Troisième jour du 52e congrès confédéral CGT. Riches contributions du syndicat de l’Inspection du travail et du Syndicat général du livre parisien ; les pro-FSM se résignent finalement à un vote symbolique ; quelques moment surréalistes sur la question des ventes d’armes et d’Abdullah Öcalan. Un rendu sur le vif, au jour le jour, par le blog Communistes libertaires de la CGT.

Durant la matinée de cette troisième journée du congrès, on a achevé le débat sur le préambule et le thème 1 du document d’orientation. Encore beaucoup d’interventions autour des questions écologiques mais aucun congressiste n’ose évoquer la question du nucléaire qui reste un tabou ! Une militante de l’éducation a rappelé le bilan de la répression frappant les gilets jaunes parmi lesquels des cégétistes, et a proposé que la CGT appelle à la manifestation du 2 juin dite des « mutilés pour l’exemple ». Elle n’aura pas de réponse…

Arguant que toutes les revendications étaient d’une égale importance, un militant du Val-de-Marne a défendu avec obstination le remplacement de la formule « la CGT priorise » dans les récapitulatifs des 5 thèmes par « la CGT décide ». Il nous paraît pourtant utile de savoir prioriser les objectifs dans un plan de lutte…



Deux morts au travail chaque jour en France

Mais la vraie secousse durant cette matinée de débat, on la doit à l’intervention d’un délégué du syndicat de l’Inspection du Travail qui a rappelé que « chaque jour, 2 salariés souvent des jeunes, des précaires, des sous- traitants décèdent au travail, […] chaque jour, plusieurs salariés ou retraités décèdent de maladies dues au travail, des maladies professionnelles souvent non déclarés, […] on arrive à près de 100 000 morts de l’amiante sans qu’aucun industriel, sans qu’aucun responsable politique n’ait eu à rendre compte de ce crime devant la justice ».

Et d’interpeler le congrès : « Pourquoi la CGT a-t-elle signée une déclaration commune le 6 février 2019 avec la CFDT, la CGC et FO, déclaration qui exige une réforme de la santé au travail alors que le gouvernement veut tout péter en la matière ? Pourquoi cette déclaration n’exige pas le rétablissement des CHSCT ? Pourquoi chercher un accord avec la CFDT qui défend les conclusions du rapport Lecocq alors que nous le combattons frontalement ? C’est bien beau de refuser l’invitation d’Edouard Philippe une semaine avant le congrès confédéral mais on devrait en faire une ligne de conduite plus générale ! Arrêtons les concertations pipeau avec les Delevoye sur les retraites, les Penicaud et les autres salopards qui nous gouvernent ! Clarifions notre orientation pour mieux repartir à l’offensif ! »



Succès assuré. D’une manière générale, l’applaudimètre est en faveur des interventions qui poussent à radicaliser les formulations, à préciser les revendications, se réfèrent à la lutte des classes et à la grève générale. Ce qui est plutôt rassurant.

Chaque jour, deux personnes meurent au travail en France.
Rassemblement des syndicats du BTP sur le chantier (Bouygues) du nouveau palais de justice de Paris, en juin 2015. cc Jeanne Menjoulet

Les amendements « gauchisent » globalement le texte d’orientation

Benjamin Amar, de l’UD du Val-de-Marne, candidat à la commission exécutive confédérale, qui utilise sans vergogne son statut de militant CGT pour faire valoir sa candidature sur la liste du PCF aux élections européennes, a également été très applaudi en dénonçant une stratégie illisible sur les gilets jaunes et la réintroduction du terme « syndicalisme rassemblé » (en vrai, il faut reconnaître qu’il n’est pas utilisé de la même manière que sous l’ère Bernard Thibault).

A la lecture des amendements intégrés, le document d’orientation a été globalement « gauchisé ». Le préambule et le thème 1 sont finalement adoptés par 69 % des mandats, 31 % contre et 9 % d’abstention. Des proportions qui rappellent le vote sur le bilan d’activité.

Pendant que la CES parle, on chante L’Internationale dans le hall

Les questions internationales sont traitées dans le thème 5. L’ordre du jour a pourtant placé le débat à leur sujet en seconde position ! Fallait-il se débarrasser au plus vite de la question la plus épineuse ? Ne pas finir le congrès sur un débat qui fracture ? Bref l’inversion des thèmes pose question !

384 amendements déposés par 84 syndicats. Seuls 85 amendements ont été retenus, qui globalement « gauchisent » là encore le document initial. Le texte appelle notamment à faire du 8 mars une journée de grève et propose à « toutes les confédérations syndicales mondiales » de manifester à Genève en juin pour l’anniversaire de l’Organisation internationale du travail (OIT).

Les interventions de délégations étrangères, traduites en simultané, puis les saluts de dirigeants de la Confédération syndicale internationale (CSI) et de la Confédération européenne des syndicats (CES) ont toutes été applaudies, même si un groupe de délégués a chanté dans le hall du congrès une Internationale rageuse durant l’intervention de la CES…



Le débat s’est ouvert comme attendu avec des amendements portés particulièrement par les UD du Val-de-Marne et des Bouches-du-Rhône, ainsi que la fédération Commerce. Ils réclamaient que la CGT quitte la CES et revienne à la Fédération syndicale mondiale avec un statut de membre observateur. A noter qu’un orateur du 94 a reconnu qu’il y a des organisations infréquentables à la FSM, mais a souligné que ça ne pouvait être un critère disqualifiant vu qu’il y en a aussi à la CSI (bien vu…).

Les armes, « pas une marchandise » ???

La question des ventes d’armes par la France a donné lieu à un chassé-croisé surréaliste. Le texte initial postulait que l’armement n’est « pas une marchandise comme les autres » pour condamner les ventes d’armes à l’Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis qui dévastent actuellement le Yémen. Eh bien les syndicats de l’armement ont obtenu la suppression de ce passage avec une argumentation tortueuse, arguant qu’il ne fallait pas écrire que les armes étaient une « marchandise », car elles relevaient de l’indépendance nationale, et qu’écrire qu’elles étaient une « marchandise » ouvrirait la voie à la privatisation !!!! C’est incroyable que la commission ait accepté cette reculade !

Les canons Caesar, produits par l’entreprise française Nexter, servent à l’armée saoudienne pour bombarder des populations civiles au Yémen.
cc Arte

Un amendement improbable réclamant un financement européen des services publics a été repoussé si maladroitement par une commission visiblement crispée, qu’il a du coup été voté. Les congressistes ont manifestement voulu sanctionner le bureau du congrès et ses accents langue de bois. Un exemple ? La commission a refusé d’intégrer la demande de la libération du leader kurde du PKK, Abdullah Öcalan, en expliquant que ce n’était pas une demande des syndicats turcs. Alors qu’aucun syndicat turc ne peut fomuler publiquement une telle demande, sous peine de dissolution immédiate et d’emprisonnement !

Les « pro-FSM » ont finalement renoncé à défendre jusqu’au vote la sortie de la CES et le statut d’observateur à la FSM. Ils se sont contentés d’un amendement assez symbolique qui précise le texte initial : après une phrase qui dit que la CGT cherche à travailler avec les confédérations quelle que soit leur affiliation internationale, ils ont demandé un vote pour préciser « y compris la FSM ».

Le bureau du congrès suscite l’agacement

Alors que l’enjeu était finalement très mince, la commission s’est figée dans une posture qui a énervé le congrès, et un premier vote a clairement montré une majorité pour l’amendement. Le bureau a donc finalement décidé d’organiser un second vote (!), arguant que certaines délégations n’avaient pas compris… Le second vote ayant confirmé le premier, le bureau du congrès s’est ridiculisé. Le soir venu les résultats précis du vote sur l’amendement puis sur le thème 5 n’étaient toujours pas disponibles, mais l’adoption de l’amendement était confirmée par le bureau… La confusion a définitivement réveillé le congrès !

L’après-midi s’est achevé avec le débat sur le thème 2, qui comptait 827 amendements déposés, dont 52 % retenus. Le Syndicat général du livre et de la communication écrite (SGLCE, plus de 2 000 adhérents en Île-de-France) a fait une bonne intervention. Il a expliqué que s’il avait pu syndiquer parmi les précaires, les auto-entrepreneurs et les travailleurs à domicile, c’était grâce à sa structuration en syndicat d’industrie. Et il a rappelé qu’au-delà de statuts protecteurs pour les salariés, la CGT devait se battre pour l’abolition du salariat.

Le débat a rebondi sur une opposition entre partisans de la défense des régimes de retraite et ceux défendant la position confuse de la CGT pour « une réforme juste ». En effet, s’il faut en général revendiquer un alignement par le haut, les militants des secteurs encore couverts par des régimes « spéciaux » sont en droit de craindre que la conclusion d’une réforme n’abaisse, voire liquide leurs acquis sans que cela profite à tout le monde. Accepter d’ouvrir une négociation sans le rapport de force suffisant, c’est la certitude d’un nouveau recul social.

Enfin les militants de l’Inspection du Travail présentaient de très nombreux amendements, massivement rejetés. Ce qui pose tout de même question : leur syndicat est la première force dans le ministère, il regroupe de nombreux inspecteurs du travail et son avis sur le travail serait non pertinent ???

La journée, agitée, se termine par le vote du thème 2. Les résultats bientôt !

15 mai 2019

Cet article est tiré du blog Communistes libertaires de la CGT, qui publie un billet chaque jour sur le congrès confédéral


Article publié le 16 Mai 2019 sur Alternativelibertaire.org