Depuis douze ans, entre 50 et 200 personnes logent chaque année dans des bâtiments vides et inoccupés à Angers. Enfants en bas-âges, femmes enceintes, personnes âgées ou malades…

La liste des personnes vulnérables qui trouvent refuge dans ces « réquisitions citoyennes » est longue, plus de trente-cinq ont ainsi été ouvertes puis fermées depuis 2008. Malgré la volonté des collectifs de citoyens qui soutiennent et perpétuent cette pratique, les institutions n’ont jamais levé le petit doigt pour qu’elle ne soit plus nécessaire. Le 115 est toujours saturé, les demandeurs d’asile livrés à eux-mêmes dans les rues de la ville et les seules mesures prises concernant les SDF sont les interdictions de mendicité.

Depuis peu, la pratique du « squat » et les réactions policières vis-à-vis de celle-ci ont évolué. La nomination de Mr Bidal au poste de préfet est un véritable danger pour les personnes à la rue.

Expulsions illégales

Il y a un mois, une famille trouvait refuge dans un pavillon abandonné en périphérie de la ville. Il a suffi de 3 jours pour que la police vienne les déloger. Dispositif policier impressionnant, digne de grands criminels, pour sortir de cette maison vide depuis plusieurs années une femme enceinte, 2 enfants et leur mère.

Lundi dernier, cette famille qui a trouvé refuge dans un pavillon vide de la mairie d’Avrillé est à nouveau illégalement expulsée alors qu’elle occupe les lieux depuis plusieurs jours. Le pavillon voisin était lui occupé par des hommes seuls, la vingtaine, eux aussi à la recherche d’un toit. Ces pavillons sont sur une zone préemptée (zone appartenant à une collectivité territoriale avec un projet d’aménagement) de la mairie d’Avrillé qui comprend un nombre important de maisons vides depuis de nombreuses années.

Les habitant.e.s étaient domicilié.e.s depuis plus de 48h dans ces pavillons inoccupés, ils auraient donc dû être assigné.e.s devant un tribunal pour être expulsé.e.s. Mais vers 15h, une quinzaine de policiers sont intervenus sans même chercher à discuter et, en moins de 20 secondes, ils étaient déjà en train d’enfoncer la porte du garage à coup de bélier. Outre le caractère illégal de l’expulsion, les enfants présents dans ce qui était leur domicile ont vécu un véritable traumatisme face à la violence des forces de l’ordre.

Suite à la médiatisation de cette expulsion, nombreux sont les témoignages de gens qui disent attendre depuis trop longtemps la possibilité d’avoir un logement social à Avrillé, et que cette zone de préemption remplie de pavillons vides choque.



Plus d’une cinquantaine de personnes expulsables, cinquante autres dans l’attente d’un délibéré

2 semaines plus tôt c’est un squat du centre-ville, occupé depuis mars par des mineurs non accompagnés, qui passait en jugement. Dans l’attente du délibéré qui sera rendu le 31 juillet, ces jeunes ne savent pas où ils pourront vivre à la rentrée alors que certains d’entre eux sont scolarisés et n’ont aucune autre solution.

Autre lieu : la Grande Ourse, lieu habitatif mais également associatif, a finalement été assignée devant la justice, faisant suite à 8 mois de négociations qui ont conduit les occupant.e.s et le propriétaire à l’écriture d’une convention d’occupation. Une version finale était prête à être signée fin janvier mais depuis le propriétaire ne donne plus signe de vie bien que l’association Emmaüs proposait de se porter garante pour les occupant.e.s.

3 autres squats, abritant respectivement des familles, des hommes seuls ou encore des mineur.e.s non accompagné.e.s, sont dans le viseur de la préfecture. Tous sont dans des situations d’attente de logements sociaux, de reconnaissance de minorité ou empêtré.e.s dans des blocages administratifs. Ainsi une cinquantaine de personnes craignent chaque jour de voir arriver les forces de l’ordre pour les remettre à la rue. Très rares sont les relogements suite à une expulsion, il est parfois proposé une mise à l’abri de quelques jours pour certaines personnes… qui se retrouvent de nouveau à la rue peu de temps après.



La préfecture première responsable de la situation. Photo : Rassemblement suite à l’expulsion de la Grande Ourse, août 2019. Photo : Ouest-France

La préfecture est responsable des interventions policières dans le département et de la gestion des personnes vivant à la rue. Or, depuis plus de dix ans, les services aux personnes sans-abris n’ont jamais été suffisants pour répondre à la demande. La DDCS, qui est un organe préfectoral (Direction Départementale de la Cohésion Sociale), manque à la plupart de ses prérogatives (en preuve ses agissements durant le confinement, où elle a remis à la rue des personnes logées à l’hôtel, ou bien la situation du 115 devant lequel plusieurs dizaines de personnes attendent désespérément une solution chaque soir).

Dans le même temps la répression policière envers celles et ceux qui viennent bénévolement en aide aux personnes à la rue s’accroit. On a le sentiment que M. Bidal s’est donné pour objectif d’interdire tout squat dans la métropole angevine, condamnant d’avance des dizaines de personnes à passer l’hiver qui arrive dehors.

Entre le manque d’aide apporté et les bâtons mis dans les roues des militants qui tentent de pallier aux manquements des services sociaux, il semble que Christophe Béchu aie trouvé un allié dans sa chasse aux pauvres en la personne de M. Bidal. Face à leur cynisme et leur mépris, la mobilisation citoyenne est nécessaire. Premier appel à venir devant le palais de justice le 6 août à 9h30 pour soutenir les habitant.e.s de la Grande Ourse !


Article publié le 24 Juil 2020 sur Basse-chaine.info