Avril 6, 2021
Par Paris Luttes
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Ce texte a Ă©tĂ© Ă©crit il y a une dizaine de jours dans sa premiĂšre version. Depuis, de nouvelles annonces sont tombĂ©es, notamment la fermeture des classes au premier cas Covid dans les 16 dĂ©partements « en alerte Â». Nous avons choisi de le laisser tel quel, car ces mesures ne sont pour nous que des mesurettes, qui ne prennent pas en compte la dĂ©tresse, que ce soit celle des travailleuses et travailleurs ou celle de nos Ă©lĂšves et de leurs familles. Notre colĂšre demeure et notre Ă©cƓurement grandit Ă  chaque annonce. Nous attendons toujours le Covid, patiemment, mais depuis certain·e·s l’ont trouvĂ©, Ă  grand coup de coton-tige dans le nez …

Comme beaucoup d’autres travailleur.ses de l’éducation et d’ailleurs, nous en sommes rendu·e·s Ă  attendre plus ou moins patiemment que frappe le Covid et/ou que se forme le cluster. Encore plus tragiquement, une fois que le cluster est lĂ , nous attendons qu’il nous frappe individuellement, impuissant·e·s dans nos vies scolaires mal aĂ©rĂ©es. Le droit de retrait est apparu rapidement comme une solution viable, politiquement, financiĂšrement, collectivement. Mais il est souvent une galĂšre administrative sans nom, et qui pour ĂȘtre rĂ©ellement efficace ne peut se faire qu’avec les enseignant·e·s, en grande partie rĂ©signé·e·s. La grĂšve reconduite « sauvage Â» ? Un « privilĂšge Â» en un sens, un choix pragmatiquement individuel. Un abandon dĂ©sespĂ©rĂ© aussi.

Les cas de contaminations (rapides) se multiplient peu Ă  peu dans les vies scolaires (sans compter ceux depuis la rentrĂ©e de septembre), mais ils ne sont pas jugĂ©s assez frĂ©quents ou virulents pour que nos hiĂ©rarchies et l’administration s’inquiĂštent. Cyniques, ces gens nous remplacent (ou pas), nous prĂ©carisent et souvent nous mĂ©sinforment*. MĂȘme quand les directions sont touchĂ©es, c’est remplacement. PlutĂŽt les laisser crever que de fermer les Ă©coles, voilĂ  le discours de Blanquer suivi soit par naĂŻvetĂ© soit par mauvaise foi dangereuse par nos directions qui s’entĂȘtent Ă  occulter toute responsabilitĂ© de nos Ă©tablissements dans les contaminations, prĂ©fĂ©rant renvoyer Ă  une responsabilitĂ© individuelle les malades. Nous n’en pouvons plus de jouer Ă  la roulette russe depuis la rentrĂ©e, de participer littĂ©ralement au massacre. Mais pour plein de raisons, beaucoup d’entre nous ne s’arrĂȘtent pas de travailler, car il et elle ne le ne peuvent pas, on l’impression de ne pas le pouvoir. Les collĂšgues de tout Ăąge tombent comme des mouches, certain·e·s sont en rĂ©a. Et les enfants, les agents, parents, pareil.

Comment expliquer sans tomber dans l’absurde et le nihilisme le plus total le fait que dans un lycĂ©e du 93, identifiant une cinquantaine de cas positifs et dĂ©plorant le dĂ©cĂšs d’une vingtaine de parents d’élĂšves depuis septembre, les portes soient encore ouvertes ? Au-delĂ  de raisons Ă©videntes de santĂ© publique, si nous nous concentrons sur ce qui semble ĂȘtre la seule prĂ©occupation de nos hiĂ©rarchies, la tenue des cours, comment faire semblant d’y croire encore ? Comment imaginer que nos adolescent.e.s soient dans des conditions d’apprentissage correctes quand certain·e·s savent qu’iels rentreront le soir auprĂšs de proches Ă  risques aprĂšs avoir passĂ© la journĂ©e Ă  suivre un simulacre de protocole sanitaire, dans des lieux oĂč le taux d’incidence de circulation du virus atteint des sommets ? Comment sommes-nous censé·e·s rĂ©agir face Ă  ces jeunes, nos jeunes, quand nos hiĂ©rarchies nous poussent Ă  faillir au protocole sanitaire pour des raisons toujours diverses mais jamais valables ? Comment continuer la mascarade et faire croire encore que cela tient ?

On pourrait dire « Fuyons, dĂ©sertons les vies scolaires ! Â» C’est impossible pour la plupart des collĂšgues, sinon Ă  ce que toutes les vies scolaires le fassent en mĂȘme temps, et encore. Oui, nous sommes pessimistes, mais nous ne lĂącherons pas. Allez, imaginez qu’on y arrive quand mĂȘme ? Ne serait-ce qu’un jour, une semaine ? Depuis, un an, nous supplĂ©ons collectivement aux manques de l’État, Ă  ses choix criminels. De nombreux·ses camarades donnent de leur temps, de leur Ă©nergie, de leur argent pour que d’autres puissent (sur)vivre. Depuis la rentrĂ©e nous avons montrĂ© que nous pouvions nous organiser massivement, que la solidaritĂ© est toujours une arme redoutable ! Il n’y a pas que le Covid qui se diffuse, notre rage aussi !



Face aux hiĂ©rarchies, aux rectorats, et tous les flics, AEDĂ©ters !

Nous rĂ©itĂ©rons collectivement tout notre soutien Ă  tous·tes celleux qui se retrouvent face au virus du fait d’une incompĂ©tence d’État : professeur·e·s, personnels des Ă©tablissements, les agent·es d’entretien (qui sont essentiel·les mais trop souvent oublié·e·s) ainsi que nos Ă©lĂšves. Nous soutenons et soutiendrons toujours chaque geste d’autodĂ©fense sanitaire et populaire, Ă  grande ou petite Ă©chelle. Il n’y a que collectivement et par nos solidaritĂ©s que nous nous sauverons. Comme on dit, seul le peuple sauve le peuple.

Des AED qui n’oublient pas qui sont les responsables, mĂȘme si vous arrĂȘtez de nous payer, Ă  l’heure des comptes, vous paierez quand mĂȘme l’addition.




Source: Paris-luttes.info