Septembre 14, 2020
Par Le Monde Libertaire
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Qu’on ne se mĂ©prenne pas sur ce titre viriliste, en achevant le livre de François le MĂ©nahĂšze, l’expression m’est venue, se battre, tenir bon face Ă  sa hiĂ©rarchie, face aux pressions, aux blĂąmes, aux retraits de salaire n’a rien d’une sinĂ©cure, c’est un combat de chaque instant qui ramĂšne Ă  la question posĂ©e par son tĂ©moignage : Ă  quel moment dĂ©cide-t-on de dĂ©sobĂ©ir ?

Une des grandes qualitĂ©s de l’ouvrage est de ne pas s’arrĂȘter uniquement au cas personnel de François le MĂ©nahĂšze, mais d’engager une rĂ©flexion sur la dĂ©sobĂ©issance, et sans doute paradoxalement sur le vrai problĂšme de notre sociĂ©tĂ© : l’excĂšs d’obĂ©issance, notre aptitude presque infinie Ă  la servitude que dĂ©nonçait dĂ©jĂ  La BoĂ©tie, notre soumission Ă  la hiĂ©rarchie, notre enfermement dans ce rapport de force qui nous fait abandonner nos propres valeurs, obĂ©ir Ă  des ordres fussent-ils les plus ineptes, par facilitĂ©, lĂąchetĂ© et habitude.
Les meurtriers de masse, les officiers nazis chargĂ©s de l’extermination se sont souvent rĂ©fugiĂ©s derriĂšre la hiĂ©rarchie. La soumission Ă  la hiĂ©rarchie a ceci de pratique qu’elle nous retire notre part de responsabilitĂ© et nous allĂšgue une part de lĂąchetĂ© supplĂ©mentaire nous poussant Ă  perdre toute Ă©thique professionnelle, Ă  mettre sous l’éteignoir les valeurs de libertĂ©, d’égalitĂ© de fraternitĂ©, de tolĂ©rance


L’école fait partie de ces administrations qui devraient fonder notre responsabilitĂ©, une responsabilitĂ© incluant un devoir de dĂ©sobĂ©ir Ă  des ordres heurtant nos valeurs, et ĂȘtre de ceux qui refusent, comme l’a montrĂ© Thoreau, d’aliĂ©ner sa conscience Ă  la raison d’État.

C’est Ă  travers son combat contre une Ă©cole inhumaine, de plus en plus inhumaine rĂ©forme aprĂšs rĂ©forme, une Ă©cole rentable, mĂ©dicalisĂ©e, Ă©valuĂ©e comme une entreprise du CAC 40, que depuis 2008 François le MĂ©nahĂšse a rĂ©sistĂ©. Fort de son implication dans le mouvement Freinet, son engagement comme formateur IUFM, il a refusĂ© d’appliquer les consignes, les fichages, et autres joyeusetĂ©s.

Le livre de François nous raconte par le dĂ©tail cette lutte hallucinante, souvent kafkaĂŻenne, contre une hiĂ©rarchie obtuse et dĂ©cidĂ©e Ă  vous faire entrer dans le rang. Un livre de lutte, d’espoir, et de courage devant un monstre insensible, prompt Ă  Ă©touffer la contradiction.

Thierry Guilabert

François le MĂ©nahĂšze, DĂ©sobĂ©ir est parfois un devoir, Éditions Libertaires – 222 pages – 14 Euros
En vente à la librairie PUBLICO 145 rue Amelot – 75011 Paris




Source: Monde-libertaire.fr