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Énergie solaire : L’industrie dévore les terres agricoles

L’actuel développement en France du solaire photovoltaïque s’inscrit dans plusieurs logiques. Parmi celles-ci, la construction de «  centrales solaires  » accaparant des centaines d’hectares de surfaces agricoles, est marquée par cette dérive productiviste qui fait fi des demandes et des besoins des populations locales et déclenche des oppositions larges dans les territoires concernés.

Sur une durée de six ans, une surface correspondant à celle d’un département français est «  artificialisée  » (bétonnée ou bitumée), pour construire des routes, des zones industrielles, des lotissements et autre extensions des villes, au détriment des terres agricoles.

Le photovoltaïque a longtemps été cantonné à des projets d’installation sur des toitures. L’utilisation du foncier en général et des terres agricoles en particulier ne lui était pas ouverte, en application du principe : pas d’emprise sur les terres agricoles. Ce schéma est en train de changer. Le secteur des énergies renouvelables est en passe de devenir l’un des grands prédateurs d’espaces.

Les projets qui émanent des collectivités, souvent villageoises, prennent plutôt la direction de la concertation sur l’utilisation ou la réutilisation de friches industrielles, carrières et autres terrains dévastés par l’activité économique sur les localités. Ces terrains souvent impropres à toute activité humaine trouvent une nouvelle utilité productive à défaut de solution de dépollution et de reconversion.

Des villages qui investissent dans le solaire.

Le projet souvent mis en avant est celui d’Ungersheim en Alsace  [1] sur une ancienne mine de potasse. Mais d’autres projets se développent comme celui qui va voir le jour à Saint-Georges-de-Luzençon (Aveyron), dans une ancienne carrière.

À l’échelle de la collectivité villageoise, les projets les plus aboutis sont issus de processus de concertation avec les habitantes et habitants. Peuvent être pris en compte les besoins locaux en énergie et la distribution locale de l’énergie. Reste la question des pollutions liées aux anciennes activités industrielles. Reste que ces projets ne sont en général pas porteurs d’une remise en cause de la logique capitaliste d’augmentation générale des besoins, ni de réflexion sur la question de la sobriété énergétique et de la viabilité à long terme des projets.

De toutes les façons ces projets demeurent locaux et le plus souvent ruraux. Et pour les capitalistes il s’agit de «  développer la France  », et ça, c’est une affaire d’industriels et de «  spécialistes  ».

Quand les capitalistes s’emparent du solaire

Dans un premier temps les projets industriels se sont implantés sur des échangeurs d’autoroutes ou sur des terrains délaissés au milieu des nouvelles zones d’activité commerciale ou de bureaux. Mais arrive aujourd’hui les grands projets terrestres. Face à la disparité des terres agricoles, celles qui sont moins rentables pour l’agro-industrie sont les premières cibles.

Nous aurons l’occasion de revenir dans Alternative libertaire sur le projet photovoltaïque de 2 000 hectares dans les Landes, le plus gros projet prévu en Europe, à cheval sur plusieurs communes.

Concentrons-nous ici sur le projet «  Solarzac  »de l’entreprise Arkolia  : une centrale de 180 mégawatts installée sur 400 hectares dans le Sud-Larzac. Le terrain est une ancienne chasse privée, quoique classé en terres agricoles. Il y a donc de la place, du soleil et peu d’habitant·es.

Le projet « Solarzac », c’est aussi une centrale à métanation qui est un processus de création de méthane à partir d’eau et de CO2, technologie encore expérimentale et qui, à elle seule, consommera la moitié des ressources en eau du secteur  [2]. Les associations écologistes sont entrées dans la lutte depuis l’annonce du projet. Elles défendent la faune notamment les rapaces, et s’inquiètent de l’ampleur du projet.

Concurrence entre nourriture et énergie

La Confédération paysanne s’est inscrite rapidement dans l’opposition au projet, en particulier autour du refus de la prédation de terres agricoles par les producteurs d’énergie. Mais elle conteste aussi la logique de faire de la production d’énergie un revenu complémentaire pour des paysans et des paysannes. On le voit avec les éoliennes, les hangars photovoltaïques ou encore les installations de méthanisation.

Car aujourd’hui, mettre en concurrence la nourriture et l’électricité est dangereux pour la paysannerie. Aussi, le combat de la Confédération paysanne est de maintenir des fermes de petite et moyenne taille en assurant une rémunération juste des productions agricoles. Tout l’inverse du projet d’Arkolia qui menace, à terme, tout le Larzac.

Un autre acteur qui s’invite dans la lutte, c’est l’Amassada  [3]. La Zad y lutte contre le méga transformateur de Saint-Victor-et-Melvieu en particulier parce que l’énergie produite localement, loin de fournir les communes voisines, a pour objectif d’être transformée en très haute tension pour l’exportation. Ce transformateur est indispensable au projet « Solarzac », comme à l’implantation massive d’éoliennes en Aveyron. Il faut donc empêcher sa construction, clé de voûte de l’accaparement des terres et de leur artificialisation. C’est dans ce sens que les différents acteurs de la lutte se sont invités le 19 juin dans les locaux d’Arkolia près de Montpellier. Cette action a marqué l’entrée de la Confédération paysanne dans la lutte contre les grandes installations énergétiques  [4].

L’État fait mine de repousser ces propositions industrielles pour l’instant. Mais les injonctions perpétuelles à une transition énergétique accélérée
pourraient permettre aux énergéticiens de forcer le verrou. L’alliance en construction de différentes luttes locale est porteuse de renforcement de leur combat commun. Gageons que cela porte ses fruits.

Reinette noyée (UCL Aveyron)


Article publié le 19 Sep 2019 sur Unioncommunistelibertaire.org
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Énergie solaire : L’industrie dévore les terres agricoles

L’actuel développement en France du solaire photovoltaïque s’inscrit dans plusieurs logiques. Parmi celles-ci, la construction de «  centrales solaires  » accaparant des centaines d’hectares de surfaces agricoles, est marquée par cette dérive productiviste qui fait fi des demandes et des besoins des populations locales et déclenche des oppositions larges dans les territoires concernés.

Sur une durée de six ans, une surface correspondant à celle d’un département français est «  artificialisée  » (bétonnée ou bitumée), pour construire des routes, des zones industrielles, des lotissements et autre extensions des villes, au détriment des terres agricoles.

Le photovoltaïque a longtemps été cantonné à des projets d’installation sur des toitures. L’utilisation du foncier en général et des terres agricoles en particulier ne lui était pas ouverte, en application du principe : pas d’emprise sur les terres agricoles. Ce schéma est en train de changer. Le secteur des énergies renouvelables est en passe de devenir l’un des grands prédateurs d’espaces.

Les projets qui émanent des collectivités, souvent villageoises, prennent plutôt la direction de la concertation sur l’utilisation ou la réutilisation de friches industrielles, carrières et autres terrains dévastés par l’activité économique sur les localités. Ces terrains souvent impropres à toute activité humaine trouvent une nouvelle utilité productive à défaut de solution de dépollution et de reconversion.

Des villages qui investissent dans le solaire.

Le projet souvent mis en avant est celui d’Ungersheim en Alsace  [1] sur une ancienne mine de potasse. Mais d’autres projets se développent comme celui qui va voir le jour à Saint-Georges-de-Luzençon (Aveyron), dans une ancienne carrière.

À l’échelle de la collectivité villageoise, les projets les plus aboutis sont issus de processus de concertation avec les habitantes et habitants. Peuvent être pris en compte les besoins locaux en énergie et la distribution locale de l’énergie. Reste la question des pollutions liées aux anciennes activités industrielles. Reste que ces projets ne sont en général pas porteurs d’une remise en cause de la logique capitaliste d’augmentation générale des besoins, ni de réflexion sur la question de la sobriété énergétique et de la viabilité à long terme des projets.

De toutes les façons ces projets demeurent locaux et le plus souvent ruraux. Et pour les capitalistes il s’agit de «  développer la France  », et ça, c’est une affaire d’industriels et de «  spécialistes  ».

Quand les capitalistes s’emparent du solaire

Dans un premier temps les projets industriels se sont implantés sur des échangeurs d’autoroutes ou sur des terrains délaissés au milieu des nouvelles zones d’activité commerciale ou de bureaux. Mais arrive aujourd’hui les grands projets terrestres. Face à la disparité des terres agricoles, celles qui sont moins rentables pour l’agro-industrie sont les premières cibles.

Nous aurons l’occasion de revenir dans Alternative libertaire sur le projet photovoltaïque de 2 000 hectares dans les Landes, le plus gros projet prévu en Europe, à cheval sur plusieurs communes.

Concentrons-nous ici sur le projet «  Solarzac  »de l’entreprise Arkolia  : une centrale de 180 mégawatts installée sur 400 hectares dans le Sud-Larzac. Le terrain est une ancienne chasse privée, quoique classé en terres agricoles. Il y a donc de la place, du soleil et peu d’habitant·es.

Le projet « Solarzac », c’est aussi une centrale à métanation qui est un processus de création de méthane à partir d’eau et de CO2, technologie encore expérimentale et qui, à elle seule, consommera la moitié des ressources en eau du secteur  [2]. Les associations écologistes sont entrées dans la lutte depuis l’annonce du projet. Elles défendent la faune notamment les rapaces, et s’inquiètent de l’ampleur du projet.

Concurrence entre nourriture et énergie

La Confédération paysanne s’est inscrite rapidement dans l’opposition au projet, en particulier autour du refus de la prédation de terres agricoles par les producteurs d’énergie. Mais elle conteste aussi la logique de faire de la production d’énergie un revenu complémentaire pour des paysans et des paysannes. On le voit avec les éoliennes, les hangars photovoltaïques ou encore les installations de méthanisation.

Car aujourd’hui, mettre en concurrence la nourriture et l’électricité est dangereux pour la paysannerie. Aussi, le combat de la Confédération paysanne est de maintenir des fermes de petite et moyenne taille en assurant une rémunération juste des productions agricoles. Tout l’inverse du projet d’Arkolia qui menace, à terme, tout le Larzac.

Un autre acteur qui s’invite dans la lutte, c’est l’Amassada  [3]. La Zad y lutte contre le méga transformateur de Saint-Victor-et-Melvieu en particulier parce que l’énergie produite localement, loin de fournir les communes voisines, a pour objectif d’être transformée en très haute tension pour l’exportation. Ce transformateur est indispensable au projet « Solarzac », comme à l’implantation massive d’éoliennes en Aveyron. Il faut donc empêcher sa construction, clé de voûte de l’accaparement des terres et de leur artificialisation. C’est dans ce sens que les différents acteurs de la lutte se sont invités le 19 juin dans les locaux d’Arkolia près de Montpellier. Cette action a marqué l’entrée de la Confédération paysanne dans la lutte contre les grandes installations énergétiques  [4].

L’État fait mine de repousser ces propositions industrielles pour l’instant. Mais les injonctions perpétuelles à une transition énergétique accélérée
pourraient permettre aux énergéticiens de forcer le verrou. L’alliance en construction de différentes luttes locale est porteuse de renforcement de leur combat commun. Gageons que cela porte ses fruits.

Reinette noyée (UCL Aveyron)


Article publié le 19 Sep 2019 sur Unioncommunistelibertaire.org
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