Qu’on ne se méprenne pas sur ce titre viriliste, en achevant le livre de François le Ménahèze, l’expression m’est venue, se battre, tenir bon face à sa hiérarchie, face aux pressions, aux blâmes, aux retraits de salaire n’a rien d’une sinécure, c’est un combat de chaque instant qui ramène à la question posée par son témoignage : à quel moment décide-t-on de désobéir ?

Une des grandes qualités de l’ouvrage est de ne pas s’arrêter uniquement au cas personnel de François le Ménahèze, mais d’engager une réflexion sur la désobéissance, et sans doute paradoxalement sur le vrai problème de notre société : l’excès d’obéissance, notre aptitude presque infinie à la servitude que dénonçait déjà La Boétie, notre soumission à la hiérarchie, notre enfermement dans ce rapport de force qui nous fait abandonner nos propres valeurs, obéir à des ordres fussent-ils les plus ineptes, par facilité, lâcheté et habitude.
Les meurtriers de masse, les officiers nazis chargés de l’extermination se sont souvent réfugiés derrière la hiérarchie. La soumission à la hiérarchie a ceci de pratique qu’elle nous retire notre part de responsabilité et nous allègue une part de lâcheté supplémentaire nous poussant à perdre toute éthique professionnelle, à mettre sous l’éteignoir les valeurs de liberté, d’égalité de fraternité, de tolérance…

L’école fait partie de ces administrations qui devraient fonder notre responsabilité, une responsabilité incluant un devoir de désobéir à des ordres heurtant nos valeurs, et être de ceux qui refusent, comme l’a montré Thoreau, d’aliéner sa conscience à la raison d’État.

C’est à travers son combat contre une école inhumaine, de plus en plus inhumaine réforme après réforme, une école rentable, médicalisée, évaluée comme une entreprise du CAC 40, que depuis 2008 François le Ménahèse a résisté. Fort de son implication dans le mouvement Freinet, son engagement comme formateur IUFM, il a refusé d’appliquer les consignes, les fichages, et autres joyeusetés.

Le livre de François nous raconte par le détail cette lutte hallucinante, souvent kafkaïenne, contre une hiérarchie obtuse et décidée à vous faire entrer dans le rang. Un livre de lutte, d’espoir, et de courage devant un monstre insensible, prompt à étouffer la contradiction.

Thierry Guilabert

François le Ménahèze, Désobéir est parfois un devoir, Éditions Libertaires – 222 pages – 14 Euros
En vente à la librairie PUBLICO 145 rue Amelot – 75011 Paris


Article publié le 14 Sep 2020 sur Monde-libertaire.fr