Puisque Lactalis, et surtout son lait infantile contaminé aux salmonelles, font la une des journaux, voici le “Mais qu’est-ce qu’on va faire de… ?” consacré à son patron, Emmanuel Besnier, que nous avions publié il y a… juste un an.

Même Stéphane Le Foll, le ministre de l’Agriculture, avoue ne l’avoir jamais vu ni même posséder son 06. La seule image qui circule de lui est une photo prise à la sauvette dans une usine croate. Et il assisterait aux matchs de foot du Stade lavallois, club qu’il sponsorise, dans une loge privée aux vitres teintées.

« Le bruit ne fait pas de bien et le bien ne fait pas de bruit », tel est le vieil adage mayennais auquel semble s’accrocher Emmanuel Besnier. Big boss de Lactalis, le leader mondial du lait, « l’émir blanc » est aussi l’un des patrons les plus secrets du pays. L’empire Besnier est pourtant si étendu que quiconque a beurré une tartine ou croqué dans un fromage a forcément rempli les poches à Manu. Lactalis contrôle en effet les trois quarts de nos fromages AOC, transforme les produits laitiers pour l’ensemble de la grande distribution et tient sous sa botte un tiers des producteurs laitiers français [1].

Depuis son arrivée aux manettes du groupe mayennais, Emmanuel Besnier a internationalisé l’entreprise et racheté ses concurrents européens, turcs ou russes. Un appétit tel que Lactalis réalise aujourd’hui un chiffre d’affaires annuel de 17 milliards d’euros, employant 75 000 personnes dans 85 pays. Des résultats financiers estimés puisque l’entreprise refuse de publier ses comptes qui transitent par la Belgique à la fiscalité plus douce. La cassette personnelle du baron du lactose est, quant à elle, évaluée à 6 milliards d’euros, le classant douzième fortune de France.

« Je suis né dans un bidon de lait. Pendant longtemps, notre cour de jeu à la maison a été celle de l’usine », confie en 1998 le roi du fromage au magazine Capital. Lactalis est avant tout une histoire de famille. La boîte est créée à Laval en 1933 par le grand-père André et reprise par le père, Michel, qui décède brutalement en 2000. Depuis, Emmanuel possède avec son frère et sa sœur la totalité du capital de la société tout en vivant dans la plus grande discrétion à Entrammes, près de Laval, dans un château avec parc et chasse gardée acheté par papa.

Dès que l’on parle business, le gang Besnier est loin d’être soupe au lait. En 1982, Michel envoie ainsi un commando d’anciens paras pour récupérer ses camemberts face à quelques grévistes qui occupaient leur usine pour exiger les 39 heures. En 2000, Lactalis est condamné pour avoir dilué à l’eau près de 70% de son lait de consommation et huit ans plus tard la société avoue avoir recyclé des fromages périmés en mozzarella. Même l’inénarrable Bruno Lemaire, alors ministre de l’Agriculture [2], s’indigne en 2011 des contrats léonins que le groupe impose à ses producteurs de lait. Dernière frasque et non des moindres, en 2015, Lactalis écope d’une amende record de 56 millions d’euros pour s’être entendu en secret avec ses concurrents afin de nous vendre à prix fort leurs briques de lait insipide et leurs fromages sans âmes.

L’été dernier, l’invisible Emmanuel Besnier était à ses dépens sous les feux de la rampe. La fin des quotas laitiers en 2015 a entraîné une chute des prix mortifère et 3 000 exploitations font alors faillite en quelques mois. Marre d’être pris pour des vaches à lait, les éleveurs dénoncent avec colère Lactalis, qui les tue à petit feu en leur achetant le lait à un prix inférieur au coût de production, concurrence internationale oblige. Mais Besnier ne lâche rien : fin août, après des semaines de blocage routier et trois sessions de négociations à rendre ivre de rage les syndicalistes, un accord autour de 290 euros la tonne de lait est trouvé. Un prix toujours inférieur aux coûts de production évalués à 350 euros…

Terré dans son domaine d’Entrammes, Emmanuel Besnier continue ainsi de boire du petit lait. C’est pourtant dans la même commune que les prémices de la résistance lactée à l’hégémonie de Lactalis ont vu le jour. Une coopérative de paysans du coin, Bio du Maine, produit ainsi depuis plus de cinq ans son lait et ses propres fromages fermiers tout en se rémunérant dignement. Au-delà de ce véritable contre-modèle à l’ignominie agroalimentaire, une question reste néanmoins en suspens : quitte à produire local, à quand un fromage de tête d’Emmanuel ?


[1] En vrac et pour ne citer que les plus connus : Président, Bridel, Bridélice, Lactel, Salakis, La Laitière, Galbani, Roquefort Société, Rondelet, Sveltesse… Lactalis vend également ses produits sous l’enseigne de Casino, Carrefour, Système U, Auchan, Aldi et Lidl. Ainsi que les laits infantiles Picot, Pepti Junior et Milumel…

[2] Et aujourd’hui ministre de l’Économie et des Finances… justement en charge du dossier Lactalis et son lait infantile contaminé. (Note du webmaster.)

Source: http://cqfd-journal.org/d-Emmanuel-Besnier -