Depuis la crise du Covid-19 et le confinement qui s’en est suivi,
les licenciements se multiplient alors même que les entreprises
concernées ont des décennies de profit derrières elles. Sans
une réaction forte, une explosion du chômage est à craindre.

De nombreux grands groupes annoncent des licenciements qui font la une : 4 600 emplois à Renault, 1 000 à Sanofi, 5 000 à Airbus, 7 600 à Air France… Pour un total de 275 plans de licenciement et 45 000 pertes d’emploi entre le 1er mars et le 19 juillet.

Ces mêmes groupes ont été largement soutenus pendant la crise du Covid-19, notamment par le dispositif de chômage partiel qui ne demande pas de garantie de sauvegarde des emplois. D’autres cadeaux au patronat existent depuis longtemps, comme le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), le crédit d’impôt recherche (CIR), ou encore l’exonération Fillon sur les bas salaires.

Le chantage à l’emploi est monnaie courante pour pousser les salarié·es à accepter des baisses de salaire en échange du maintien de leur emploi. C’est ce qui s’est passé dans l’entreprise Derichebourg, et les salarié·es qui ont refusé vont être licencié·es ! Mais derrière ces entreprises bien connues, il y a les chaînes de sous-traitants qui licencient aussi ; il y a tous les emplois qui dépendent de la présence des grosses entreprises dans le secteur ; et puis des centaines de petites boîtes qui déposent le bilan, et qui elles aussi appliquent plans sociaux et chantages à l’emploi. La plupart des secteurs sont touchés.

Chômage et précarisation

En plus de ces bataillons de nouveaux chômeurs et de nouvelles chômeuses qui viennent s’ajouter à celles et ceux qui étaient déjà privé·es d’emploi, il y a aussi les nombreux CDD et contrats d’intérim non renouvelés, sans compter les emplois déguisés en auto-entrepreneu- riat. La précarisation du marché du travail permet aux entreprises d’absorber une partie du choc de la crise ; les facilités pour réaliser des plans de licenciement en absorbent une autre partie.

DEs mobilisations démarrent

En effet, les licenciements collectifs sans motifs économiques sérieux sont désormais possibles. Pire, un patron peut déposer le bilan, et racheter derrière tout oupartie de l’entreprise ! C’est ce qu’est en train de faire la famille Mulliez (26 milliards d’euros, 6efortune de France) pour se débarrasser de 1 000 salarié·es des magasins de meubles Alinea, sans avoir à payer les licenciements ! Le patronat n’a en réalité jamais eu de mal à manipuler ses chiffres de comptabilité pour avoir le « droit » de licencier, mais c’est encore plus facile aujourd’hui.

La promesse des gouvernements successifs, c’était que rendre le marché du travail plus « fluide » (c’est à dire pouvoir licencier un travailleur ou une travailleuse comme on jette une chaussette trouée) allait permettre de garder des entreprises et donc de l’emploi en France. C’était un mensonge.

Plusieurs mobilisations de travailleurs et de travailleuses menacé·es de licenciement ont commencé à éclater pendant l’été. Elles sont soutenues en général par les syndicat des entreprises, même si certains signent des accords insupportables. Les revendications des salarié·es sont principalement de deux types.

Certains se battent avant tout pour garder leur boulot. C’est le cas de ce travailleur de l’usine Smart de Moselle qui a annoncé lors de la manifestation du 24 juillet : « On ne se bat pas pour un chèque mais pour un emploi. »
D’autres, pensant sans doute que la partie est perdue d’avance, veulent une rétribution pour leur licenciement.

C’est ainsi que des salarié·es d’Alinea à Beaucouzé en Maine-et-Loire arboraient des pancartes lors de leur rassemblement avec les inscriptions : « On ne demande pas la lune, on veut juste notre thune », « M. Mulliez, milliardaire pas solidaire ». Certains mettent aussi en avant l’importance de l’implantation de l’entreprise pour tout le tissus économique et social local, comme la manifestation des salarié·es de Nokia, le 8 juillet, qui scandait : « Délocalisation = mort de Lannion ».

D’un côté, les luttes contre les licenciements se caractérisent souvent par un ancrage local, elles concernent toute une ville, une région. En particulier dans les petites et moyennes villes où « tout le monde va en manif », parce que tout le monde a dans son cercle familial et amical une personne qui travaille dans l’entreprise et voit ce que la fermeture va entraîner. C’est pourquoi les unions locales et départementales syndicales auront à jouer un rôle central de liants dans un bassin d’emploi.


S’unir pour ne pas subir

D’un autre côté, le sujet de l’assurance chômage devra être remis sur la table, afin de donner un sens plus global à la question des licenciements, et de montrer que le problème concerne véritablement tout le monde. Non seulement pour inclure celles et ceux qui ont les contrats les plus précaires, ou pas de contrat du tout, mais aussi pour mettre à jour les aspects néfastes de la « flexibilisation » du marché du travail. Plus les personnes au chômage sont nombreuses, et plus elles vivent difficilement avec l’allocation chômage, plus elles accepteront de mauvaises conditions de travail et de rémunération. Ceci permet au patronat de maintenir et augmenter ses profits.

La crise et les licenciements d’aujourd’hui sont différents de ceux de la crise de 2008. Si cette fois encore nous avons des plans sociaux d’aubaine ou liés à des choix antérieurs des directions d’entreprises (Nokia par exemple), une grande proportion des licenciements seront de vrais licenciements économiques. Et cela change la donne. Le mot d’ordre classique « d’interdiction des licenciements » aura peu de sens quand l’enjeu est la faillite d’un nombre important de boîtes, voire de filières industrielles entières. Les travailleurs et les travailleuses de chaque entreprise ajustent leurs revendications à ce qu’ils et elles croient pouvoir obtenir. Et ceci sera d’autant plus élevé que nous serons uni·es pour défendre ces emplois.

Il faut rappeler que les patrons qui licencient aujourd’hui, risquant de faire plonger dans la misère des dizaines de milliers de personnes, ont les poches pleines, remplies par le travail des salarié·es, y compris pendant le confinement. C’est pourquoi il faut porter le mot d’ordre de « droit de veto des travailleurs et des travailleuses » sur les licenciements, afin de mettre en lumière que les décisions doivent être entre les mains de celles et ceux qui créent le profit. La CGT et Solidaires appellent à une journée de grève pour défendre les emplois le 17 septembre. Il faut construire cette date dans les entreprises, au plus près des revendications des salarié·es, et lui donner des perspectives politiques pour en faire une étape dans la construction d’un mouvement fort.

Adèle (UCL Pantin)


Article publié le 11 Sep 2020 sur Unioncommunistelibertaire.org