Juillet 12, 2021
Par Actualités Sur Les CRA
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En 2020, près de 28 000 étrangers en situation irrégulière ont été enfermés dans un centre de rétention administrative (CRA) en France. Presque moitié moins qu’en 2019, où 53 000 personnes avaient alors séjourné en CRA.

Mais derrière cette baisse ne se cache pas une meilleure prise en charge des personnes retenues. Au contraire. Selon un collectif de plusieurs associations dont la Cimade et France terre d’asile, l’enfermement en pleine pandémie mondiale a accentué les risques sanitaires des personnes retenues. Elles se sont exposées au virus du Covid-19, et ont multiplié leur (mal)chance de se retrouver dans des foyers de contamination.

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“Les personnes enfermées ont ainsi été exposées à des risques pour leur santé, une partie ayant été contaminée au sein des CRA où les clusters se sont multipliés”, écrivent les associations dans un rapport 2020, publié mardi 6 juillet.

En 2020, près de 28 000 personnes sont passées par un CRA, en France. Crédit : la Cimade
En 2020, près de 28 000 personnes sont passées par un CRA, en France. Crédit : la Cimade

Au début du confinement, aucune mesure n’avait été mise en place pour protéger les personnes enfermées. “Les gestes barrières étaient impossibles à respecter, les personnes retenues étaient toujours plusieurs par chambre, les espaces de vie collective ne permettaient pas de distanciation sociale, aucun masque n’était distribué aux personnes retenues, voire aux professionnels”, peut-on lire dans le rapport.

Pire, selon les associations, le gouvernement a continué à envoyer des étrangers en centres de rétention malgré des antécédents médicaux connus. “Des hommes et des femmes atteints de lourdes pathologies, physiques ou psychiatriques, ont en effet été placés en rétention en 2020 […] Des personnes [qui] ont continué d’être enfermées, malgré le risque de développer une forme grave de la Covid-19”.

“Le risque épidémique semble tout permettre”

Dans un contexte “où la gestion du risque épidémique semble tout permettre”, les associations se sont inquiétées l’année dernière d’une “dégradation massive des droits” avec notamment des “isolements sanitaires de longue durée en cellule et dans des conditions parfois indignes, [un] accès non garanti aux associations d’aide à l’exercice des droits, [des] missions réduites de l’OFII…”

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Surtout, le rapport dénonce un manque d’uniformisation des procédures de protection dans les centres de rétention. Selon le CRA où l’on se trouvait, en effet, les protocoles changeaient.

“Dans certains centres, [les étrangers] étaient testés au Covid-19 dès leur placement et maintenues dans d’autres bâtiments le temps des résultats de leurs tests ; dans d’autres, elles étaient placées dans les zones de rétention communes sans test, réalisés uniquement en cas de symptômes”.

En raison de la fermeture des frontières dans le monde, les expulsions ont chuté en 2020 en France. Crédit : La Cimade
En raison de la fermeture des frontières dans le monde, les expulsions ont chuté en 2020 en France. Crédit : La Cimade

De plus, les locaux de quarantaine variaient d’un CRA à un autre. Dans certains centres, des zones ont été aménagées pour les malades du Covid, dans d’autres, rien n’était prévu hormis un transfert vers le CRA de Plaisir, en région parisienne, rebaptisé “CRA Covid”.

Selon le rapport, les CRA n’ont pas respecté l’injonction du ministère de l’Intérieur recommandant un taux d’occupation maximal de 70% dans les centres.

Expulsions impossibles, frontières fermées

Dans les CRA restés actifs pendant le confinement, comme ceux du Mesnil-Amelot, de Lyon, de Tours, de Rennes… 28 000 personnes au total ont donc été exposées inutilement à des risques de contamination au Covid-19, dénonce la Cimade. “Inutilement”, puisqu’en raison de la fermeture des frontières de nombreux pays, de nombreux étrangers étaient inexpulsables.

Par exemple, sur les 970 Algériens retenus en CRA entre mars 2020 et décembre 2020, seuls 4 ont été éloignés, soit 0,5%. “Tout au long de l’année des milliers de personnes ont été privées de liberté alors que les possibilités de les éloigner étaient réduites à néant.”

De plus, le confinement a accentué le mal-être des populations enfermées. Au prétexte de limiter les risques de contamination, dans certains CRA, les étrangers n’avaient plus le droit aux visites de leurs proches. À Lyon, par exemple, “les nouveaux entrants [étaient] privés de visite pendant les sept premiers jours de leur rétention au motif d’assurer un isolement sanitaire total”. Une règle qui a “accentué le sentiment d’isolement”, déplore la Cimade qui dénonce des “droits fondamentaux bafoués”.

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Par ailleurs, souligne le rapport, certains visiteurs ont été verbalisés par la police pour “non respect du confinement” en allant rendre visite à leurs proches. Et ce, malgré leurs dérogations.

En 2020, le gouvernement a annoncé la création de quatre nouveaux CRA en France. Le premier à Olivet, non loin d’Orléans (90 places), le 2e à Lyon (140 places), le 3e à Bordeaux (140 places) et le 4e au Mesnil-Amelot (64 places). La création de ces quatre nouveaux lieux portera à près de 2 200 le nombre de places en CRA soit un doublement de la capacité depuis 2017.




Source: Cercledesvoisins.org