille Ă©troite qu’ils peuvent gagner, afin de nous distraire du reste du terrain social, y compris de tous ceux qui pourraient encore nous rejoindre mais qui restent sur la touche pour le moment.

Nous devrions toujours aspirer Ă  nous adresser aux prĂ©occupations de tous ceux qui sont soumis aux mĂȘmes forces gĂ©nĂ©rales que nous dans la sociĂ©tĂ© – et pas simplement Ă  un milieu ou un mouvement politique existant. PlutĂŽt que d’intensifier nos tactiques par nous-mĂȘmes, en imaginant que nous pouvons gagner ces batailles par nous-mĂȘmes, nous devrions viser Ă  aider les autres Ă  rĂ©pondre Ă  leurs besoins en dehors et Ă  l’encontre de la logique de l’État et du capitalisme, en s’efforçant de dĂ©montrer les tactiques et les stratĂ©gies par lesquelles ils peuvent le faire. Lorsque nous y parviendrons, les luttes sociales s’intensifieront d’elles-mĂȘmes. Ce sont nos succĂšs dans ce domaine qui ont crĂ©Ă© le terreau Ă  partir duquel le mouvement contre la mondialisation capitaliste s’est dĂ©veloppĂ©.

Lorsque vous cherchez Ă  gagner une bataille, il est utile de s’éloigner le plus possible du champ de bataille avant de commencer Ă  Ă©laborer votre stratĂ©gie. Le jeu de go est bien plus instructif que le jeu d’échecs.

En fin de compte, ce n’est ni l’escalade du maintien de l’ordre, ni notre rĂ©duction des effectifs qui ont sonnĂ© le glas du mouvement. Le mouvement altermondialiste s’est plutĂŽt retrouvĂ© dans une impasse aprĂšs les attentats du 11 septembre 2001, lorsque les gouvernements auxquels nous nous opposions ont pu substituer un rĂ©cit sur le terrorisme, la guerre et la violence ethnique Ă  nos propositions de changement social. Ce changement de discours a Ă©tĂ© fatal non seulement parce qu’il a distrait ou intimidĂ© ceux qui auraient pu rejoindre le mouvement, mais aussi parce qu’il a permis aux groupes autoritaires qui avaient Ă©tĂ© mis sur la touche par le mouvement de reprendre l’initiative et d’occuper l’espace de la protestation.

Le mouvement anti-guerre, qui a suivi immĂ©diatement le mouvement dit anti-mondialisation de la mĂȘme maniĂšre que la rĂ©action suit la rĂ©volution, fournit un contrepoint utile concernant ses forces. DĂšs le dĂ©but de l’organisation, les organisateurs de partis marxistes traditionnels se sont assurĂ©s de tenir les rĂȘnes – et le brouillard du discours “anti-guerre” s’est avĂ©rĂ© plus propice Ă  leurs ambitions que l’opposition la plus confuse aux institutions financiĂšres mondiales. ImmĂ©diatement aprĂšs les attaques du 11 septembre, les membres du Workers World Party ont organisĂ© la coalition ANSWER comme groupe de façade pour leurs ambitions ; six mois plus tard, en mars 2002, les membres du Revolutionary Communist Party ont crĂ©Ă© la coalition Not in Our Name. Ces deux dinosaures ont dominĂ© l’organisation des manifestations pendant les annĂ©es qui ont suivi.

En consĂ©quence, un nombre beaucoup plus important de personnes ont affluĂ© dans les rues – le 15 fĂ©vrier 2003 a connu l’une des plus grandes affluences de tous les temps – sans que les mobilisations Ă©nergiques qui ont eu lieu contre la mondialisation capitaliste n’aient eu le moindre impact.

Dans l’ensemble, les manifestations qui ont eu lieu dans le monde entier le 15 fĂ©vrier 2003 ont Ă©tĂ© les plus suivies de l’histoire de l’humanitĂ©, et pourtant elles n’ont absolument rien fait pour gĂȘner l’administration Bush. On pourrait dire que c’est un triomphe de la cooptation que tant d’indignation et de motivation aient Ă©tĂ© dĂ©tournĂ©es en rituels inefficaces, si peu de temps aprĂšs que les anticapitalistes aient dĂ©montrĂ© le pouvoir de l’action directe.

“What to Expect from the Conventions”

NĂ©anmoins, Ă  ce jour, les icĂŽnes des annĂ©es 1960 continuent de faire la leçon aux jeunes sur l’importance d’un leadership centralisĂ©. Nous avons entendu cette critique tout au long du mouvement Occupy, puis lors des soulĂšvements de Ferguson et de Baltimore, puis lors de la rĂ©sistance Ă  Trump, et enfin lors du soulĂšvement de 2020. En rĂ©alitĂ©, la dĂ©centralisation et l’action directe organisĂ©e de maniĂšre autonome ont Ă©tĂ© essentielles Ă  tous les mouvements puissants de notre Ă©poque, tandis que le leadership centralisĂ© a Ă©tĂ© fatal Ă  toutes les luttes qui tombent sous son emprise. Pour s’en convaincre, il suffit de comparer le mouvement pour la “justice climatique”, qui s’est enlisĂ© depuis l’afflux de financements d’entreprises Ă  but non lucratif et de stratĂšges libĂ©raux Ă  la suite du film Une vĂ©ritĂ© qui dĂ©range d’Al Gore, avec le mouvement contre la police et la suprĂ©matie blanche.

Comparez la People’s Climate March de 2014, qui a rĂ©uni 400 000 personnes derriĂšre un message simple tout en faisant si peu pour protester qu’il Ă©tait inutile que les autoritĂ©s procĂšdent Ă  une seule arrestation, avec le soulĂšvement de Baltimore d’avril 2015. Beaucoup ont fait l’éloge de la marche pour le climat tout en tournant en dĂ©rision les Ă©meutes de Baltimore, les qualifiant d’irrationnelles, d’inadmissibles et d’inefficaces ; pourtant, la marche pour le climat n’a eu que peu d’impact concret, tandis que les Ă©meutes de Baltimore ont contraint le procureur gĂ©nĂ©ral Ă  engager des poursuites presque sans prĂ©cĂ©dent contre des policiers. Vous pouvez parier que si 400 000 personnes rĂ©agissaient au changement climatique comme quelques milliers ont rĂ©agi au meurtre de Freddie Gray, les politiciens changeraient leurs prioritĂ©s.

“Why We Don’t Make Demands”



Le black bloc Ă  Seattle lors des manifestations de l’OMC en 1999. Cette tactique, parmi les plus controversĂ©es de l’époque – notamment parce que les participants Ă©vitaient explicitement de formuler des revendications – s’est rĂ©pandue dans les mouvements contemporains, de Hong Kong au Chili, et s’est avĂ©rĂ©e essentielle lors du soulĂšvement de 2020 aux États-Unis.

Que pouvons-nous apprendre, en regardant le mouvement contre la mondialisation capitaliste, alors ?

Tout d’abord, il convient de replacer le mouvement dans son contexte historique. À l’époque, les anciens mouvements ouvriers du 20e siĂšcle avaient Ă©tĂ© dĂ©passĂ©s par la rĂ©organisation post-fordiste du processus de production, qui transformait le monde entier en une usine composĂ©e de piĂšces instantanĂ©ment remplaçables. En rĂ©ponse Ă  cette situation, alors que les organisateurs syndicaux tentaient vainement de conserver le terrain en retrait de leurs victoires prĂ©cĂ©dentes, le mouvement de la contre-mondialisation s’est organisĂ© au niveau international en se basant sur l’impact du capitalisme sur chacun d’entre nous, plutĂŽt que de chercher simplement Ă  dĂ©fendre la position de certains travailleurs au sein de l’économie. Cette approche prĂ©figurait le succĂšs du mouvement Occupy, qui a Ă©galement commencĂ© par aborder le capitalisme comme une condition partagĂ©e, plutĂŽt que comme une tentative de nĂ©gocier les conditions pour les Ă©tudiants, les travailleurs ou d’autres groupes dĂ©mographiques spĂ©cifiques.

Dans les annĂ©es 1980 et 1990, les espaces de bricolage qui ont contribuĂ© Ă  donner naissance au mouvement altermondialiste Ă©taient sĂ©duisants parce qu’ils Ă©taient participatifs Ă  une Ă©poque oĂč les mĂ©dias d’entreprise et la politique en gĂ©nĂ©ral Ă©taient descendants et unidirectionnels. Les mĂ©dias sociaux que tout le monde utilise aujourd’hui sont une cooptation des modĂšles participatifs illustrĂ©s par le rĂ©seau Indymedia qui a Ă©mergĂ© pendant l’organisation de Seattle en 1999. Aujourd’hui, il est essentiel pour la stabilitĂ© de l’ordre dominant que les attitudes et les allĂ©geances qui le perpĂ©tuent semblent Ă©merger de l’expression volontaire des citoyens ordinaires, et non des chefs de partis ou des mĂ©dias d’entreprise, tous deux largement discrĂ©ditĂ©s.

Mais quels besoins un monde de mĂ©dias sociaux ostensiblement “participatifs” laisse-t-il insatisfaits ? Le besoin d’une prĂ©sence et d’une connexion rĂ©elles, d’une expĂ©rience vĂ©cue partagĂ©e. Nous l’avons constatĂ© lors du mouvement Occupy, et plus rĂ©cemment lors du soulĂšvement de 2020 : Ă  l’ùre de la connectivitĂ© numĂ©rique et de l’isolement physique, les gens dĂ©sirent de toute urgence partager l’espace et le temps les uns avec les autres, partager des expĂ©riences qui ne peuvent ĂȘtre rĂ©duites Ă  des pixels.

Le triomphalisme capitaliste des annĂ©es 1990 appartient dĂ©sormais au passĂ©. Le capitalisme du XXIe siĂšcle ne prĂ©tend plus que tout le monde va bĂ©nĂ©ficier de l’économie et de l’État. Il part du principe que les gens seront exclus et dĂ©shumanisĂ©s par le million. Des politiciens comme Donald Trump ont rĂ©ussi non pas en promettant aux gens un meilleur niveau de vie, mais en promettant Ă  leurs Ă©lecteurs que la violence inhĂ©rente Ă  la sociĂ©tĂ© capitaliste sera principalement dirigĂ©e contre les autres.

En rĂ©ponse, nous pourrions prendre du recul par rapport aux confrontations immĂ©diates – qui vont certainement persister et s’intensifier, que cela nous plaise ou non – pour nous demander ce dont les gens ont dĂ©sespĂ©rĂ©ment besoin aujourd’hui et rĂ©flĂ©chir Ă  la maniĂšre dont nous pourrions nous organiser Ă  la base pour fournir ces choses comme point de dĂ©part de luttes qui peuvent finalement remplacer le pouvoir de l’État par une nouvelle base pour nos relations. Il ne s’agit pas seulement de nourriture et d’abris – que les groupes d’entraide se sont admirablement mobilisĂ©s pour fournir et dĂ©fendre pendant la pandĂ©mie – ni d’assurer notre survie face Ă  des catastrophes Ă©cologiques de plus en plus rĂ©pandues. Il s’agit aussi de crĂ©er des liens significatifs entre les personnes, de canaliser la crĂ©ativitĂ© hors des espaces virtuels oĂč elle sert les plateformes des entreprises, d’inventer de nouvelles formes de joie et de convivialitĂ©. Tels devraient ĂȘtre nos points de dĂ©part Ă  l’approche de la prochaine phase de notre lutte contre le capitalisme et la destruction industrielle de la biosphĂšre.



Quelques documents de base sur les mouvements d’antan : le numĂ©ro du zine Complete Control dĂ©crivant les manifestations de l’OMC, le zine sur la logistique qui a circulĂ© avant les manifestations de l’OMC, une collection de rapports des mĂ©dias indĂ©pendants SchNews, le journal d’éco-rĂ©sistance Do or Die, RĂ©flexions sur le 18 juin, etc.

Pour en savoir plus : 22 ans de contre sommets (en anglais)

Annexe

La chronologie suivante a Ă©tĂ© publiĂ©e Ă  l’origine dans le numĂ©ro 9 de la revue Do or Die : Voices from the Ecological Resistance. Il s’agit d’une rĂ©fĂ©rence importante, qui montre la portĂ©e mondiale du mouvement contre la mondialisation capitaliste.



Compte Ă  rebours pour la bataille de Seattle – Une chronologie incomplĂšte

FĂ©vrier 1999, Bay Area, Californie, USA

Un groupe appelĂ© San Francisco Art and Revolution produit et distribue une lettre Ă  des groupes et des individus Ă  travers l’AmĂ©rique du Nord les invitant Ă  aider Ă  coordonner une action directe de masse contre la rĂ©union de l’Organisation mondiale du commerce plus tard dans l’annĂ©e.

18 juin, centres financiers du monde entier

Un appel Ă  une journĂ©e d’action mondiale lancĂ© par plusieurs groupes d’action directe basĂ©s au Royaume-Uni conduit Ă  l’occupation et Ă  la transformation simultanĂ©es des centres financiers et bancaires du monde entier. Alors que le G8 se rĂ©unit Ă  Cologne, en Allemagne, des actions Ă©clatent dans plus de 100 villes dans plus de 40 pays et sur tous les continents de la planĂšte. La mise en rĂ©seau avant et aprĂšs l’évĂ©nement, combinĂ©e Ă  l’échange d’informations et Ă  l’inspiration fournie par les rapports d’actions qui ont eu lieu lors de la J18 elle-mĂȘme, crĂ©e une excitation massive et pose une partie des bases qui conduisent au succĂšs de la N30.

DĂ©but de l’étĂ© 1999, quelque part prĂšs de Seattle, Washington, USA

Un collectif inspirĂ© par la journĂ©e d’action de J18 et la tendance Ă  la “mondialisation de la rĂ©sistance” lance un appel Ă  une journĂ©e d’action anticapitaliste mondiale le mardi 30 novembre 1999 pour coĂŻncider avec le premier jour de la troisiĂšme confĂ©rence ministĂ©rielle de l’Organisation mondiale du commerce qui se tiendra Ă  Seattle, Washington.

Printemps/été 1999, Californie du Nord, USA

Le RĂ©seau d’action directe (DAN) est fondĂ© et un plan est Ă©tabli pour organiser une convergence d’action directe de dix jours Ă  Seattle, du 19 au 29 novembre, qui sera suivie de quatre jours d’action pour fermer l’OMC.

23-27 août, Bangalore, Inde

La deuxiĂšme confĂ©rence de la PGA (Action mondiale des peuples contre le “libre” Ă©change et l’OMC) est organisĂ©e par l’Association des agriculteurs de l’État de Karnataka (KRRS). Plusieurs centaines de personnes se rĂ©unissent pour discuter des idĂ©es, de la philosophie, des tactiques et d’une stratĂ©gie pour construire un rĂ©seau anticapitaliste mondial. La PGA se fait l’écho de l’appel Ă  faire du 30 novembre une journĂ©e mondiale d’action. Une caravane intercontinentale de la PGA est Ă©galement prĂ©vue pour traverser les États-Unis pendant la pĂ©riode prĂ©cĂ©dant le 30 novembre.

Du 28 septembre au 18 octobre, cĂŽte ouest de l’AmĂ©rique du Nord

Art et RĂ©volution prend part Ă  un “Resist the WTO Roadshow” et visite un certain nombre de syndicats, de groupes religieux, de collectifs d’action directe, de groupes communautaires, d’écoles et d’universitĂ©s. Le groupe organise des discussions et des ateliers sur l’OMC, le thĂ©Ăątre de rue et l’action directe non violente. De la propagande est distribuĂ©e et les gens sont encouragĂ©s Ă  venir Ă  la Convergence d’action directe Ă  Seattle Ă  partir du 20 novembre pour aider Ă  fermer l’OMC.

Septembre-octobre, Eugene, Oregon, USA

Le numĂ©ro “Mabon 1999” du journal Earth First ! Journal est publiĂ© et distribuĂ© dans le monde entier. La page centrale de quatre pages s’intitule “Shut Down the World Trade Organization” et encourage les gens Ă  venir Ă  Seattle. Il contient Ă©galement des informations sur l’OMC, la rĂ©sistance mondiale Ă  la mondialisation, l’histoire de Peoples’ Global Action (PGA), la grĂšve gĂ©nĂ©rale de 1919 Ă  Seattle, des ressources Internet, des idĂ©es pour s’organiser contre l’OMC, une liste d’évĂ©nements Ă  venir et des informations sur l’”action directe non violente de masse” parrainĂ©e par DAN et prĂ©vue pour le 30 novembre. D’autres copies du tract ont Ă©tĂ© produites et distribuĂ©es en AmĂ©rique du Nord par milliers.

Du 16 au 23 octobre, Washington, États-Unis

“Globalize This ! Le camp d’action Ruckus a lieu. Plusieurs centaines de personnes de toute l’AmĂ©rique du Nord se voient proposer une formation Ă  l’action directe, tandis que de nombreux ateliers et discussions ont lieu. Une personne impliquĂ©e dans London Reclaim the Streets organise un atelier sur la mobilisation du 18 juin au Royaume-Uni dans l’espoir d’inspirer un succĂšs Ă  Seattle.

Du 29 octobre au 27 novembre, dans tous les États-Unis

La caravane intercontinentale de l’Action mondiale des peuples (AGP), composĂ©e de dĂ©lĂ©guĂ©s de l’Alliance nationale indienne des mouvements populaires (NAPM), de l’Action verte d’IsraĂ«l et de plusieurs groupes israĂ©liens d’éducation Ă©cologique et de dĂ©fense des droits des animaux, d’écologistes boliviens, de London Reclaim the Streets, du mouvement autonomiste allemand, du RĂ©seau des femmes du Panama, de travailleurs industriels et agricoles et de l’Association des agriculteurs de l’État du Karnataka (KRRS), visite des villes de New York Ă  San Diego et Seattle.

Du 4 au 27 novembre, Ă  travers le Canada

Des Ă©tudiants, des syndicalistes et des Ă©cologistes diffusent des informations sur la mobilisation anti-OMC par le biais d’une Caravane pancanadienne qui traverse l’Ontario, le Manitoba, la Saskatchewan, l’Alberta et la Colombie-Britannique avant d’arriver Ă  Seattle.

15 novembre, Amsterdam, Pays-Bas

Un petit groupe occupe un navire-musĂ©e – l’un des plus anciens symboles du passĂ© colonial de la Hollande – dans le port d’Amsterdam en signe de protestation symbolique contre l’OMC.

16 novembre, GenĂšve, Suisse

Une trentaine de personnes occupent le siĂšge de l’Organisation mondiale du commerce pendant plusieurs heures. Les escaliers menant aux bureaux de Michael Moore, directeur gĂ©nĂ©ral de l’OMC, sont bloquĂ©s et d’énormes banderoles sur lesquelles on peut lire “Pas de commerce, pas d’organisation : Self-Management !” et “WTO Kills People – Kill the WTO !” sont accrochĂ©es sur le toit. Les occupants diffusent des images en direct de l’action dans le cyberespace Ă  partir d’un ordinateur portable [sic].

19 novembre, AthĂšnes, GrĂšce

Peu avant de s’envoler pour Seattle, ville en proie Ă  des Ă©meutes, Clinton se rend Ă  AthĂšnes, oĂč il est accueilli par des dizaines de milliers de personnes qui protestent contre la politique commerciale des États-Unis et leur activitĂ© dans les Balkans. Alors que les affrontements avec la police se poursuivent, des centaines de personnes construisent des barricades, brisent des fenĂȘtres, lancent des bombes incendiaires dans des dizaines de banques et dĂ©truisent un quartier commercial Ă  la mode.

20 novembre, Seattle, Washington, États-Unis

La Convergence d’Action Directe sponsorisĂ©e par DAN commence. Des milliers de personnes venant de toute l’AmĂ©rique du Nord et de nombreux pays d’Europe, d’AmĂ©rique, d’Afrique, d’Asie et d’Australasie commencent Ă  arriver Ă  Seattle. Ils se voient proposer un hĂ©bergement dans un certain nombre d’entrepĂŽts, de squats et de maisons privĂ©es, de la nourriture gratuite fournie par Food not Bombs trois fois par jour, des sĂ©ances d’information juridique, des ateliers de premiers secours, une formation Ă  la non-violence [sic], la possibilitĂ© de former ou de rejoindre des groupes d’affinitĂ©, des projections de vidĂ©os et des confĂ©rences, ainsi que des ateliers et des discussions sur tous les sujets, de la pratique Ă  la philosophie.

Du 22 au 29 novembre, dans toute la Turquie

Des agriculteurs, des Ă©cologistes, des syndicalistes et d’autres personnes participent Ă  une marche de neuf jours Ă  travers le Corlu (nord-ouest de la Turquie). Ils parcourent plus de 2000 miles jusqu’à Ankara, la capitale du pays, oĂč ils arrivent le 30 novembre. Sur leur chemin, ils visitent 18 villes et villages diffĂ©rents pour y tenir des discussions.

24 novembre, Manille, Philippines

Des manifestants anti-ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) organisent un rassemblement contre la libĂ©ralisation du commerce et des investissements ; la police les attaque Ă  l’aide de matraques et de canons Ă  eau.

New Delhi, Inde

300 autochtones de l’État indien du Madhya Pradesh occupent la Banque mondiale, escaladant la clĂŽture, bloquant l’entrĂ©e du bĂątiment et le recouvrant d’affiches, de graffitis et de bouse de vache.

25 novembre, Paris, France

Dans le cadre d’une manifestation contre la libĂ©ralisation du commerce, 5000 agriculteurs avec des chĂšvres, des canards et des moutons se rĂ©galent de produits rĂ©gionaux sous la Tour Eiffel.

26 novembre, New York, États-Unis

Plusieurs centaines de personnes Ă©rigent un trĂ©pied de deux Ă©tages et organisent une fĂȘte massive pour reconquĂ©rir Times Square le jour le plus chargĂ© de l’annĂ©e en matiĂšre de shopping.

Seattle, Washington, États-Unis

Alors que des centaines de personnes descendent dans la rue pour une cĂ©lĂ©bration carnavalesque de la journĂ©e “Buy Nothing/Steal Something”, une banniĂšre est suspendue au-dessus de l’autoroute 5 pour protester contre l’OMC. Les accrocheurs de la banniĂšre sont arrĂȘtĂ©s.

27 novembre, Washington DC, États-Unis

Un groupe d’activistes, affirmant que l’accord ADPIC (Droits de propriĂ©tĂ© intellectuelle liĂ©s au commerce) prĂ©conisĂ© par l’OMC empĂȘcherait les nations pauvres de se procurer des mĂ©dicaments essentiels, occupe les bureaux de la reprĂ©sentante amĂ©ricaine au commerce Charlene Barshefsky, rĂ©clamant “des mĂ©dicaments essentiels pour toutes les nations”.

Milan, Italie

Des travailleurs et des squatters s’unissent contre l’OMC dans une manifestation syndicale de base, tandis que d’autres s’enferment dans un magasin McDonalds, accrochant des banderoles et distribuant des tracts dĂ©nonçant le “nĂ©olibĂ©ralisme”.

Prague, RĂ©publique tchĂšque

Plusieurs actions sont organisĂ©es dans des supermarchĂ©s locaux, notamment la distribution de nourriture gratuite par Food not Bombs, tandis que de la propagande sur la mondialisation et l’OMC est distribuĂ©e. Des activitĂ©s similaires ont lieu dans d’autres villes tchĂšques.

Séoul, Corée du Sud

Trois mille travailleurs, Ă©tudiants et activistes se rassemblent contre l’OMC.

GenĂšve, Suisse

Deux mille agriculteurs et trois mille citadins dĂ©filent contre l’OMC.

27-28 novembre, dans toute la France

75 000 personnes dans 80 villes diffĂ©rentes de France descendent dans la rue pour rĂ©sister Ă  l’OMC et Ă  “la dictature des marchĂ©s”. Pendant ce temps, des membres de la FĂ©dĂ©ration paysanne française manifestent avec des centaines d’autres personnes devant le McDonalds de Seattle.

28 novembre, Seattle, Washington, États-Unis

Les derniers prĂ©paratifs de la journĂ©e d’action du 30 novembre sont mis en place. La tension commence Ă  monter. Le titre du Seattle Post-Intelligencier est le suivant : ” De toute façon, de qui vient cette idĂ©e ? “.

29 novembre, Milan, Italie

Des Ă©tudiants de l’universitĂ© La Bicocca occupent la facultĂ© des sciences biologiques pour protester contre l’Organisation mondiale du commerce et l’imposition de la biotechnologie.

Seattle, Washington, États-Unis

Un symposium destinĂ© Ă  permettre aux ministres du commerce et aux fonctionnaires de l’OMC d’écouter (c’est-Ă -dire de coopter et de neutraliser) les points de vue des groupes de travailleurs, de dĂ©fense des droits de l’homme et de protection de l’environnement doit ĂȘtre reprogrammĂ© aprĂšs qu’une “faille de sĂ©curitĂ©” ait obligĂ© la police Ă  fermer et Ă  fouiller le centre de confĂ©rence pendant cinq heures et demie.

Du 29 novembre au 3 décembre, New Delhi, Inde

Cinq cents femmes et hommes de la rĂ©gion de Maheshwar dans la vallĂ©e de la Narmada participent Ă  un Dharna (sit-in) de trois jours Ă  Raj Ghat pour protester contre l’OMC et la construction du barrage de la Narmada.

30 novembre, Santos, Brésil

Sous la banniĂšre “BrĂ©sil, 500 ans de rĂ©sistance indienne, noire et populaire”, le collectif Alternative verte et le rĂ©seau libertaire de Brixada Sanista font du thĂ©Ăątre de rue tandis que des clowns distribuent des tracts dĂ©nonçant la pauvretĂ© et le capital.



30 novembre 1999 Ă  Seattle.

Milan, Italie

Des informations sont distribuĂ©es sur l’OMC, la construction des barrages de Narmada et d’Itoiz, et les centres locaux de dĂ©tention pour immigrĂ©s. Le soir, une discussion publique a lieu dans l’énorme centre social squattĂ© “Leoncavallo”.

Rome, Italie

Le siĂšge du ComitĂ© national pour la bio-sĂ©curitĂ© est occupĂ© et des banderoles sont dĂ©posĂ©es en opposition Ă  l’OMC et Ă  la biotechnologie.

Pays de Galles

Des manifestants anti-OMC descendent dans les rues de Cardiff et Bangor.

Québec, Canada

Une coalition anti-OMC fait le tour de la ville en visitant plusieurs banques, le ministĂšre de l’Industrie et le parlement, en jouant du thĂ©Ăątre de rue et en organisant une danse pour “les gens avant le profit”.

Prague, RĂ©publique tchĂšque

Food Not Bombs distribue de la nourriture gratuite tandis que de nombreux supermarchés reçoivent des tracts.

Leeds, Angleterre

50 personnes distribuent des tracts devant des bureaux d’entreprises, entourĂ©es de quelque 300 policiers.

Halifax, Angleterre

Une usine NestlĂ© est occupĂ©e par un certain nombre de groupes liĂ©s au rĂ©seau Earth First ! Plusieurs des occupants sont arrĂȘtĂ©s car ils sont soupçonnĂ©s d’association de malfaiteurs, une infraction passible d’une peine maximale de dix ans d’emprisonnement. Les accusations sont abandonnĂ©es par la suite.

Totnes, Angleterre

Des bĂątiments destinĂ©s Ă  ĂȘtre convertis en appartements de luxe sont squattĂ©s et ouverts comme cafĂ© et centre d’information pour distribuer de la propagande anti-OMC.

Londres, Angleterre

Des Ă©tudiants dressent un piquet devant la succursale de Lewisham de la City Bank pour protester contre la privatisation de l’éducation. La Campagne pour la sĂ©curitĂ© dans la construction organise une manifestation devant l’ambassade du Canada en rĂ©ponse Ă  la tentative du Canada d’encourager l’OMC Ă  faire en sorte que certains pays europĂ©ens lĂšvent leur interdiction d’utiliser l’amiante. Tout au long de la journĂ©e, des informations sur les liens entre la privatisation des transports publics et l’OMC sont distribuĂ©es devant la gare d’Euston. À la nuit tombĂ©e, plusieurs milliers de personnes se rĂ©unissent pour un rassemblement. Des violences Ă©clatent entre la police et les manifestants et un fourgon de la police britannique des transports est renversĂ© et incendiĂ©.

Manchester, Angleterre

50 personnes occupent une succursale de la banque Lloyds, puis bloquent la route Ă  l’extĂ©rieur.

Lille, France

Douze banques, dont la Banque Centrale de France, sont peintes en rouge pendant la nuit.

Dijon, France

L’entrĂ©e de la Chambre de Commerce de Dijon est bloquĂ©e par une chaĂźne de 30 personnes.

Toulouse, France

Un PĂšre NoĂ«l anticapitaliste distribue des fruits capitalistes pourris aux passants tandis que d’énormes panneaux d’information anti-OMC sont Ă©rigĂ©s dans le centre-ville.

Berlin, Allemagne

Alors que des projecteurs diffusent le slogan “Bloquez l’OMC” sur les murs des bĂątiments, une manifestation fictive se dĂ©roule dans la ville avec des banderoles faisant l’éloge du nĂ©olibĂ©ralisme et appelant Ă  “Plus d’ordre, plus de sĂ©curitĂ© et plus de police”.

Munich, Allemagne

Siemens, une entreprise allemande tristement célÚbre pour avoir utilisé des esclaves juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, est prise pour cible par 150 manifestants pour son rÎle dans la construction du barrage de Maheshwar dans la vallée de Narmada, en Inde.

Séoul, Corée du Sud

Trois films sur le FMI, l’OMC et l’impact de l’économie nĂ©olibĂ©rale sur les peuples du monde sont prĂ©sentĂ©s au Festival du film sur les droits de l’homme de SĂ©oul.

New Delhi, Inde

11 000 cartes postales de protestation des habitants de la rĂ©gion de Maheshwar sont remises Ă  l’ambassade d’Allemagne par des reprĂ©sentants du NBA (Save Narmada Movement) pour demander l’arrĂȘt de la construction du barrage de Maheshwar. Une centaine de militants du NBA organisent un rassemblement devant l’ambassade. Pendant ce temps, 500 autres militants du NBA, un mouvement de femmes des bidonvilles de Delhi, une organisation Ă©tudiante radicale, des reprĂ©sentants de l’Alliance nationale des mouvements populaires (NAPM) et des membres de plusieurs autres organisations locales organisent un rassemblement contre l’OMC prĂšs de Raj Ghat, oĂč sont enterrĂ©es les cendres du Mahatma Gandhi.

Vallée de la Narmada, Inde

Plus de 1000 personnes participent Ă  une manifestation contre l’OMC organisĂ©e par Youths for Narmada.

Bangalore, Inde

Une manifestation contre l’OMC est organisĂ©e par l’Association des agriculteurs de l’État de Karnataka (KRRS) ; des milliers d’agriculteurs venus de tout l’État y participent.

Nashville, États-Unis

Des manifestants anti-OMC portant une marionnette Ronald McDonald de 13 pieds occupent la rĂ©ception des bureaux de la campagne prĂ©sidentielle d’Al Gore.

Baltimore, États-Unis

Un black bloc anarchiste et une course cycliste Critical Mass sĂšment le chaos anti-OMC dans les rues de Baltimore.

Islande

Des manifestations visent une base militaire et une ambassade amĂ©ricaines, exigeant leur retrait d’Islande.

Luxembourg

Le dĂ©partement gouvernemental chargĂ© de participer aux nĂ©gociations de l’OMC est occupĂ© par un groupe qui se fait appeler “Le Conseil central des opposants dispersĂ©s Ă  l’OMC”.

Amsterdam, Pays-Bas

Une centaine de personnes arrivent Ă  l’aĂ©roport de Schiphol et exigent des vols gratuits pour Seattle de la part des trois compagnies aĂ©riennes qui parrainent la confĂ©rence ministĂ©rielle.

Manille, Philippines

8000 syndicalistes organisent un rassemblement contre l’OMC devant l’ambassade des Etats-Unis et le palais prĂ©sidentiel.

Iloilo, Philippines

Une manifestation a lieu contre la loi miniĂšre de 1995, qui autorise une participation Ă©trangĂšre de 100 % dans les projets locaux.

Bacolod, Philippines

Un rassemblement a lieu contre les projets du prĂ©sident Joseph Estrada de modifier la constitution pour permettre un plus grand nombre d’investissements Ă©trangers.

Buenos Aires, Argentine

Une coalition de groupes d’activistes occupe la route Ă  l’extĂ©rieur de la Bourse en la dĂ©clarant zone “Au-delĂ  du marchĂ©”.

Pakistan

Plus de 8 000 personnes dĂ©filent sous la banniĂšre “Fermez l’OMC !”.

Lisbonne, Portugal

300 gauchistes, Ă©cologistes et anarchistes barbouillent de graffitis l’arbre de NoĂ«l de la ville et un magasin McDonald’s, bloquent les rues et brĂ»lent une effigie de l’OMC sur une place de la ville.

Porto, Portugal

Des personnes portant des T-shirts avec les slogans “Le monde n’est pas une marchandise” et “Contre le capital : RĂ©sistance globale !” distribuent des tracts dans le centre ville et distribuent de la fausse monnaie.

Wellington, Aotearoa (Nouvelle-ZĂ©lande)

Des anarchistes distribuent de la propagande anti-OMC et de la nourriture gratuite tout en projetant un film et un diaporama sur l’impact des sanctions sur le peuple irakien.

Seattle, Washington

Le chaos Ă©clate dans les rues de la ville alors que des dizaines de milliers de personnes bloquent le Washington Trade and Convention Center. Pendant ce temps, un black bloc de 150 personnes brise les vitres des entreprises sponsors de l’OMC et peint la ville de graffitis anti-OMC et anticapitalistes.




Source: Mars-infos.org