Septembre 17, 2022
Par CRIC Grenoble
198 visites




Entretien avec Parwana Amiri

Un contre discours au monde « libre Â», une voix et un espoir dans la lutte contre les frontiĂšres. « Je veux que le monde entende ma voix, Ă©coute mes paroles Â»

Parwana Amiri, ĂągĂ©e de dix huit ans, arrive sur l’üle grecque de Lesbos avec sa famille en 2019. AprĂšs avoir fui des annĂ©es de guerre en Afghanistan, aprĂšs un transit via l’Iran et la Turquie, dans l’espoir de trouver un refuge sĂ»r, et aprĂšs avoir traversĂ© de nombreuses frontiĂšres, iElles se retouvent confrontĂ©Es aux frontiĂšres de la forteresse Europe. Contraints de vivre dĂšs leur arrivĂ©e Ă  Lesbos, dans le camp tristement cĂ©lĂšbre de rĂ©fugiĂ©Es de Moria (qui a brĂ»lĂ© le 9 septembre 2020), puis celui de Ritsona jusqu’en avril 2022, Parwana Amiri a lancĂ© un journal, oĂč elle interroge et relate les expĂ©riences et les vies des personnes qui l’entourent. Elle est scandalisĂ©e par les conditions de vie insupportables et dĂ©gradantes que doivent endurer ces personnes vulnĂ©rables, elle veut faire connaĂźtre les histoires que ces personnes ont vĂ©cues, et elle les soutien avec ses talents d’auteure.

Elle publie en janvier 2022 “Vies suspendues : Lettres adressĂ©es au monde depuis le camp de Ritsona” . Les lettres de cette jeune femme militante sont bien plus qu’un tĂ©moignage, elle montre, elle comprend et elle explique mieux que personne d’autre ce dĂ©sespoir qui ronge ces familles, ces personnes qui ont subi des violences, des traumatismes et qui, en plus de devoir attendre dĂ©sespĂ©rĂ©ment une rĂ©ponse Ă  leur demande d’asile, ont un besoin urgent de recevoir une assistance et sont obligĂ©es de vivre dans des conditions insalubres :

« Dans ce terrible moment, pendant la traversĂ©e, nous n’aurions jamais imaginĂ© finir dans ce camps affreux, aux marges de l’Europe. Â»

Ces lettres sont un appel Ă  une volontĂ© que les choses se transforment par l’intelligence collective. Parwana est devenue une rĂ©fĂ©rente avĂ©rĂ©e et une prodigieuse correspondante de ce monde que l’on veut nous faire oublier. Comme tous ces individus, ces hommes et ces femmes, qui sont des transformateurs de leur propre quotidien, savent parler mieux que personne d’autre des difficultĂ©s auxquelles iElles sont confrontĂ©es et comment y faire face et ne pas y perdre son identitĂ© sociale et son existence culturelle.

Elle a aussi publiĂ© deux autres livres : « L’olivier et la vieille femme Â», « Ma plume ne se cassera pas mais les frontiĂšres oui Â». Elle a animĂ© et propulsĂ© de nombreuses manifestations pour le droit Ă  l’alimentation, pour le droit Ă  l’éducation,..

Une voix insurgĂ©e face Ă  ce racisme systĂ©mique Ă  part entiĂšre, qui n’est pas seulement une manifestation de la colonialitĂ© du pouvoir, mais largement perceptible et omniprĂ©sent dans leur vie quotidienne.

Une voix contre les institutions de ces pays qui se considÚrent comme développés.

Une voix porteuse de vérités et transformatrice pour les victimes de ce systÚme capitaliste et frontalier, mais aussi de cette société dans son ensemble.

Un appel Ă  surmonter cette Ă©troitesse d’esprit et ces croyances dĂ©formĂ©es, issues des structures hiĂ©rarchiques et de ces Ă©tats-nations, de ces machines Ă  mensonges, dont les plus vulnĂ©rables en payent le prix. Parwana est un exemple Ă  suivre pour les rĂ©sistances Ă  venir. On ne peut pas penser la rĂ©sistance, l’émancipation, que ce soit en contexte colonial ou de colonialitĂ© sans aller voir ce que ces femmes et ces hommes qui sont confrontĂ©es Ă  des violences quotidiennes ont Ă  dire et ce qu’elles font et ont fait Ă  un moment donnĂ© dans leur vie.

De ces discours de soi disante « dĂ©mocratie Â», de soi disante « libertĂ© Â» de cette modernitĂ© capitaliste, les lettres de Parwana Amiri sont un appel manifeste Ă  sortir de ce paradigme patriarco-colonial et de la violence de ce rĂ©gime « dĂ©mocratique Â».

Ces lettres donnent la parole à celles et ceux qui affrontent ces violences des camps et des frontiùres au quotidien et parlent de ce vrai visage de l’occident.

Ces lettres qui nous montrent qu’il est possible de dĂ©fier ce paradigme qui pousse Ă  considĂ©rer qu’il y a pas d’autres perspectives, qu’il n’y a pas d’autres maniĂšres de voir les choses lorsque nous sommes dominĂ©Es.

The original interview in English is found at the end of the article, without any modification and respect for the comments of the author and her words.

L’interview originale en anglais se trouve en fin d’article sans aucune modification par respect des propos de l’auteur et de ses mots.

LK : Salut Parwana, tu as enfin pu arriver en Allemagne depuis le mois d’avril, comment ça se passe depuis ton arrivĂ©e ?

PA : Depuis le jour oĂč nous avons passĂ© la premiĂšre inscription, nous avons Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©s d’un endroit Ă  un autre. Il n’est pas difficile d’ĂȘtre transfĂ©rĂ© d’un endroit Ă  un autre lorsqu’ils le font eux-mĂȘmes. Mais c’est dur, alors que vous avez rĂ©cupĂ©rĂ© toutes vos affaires aux marges de l’Europe dans quelques valises. Je me sentais dans la deuxiĂšme classe de vulnĂ©rabilitĂ©, quand j’ai fait face Ă  la priorisation des rĂ©fugiĂ©s d’Ukraine.

Je vais Ă  l’école, mais ce n’est pas plus Ă©levĂ© ni mĂȘme le mĂȘme niveau qu’en Afghanistan, parce que le systĂšme afghan est mis en avant comme Ă©tant infĂ©rieur ou pas le mĂȘme. D’un autre cĂŽtĂ©, quand je vois un systĂšme d’intĂ©gration amĂ©liorĂ© dans la sociĂ©tĂ© allemande, je demande s’il serait possible d’avoir la mĂȘme chose en GrĂšce, de sorte que nous n’aurions pas Ă©tĂ© poussĂ©Es Ă  aller d’un endroit Ă  un autre. MĂȘme si nous sommes venuEs lĂ©galement, toutes mes pensĂ©es vont Ă  celles et ceux qui franchissent les frontiĂšres aux marges de l’Europe. J’essaie d’étudier, d’analyser et de trouver des contacts pour m’opposer au systĂšme centralisĂ©. Je sais que notre arrivĂ©e de la marge du systĂšme de l’Europe est entiĂšrement contrĂŽlĂ©e, le nombre de celles et ceux qui sont acceptĂ©Es ou rejetĂ©Es, le nombre de celleux et ceux qui peuvent passer les frontiĂšres et les franchir. Ce que j’ai trouvĂ© complĂštement injuste, c’est la LOI DUBLIN. Cette action criminelle, violente et systĂ©mique se produit en secret. La nuit oĂč votre voisinE risque d’ĂȘtre Ă©vacuĂ©E et d’ĂȘtre envoyĂ©E dans le pays qui a transmis ses empreintes digitales, vous ne le saurez pas. Je prĂ©fĂ©rerais l’appeler « dĂ©portation systĂ©mique centralisĂ©e Â».

LK : S’intĂ©resser aux personnes qui vivent la migration et ses violences, leur donner la possibilitĂ© de parler et dire « je Â», leur laisser dire ce qu’Elles ont vĂ©cu, tout ce qu’Elles ont laissĂ©, les violences auxquelles elles ont Ă©chappĂ©, Ă  la mort
c’est ce que tu as fait, c’est une façon que tu as choisi pour leur rendre une dignitĂ© ? Est-ce que ce sont ces traumatisme qui t’ont fait gagner en luciditĂ©, aprĂšs avoir vĂ©cu des choses dont tu ne t’attendais pas du tout ?

PA : Ce qui nous fait marcher, vivre et passer toutes sortes d’ennuis, c’est « l’espoir Â». J’avais passĂ© la frontiĂšre pour rĂ©aliser mes rĂȘves et quand cela ne s’est pas produit, j’ai dĂ©cidĂ© de changer le miroir de plusieurs façons. D’eux nous reprĂ©sentant, parlant de nous-mĂȘmes, je ne voulais pas rĂ©pĂ©ter les mĂȘmes erreurs commises par mon temps et avant moi, le « systĂšme centralisĂ© Â», mĂȘme si je ne savais rien de ce systĂšme, mais j’avais construit un changement en faisant des rĂ©flexions sur moi-mĂȘme et commencĂ© Ă  Ă©crire en suivant ces objectifs. Le traumatisme m’a rendu plus rĂ©siliente. Je voudrais ajouter encore une fois, je n’aurais jamais atteint tout ce que j’ai dans la vie sans le soutien de personnes solidaires, qui m’ont montrĂ© l’importance de parler des conditions par l’écriture.

« Pendant longtemps, j’ai rĂ©flĂ©chi et changĂ© les pronoms personnels utilisĂ©s dans les histoires, relisant l’histoire Ă  nouveau. Je me sentais enfin mieux en utilisant le « je Â» et donner la voix et les mots aux hĂ©ros des histoires vraies Ă©tait important pour moi, en tant qu’auteure. Une auteure
. Une personne qui possĂšde une arme et peut l’utiliser pour un avantage unilatĂ©ral ou les deux. Le mot dignitĂ©, en tant que droit, a Ă©tĂ© lu par de nombreux lecteurs-rices pour la premiĂšre fois. Au moins comme une demande d’une rĂ©fugiĂ©e anonyme. Â»

LK : Comme on peut le lire dans tes lettres, ces personnes ont juste quittĂ© l’enfer, ce n’est pas un voyage d’agrĂ©ment comme beaucoup le pensent. Tu Ă©tais trĂšs attachĂ© au fait que toutes ces voix ne soient pas entendues, et est ce que c’est cela qui t’a poussĂ© Ă  Ă©crire ?

Quelle est l’importance pour toi de retranscrire les tĂ©moignages de personnes en migration ?

PA : Lors de ma premiĂšre action d’activisme stricte, respirer dans ce systĂšme devenait difficile pour moi. Plus je prenais conscience des faits et la vie dans ce systĂšme rĂ©pressif, plus je souffrais. L’auto-Ă©ducation sur ce systĂšme m’a aidĂ© Ă  bien des Ă©gards, mais a Ă©galement accru le traumatisme dont je souffrais au dĂ©but de mon arrivĂ©e en Allemagne. J’ai demandĂ© Ă  plusieurs reprises Ă  des chercheurs qui m’ont tendu la main, Ă  des personnes solidaires et
 s’ils avaient dĂ©jĂ  affrontĂ© le mĂȘme combat que je menais auparavant. La rĂ©ponse concernant le sexe a Ă©tĂ© « Non Â». J’étais la premiĂšre personne, en tant que fille, musulmane, dans un camp et scĂ©narisant la condition, mais je savais que j’étais la pointe d’un iceberg. Plus de vie pour moi dans un temps lointain ou proche devait apparaĂźtre ou rejoindre le mouvement. Mais ce mouvement n’était pas seulement avec la manifestation, mais aussi avec la rĂ©silience qu’ils montraient contre le systĂšme qui essayait d’abolir leurs vies, leurs rĂȘves et leur avenir. Je voulais tĂ©moigner de la vie pour celles et ceux qui viendraient aprĂšs moi. Il n’a pas Ă©tĂ© Ă©crit comme un rĂ©cit unique, mais comme la preuve de diffĂ©rentes personnes. Je ne voulais pas que d’autres personnes aient Ă  se lĂšver pour un changement, face au manque d’informations sur la chronologie, d’avant et oĂč iElles se situeront. Je suis heureuse de savoir que « je Â» Ă©crivais la condition de vie en tant que fille, non pas que je suis un porte-drapeau, mais pour faire une analyse plus approfondie et une connexion avec mes sentiments.

LK : Tu nous parles de ton Ă©tonnement Ă  devoir participer Ă  des manifestations pour rĂ©clamer ton droit inviolable Ă  l’éducation, en arrivant en Europe, en plus de cette mise Ă  l’écart et de ce regroupement forcĂ© dans les camps de Moria et Ritsona, alors que tu avais dĂ©jĂ  vĂ©cu l’expĂ©rience de cette perte de l’accĂšs Ă  l’éducation aprĂšs l’arrivĂ©e au pouvoir des talibans en Afghanistan. En dĂ©couvrant ce monde « exemplaire Â» que nous appelons l’Europe, as tu perçu une diffĂ©rence entre ces deux mondes, ou as tu Ă©tĂ© confrontĂ©e Ă  des difficultĂ©s similaires ?

PA : La principale diffĂ©rence peut ĂȘtre l’anonymat, en Europe il n’a pas Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ© que nous n’allions pas Ă  l’école, Ă  propos de l’Afghanistan c’était le cas. En Europe il fallait sensibiliser, Ă  la fois rĂ©agir et se dresser contre cette exclusion, demander la solidaritĂ© et l’appel public. C’était et c’est toujours un gros scandale, la question n’a jamais Ă©tĂ© compromise et partagĂ©e au niveau de l’État, car la façon de la reprĂ©senter Ă©tait importante pour les mĂ©dias, cela a fait savoir que nous avons vraiment moins de place dans les mĂ©dias publics.

LK : En tant que personnes vulnĂ©rables, sans protection, en danger,
 tu dĂ©nonces ce systĂšme qui ne les protĂšge pas, mais les punit. Tu as Ă©tĂ© tellement déçu de dĂ©couvrir ce que signifient ces « valeurs Â» EuropĂ©ennes, qui enferment des personnes vulnĂ©rables dans des camps-prisons, et oĂč les seules personnes Ă  proposer un avenir, un passage et une Ă©vacuation sĂ»re vers d’autres pays europĂ©ens sont des passeurs. C’est ce que l’on retrouve constamment dans tes tĂ©moignages oĂč tu dis : « Est-ce un crime de dire non Ă  l’injustice ? De demander des droits humains de base ? De combattre pour une vie meilleure ? De questionner ce que vous nommez dĂ©mocratie ? Â» Est-ce que tes revendications ont Ă©tĂ© facilement suivies par les autres personnes des camps oĂč tu as Ă©tĂ© ou bien cela a-t-il Ă©tĂ© difficile ?

PA : Je n’ai pas Ă©tĂ© déçue de ce que nous avons dĂ» affronter dans notre vie, des difficultĂ©s que nous avons traversĂ©es, mais plutĂŽt de l’EUROPE qui n’a pas pu former un systĂšme Ă©quitable. Le thĂ©Ăątre fait par l’État contre la traite des ĂȘtres humains Ă©tait et est ce qu’ils ont agi et revendiquĂ© : « anti-guerre Â», en produisant des armes. Le fait d’avoir des frontiĂšres et des mĂ©canismes de contrĂŽle aux frontiĂšres restreints a accru les opportunitĂ©s pour les trafiquants d’ĂȘtres humains. Il y a toujours un moyen pour celles et ceux qui peuvent physiquement ou financiĂšrement acheter le « passage Â», et cela ne finira jamais. Celles et ceux qui peuvent passer les frontiĂšres trouveront toujours un moyen de passer et les autres seront laissĂ©Es pour compte, donc les arrivantEs ne sont pas totalement vulnĂ©rables, car les principaux sont laissĂ©s derriĂšre les fropntiĂšres oĂč ils ne pouvaient pas passer. La seule solution est un « passeport mondial Â». Cela doit ĂȘtre acceptĂ© et ensuite on en parlera. Je ne peux pas pousser les pensĂ©es, mais je peux les guider pour trouver le chemin de la vĂ©ritĂ©. Ce devrait ĂȘtre un Ă©tat d’esprit, c’est la vie dans les dĂ©cennies Ă  venir contre les camps et les frontiĂšres qui rappellent les pensĂ©es d’il y a cent ans. Nous souffrions toustEs du mĂȘme systĂšme, seulEs celles et ceux qui Ă©taient plus conscientEs, agissaient ou participaient au changement, mais les autres ne l’étaient pas, ce qui les encourageait Ă©tait le rĂ©sultat, quand iElles ont pris conscience que notre action avait gagnĂ© et que nous avions rĂ©ussi. Dans une prison, mĂȘme la personne la plus libre est en prison, il ne s’agit pas des possibilitĂ©s que j’avais, afin de communiquer avec les personnes hors du camp, mais plus en rapport au systĂšme et Ă  la construction du systĂšme.

LK : Tu parles aussi des divisions dans les camps entre les diffĂ©rents ethnies, communautĂ©s, comme une arme utilisĂ©e pour diviser et empĂȘcher vos revendications d’aboutir 
 Comment as tu fait pour sensibiliser et motiver ces personnes souvent affaiblies physiquement et psychiquement, qui survivent dans des conditions mĂ©dicales et psychologiques trĂšs prĂ©caires, le plus souvent dans le besoin de recevoir une assistance d’urgence que d’ĂȘtre enfermĂ©es ? Tu emploies les expressions : « Devenir refoulĂ©E Â» et « ne pas devenir colonisĂ© dans un systĂšme colonial Â», peux-tu en parler ?

PA : Nous apprenions de cette comparaison et menions notre vie sur le mĂȘme chemin.

« L’ensemble du systĂšme des pays peut ĂȘtre trouvĂ© dans les structures familiales de ce pays. Â» – Parwana.

Le systĂšme de sĂ©grĂ©gation dans le camp, a brisĂ© notre communication et notre pleine conscience sur le traitement de l’état pour chaque communautĂ©. Ce qui m’inquiĂ©tait, c’était que nous devions continuer Ă  communiquer pendant le temps oĂč nous voulions avoir une lutte commune et dĂ©fendre un problĂšme commun, mĂȘme si nous avions des obstacles Ă  la communication avec la langue et le manque de traducteurs. Si ce moment Ă©tait, cette fois, j’aurais peut-ĂȘtre Ă©crit « devenir colonisĂ© dans un systĂšme colonial Â». ce qui revient presque Ă  dire « Vous n’ĂȘtes pas hors de la vie dans un systĂšme capitaliste, si vous voulez survivre Â». Je n’écrivais pas en tant que chercheuse ou autrice universitaire, mais j’apprenais Ă  trouver les meilleures façons de reflĂ©ter le systĂšme. Je ne crois pas que ce n’était pas seulement la condition psychologique ou physique qui les affaiblissait, mais plus elles devenaient restreintes et plus nous nous retrouvions sous la rĂ©pression, cela renforçait la vulnĂ©rabilitĂ©.

LK : Quand Il s’agit pour les rĂ©volutionnaires du monde entier de rompre avec la mentalitĂ© coloniale engendrĂ©e par le nationalisme caractĂ©ristique de ces État-nation, qu’en occident et dans les pays du nord, le capitalisme est parvenu Ă  tuer l’esprit humain, tu dis que les changements doivent venir des personnes en migration, et qui sont en premiĂšre ligne. Dans cette recherche permanente de dialogue, de pĂ©dagogie, d’émancipation, dont tu fais preuve, n’est elle pas pour toi la recherche d’un espoir et d’imagination, de lutte contre ce fatalisme ? quelles sont les solutions pour toi ?

PA : Si le patriarcat est le reflet du capitalisme, alors le fĂ©minisme est le reflet de la lutte contre ce systĂšme. Le changement doit commencer par le systĂšme migratoire, s’il s’agit de justice ou de libertĂ©. Parce que ces personnes sont les minoritĂ©s les plus vulnĂ©rables. Car le combat qu’Elle mĂšnent est le plus fort, pas pour le rĂ©sultat de propositions que nous apportons avec nous-mĂȘmes ou si nous nous tenons en premiĂšre ligne mais n’avons pas le micro Ă  la main. Je dirais Ă  tous-tEs celles et ceux qui m’écoutent et attendent une solution de ma part, que la solution c’est « vous Â», mais nous agirons pour arriver au rĂ©sultat.

LK : Les voyages des rĂ©fugiĂ©s ne sont jamais sans risques, sans dangers et sans difficultĂ©s. Mais chaque rĂ©fugiĂ© qui entreprend son voyage vit des expĂ©riences horribles, traumatisantes, et des moments insupportables qu’iElles ne peuvent oublier. Et dans ces moments terribles que tu as traversĂ©, tu ne pouvais jamais imaginer que tu te retrouverais dans ces camps Ă©pouvantables, aux marges de l’Europe. Quel a Ă©tĂ© le pire moment de ton parcours ?

PA : La derniĂšre fois que nous avions prĂ©vu de venir en GrĂšce, en passant par la mer, au milieu du chemin alors que l’eau arrivait Ă  notre canot pneumatique, vous pouvez lire l’histoire complĂšte ;

Dans une sombre nuit effrayante

Alors que la lune souriait

Au milieu de la mer

Nous étions en détresse

Ma mĂšre pleurait

Peur pour nous tous

Dans cette mer agitée en colÚre

Nous étions en détresse

LK : Perdre son foyer, la familiaritĂ© de sa vie quotidienne, sa profession, c’est-Ă -dire l’assurance d’ĂȘtre d’une quelconque utilitĂ© en ce monde, sa langue maternelle, toutes les rĂ©actions naturelles, les gestes les plus simples et l’expression spontanĂ©e de ses sentiments, perdre son identitĂ© sociale et sa culture
 Quelles sont les plus grandes pertes qu’entraĂźnent pour toi le fait de devoir s’exiler pour sauver son corps ?

PA : Si c’est une question personnelle, je pense que c’est juste mon identitĂ© quand on n’a pas de papiers Ă  montrer, pas de passeports pour voyager, mais comme les exilĂ©s perdent leur identitĂ©, l’état de ces pays perd sa dignitĂ©. C’est un grand sentiment d’exclusion de n’avoir aucune identitĂ©, mĂȘme si c’est pour un jour. Mais cette identitĂ© que nous ne perdons jamais, nous portons toujours des noms et des nationalitĂ©s, ce qui ne devrait pas ĂȘtre une Ă©tiquette ou un symbole.

LK : C’est Paulo Freire qui disait :

« Lorsqu’ils restent « immergĂ©s Â» et ne rĂ©ussissent pas Ă  analyser le systĂšme d’oppression, les opprimĂ©.es agressent leurs propres camarades opprimé·es. Ils restent fascinĂ©s par l’oppresseur, ils veulent lui ressembler et donc ils l’imitent. Ils n’ont pas confiance dans leur capacitĂ© propre d’analyse critique. Â»

Et tu cites dans ton livre :

« Quand commencerons nous Ă  nous comprendre plutĂŽt que de nous blĂąmer les uns les autres pour ce dont nous sommes les victimes ? Â».

Ton travail de conscientisation, de politisation de soi, dont tu fais preuve par rapport Ă  ton propre vĂ©cu, cette luciditĂ© que tu as aprĂšs ces traumatismes et surtout Ă  ton Ăąge, aprĂšs avoir vĂ©cu des choses dont tu ne t’attendait pas, oĂč aprĂšs coup, la terre, Ă  tes yeux ne semblait plus tout Ă  fait ronde
 comment toutes ces choses, ces violences, ont elle provoquĂ© ces transformations dans ta vie ?

PA : C’était bien de connaĂźtre le mĂȘme point de vue, j’adorerais lire ce livre. Je suis devenue plus mature, concentrĂ©e sur la condition et le comportement des gens, les communautĂ©s, les diffĂ©rentes ethnies, les groupes, le systĂšme des camps et
 mĂȘme la façon dont les femmes Ă©taient les unes contre les autres, imitant les comportements patriarcaux ou faisant du thĂ©Ăątre. Je me critiquais tous les jours, je comptais moins sur mon succĂšs et c’était Ă  ce moment-lĂ  que je me sentais toujours brisĂ©e et Ă©chouĂ©e. Alex faisait partie de ceux qui ont toujours voulu me rencontrer dans le camp et parler des changements ou m’aider dans mes Ă©crits. Il a toujours voulu connaĂźtre les raisons pour lesquelles j’avais ce sentiment d’échec, « J’ai changĂ© beaucoup de choses, si pas de maniĂšre systĂ©mique mais dans les communautĂ©s, si ce n’est l’abolition des murs, mais la perspective de l’éthique sur l’activisme d’une fille rĂ©fugiĂ©e et sur les communautĂ©s locales. Je pense toujours que je n’ai rien obtenu si cela ne va pas ĂȘtre durable et tout sera aboli aprĂšs mon dĂ©part du camp, mais j’essaierai de couvrir mon activisme en documentant mes luttes et de porter le fait Ă  celles et ceux aprĂšs moi, s’il y en a. Je pense parfois que cette leçon devrait aller Ă  tous-tEs celles et ceux qui veulent faire du thĂ©Ăątre contre les alĂ©as de la vie, les ennuis et les dĂ©fis, ceux qui veulent retrouver rĂ©sistance et Ă©nergie, Ă  tous-tEs. A tous-tEs, mais surtout aux filles.

LK : Quand on voit ce qu’il se passe dans les camps que finance l’Europe, on a vraiment l’impression qu’aux yeux de ces institutions, unE rĂ©fugiĂ©E reste unE rĂ©fugiĂ©E, c’est-Ă -dire pas tout Ă  fait un ĂȘtre humain, mais plutĂŽt considĂ©rĂ© comme unE criminellE qu’on emprisonne, coupable d’avoir fui les guerres impĂ©rialistes, donnant plus l’image de camps de dissuasion que de camps humanitaires
 sa dignitĂ©, son intĂ©gritĂ©, et mĂȘme sa vie ne pĂšseront jamais grand-chose aux yeux de ces institutions europĂ©ennes. Cette position que tu occupes est une position unique, voire inhabituelle, atypique, inattendue, sur la frontiĂšre, dans des camps de rĂ©fugiĂ©s, cette position que tu refuses de porter, et d’accepter 
 toutes ces transformations, ces ruptures, ces douleurs qui ne sont pas seulement liĂ©es Ă  ce que vous ĂȘtes, Ă  vos compĂ©tences ou Ă  vos incompĂ©tences, mais profondĂ©ment inscrites dans un ordre qui te dĂ©passe, des formes structurelles qui sont difficiles Ă  accepter, c’est quelque part une quĂȘte de puissance et d’émancipation juste, une lutte permanente contre ce fatalisme
 On voit que tu questionnes sans cesse ton entourage, c’est en fin de compte se demander si ce qu’iElle ont vĂ©cu ou sont en train de vivre est finalement acceptable ?

PA : C’est exactement ce dont vous avez besoin de parler et de le faire comprendre ! Si la persĂ©cution n’est pas un cas acceptable pour devenir demandeur d’asile et non migrant dans certains Etats membres de l’Union europĂ©enne, et l’est pour d’autres, alors Ă  quoi sert cette Ă©tiquette ? MĂȘme le droit des rĂ©fugiĂ©s est spĂ©cifiĂ© dans le temps qu’ils sont sous la procĂ©dure. Apatride, signifie qu’il n’y a aucun sens Ă  ĂȘtre comptĂ© comme un ĂȘtre humain.

LK : J’avais aussi envie de te poser une Ă©niĂšme question, dĂ©solé  car c’est une

question que je me pose moi-mĂȘme souvent dans ce monde « libre Â» oĂč la domination est constamment reproduite, assimilĂ©e, intĂ©riorisĂ©e, et qui, finalement arrange bien les privilĂ©giĂ©es de cette forteresse, y compris dans les milieux soi disant de « gauche Â», oĂč comme le dit lui mĂȘme Abdullah Öcalan, « la loi a remplacĂ© la morale Â» : n’as-tu pas, en fin de compte, l’impression que le droit Ă  l’autodĂ©fense, le droit Ă  l’expression sont interdite et fortement rĂ©primĂ©s, alors que nous devrions chercher Ă  recentrer notre attention sur les voix et les expĂ©riences des plus opprimĂ©Es ? Et en Ă©coutant ce que ces personnes opprimĂ©Es ont Ă  dire, ne crois tu pas aussi que nous trouverions plus facilement des solutions Ă  nos problĂšmes sociaux ?

PA : Je crois que oui, mais bien sĂ»r les problĂšmes sociaux font aussi partie de la mĂȘme domination. Le principal dĂ©fi pour les plus rĂ©primĂ©Es, pour nous les « minoritĂ©s Â», est que nous devons apprendre Ă  sortir de l’impĂ©rialisme dans lequel nous vivons et Ă  rĂ©soudre nos problĂšmes en tant que partie intĂ©grante de la sociĂ©tĂ©. Nous ne devons l’apprendre de nous-mĂȘmes et non par nous-mĂȘmes. Donc je suis d’accord. Dans ma derniĂšre pĂ©riode d’activisme en GrĂšce, faisant partie d’actions locales, j’ai remarquĂ© Ă  quel point nous pouvions avancer ensemble. Se dresser contre les rĂšgles et les lois, ce qui affectait Ă  la fois la partie de la sociĂ©tĂ© « rĂ©fugiĂ©s et locaux Â», mais le systĂšme de sĂ©grĂ©gation Ă©tait contre nos actions, un de leurs plans pour rĂ©primer notre lutte et Ă©viter les bruits plus forts qui pourraient sortir et mettre en lumiĂšre les scandales de l’État.


Ses « LETTRES AU MONDE DE LA MORIA Â» sont publiĂ©es sur ce Blog et voice of refugees.

Pour commander « Vies suspendues Â» vous pouvez visiter ce lien.

Pour commander « L’olivier et la vieille femme Â» vous pouvez visiter ce lien.

Pour vous tenir au courant de son travail, vous pouvez suivre Parwana sur Instagram ou son compte twitter.

La pĂ©dagogie des opprimĂ©Es, de Paulo Freire, fiche de lecture avec EnquĂȘte Critique.

Un grand remerciement Ă  Bertrand Cayzac pour sa proposition Ă  rĂ©aliser cet entretien, ses relectures et la traduction du livre « Vies suspendues.. Â» de l’anglais vers la langue française.

Le KIOSK relaye la parole de celles et ceux qui sont empĂȘchĂ©Es de tĂ©moigner et qui affrontent et ont directement affrontĂ© le rĂ©gime frontalier europĂ©en, colonial et raciste. Pour contrer le discours des puissants qui vient du centre de cet Empire et Ă©viter ainsi de reproduire ces discours coloniaux. Mais aussi, et surtout, leur donner la parole, c’est Ă©viter que ce soit toujours les militantEs blanc(hE)s qui parlent des migrantEs, et Ă©viter une fois de plus de reproduire ces rapports coloniaux. La plupart, si ce n’est la totalitĂ© des privilĂ©giĂ©Es de la forteresse, ignorent que leur culture, leur mode de vie, leur façon de penser,… est directement issue de cette histoire coloniale. Le mĂ©tĂ©orite, ou l’apocalypse est arrivĂ©e sur terre il y a dĂ©jĂ  plus de 500 ans, celles et ceux qui ignoraient ce que signifiait la notion de propriĂ©tĂ© privĂ©e, la domination,.. qui ont rencontrĂ© les peuples d’Europe se sont dĂ©jĂ  posĂ©Es la question comment iElles allaient y survivre, et iElles se la posent encore aujourd’hui.

On ne peut pas combattre le colonialisme avec des esprits colonisés.

Une lutte anticapitalisme sans une lutte anticoloniale, c’est insuffisant.

LE KIOSK est membre d’Abolish Frontex et de l’Alliance de solidaritĂ© avec les rĂ©fugiĂ©Es en libye.

Nous sommes une alliance d’activistes individuels et de groupes basĂ©s en Europe, travaillant en Ă©troite collaboration avec les membres du mouvement de protestation auto-organisĂ© “RĂ©fugiĂ©s en Libye” (RiL) qui s’est formĂ© en rĂ©ponse aux raids brutaux et Ă  la dĂ©tention arbitraire de plus de 5000 rĂ©fugiĂ©Es, qui vivaient Ă  Gargaresh, un quartier de Tripoli, en Libye, le 1er octobre 2021. Ils ont manifestĂ© pendant plus de 100 jours devant le centre de jour communautaire (CDC) du HCR Ă  Tripoli jusqu’à ce que leur camp soit incendiĂ© par les forces de sĂ©curitĂ© le 10 janvier 2022. Environ 600 manifestants ont Ă©tĂ© emmenĂ©s au centre de dĂ©tention notoire d’Ain Zara et plus de 300 y sont toujours dĂ©tenus en aoĂ»t 2022. Cependant, certains des RiL se cachent et risquent leur vie en poursuivant la manifestation via Twitter et en fournissant des soutien aux rĂ©fugiĂ©s de toute la ville qui ne peuvent pas s’aider eux-mĂȘmes.

Nous travaillons Ă  pousser l’UE Ă  #EvacuateRefugeesFromLibya et Ă  amplifier les voix de RiL, qui exigent :

‱ Évacuations vers des terres sĂ»res oĂč nos droits seront protĂ©gĂ©Es et respectĂ©Es.

‱ Justice et Ă©galitĂ© entre rĂ©fugiĂ©Es et demandeurs-sEs d’asile enregistrĂ©s auprĂšs du HCR en Libye.

‱ L’abolition du financement des garde-cĂŽtes libyens qui ont constamment et de force interceptĂ© des rĂ©fugiĂ©s fuyant l’enfer libyen et les ont amenĂ©s en Libye oĂč toutes les atrocitĂ©s s’abattent sur eux.

‱ La fermeture de tous les centres de dĂ©tention Ă  travers la Libye, qui sont entiĂšrement financĂ©s par les autoritĂ©s italiennes et de l’Union europĂ©enne.

‱ Les autoritĂ©s devraient traduire en justice les auteurs qui ont tirĂ© et tuĂ© nos frĂšres et sƓurs Ă  l’intĂ©rieur et Ă  l’extĂ©rieur des centres de dĂ©tention.

‱ Que les autoritĂ©s libyennes cessent de dĂ©tenir arbitrairement des personnes relevant de la compĂ©tence du bureau du HCR.

‱ Appeler la Libye Ă  signer et ratifier la constitution de la Convention de GenĂšve de 1951 sur les rĂ©fugiĂ©s.

Aidez-nous à trouver des militants/organisations des droits humains dignes de confiance opérant dans le sud de la Libye.

Vous pouvez aider Ă  collecter des dons pour les nĂ©cessitĂ©s de base et le traitement mĂ©dical des survivants de la traite des ĂȘtres humains.

Vous pouvez utiliser/partager la collecte de fonds de RiL. Notez que le solde indique le montant total des dons recueillis depuis que la collecte de fonds a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e (dĂ©cembre 2021), mais les fonds sont depuis longtemps Ă©puisĂ©s pour l’assistance vitale aux victimes de la torture.

Vous pouvez rejoindre l’Alliance de Solidarity With the Refugees in Libya,

Vous pouvez vous inscrire Ă  notre liste de diffusion en envoyant un courriel Ă  : [email protected]

Vous pouvez visiter le site internet des rĂ©fugiĂ©Es de Libye et lire leur Appel, site auto crĂ©Ă© par les RiL, depuis octobre 2021, alors qu’iElles vivent dans l’un des pire endroits dans le monde, digne des camps de concentration, financĂ©s par l’Europe. IElles tentent de faire entendre leur voix et manifestent depuis maintenant un an pour obtenir une Ă©vacuation de cet enfer des camps. Suivez Ben london, Hassan Zakaria, Yambio David entre autres.. et amplifiez leur voix.

Depuis la mort du jeune Alan Kurdi, il y a 7 ans, sur les rives de l’Europe, rien de structurel n’a Ă©tĂ© construit, mais bien pire que ça, la mort de milliers de personnes en dĂ©placement dans la MĂ©diterranĂ©e est devenue un moyen politique de dissuasion de l’UE, au prix de laisser la MĂ©diterranĂ©e et la mer EgĂ©e devenir des cimetiĂšres de masse. Il est plus que jamais tragique de rappeler que plus de la moitiĂ©, c’est Ă  dire 52% des morts de personnes en mouvements dans le monde se produisent en MĂ©diterranĂ©e. Au lieu d’aider ces personnes, leur mort est le prix que l’Europe est prĂȘte Ă  payer pour continuer Ă  construire sa forteresse, un sujet qui nous amĂšnera Ă  parler de l’externalisation en Afrique de l’Ouest et d’autres contextes qui relĂšvent de la compĂ©tence extraterritoriale du rĂ©gime des frontiĂšres de l’UE, mais c’est encore un autre sujet qui mĂ©ritera d’en discuter ultĂ©rieurement. Les personnes en mouvement ne sont pas dĂ©couragĂ©es par les politiques cruelles de l’Europe en matiĂšre de migration et de contrĂŽle des frontiĂšres. Elles continuent de se dĂ©placer, en nombre croissant, mĂȘme si elles risquent leur vie Ă  maintes reprises. Nous continuerons Ă  les soutenir tout au long du chemin et Ă  lutter contre le rĂ©gime frontalier de l’UE.



Pour plus d’infos sur des appels Ă  des actions dans toute l’EUROPE le 15 octobre 2022, voir ici, parce que peu de mĂ©dias transmettent leur appel et leur lutte, et nous ne pouvons pas nous permettre de les laisser seulEs face Ă  cette barbarie nĂ©o-coloniale.

Contact LE KIOSK : [email protected] ou Twitter

Colonialism is war, Arm your spirit.

English version :

Parwana Amiri : a counter discourse to the ‘free’ world, a voice and a hope in the struggle against borders. « I want the world to hear my voice, hear my words Â»

Sixteen-year-old Parwana Amiri arrives on the Greek island of Lesbos with her family in 2019. After fleeing years of war in Afghanistan, after transiting through Iran and Turkey, hoping to find a safe haven, and after crossing many borders, they find themselves again facing the borders of Fortress Europe. Forced to live from her arrival in Lesbsos, in the sadly famous refugee camp of Moria (which burned down on September 9, 2020), then that of Ritsona until April 2022, Parwana Amiri launched a journal, where she questions and relates the experiences and lives of those around him. She is outraged by the unbearable living conditions, she wants to tell the stories that these people have lived, and she supports them with her writing skills. She published in January 2022 « Suspended lives : Letters addressed to the world from the Ritsona camp Â».

The letters of this young militant woman are much more than a testimony, she shows, she understands and she explains better than anyone else the despair that eats away at these families, these people who have suffered violence, trauma and who, in more than having to wait desperately for a response to their asylum request, are in urgent need of assistance : « In this terrible moment, during the crossing, we never imagined that we would end up in this dreadful camp, on the margins of the Europe. These letters are a call to a desire for things to be transformed by collective intelligence. Parwana has become a proven referent and a prodigious correspondent of this world that they want us to forget. Like all these individuals, these men and women, who are transformers of their own daily lives, know how to speak better than anyone else about the difficulties they face and how to deal with them and not lose their social identity and their existence. cultural. She has also published two other books : « The Olive Tree and the Old Woman Â», « My Pen Won’t Break But Borders Will Â».

She has animated and propelled numerous demonstrations for the right to food, for the right to education,
 An insurgent voice in the face of this systemic racism in its own right, which is not only a manifestation of the coloniality of the power, but widely perceptible and pervasive in their daily lives. A voice against the institutions of those countries that consider themselves developed. A voice that carries truths and transforms for the victims of this capitalist and border system, but also of this society as a whole. A call to overcome this narrow-mindedness and these distorted beliefs, stemming from hierarchical structures and these nation-states, these lying machines, for which the most vulnerable pay the price. Parwana is an example to follow for the resistances to come. We cannot think of resistance, emancipation, whether in a colonial or colonial context, without going to see what these women and men who are confronted with daily violence have to say and what they do at a given moment. given in their life. From these speeches of so called « democracy Â», of so called « freedom Â» of this capitalist modernity, the letters of Parwana Amiri are a clear call to leave this patriarchal-colonial paradigm and the violence of this « democratic Â» regime. These letters give voice to those who face this violence of the camps and the borders and speak of this true face of the West. These letters which show us that it is possible to challenge this paradigm which pushes us to consider that there are no other perspectives, that there are no other ways of seeing things when we are dominated.

LK : Hi Parwana, you were finally able to arrive in Germany since April, how have you been since your arrival ?

PA : From the day we passed the first registration, we have been getting transferred from one place to another. It is not hard to get transferred from one place to another when they do it themselves. But it is hard, while you have plucked all your from the margins of Europe to some suitcases.

I felt being in the second class of vulnerability, when I faced the prioritization of refugees from Ukraine. I go to school, but it is not higher or even the same level as in Afghanistan, because the system is highlighted as being lower or not the same.

On the other hand, when I see an improved system of integration in German society, I ask if the same could be possible to have in Greece, so we would have not been pushed to go from one place or another. Even though we have come legally, still all my thoughts are with those who pass borders in the margins of Europe.

I am trying to study, analyze and find contact to stand against the centralized system. I know that our arrival from the margin of Europe to the system is all controlled, the number of those getting accepted or being rejected, the number of those who can pass the borders and enter to the center. What I found completely unfair is DUNLIN LAW. This criminal, violanct, systemic action is happening secretly. The night that your neighbor may get evacuated and be sent to the country that passed their fingerprints, you will not know.

I would rather call it, ‘’ Central Systemic Deportation.”

LK : Take an interest in people who experience migration and its violence, give them the opportunity to speak and say « I Â», let them say what they have been through, all that they have left behind, the violence to which they have escaped, death
that’s what you did, that’s a way you chose to give them back some dignity ? Is it this trauma that made you gain clarity, after experiencing things you never expected ?

PA : What makes us walk, live and pass all kinds of troubles is “Hope”. I had passed the border to fulfill my dreams and when it didn’t happen, I decided to change the mirror in many ways.

From them representing us, talking about ourselves, so I didn’t want to repeat the same mistakes made by my time and before me, “central system”, though I knew nothing about this system, but had formed some change making thoughts on myself and started writing following those aims. The trauma just made me more resilient. I would like to add again, I would have never reached all that I have in life without the support of solidarity people, who showed me the importance of talking about conditions through writing.

For a long time I was thinking and changing the personal pronouns used in the stories, reading the story over again. I finally felt better by using “I” and to give the voice and words to heroes of the real stories was important for me, as an author. An author
. A person who has a weapon and can use it either for a one sided benefit or both.

The word dignity, as a right, was read by many readers for the first time. At least as a demand from an anonymous refugee girl.

LK : As we can read in your letters, these people have just left hell, it is not a pleasure trip as many think. You were very attached to the fact that all these voices were not heard, and is that what pushed you to write ? What is the importance for you of transcribing the testimonies of people in migration ?

PA : During my first, tight activism action, breathing under the system was becoming hard for me. The more I was getting aware of the fact behind the life in that repressive system, the more I was suffering. Self education about this system helped me in many ways, but also increased the trauma I was suffering from in the beginning of my arrival in Germany. I asked several times from researchers reaching out to me, from solidarity people and 
.if they have faced the same struggle I was leading, before. The answer regarding gender was “No”. I was the first person, who was a girl, muslim, in a camp and scripting the condition, but I knew that I was the tip of an iceberg. More life for me in far or soon time was to appear or to join the movement. But this movement was not only with demonstration, but also with resilience they were showing against the system that was trying to abolish their lives, dreams and future. I wanted to make evidence of the life before those who would come after me. It was not written as a single narrative, but evidence of different people. I did not want more people who would stand for change, face the lack of infos about the timeline, from before to where they will stand.

I am pleased to know, “I” was scripting the life condition as a girl, not that I am a flag holder, but to make deeper analysis and concern connection with my feelings as well.

LK : You tell us about your astonishment at having to participate in demonstrations to claim your inviolable right to education, when you arrive in Europe, in addition to this exclusion and this forced regrouping in the camps of Moria and Ritsona , when you had already experienced this loss of access to education after the Taliban came to power in Afghanistan. When discovering this « exemplary Â» world we call Europe, did you perceive a difference between these two worlds, or did you face similar difficulties ?

PA : The main difference can be anonymity, in Europe it was not revealed that we were not going to school, about Afghanistan it was. In Europe we had to raise awareness, at the same time react and stand against this exclusion, ask for solidarity and public call. It was and is still a big scandal, the issue has never been compromised and shared at a state level, because the way to represent it was important for the media, this made it known we really have less space in public media.

LK : As vulnerable people, without protection, in danger,
 you denounce this system which does not protect the most vulnerable, but punishes them, you were so disappointed to find out what these European « values Â» mean, which lock up vulnerable people in prison camps, and where the only people to offer a future, passage and safe evacuation to other European countries are smugglers. This is what we find constantly in your testimonies where you say : « Is it a crime to say no to injustice ? To ask for basic human rights ? To fight for a better life ? To question what you call democracy ? Â» Were your demands easily followed by the other people in the camps where you were or was it difficult ?

PA : I was not disappointed for what we had to face in our life, the difficulties we went through, but the EUROPE who could not have formed a fair system.

The theater done by state against human trafficking was and is what they have been acting and claiming”anti war”, by producing weapon. Having borders, restricted border control mechanisms has increased the opportunity for human traffickers. There is always a way for those who can physically or financially buy the passage, and this will never end. Those who can pass the borders, will always find a way to pass and the rest will be left behind, so the arrivals are not vulnerable fully, cause the main ones are left behind the wires where they could not pass.

The only solution is a “global passport”. This needs to be accepted and then will be talked about. I can not push thoughts, but can guide them to find the way to the truth.

It should be a state of mind or an armoni, this is the life in decades ahead against the camps and borders which brings the thoughts of a hundred years ago’s thoughts.

We were all suffering from the same system, just those who were more aware, were acting or were taking part for change, but the rest were not, what encouraged them was the result. When they were getting aware that our action won and we succeeded. In a prison, even the most free person is in prison, it is not about the possibilities that I had, in order to communicate with people out of the camp, but more relevant the system and construction of the system.

LK : You also talk about the divisions in the camps between the different ethnic groups, communities, as a weapon used to divide and prevent your claims from succeeding
 How did you manage to raise awareness and motivate these people, who are often physically and psychologically weakened, who survive in very precarious medical and psychological conditions, more often in need of emergency assistance than of being locked up ? You use the expressions : « Becoming repressed Â» and « not becoming colonized in a colonial system Â», can you talk about that ?

PA : We were learning from that comparison and leading our life the same path. “The whole system of s countries can be found in the family structures of that country.” Parwana.

The segregation system in the camp, broke our communication and our full awareness about the treatment of the state for each community. What I was concerned about was that we needed to keep communicating for the time we wanted to have a common struggle, and stand for a common problem, though we had communication obstacles with the language and lack of translators.

If that time would be, this time, I may have written “becoming colonized in a colonial system.” which is almost to say “You are not out of life in a capitalistic system, if you want to survive.”

I was not writing as a researcher or an academic author, but was learning to find out the best ways to reflect the system.

I don’t believe that it was just the psychological or physical condition that was weakening them, but the more restricted they were becoming and the more we’re finding ourselves under repression was strengthening the vulnerability.

LK : When it comes for revolutionaries around the world to break with the colonial mentality engendered by the nationalism characteristic of these nation-states, that in the West and in the countries of the North, capitalism has managed to kill the spirit human, you say that the changes must come from people in migration, and who are on the front line. In this permanent search for dialogue, for pedagogy, for emancipation, which you demonstrate, is it not for you the search for hope and imagination, for the fight against this fatalism ? What are the solutions for you ?

PA : If patriarchy is a reflection of capitalism, then feminism is a refelction of fight against this system. The change should be started from the migration system, if it is about justice or freedom. Because these people are the most vulnerable minorities. For the fight they do is the strongest one, not for the result of proposals we bring with ourselves or if we stand in the front line but do not have the microphone in our hand. I would say to all those who listen to me and wait for a solution from my side, that the solution is “you”, but we will be acting to achieve the result.

LK : The journeys of refugees are never without risks, without dangers and without difficulties. But every refugee who sets out on their journey has horrific, traumatic experiences and unbearable moments that they cannot forget. And in these terrible times that you went through, you could never imagine that you would find yourself in these terrible camps, on the margins of Europe. What was the worst moment of your journey ?

PA : The last time we planned to come to Greece, passing the sea, in the middle of the way as water was coming to our rubber dingy, you can read the complete story ;

In a dark scary night

As the moon was smiling

In the middle of the sea

We were in distress

My mother was crying

Scared for us all

In that angry rough sea

We were in distress

LK : Losing his home, the familiarity of his daily life, his profession, that is to say the assurance of being of any use in this world, his mother tongue, all the natural reactions, the gestures, the simpler and spontaneous expression of one’s feelings, losing one’s social identity and one’s culture
 What are the greatest losses for you of having to go into exile to save one’s body ?

PA : If it is a personal question, I think it’s just my identity when we have no documents to show, no passports to travel, but as people in exile lose their identity, the state of those countries lose their dignity. It is a big exclusion feeling to have no identity, even if it is for one day. But this identity we never lose, we always carry out names and nationality, what should not be a label or a symbol.

LK : It was Paulo Freire who said : « When they remain ‘immersed’ and fail to analyze the system of oppression, the oppressed attack their own oppressed comrades. Â» They remain fascinated by the oppressor, they want to look like him and therefore they imitate him. They do not have confidence in their own capacity for critical analysis. And you quote in your book : « When will we begin to understand each other rather than blaming each other for what we are the victims of ? Â» « . Your work of raising awareness, of self-politicization, which you demonstrate in relation to your own experience, this lucidity that you have after these traumas and especially at your age, after having experienced things you did not expect, or after Suddenly, the earth, in your eyes, did not seem quite round anymore
 How did all these things, this violence, cause these transformations in your life ?

PA : It was nice to know about the same perspective, I would love to read this book.

I have become more mature, focused on the condition and behavior of people, the communities, different ethnicities, groups, the camp system and
 even the way females were against each other, imitating patriarchies or acting the theater. I was criticizing myself everyday, was counting my success less and that was the time I was always feeling broken and failed. Alex was one of those who always wanted to meet me in the camp and talk about the changes or help me with my writings, he always wanted to know the reasons I had this feeling of being a failure, “I have changed many things, if not systemically but in the communities, if not abolition of the walls, but the perspective of ethics about activism of a refugee girl and the and about the local communities, but still think that I have achieved nothing if it is not going to be sustainable and everything will be abolished after I leave the camp, but I will try to cover my activism through documenting my struggles and bring the fact to those after me, if there will be.”

I sometimes think that this lesson should go to all, those who want to do theater against the odds of life, the troubles and challenges, those who want to regain resistance and energy, to all. To all, but mostly the girls.

LK : When we see what is happening in the camps financed by Europe, we really have the impression that in the eyes of these institutions, a refugee remains a refugee, that is to say not entirely makes a human being, but rather considered as a criminal who is imprisoned, guilty of having fled the imperialist wars, giving more the image of deterrence camps than of humanitarian camps
 his dignity, his integrity, and even his life will never weigh much in the eyes of these European institutions. This position that you occupy is a unique position, even unusual, atypical, unexpected, on the border, in refugee camps, this position that you refuse to carry, and to accept
 all these transformations, these ruptures, these pains which are not only linked to what you are, to your skills or your incompetencies, but deeply inscribed in an order that goes beyond you, structural forms that are difficult to accept, it is somewhere a quest for power and just emancipation, a permanent fight against this fatalism
 We see that you are constantly questioning those around you, it is ultimately asking whether what they have lived or are going through is finally acceptable ?

PA : That is exactly what you need to talk about and make it clear !

If persecution is not an acceptable case for becoming an asylum seeker and not a migrant in some of the European Union member states, and it is for others, then what is this label for ?

Even the refugees right is specified in the time they are under the procedure. Stateless, means no meaning of being counted as a human.

LK : I also wanted to ask you an umpteenth question, sorry
 because it’s a question that I often ask myself in this « free Â» world where domination is constantly reproduced, assimilated, internalized, and which ultimately suits the privileged members of this fortress, including in so-called « left Â» circles, where as Abdullah Öcalan himself says, « the law has replaced morality Â» : don’t you, in the end, have the impression that the right to self-defense, the right to expression are forbidden and strongly repressed, when we should seek to refocus our attention on the voices and experiences of the most oppressed. ? And by listening to what they have to say, don’t you also believe that we would find it easier to find solutions to our social problems ?

PA : I believe that it is, but of course the social problems are also part of the same domination. The main challenge for the most repressed ones, for us ‘’minorities’, is that we need to learn how to come out of the imperialism we live in and to address our problems as part of the society. We are not to learn it from ourselves and not by ourselves. So I agree.

In my last period of activism in Greece, being part of local actions, I noticed how strong we could go ahead together. To stand against rules and laws, which was affecting both part of the society “refugees and locals”,but the segregation system was against our actions.

One of their plans to repress our struggle and avoid the louder noises that could come out and highlight the scandals of the state.




Source: Cric-grenoble.info