Premier jour du 52e congrès confédéral CGT. Le secrétaire général réaffirme une orientation combative sans éluder les difficultés accumulées depuis trois ans, mais ne propose guère de solutions pour remonter la pente. Un rendu sur le vif, au jour le jour, par le blog Communistes libertaires de la CGT.

Pour cette première journée du congrès confédéral, outre l’élection des différentes commissions, qui donne toujours lieu à quelques agacements et tensions sans importance réelle, l’essentiel de la journée s’est résumé au long discours d’introduction (1 heure 40) de Philippe Martinez.

Curieux discours au demeurant : ni véritable rapport d’activité, ni rapport d’orientation, mais où aucune difficulté n’est passée sous silence. À plusieurs reprises, le secrétaire général les évoque sans fard : structuration des syndiqué·es individuel·les, communication confédérale, formation syndicale…

Déjà, lors de son discours au 51e congrès, à Marseille en 2016, il avait désamorcé la critique de l’attentisme confédéral en prenant ses distances avec le « syndicalisme rassemblé » – une formule déjà vieille de vingt ans et qui, dans les faits, signifie tête-à-tête avec la CFDT [1]. Cette fois encore, Martinez a délivré un discours qui pose toutes les questions, sans interdire aucune réponse, mais sans vraiment en proposer non plus, tentant habilement de donner satisfaction aux multiples sensibilités qui traversent l’appareil CGT.



Les pro-FSM bien embêtés par un syndicaliste iranien

Ainsi des questions internationales : évoquant à tour de rôle des syndicats affiliés à la Confédération syndicale internationale (CSI, sociale-libérale) et d’autres affiliés à la Fédération syndicale mondiale (FSM, para-stalinienne) [2], il a réussi à les faire tous applaudir, pour conclure que l’internationalisme se moque des postures et des affiliations, mais se concentre sur le travail réel. Il a marqué un point en relevant que 107 délégué·es se sont déplacé·es de 60 pays – un record, dit-il.

Dimanche, lors de la journée internationale qui se tenait avant l’ouverture du congrès, les pro-FSM étaient dans leurs petits souliers devant un syndicaliste iranien indépendant, tout juste sorti de prison, et qui doit faire face au syndicat officiel du régime iranien, membre de la FSM…

Martinez était en revanche un peu moins convaincant au sujet de l’élection au secrétariat général de la CSI, en décembre, qui a vu Susana Camusso (CGIL italienne), présentée comme la candidate « de gauche », à deux doigts de l’emporter avec 48 % des voix et le soutien de la CGT. Si ce score est un coup de semonce pour la direction de la CSI, c’est aller un peu vite que d’y voir le signe d’un retour de la lutte des classes dans ce mastodonde réformiste !

cc Pascal Van

Gilets jaunes le samedi, grévistes en semaine

Offensif contre Castaner et la manœuvre policière organisée le 1er mai à Paris contre la CGT, Martinez réussit aussi un exercice d’équilibre à propos des gilets jaunes en soulignant, ce qui n’est pas faux, que si les manifs du samedi sont utiles, les grèves en semaine le sont aussi.

Se réclamant sans ambiguïté d’un syndicalisme du rapport de force – « Je n’ai jamais convaincu un patron avec des arguments » –, il confirme une orientation lutte de classe à laquelle les médias, confortés par l’interview de Thierry Le Paon dans Le Figaro, attribuent le recul des forces de la CGT.

Il reste en revanche relativement évasif sur le contenu de classe d’un projet anticapitaliste. Ainsi, en se réclamant de la déclaration fondatrice de l’Organisation internationale du travail (OIT) – « le travail n’est pas une marchandise » –, il reprend à son compte un vœu pieu du syndicalisme réformiste. Car justement, dans le capitalisme, le travail est une marchandise comme les autres, constat qui débouche sur la double besogne chère à la Charte d’Amiens : combiner lutte quotidienne et lutte pour l’abolition de ce système…

Rassurer sur l’avenir des unions locales

Après un long plaidoyer en défense des unions locales, manifestement destiné à rassurer face à la mise en place de comités régionaux aux pouvoirs renforcés, Martinez a aussi pris soin de rappeler que, statutairement, le fédéralisme laisse toute autonomie aux structures CGT, mais qu’elles doivent toujours rechercher une indispensable coopération. Là encore des mots pour ne froisser personne…

Au final un discours ponctué d’applaudissements sans enthousiasme excessif, mais sans sifflets non plus. Mardi, avec la parole aux délégués, nous saurons jusqu’à quel point le déminage aura fonctionné !

13 mai 2019

Cet article est tiré du blog Communistes libertaires de la CGT, qui publie un billet chaque jour sur le congrès confédéral


Article publié le 15 Mai 2019 sur Alternativelibertaire.org