Décembre 14, 2020
Par Le Monde Libertaire
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Le 15 décembre 1969, vers minuit, Giuseppe Pinelli, cheminot anarchiste, injustement suspecté dans une stratégie de la tension d’être impliqué dans l’attentat de Piazza Fontana (Milan), commis par l’extrême-droite le 12, fait une chute mortelle du 4° étage du commissariat où il était illégalement retenu.

Exposition au Palazzo reale de Milan annulée suite à l’assassinat le matin de l’inauguration, le 17 mai 1972, par Lotta Continua, du commissaire Calabresi, enquêteur en charge de l’attentat de Piazza Fontana, relaxé pour son implication dans l’assassinat de Pinelli. Réalisée 40 ans après. Projet d’exposition permanente au Museo del Novecento (l’œuvre est propriété de la galerie Marconi, à qui Baj la vendit au profit de la veuve et les enfants de Pinelli).

Enrico Baj représente l’avant (défenestration), le pendant (chute) et l’après (deuil) en une scène en mouvement. Mise en relief de la tragédie familiale avec les silhouettes détachées, Témoins impuissants de la tragédie politique, de Licia, femme de Pinelli, qui hurle, terrassée par la douleur ; de ses enfants exprimant l’insoutenable (Silvia se cache le visage) et l’inéluctable (Claudia tend les bras en vain pour rattraper le corps). La victime se détache au centre. Le cri de sa bouche, dédoublée à la Picasso dont le Guernica est une source d’inspiration déclarée de Baj, nie la thèse du suicide. Son torse nu évoque la torture. Les yeux des forces de l’ordre, automates transmettant ou exécutant les ordres, sont des rouages. Ils montrent les dents. Brandissant fusil, matraque, couteau, ils sont le bras armé de l’État et ne se distinguent que hiérarchiquement, médailles et jalons. Les anarchistes leur font face, bien individualisé.e.s (âge, vêtements, sexe, position), manifestant ensemble, sans armes, en pleurs. Proclamant leurs idéaux, drapeau rouge et noir de l’anarcho-syndicalisme, noir de l’anarchie. Un couple se donne la main, un homme tourne le dos à la tragédie pour épargner un enfant. Une main dénonce, un poing se tend. Rien à voir avec les mains déformées par la haine, défenestrant Pinelli. Son corps ne heurtera pas le sol, couvert de fleurs à la mémoire des victimes de la violence étatique.

Où Enrico Baj parle de son art, de son oeuvre et de Pinelli.

“Je pense que l’art moderne lui-même naît d’une pulsion anarchiste, depuis cette célèbre phrase de Dante parlant de Virgile dans le Purgatoire (Chant II) : “Il est à la recherche de la liberté, qui lui est si chère…”

“La réalité et la vie et la mort de Pino se substituaient dans mon esprit au souvenir de mes lectures, des héros du passé, du futurisme et du dadaïsme que j’ai tant aimés, réclamant au lieu d’une reconstitution parodique et littéraire, la mémoire d’une tragédie familiale et politique, qui devait être représentée, en peinture également…”

“… afin qu’un témoignage des faits demeure, de lui, des violences subies, de la douleur de Licia, de Claudia et de Silvia”.

Grain de celle anarchiste et pataphysique

L’anarchisme étant à la politique ce que la pataphysique est à la science, l’anarchie est la politique des solutions imaginaires.

Saluti libertari, Giuseppe Pinelli, se brûlant les ailes comme Icare pour avoir librement volé vers le soleil, comme le typographe anarchiste, défenestré du 14° étage où il était détenu illégalement par le FBI (3 mai 1920, New York) [note] .

Saluti libertari, Enrico Baj, Imperatore Analogico de l’Institutum Pataphysicum Mediolanense, dont le collage est encore au purgatoire pour avoir librement volé au secours de l’anarchiste Pinelli. Défenestration et décollage.
Je cite Lichtenberg dans ses Aphorismes : ” Ce qui caractérise le mieux la vraie liberté est son juste usage et l’abus que l’on en fait”. Ou encore “Logica palaestrica, Mepaphysica terminologico-vionaria“. Mais “cela doit apparaître autrement aux barbus”.




Source: Monde-libertaire.fr