Une
personne
a
accepté
un
entretien
avec
nous
pour
revenir
sur
son
implication
dans
la
section
régionale
de
l’organisation
d’extrême-droite
Storm
Alliance.
Dans
notre
livre
« Combattre
l’extrême
droite
et
le
populisme »,
nous
nous
sommes
surtout
penché-e-s
sur
les
organisations,
leurs
idées
et
les
actions
haineuses
et
leurs
leaders.
Dans
cet
entretien,
nous
parlons
avec
une
personne
de
la
base,
qui
a
été
amenée
à
militer
dans
ce
groupe
dans
les
conjonctures
sociales
et
personnelles
de
ce
moment,
et
qui
aujourd’hui
tire
des
conclusions
de
cette
expérience.
Tout
particulièrement
à
l’heure

des
têtes
d’affiches
de
l’extrême-droite
québécoise
se
préparent
à
descendre
au
Saguenay
pour
rallier
autour
d’eux
les
« anti-masques »,
cet
entretien
est
d’une
grande
pertinence.
Il
y
a
beaucoup
à
tirer
de
ses
témoignages,
qui
sont
tout
en
son
honneur.


Pour
respecter
la
volonté
d’anonymat
de
l’individu,
chacune
des
réponses
sera
indiquée
par
« l’individu ».


 
 


BCEG
 :
Que
pourriez-vous
nous
dire
à
propos
de
votre
background
et
votre
implication
dans
l’extrême
droite
de
la
région?


L’individu
 :
Au
moment
d’écrire
ces
lignes,
je
suis
en
compagnie
de
ma
famille.
On
se
parle
et
on
se
remémore
comment
notre
implication
dans
ce
mouvement
a
changé
notre
vie,
de
façon
négative
et
subite.
C’était
en
janvier
2017,
j’aurai
beau
essayer
de
me
justifier
en
disant
que
le
contexte
social
du
moment
m’a
influencé
au
point
de
me
rapprocher
de
ce
groupe,
mais
ce
n’était
pas
le
cas.
Par
contre,
ce
qui
s’abattait
à
ce
moment-là
sur
notre
famille
fut
beaucoup
plus
déclencheur
comme
mouvement.
Notre
couple
commençait
à
battre
de
l’aile,
je
me
sentais
seul.
Nous
avions
probablement
besoin
de
trouver
quelque
chose
en
commun
afin
de
sauver
notre
famille…
Je
crois
que
c’est
ce
moment
de
vulnérabilité
qui
m’a
amené
à
me
rendre
à
une
première
réunion
de
Storm
Alliance.
Quelques
jours
avant,
une
“amie”
(entre
guillemets,
parce
que
tu
te
rends
vite
compte
que
pour
eux
leur
“mission”
prévaut
sur
le
pseudo
amitié
que
tu
développes)
avait
publié
quelque
chose
que
je
trouvais
intéressant,
un
groupe
qui
voulait
faire
la
promotion
de
la
charte
des
droits
et
libertés…
Je
me
suis
dit,
c’est
tout
moi
ça
!
À
mon
avis,
à
ce
moment-là,
“faire
la
promotion
de…”
sonnait
très
positif.
Je
pensais
que
j’allais
aider
les
gens
à
faire
valoir
leurs
droits
et
leurs
libertés…
Je
n’étais
pas
un
individu
naïf
au
point
de
ne
pas
savoir
que
cette
personne
avait
déjà
fait
partie
de
La
Meute
mais,
étant
de
nature
à
faire
confiance
aux
gens
et
à
l’individualité
de
chacun,
je
me
suis
dit
qu’elle
trouvait
probablement
aussi
que
le
racisme
allait
trop
loin…
sans
jamais
lui
demander
réellement
!
C’est
avec
beaucoup
d’enthousiasme
que
je
me
suis
présenté
dans
un
sous-sol
aménagé
en
salle
de
réunion
de
fortune.
Un
lieu
caché,
qui
était
révélé
seulement
les
jours
de
réunion.
Je
ne
comprenais
pas
et
je
n’ai
pas
posé
de
question…
de
toute
façon
ça
ne
me
dérangeait
pas.
Avec
le
recul,
bien
entendu,
j’aurais

me
douter
de
quelque
chose.
Mais
les
gens
étaient
très
accueillants,
nous
avions
quelque
chose
à
parler
enfin
dans
notre
couple.
Première
réunion :
nous
sommes
une
dizaine
de
personnes
d’un
peu
partout
(Québec,
la
Beauce
et
le
Saguenay),
avec
la
présence
de
Dave
Tregett,
celui
qui
aura
été
à
la
base
de
ce
mouvement
et
qui
sera
aussi
éventuellement
président.
Mais
aux
premières
réunions,
nous
sommes
loin
de
parler
de
statuts,
on
voit
déjà
les
égos,
mais
on
ne
parle
pas
de
place
spécifique.
On
parle
d’un
groupe
qui
veut
aider
tout
le
monde
à
faire
valoir
leurs
droits.
Première
réunion,
je
suis
la
seule
personne
qui
arrive
avec
un
calepin
et
un
crayon
pour
prendre
des
notes.
D’ailleurs,
de
tout
le
6-7
mois

j’ai
fréquenté
ces
gens,
j’ai
toujours
été
la
seule
personne
à
écrire
pendant
les
rencontres…
Pour
moi,
selon
la
mission
que
j’avais
lu,
je
m’en
allais
dans
ce
qui
allait
ressembler
à
un
groupe
de
travail.
Rien
ne
me
laissait
alors
croire
que
j’étais
dans
un
groupe
identitaire
extrémiste!
Nous
parlions
de
notre
vision
possible
de
ce
groupe,
qui
semblait
faire
la
promotion
de
la
charte
par
des
actions
du
type
“L’attrait
plus
que
la
réclame”,
c’est-à-dire
basé
sur
un
bien-être
de
vivre
tellement
partagé
que
les
autres
auront
envie
de
se
joindre
à
nous…
Aucune
mention
jamais
de
religion,
de
voile,
de
race,
de
nationalités,
d’ethnicité.
Selon
eux,
nous
“vendrons
notre
façon
de
vivre
en
harmonie”.
Les
idées
émises
me
rejoignaient
à
ce
moment-là.
On
me
parlait
d’implication
sociale,
de
valeurs
(sans
jamais
ajouter
québécoises…
à
ce
moment-là
du
moins
!)
bref,
j’étais
sous
le
charme.
On
parlait
d’activités
telles
que
:
aide,
implication
et
bénévolat
lors
de
fêtes
de
quartier,
création
de
jardins
communautaires
et
redistributions
des
denrées,
collecte
de
matériel
scolaire
pour
les
familles
en
difficultés,
de
services
de
transports
offerts
aux
femmes
en
difficulté
ou
vivant
des
violences
en
collaboration
avec
des
intervenant-e-s
de
la
place…
J’étais
plus
que
motivée.
Avec
le
recul,
je
me
rappelle
que
chaque
fois
que
je
disais
“wow
c’est
trippant,
ça
va
vraiment
aider
les
gens
je
trip”,
il
y
avait
toujours
une
voix
féminine,
ma
pseudo
amie,
qui
me
disait
“mais
tu
sais,
on
fera
des
actions
un
jour”…
Pour
moi,
les
actions
dont
elle
parlait,
c’étaient
celles
que
nous
avions
proposé
et
c’est
cette
voie
que
je
croyais
promouvoir.
Le
temps
a
passé
et
nous
nous
voyions
et
nous
fréquentions
lors
des
réunions
et
dans
nos
vies
personnelles.
Je
ne
peux
pas
dire
que
les
gens
que
je
fréquentais
à
ce
moment-là
semblaient
foncièrement
racistes
et
intolérantes…
individuellement
en
tout
cas.
Je
ne
voyais
pas
les
subtilités
qui
plus
tard
me
sauteraient
aux
yeux
!
Mais,
plus
on
fréquente
ce
type
de
personnes
là…
plus
les
biais
de
perceptions
s’emmêlent
!
Les
mois
ont
passé.
Les
groupes
de
la
Beauce
et
de
Québec
se
déplaçaient
et
recrutaient…
« Il
y
a
de
plus
de
gens
qui
veulent
promouvoir
la
charte…
C’est
super »,
que
je
me
disais.
On
avait
des
rencontres
à
la
grandeur
du
Québec.
On
nous
présentait
des
gens.
Mais,
plus
ça
allait,
moins
on
parlait
de
nos
premiers
objectifs :
d’entraide,
d’humanité,
d’attrait
par
le
bien-être…
En
fait,
ça
a
duré
peut-être
deux
mois
maximum
ce
discours.
En
mars
environ,
sont
arrivés
les
mots
génocides
culturel
québécois.
Faut
se
mettre
aussi
dans
le
contexte
où,
plus
tu
fréquentes
ces
gens,
plus
tes
informations
sont
biaisées
par
ces
groupes
et
leurs
perceptions.
J’y
croyais…
j’ai
cru
à
une
espèce
de
génocide
culturel
de
la
nation
québécoise…
parce
que
j’étais
bombardé
d’informations
plus
ou
moins
réelles…
mais
à
laquelle
je
me
laissais
prendre.
Le
4
mars,
une
première
marche
était
organisée.
C’était
finalement
ça
les
fameuses
actions
que
nous
devrions
poser
et
que
je
n’avais
pas
compris.
C’était
la
première
fois
que
j’assistais
à
une
rencontre
de
ce
type
et
surtout
que
je
participais
à
une
action

La
Meute
était
aussi
invitée.
Je
ne
comprenais
pas…
comment
pouvions-nous
nous
dissocier
de
ce
groupe
mais,
les
inviter
quand
même
à
participer?
On
me
répondait
que
c’est
la
force
du
nombre
et
que
nous
devions
faire
un
sacrifice…
bon
ok.
Je
me
suis
habillé
chaudement
et
je
suis
parti.
C’est
la
première
fois
que
j’ai
pensé
que
peut-être
je
m’étais
fait
embarquer
dans
quelque
chose.
Tout
ce
qu’on
m’avait
dit
a
commencé
à
changer
à
ce
moment-là.
Les
membres
de
La
Meute
se
joignaient
à
nous
et
une
guerre
de
pouvoir
s’installait
entre
les
groupes.
Les
propos
de
plus
en
plus
violents
se
répandaient
sur
les
groupes,
mais
les
modérateurs
effaçaient
ces
commentaires
sous
prétexte
que
nous
n’étions
pas
un
groupe
identitaire…
mais
le
discours,
même
au
sein
de
la
“direction
des
Storms”,
commençait
à
changer.
Les
conversations
du
groupe
privé
devenaient
de
plus
en
plus
à
l’image
de
La
Meute,
en
ayant
recruté
plusieurs
de
leurs
membres.
On
intériorisait
le
message
que
les
antifas
allaient
nous
violenter
et
même
faire
du
mal
à
nos
enfants…
mais,
personnellement,
ayant
un
passé
beaucoup
plus
de
gauche
que
la
majorité,
je
connaissais
plusieurs
personnes
qu’eux
nommaient
antifas.
Et,
encore
là,
je
ne
comprenais
pas
encore
pourquoi
nous
étions
si
loin
l’un
de
l’autre,
quand
ce
que
nous
prônions
était
pour
moi
la
même
chose,
soit
un
bien-être
collectif
basé
sur
la
charte
des
droits
et
libertés.
Je
me
rappelle
même
avoir
écrit
aux
groupes
associés
aux
antifas
à
Chicoutimi
et
leur
avoir
révélé
mon
identité,
mes
coordonnées
et
tenté
de
leur
parler
de
mes
objectifs,
qui
à
ce
moment-là
étaient
louables
et
justes
selon
moi.
Jamais,
personnellement,
je
n’ai
eu
peur
des
représailles
de
leurs
groupes.
Mais
les
Storms
savaient
instaurer
ce
climat
de
peur,
chaque
fois
qu’un
individu
subissait
quelques
violences
que
ce
soit,
c’était
potentiellement
un
antifa.
Même
une
fois
que
l’action
avait
été
démentie
et
qu’elle
était
finalement
non
partisane,
on
continuait
de
clamer
la
violence
des
antifas
envers
nous.
Par
contre,
lorsqu’il
était
temps
d’organiser
des
actions
violentes
contre
ces
groupes,
la
DFSA
(ailes
de
sécurité
de
la
Storm
Alliance
signifiant
:
Dont
fuck
Storm
alliance)
était
toujours
prête.
Combien
de
sorties
ont
été
organisées
lors
des
soirées
aux
4
barils
de
Jonquière
afin
d’aller
violenter
les
participants
ou
de
faire
des
bris
sur
les
véhicules…
mais
je
ne
saurais
en
dire
plus
à
ce
sujet,
car
je
ne
participais
pas
à
ces
actions
et
je
ne
voulais
pas
en
entendre
parler
à
cause
de
leur
caractères
gratuits
et
violents.
Au
Saguenay,
il
y
avait
notamment
Marc
Gravel
[qui
fut
un
temps
chef
de
la
section
régionale
des
Storms]
qui
aimait
faire
de
la
provocation
en
2017.
Il
avait
d’ailleurs
été
pris
pour
avoir
volé
dans
le
groupe.
Il
allait
à
la
Tour
a
bières
avec
son
chandail
et
s’en
vantait…
mais
il
s’est
fait
mettre
dehors
plus
d’une
fois.
Mon
plus
grand
malaise
et
ma
remise
en
question
a
été
lorsque
j’ai
participé
à
la
manifestation
[contre
les
demandeurs
et
demanderesses
du
statut
de
réfugié-e]
à
Lacolle.
Mon
point
de
vue
était
très
différent
du
groupe.
Encore
aujourd’hui
d’ailleurs,
je
me
pose
les
mêmes
questions…
Roxham
road
!
Être

à
regarder
“ma
gang”
tenir
des
propos
tellement
racistes,
méchants
contre
ces
gens
qui
demandent
d’être
accueillis
pour
améliorer
leur
vie
me
subjuguait.
Dans
l’autobus
en
s’y
rendant,
les
gens
tenaient
des
propos
extrêmement
violents,
jusqu’à
parler
de
faire
de
faux
attentats
et
mettre
ça
sur
le
dos
des
minorités
pour
“réveiller
les
gens”.
Mais,
ils
étaient
bien
avertis
qu’en
public,
ils
ne
devaient
pas
tenir
ces
propos.
Le
gang
de
John
X
à
Trois-Rivières,
je
me
rappelle,
m’avait
particulièrement
frappé
par
la
violence
de
leur
groupe.
Ça
a
été
pour
moi
le
début
de
la
fin.
Non,
je
n’ai
pas
quitté
à
ce
moment-là,
mais
mes
intentions
ont
changé
et
mes
biais
perceptuels
disparaissaient.
Je
voyais
de
plus
en
plus

j’étais,
ce
que
les
gens
autour
de
moi
qui
m’avaient
tassé
de
leur
vie
voyaient
aussi.
J’ai
tenté,
dans
tous
les
sens,
de
faire
comprendre
au
monde
que
ce
n’était
pas
ce
qui
était
prévu.
Mais
rien
à
faire…
j’avais
été
naïve.
Il
n’y
avait
probablement
jamais
eu
de
belle
vision
d’entraide
et
d’humanité…
à
l’instar
d’une
secte
dans
laquelle
je
me
suis
faire
prendre.
Les
gens
ne
comprenaient
pas
les
termes
qu’ils
utilisaient.
Ils
étaient
constamment
dans
une
position
de
victimes
de
la
société.
95%
de
ces
gens
ne
s’informent
pas,
ils
se
fient
aux
paroles
de
la
personne
qu’ils
croient
être
“un
vrai”.


BCEG :
À
ton
avis,
quel
est
l’état
actuel
de
l’extrême-droite
dans
la
région?


L’individu
 :
Les
gens
qui
étaient

quand
je
suis
partie
ne
sont
plus

non
plus.
Je
ne
crois
pas
que
l’extrême-droite
régionale
soit
aussi
« ordonnée »
et
forte
qu’elle
l’a
déjà
été.
Mais
j’ai
peur
qu’elle
reprenne
de
la
place…
Tous
les
« dirigeants »
ne
descendent
pas
pour
rien
ce
week-end…
!
C’est
ce
que
je
crois.


BCEG
 :
Avec
ton
expérience
personnelle,
que
penses-tu
des
rôles
de
têtes
d’affiches
pris
par
plusieurs
anciens
dirigeants
de
La
Meute
et
de
Storm
Alliance
dans
les
rassemblements
anti-masques
et
leurs
intentions
derrière
tout
cela?


L’individu :
C’est
clairement
des
rassemblements
qui
servent
à
recruter.
Rien
d’autre!
Les
gens
y
vont
en
se
disant
que
cette
fois-ci
ils
sont

juste
pour
le
port
du
masque!
Une
vraie
joke!
Instrumentalisation!


BCEG
 :
Merci
d’avoir
accepté
de
répondre
à
nos
questions.
Ça
devrait
apporter
de
l’eau
au
moulin
des
réflexions.


Article publié le 21 Août 2020 sur Ucl-saguenay.blogspot.com