Février 5, 2021
Par Zad D'Arlon
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A (re)lire, un texte de Marcel Moreau paru dans Le Sabot 6:

« DU MAUVAIS USAGE DE LA NATURE-

Les hommes ont de curieuses façons d’aimer la nature, dont la façon rousseauiste. Ils l’aiment rassurante, douce au regard et au toucher, inoffensive et bonasse, accueillante à leur sens du confort, de l’harmonie, se pliant à leurs plaisirs égoïstes, voire à leurs intérêts matériels, dont le vandalisme immobilier. En toutes choses, les hommes sont d’indécrottables compartimenteurs. Pour eux, il y a la nature fréquentable, et l’autre. L’autre, gigantesque et sauvage, déchaînée, démontée, tempétueuse, meurtrière, n’a guère droit à leur reconnaissance d’être ce qu’elle est. Les drames font dire : “la montagne est traîtresse”, “la mer est dangereuse”, “le volcan tue”. On songe rarement à aimer la nature à la fois pour sa vocation à séduire et pour sa faculté de détruire. On la voudrait à l’échelle de l’humain, non à celle de l’inhumain. Sa face terrifiante, jusque dans le monde monstrueux des animalcules, nous rappelle pourtant qu’elle est infiniment plus puissante que l’homme puisqu’elle précède de toute sa complexité son apparition sur la terre.

Notre mère la nature n’est pas que délicieusement maternelle, elle est aussi maternellement féroce, et elle ne peut que l’être, faute de quoi elle ne serait pas la nature.
Chaque fois que le cerveau rationnel développe sur cette terre des techniques conduisant à sa défiguration, à sa pollution, à son enlaidissement, à l’artificialisation de la vie, à l’affaiblissement du génie viscéral au profit des prouesses de désincarnation, il fait œuvre de mort, œuvre de culture de mort. Cela, je ne puis en douter, de toute l’intuitive violence de mes fibres. » (Lecture irrationnelle de la vie)

Publication sur FB.




Source: Zabliere.noblogs.org