Juin 21, 2021
Par ACTA
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Bien que le résultat n’ait pas encore été rendu officiel, avec 50,1% des voix, le social-démocrate Pedro Castillo, candidat du parti Perú Libre, a remporté le second tour en battant la candidate néolibérale Keiko Fujimori de Fuerza Popular, avec une différence d’environ 44 000 voix. Enseignant en zone rurale ainsi que leader des manifestations d’enseignants de 2017, Castillo a triomphé notamment dans les régions rurales, indigènes et pauvres du pays avec un vote qui reflète la polarisation de classe de la société péruvienne. Ce processus électoral représente sans aucun doute un élément nouveau dans l’histoire du Pérou.

Les élections péruviennes s’inscrivent dans un contexte de forte restructuration capitaliste et en même temps d’énorme bouillonnement social et politique sur le continent sud-américain. Depuis plus d’un mois, une grève générale se déroule en Colombie contre les politiques antipopulaires du gouvernement néolibéral d’Ivan Duque, avec des conséquences effrayantes : des dizaines de manifestants tués, des milliers d’arrestations, des violences sexuelles perpétrées par les « Forces de l’ordre », des foules dispersées à coups de fusils et de pistolets automatiques, des personnes enlevées par la police retrouvées mortes sur les rives du fleuve Cauca, avec des signes évidents de torture.

Au Chili, un an et demi après le début des grandes manifestations, un vote a eu lieu pour la nouvelle Assemblée constituante qui doit changer la Constitution pinochetiste après 40 ans. Le gouvernement de droite de Sebastian Piñera n’a même pas obtenu un tiers des voix, pourcentage nécessaire pour permettre le droit de veto sur les projets de loi, la majorité des élus étant issus des listes de gauche. Le Parti communiste du Chili (PCCh) a d’ailleurs été le parti le plus voté lors du dernier tour électoral, au cours duquel il a également conquis la capitale, Santiago du Chili, recueillant électoralement une partie de la grande mobilisation populaire et ouvrière.

Il y a quelques mois, la coalition de gauche des continuateurs de la « Revolucion Ciudadana » de Rafael Correa, en Équateur, a perdu de peu les élections après que l’ancien vice-président de Correa et candidat de son propre parti, Lenin Moreno, ait pris la présidence lors des élections de 2017 en imposant un cours néolibéral. Des conflits sont attendus dans le pays, comme ceux, impressionnants, qui se sont produits fin 2019.

En novembre 2020, en Bolivie, les socialistes du parti MAS ont remporté les élections après le coup d’État d’octobre 2019 qui avait destitué Morales.

Au Brésil, Jair Bolsonaro a perdu sa popularité et les manifestations antigouvernementales se multiplient.

Le Pérou s’inscrit dans ce contexte régional comme l’un des États dont la classe dirigeante est parmi les plus fermes à soutenir le modèle capitaliste dans sa forme néolibérale, les plus disposées à vendre ses ressources aux multinationales étrangères et les plus actives à s’opposer à tout ferment progressiste d’un point de vue social.

Le parti Perú Libre a émergé lors de la dernière période, son secrétaire général étant Vladimir Cerrón Rojas, un neurochirurgien diplômé de l’Université des sciences médicales de Camagüey à Cuba. Fondé en 2007 en tant que force régionale, il a pris sa structure et son nom actuels en 2019, se définissant comme un parti de la « gauche socialiste » qui embrasse la « théorie marxiste » et compte également le « léninisme » et le « mariatéguisme » dans ses références. Il s’inscrit dans la continuité du projet libérateur anticolonial de Tupac Amaru II, s’insérant dans le courant du « socialisme du XXIe siècle » identifié dans les expériences d’Evo Morales en Bolivie et de Raffael Correa en Équateur.

Au premier tour des élections, le vote populaire a récompensé de manière inattendue les socialistes de Perú Libre, qui ont proposé un programme réformiste plus radical que les autres partis de gauche regroupés dans la coalition Juntos por el Perú dirigée par Veronika Mendoza, qui comprenait également le Parti communiste du Pérou – Patrie rouge et le Parti communiste péruvien, mais sans atteindre le quorum qui leur aurait permis de l’emporter au premier tour.

Au second tour, Castillo – bénéficiant également du soutien des partis communistes et de la coalition de Mendoza – a battu la candidate arrivée en deuxième position, Keiko Fujimori, diplômée en administration des affaires aux États-Unis et représentante de la droite autoritaire. Fille de l’ancien dictateur du Pérou, Alberto Fujimori actuellement en prison pour une peine de trente-deux ans pour crimes contre l’humanité, corruption, terrorisme d’État et stérilisation forcée, Keiko a déjà été condamnée en 2018 pour corruption et libérée sous caution. Recueillant essentiellement ses votes dans les zones les plus riches du pays, elle n’a pas accepté sa défaite et réclame l’annulation de quelque 200 000 votes dans 802 bureaux de vote.

Cela ouvre la voie à un scénario dangereux, déjà vu auparavant, notamment en Amérique du Sud, dans lequel des tentatives de coup d’État pourraient être déployées pour renverser le résultat du vote.

Toutefois, pour mieux comprendre ce qui se passe dans le pays, il faut également se pencher sur son excursus historique au cours des soixante dernières années. Dans la seconde moitié du siècle dernier, le Pérou a été le théâtre de tentatives de renversement de l’État bourgeois par la lutte armée. Diverses organisations de guérilla se sont succédées, mais les deux plus importantes sont, sans aucun doute, le Sendero Luminoso (SL) d’inspiration maoïste et le Movimiento Revolucionario Tupac Amaru (MRTA), d’orientation anticapitaliste et de gauche radicale, se définissant comme inspiré par le marxisme-léninisme.

Le Sendero Luminoso, fondé à la fin des années 1960 à la suite d’une scission du Parti communiste du Pérou – Patria Roja, avait pour chef historique Abimael Guzmán. Cette organisation a réussi à construire un contre-pouvoir au gouvernement péruvien en prenant le contrôle et en administrant des portions de territoire dans l’arrière-pays. Les années 1980 ont été l’époque de la plus grande confrontation et le SL était actif dans plus de la moitié du territoire ; le conflit entre le gouvernement et les forces de guérilla maoïstes a entraîné la mort de milliers de civils. Les pratiques du SL l’ont éloigné de sa base populaire et paysanne et, avec le régime terroriste et génocidaire du dictateur Alberto Fujimori à la tête du Pérou, le SL a été réduit avec la capture de Guzmán au début des années 1990.

Le MRTA, dont le leader était Victor Polay Campos, a au contraire toujours conservé une certaine faveur de la part des campesinos. Leur action la plus marquante remonte à 1996, lorsqu’ils ont investi la maison de l’ambassadeur du Japon à Lima, lors d’une fête. Ils ont pris en otage sept cents des personnes les plus influentes du pays. Après trois mois de négociations et la libération de plus de six cents personnes, les forces spéciales ont fait irruption et ont tué tous les militants ainsi qu’un otage. Cette conclusion et le fait que le leader, Campos, avait déjà été emprisonné, ont provoqué la dispersion du MRTA.

De cet héritage historique, il découle que les réalités communistes et socialistes doivent faire face à une répression colossale et à une propagande antimarxiste qui désigne comme terroriste quiconque se réfère à certains idéaux, même s’ils disposent d’un soutien de masse à travers la confédération syndicale CGTP. Sur le plan électoral, la droite a essentiellement dominé pendant plus de 30 ans, avec une parenthèse en 2011 avec l’élection d’Ollanta Humala du Parti nationaliste qui, à la tête d’une coalition « progressiste » de gauche, promettait une rupture avec le néolibéralisme et un changement géopolitique opposé aux USA, trahissant les attentes une fois au gouvernement pour un discrédit général. En 2016, le Frente Amplio dirigé par Veronika Mendoza s’est présenté et a obtenu 19% sans accéder au ballotage. Le parti Perú Libre n’a pas participé à ces expériences électorales, se plaçant en dehors des schémas de ce qu’il considère comme la « gauche traditionnelle » à Lima et dans les villes côtières, s’enracinant dans les zones rurales, indigènes et pauvres des Andes, sans toutefois enregistrer de succès électoral significatif avant cette année.

Analysons maintenant les conditions matérielles du pays.

Au Pérou, les ressources naturelles sont extrêmement abondantes. Il existe une grande quantité de pétrole, de gaz naturel, de cuivre, de fer, d’argent, d’or, de plomb, de zinc et d’autres métaux. Cependant, ces ressources ne sont exploitées que par des multinationales qui gardent pour elles-mêmes une moyenne de 70% des bénéfices, avec des pointes à 80 ou 90%, ne réinvestissant qu’un faible pourcentage dans le pays, en moyenne moins de 30%.

Le système de santé est très similaire à celui des États-Unis : il existe un oligopole de huit entreprises privées qui contrôlent la grille tarifaire. 75 % des médecins spécialisés sont concentrés dans la capitale. Le Pérou est également le pays au monde qui compte le plus de décès dus au Covid-19 en pourcentage de la population, avec de très graves pénuries d’oxygène et de lits. Deux villes ont demandé l’aide de Cuba afin de mieux gérer l’urgence de la pandémie. On compte près de trois millions d’analphabètes et 1,5 million d’enfants travailleurs, deux des pires chiffres d’Amérique du Sud. Les routes sont aux mains d’étrangers privés et les chemins de fer sont presque totalement absents. Le salaire minimum est de 920 Soles, soit 198€, ce qui, en plus de ne pas être suffisant pour une vie digne, n’est pratiquement jamais respecté. Les huit heures de travail n’existent que sur le papier, de même que les règles de sécurité au travail. La corruption, la criminalité et la prostitution ont des taux très élevés. Le Pérou est le deuxième plus grand producteur de cocaïne au monde. En dépit du fait que le pays souffre d’une grave malnutrition, dans le secteur primaire les investissements ne sont réalisés que dans les cultures d’exportation telles que les avocats, les bananes, le café et le coton.

Dans ce cadre, les classes populaires péruviennes se sont mobilisées fortement face à une crise capitaliste qui a enregistré l’une des pires contractions économiques d’Amérique latine (moins 11%) après des décennies de politiques antipopulaires, de privatisations et de libéralisation qui ont conduit à d’énormes inégalités, à la corruption et à la pauvreté dans un pays extrêmement riche en ressources minières. Le programme politique de Perú Libre a repris plus que d’autres cette poussée radicale en l’encadrant dans les limites de la social-démocratie rénovée (au sens classique du terme).

Cela a toutefois suffi pour déclencher une campagne médiatique ouvertement hostile à Castillo, qui est accusé d’avoir des contacts avec les vestiges du Sendero Luminoso, d’inciter à la violence, de vouloir détruire l’économie du pays et de vouloir ramener la nation aux niveaux de guérilla des années de terrorisme. Une campagne de diffamation qui n’est pas très difficile étant donné qu’au Pérou, les moyens de communication sont entre les mains de quelques-uns : 85% d’entre eux appartiennent à seulement trois groupes, dont l’un, « El Comecio », une entreprise de l’importante famille d’affaires Mirò Quesada, en détient à lui seul 60%, et possède 80% des journaux.

Le cas du 24 mai, où seize personnes ont été tuées sur le territoire de Vraem, est emblématique. Tous les médias ont accusé le Sendero Luminoso et les communistes, menant une campagne de terreur, pour découvrir plus tard que la police accusant SL n’était même pas arrivée sur les lieux, que des témoins ont déclaré que les attaquants n’étaient pas habillés en senderistas et que ce n’était pas le mode d’action du groupe armé.
Dans ce contexte, Castillo se voit attribuer l’étiquette de « professeur communiste » – reproduite par tous les médias, y compris les médias italiens – avec une propagande de droite dans la campagne électorale visant à indiquer le danger de l’avènement du « communisme ».

En réalité, Castillo vient d’expériences politiques modérées, ayant été de 2005 à 2017 un référent politique de Perú Posible, d’orientation centriste et libéral-démocratique, de l’ancien président Alejandro Toledo (2001-2006). « Nous ne sommes pas communistes, ni chavistes », s’est empressé de répéter Castillo à plusieurs reprises, déclarant également qu’il ne procédera pas à des nationalisations : « Je rejette complètement ceux qui disent que Pedro Castillo va nationaliser », attribuant les points programmatiques les plus radicaux à la « frange de gauche » tout en rappelant que « celui qui va gouverner, c’est moi ». Des réassurances également concernant la garantie du « paiement de la dette » et le respect de « l’autonomie de la Banque centrale « . « Je viens d’avoir des conversations avec la communauté nationale des affaires, qui montre son soutien au peuple. Nous allons créer un gouvernement qui respecte la démocratie et la Constitution actuelle. Nous créerons un gouvernement fondé sur la stabilité financière et économique », a-t-il finalement déclaré en annonçant sa victoire. En fait, ses appels aux entrepreneurs péruviens sont répétés comme un reflet de la vision interclassiste de Castillo qui attribue une place centrale aux « entreprises privées nationales » par rapport aux multinationales étrangères.

Dans cette direction, le programme de Perú Libre théorise la dite « économie populaire avec marché » en contraste avec l’actuelle « économie sociale de marché ». Dans le modèle de développement capitaliste envisagé par Castillo, basé sur « l’économie populaire avec marché », l’État (bourgeois) aurait un rôle de « régulateur de marché » et d’entrepreneur collectif dans lequel le rôle des multinationales étrangères serait limité et la propriété capitaliste nationale soutenue et protégée. Le programme parle de « défendre le droit au travail, dans le travail et après le travail. Le travail est intimement lié au droit à la vie », mais concrètement, à l’exception de l’abolition du travail des enfants, il ne va pas au-delà des déclarations sur la nécessité d’améliorer les droits et les salaires des travailleurs, en les reliant à la sauvegarde des profits de l’entrepreneur privé par l’introduction du ratio de 20 fois le salaire du travailleur le moins qualifié, tandis que dans les entreprises publiques, les travailleurs ne devraient pas avoir de revendications car ce serait de l’argent pris sur les dépenses sociales. Ceci est d’ailleurs lié à la cooptation des dirigeants syndicaux dans la gestion gouvernementale dans un cadre de collaboration interclassiste sur le terrain capitaliste.

Un autre point programmatique est celui de la réforme agraire pour pouvoir répondre aux besoins alimentaires du pays avant de satisfaire ceux de l’exportation et pour résister à un futur blocus commercial, déjà sérieusement pris en considération.

Un point central est l’élection d’une Assemblée Constituante pour travailler au remplacement de la Constitution écrite en 1993 après le coup d’état de Fujimori, voulue par la grande bourgeoisie nationale et internationale. La Constitution de 1993, inspirée de celle du Chili de Pinochet, promeut le libre marché, la privatisation (228 entreprises d’État privatisées), l’irresponsabilité de l’État en matière d’éducation et de santé (articles 6, 11, 17, 19), interdit, avec l’article 62, la révision des contrats entre l’État et les multinationales même s’ils ont été stipulés des décennies auparavant.
Selon Castillo, l’Assemblée constituante devrait toutefois respecter les « mécanismes constitutionnels en vigueur et l’État de droit » et être formée par ce qu’il considère comme les « partenaires sociaux qui créent réellement la richesse dans le pays », y compris, comme mentionné, les entrepreneurs, avec pour mission d’écrire « une constitution diamétralement opposée à l’actuelle : elle devrait être solidaire, rédemptrice, humaniste et nationalisatrice. Elle devra façonner un nouveau régime économique de l’État ».

L’un des points les plus connus du programme de Perú Libre est la renégociation des traités avec les multinationales afin d’inverser la répartition des quotas : 80% pour le Pérou et 20% pour les entreprises. Si les nouvelles conditions n’étaient pas acceptées, la nationalisation aurait lieu, après indemnisation du secteur privé à hauteur du montant investi. Grâce aux nouveaux revenus obtenus par la renégociation des traités ou par l’administration des éventuelles nationalisations, il s’agirait de procéder à une politique de redistribution pour financer les « programmes sociaux » comme la campagne d’alphabétisation et multiplier les dépenses publiques d’éducation, en garantissant une école et une université populaires, mieux réparties sur le territoire et gratuites. Le système de santé devrait également être universel et gratuit, avec des universités de sciences médicales et des hôpitaux dans chaque région.

Enfin, en politique étrangère, la référence est « l’intégration régionale latino-américaine » pour rompre la dépendance à l’égard de l’impérialisme américain et des institutions supranationales telles que le FMI, la Banque mondiale, l’OEA.

Un programme qui fait certes référence à des principes de justice sociale mais qui, conformément aux expériences du progressisme en Amérique latine, ne remet pas en cause les rapports de production capitalistes, le pouvoir des capitalistes et l’État bourgeois, dont le caractère reste inchangé quel que soit le gouvernement du moment ou le nom qu’on lui donne : « socialiste », « populaire », etc.

Les processus menés par les gouvernements liés au « socialisme du XXIe siècle » ont déjà amplement démontré leurs limites, avec des développements différents selon le degré de développement capitaliste, mais avec la caractéristique commune qu’en aucun cas la voie n’a été ouverte à la construction réelle du socialisme ou à la prise du pouvoir par la classe ouvrière. Au contraire, alors que des proclamations ont été faites ou sont faites sur le « socialisme », à atteindre soi-disant par « étapes », en réalité ces processus font avancer une gestion différente du capitalisme sous la direction de secteurs de la bourgeoisie nationale et de la petite bourgeoisie.

Si, dans un premier temps, les réformes mises en œuvre par les gouvernements dits progressistes et sociaux-démocrates en Amérique latine ont temporairement favorisé la classe ouvrière, les paysans, les indigènes et les masses populaires (surtout compte tenu des conditions antérieures), elles n’ont pas favorisé une accumulation de forces allant dans le sens de la destruction du capitalisme mais de sa gestion. Ce n’est pas avec un simple changement de gouvernement que les lois objectives du développement capitaliste disparaissent ou se modifient ; au contraire, elles avancent inexorablement au-delà des volontés ou des discours tenus, même en mettant en œuvre des mesures politiques apparemment « radicales » telles que des nationalisations ou en rompant avec l’impérialisme américain « dominant » afin de rechercher d’autres marchés, en nouant des alliances avec les puissances capitalistes émergentes et en favorisant la pénétration des capitaux européens, russes, chinois, etc. dans le cadre de la concurrence impérialiste.

Tout cela sans toucher à la base économique sur laquelle repose le pouvoir de la bourgeoisie : la propriété des moyens de production et de distribution, le caractère de l’État (tout sauf « neutre ») et la composition des forces armées. Cela implique également la possibilité d’une offensive des secteurs les plus réactionnaires, religieux et militaires de la bourgeoisie pour maintenir sa dictature de classe ou en tout cas pour imposer une administration qui corresponde davantage à ses intérêts et alliances impérialistes. Cela peut se faire par le biais de coups d’État (réels ou menacés), de sanctions, de sabotage économique et d’interventions militaires, ou par des politiques de pacte et de collaboration, avec des ajustements économiques au profit de la bourgeoisie par ces types de gouvernements comme dans le cas du Venezuela, dans un cadre d’assimilation, de cooptation, de reflux général et d’affaiblissement du mouvement ouvrier et révolutionnaire démobilisé. Ce qui, finalement, entraîne aussi le discrédit et l’érosion de la base de soutien elle-même.
Les communistes péruviens, qui ont soutenu Castillo au second tour pour « barrer la route » à la droite de Fujimori et à l’oligarchie, ont salué l’expression de la volonté populaire de changement et ont appelé à la mobilisation populaire pour faire respecter le vote et « ouvrir un nouveau cycle de protagonisme populaire » afin de garantir que le gouvernement naissant soit conforme aux attentes.

Mais on ne peut échapper à la dichotomie : avec les capitalistes ou avec les travailleurs. L’expérience montre que le réformisme, même le plus sincère, est une voie trompeuse qui mène à l’impasse.

Nous verrons comment le gouvernement dirigé par Castillo se reflétera dans la voie du changement radical exigé par les couches prolétariennes et populaires de la société péruvienne, et si donc ce processus avancera en favorisant le développement de leur lutte de classe ou si, comme cela s’est produit dans d’autres expériences, il stagnera en perpétuant la gestion du capitalisme. Fondamental sera le protagonisme que la classe ouvrière, les paysans pauvres, les classes populaires pourront exercer de manière indépendante pour prendre en main la direction du processus, guidés par une avant-garde communiste qui se nourrit de l’expérience acquise et qui montre comment le pouvoir politique est soit prolétarien soit bourgeois, alors que les tentatives de solutions intermédiaires ont échoué parce qu’elles n’ont pas de base objective.

Article traduit du site L’Ordine Nuovo




Source: Acta.zone