« En en quelques semaines :38 morts, plus de 1300 blessés dont beaucoup par balles, 1500 interpellations, des dizaines de disparus des tortures et des viols. Une situation qui rappelle les heures les plus sombres des temps de dictature. »
Cet article a été écrit à partir de textes traduits issus des organisations sociales autonomes indigènes et populaires ou d’intellectuels ou de médias proches de ces organisations. Il entend mettre en avant des éléments de décryptage souvent invisibilisés sur la situation et l’histoire Bolivienne pour apporter une perspective depuis l’autonomie de ces mouvement sociaux.

Une soirée-débat sera organisée à ce sujet sur Montpellier le samedi 14 décembre à 19h à la CASA (2 rue Faubourg St Jaumes).

Colonialisme et résistance, les rythmes de l histoire large 

Petite introduction à l’histoire sociale Bolivienne :

Le premier Espagnol qui a marché sur les terres Andines n’est pas venu pour travailler comme un âne, mais pour s’enrichir illégalement, au prix du sang, des souffrances de l’autre. L’indigène, né pour souffrir doit travailler gratuitement, en échange d’un morceau de terre inutilisable ou de quelques pièces immondes.

Lors de la sanglante invasion espagnole de 1532 , deux factions se sot battues à mort: le Qullasuyu indigène et la royauté Espagnole. À la suite de ces luttes sanglantes, le 6 août 1825, la République colonial de Simón Bolívar est née, avec deux Bolivies, bien juxtaposées sans pour autant se confondre : celle de colon et celle des indigènes et Cholos (métisses)

Dans toute la vie républicaine, les indigènes n’ont jamais gouverné par eux même. Au contraire, cette très petite minorité coloniale a fait d eux des esclaves pour plusieurs générations et même aujourd’hui. Les néo-colons, héritiers des Espagnols, ne travaillent pas dans les emplois les plus difficiles et les plus sacrifiés.
La Bolivie clandestine est le fer de lance des manifestations des travailleurs qui bloquent les routes, des marches de protestation et insurrections qui en 1781, révolte de Tupak Katari contre l’imposition du féodalisme, en 1901 contre la privatisation des terres communales, en 1952 pour la fin du servage des populations indigènes et la reforme agraire, en 1979 contre la dictature et enfin en 2000 contre l’ordre néo libéral ont fait trembler l’ordre colonial.

Du Qullasuyu ingouvernable des années 2000 au retour à l’ordre Bolivien : le rôle pervers du Mouvement Au Socialisme, le MAS

Pendant presque plus de 14 ans, « le socialisme du XXIe siècle » s’est approprié les luttes sociales et les mouvements d’autonomies populaires, qui, au tournant des années 2000 avaient fait entrer en crise le système néolibéral dans cette partie périphérique du capitalisme mondialisé.
Le fait est qu’en « Bolivie », cette appropriation par le politique des dynamiques sociales a mené d’illusions en répressions. Les nombreuses positions adoptées avec de redondantes phrases socialistes ou indigénistes dans tous les médias ont fait la promotion d’une forme de capitalisme ando-amazonien contre-hégémonique géré par un État qui se voudrait social mais n’ont promu dans les faits qu’une nouvelle « alliance de classes ».

L’alliance comprend : les milices, policières et militaires nationalistes, les fonctionnaires du processus de changement et autres llunk’u (terme péjoratif pouvant se traduire par  « laquais ») corrompu du MAS, les entrepreneurs patriotes et les nouvelles classes émergentes (coopératives minières, cocaléros -personnes qui cultivent la coca- liés aux narcotrafic, grands commerçants et toutes sortes de spéculateurs populaires ou non).
Le but de cette alliance était de construire une « économie productive et moderne » qui spolie et qui exploite plus des trois quarts de la population : les paysans, les artisans, le petit commerce informel ou les salariés formels ou informels (non déclarés). L’essence du programme économique gouvernemental du MAS reposait sur la défense juridique de l’État, du capitalisme et sur la modernisation et l’industrialisation des activités extractives ou exportatrices. Aujourd’hui, le projet du « socialisme du XXIe siècle » apparaît comme ce qu’il a toujours été: une stratégie de pacification sociale qui permet la reprise des logiques extractivistes, la reproduction de la place subalterne de la division internationale du travail, et celle de la pauvreté structurelle.

Le MAS, grâce aux avantages tirés de la vente de ressources naturelles « récupérées par l’État », a pu financer certaines réformes sociales, dont beaucoup sont des lieux du clientélisme, mais qui n’ont pas changé la situation de misère structurelle et de surexploitation.
Les promesses de démocratie, voire d’autogestion, de socialisme ou de communalisme, se sont transformées en un système autoritaire de corruption, de répression et d’assassinats politiques institutionnalisés. La promesse de décolonisation s’est folklorisée, il n’en reste que quelques symboles, vidés de leur contenu.

Par l usurpation des luttes par le politique,en incluant les forces sociales a l’état, l’autonomie politique et matérielle des populations devient une charte entre le commandement politique et la société (c’est-à-dire la masse des exploité-es et opprimé-es). La législation codifie les termes d’une relation subordonnée. Ainsi le Pouvoir met en place, progressivement et prudemment, l’œuvre de démantèlement de l’ordre social autonome pour la reproduction de la prédominance économique et politique des politiciens, des employeurs et du capital national et transnational.

Toutes les luttes des secteurs populaires, quand elles n’étaient pas cooptées ou corrompues, furent réprimées par « l’état plurinational de Bolivie », avec l’aide des milices composées ou à la solde des « nouvelles classes émergentes » du MAS ou de la vieille oligarchie. Souvent, l’ex pouvoir envoyait des milices, parfois issues de certains secteurs sociaux, pour réprimer d’autres mobilisations.

Cette triste issue a une histoire :
On doit d abord évoquer le « gasolinazo » de 2009 pour imposer la nationalisation du gaz et sa direction en priorité au marché intérieur.
On peut également évoquer la marche pour la défense du territoire autochtone et du parc national Isiboro-Sécure (TIPNIS) en 2011. Après cette action massive, le gouvernement a commencé à diviser les organisations. Bien qu’Evo Morales ait maintenu d’excellentes relations avec le monde des affaires, ils se sont heurtés au Conseil national des Ayllus et Markas del Qullasuyu (Conamaq) et à la Confédération des peuples autochtones de Bolivie (CIDOB), deux organisations historiques des peuples autochtones.
En juin 2012, la CIDOB a dénoncé «l’ingérence du gouvernement dans le seul but de manipuler, diviser et affecter les instances organiques et représentatives des peuples autochtones de Bolivie». Un groupe de dissidents avec le soutien du gouvernement a ignoré les autorités et a convoqué une « commission élargie » pour élire de nouvelles autorités.
En décembre 2013, un groupe de militants du MAS, a prit d’assaut les locaux de la CONAMAQ, battu et expulsé ceux qui s’y trouvaient avec l’aide de la police, qui gardaient le siège et empêchaient les autorités légitimes de le récupérer afin d’y placer une direction à la solde du pouvoir en place. Selon la déclaration de l’organisation, le coup d’État contre la CONAMAQ consistait à « faire approuver toutes les politiques contre le mouvement indigène autochtone et le peuple bolivien, sans que personne ne puisse rien dire ».
En 2017 un vaste mouvement paysan et urbain s’est dressé contre la corruption et le narcotrafic et contre le pouvoir du MAS, celui ci est réprimé dans le sang. Mais ce mouvement populaire, marque le début d’un divorce entre le syndicat paysan (Confédération Syndicale Unique des Travailleur Paysan de Bolivie CSTUTCB)let le MAS
Il faut aussi évoquer les luttes de la Centrale Ouvrière Bolivienne pour des augmentation de salaire et l’obtention d’une sécurité sociale universelle.
Depuis l’adoption de la Constitution, la permanence des latifundia des propriétaires terriens, l’absence de sécurité sociale universelle et le maintien d’une économie axée sur l’exportation, la Bolivie est victime de fraude . Le Mas a ignoré les délibérations d’une vaste constellation des diverses populations qui peuplent le pays et qui réclament encore aujourd’hui la satisfaction de leur revendications.
Il faut aussi le rappeler, le parti MASiste a non seulement accepté et maintenu la représentation du « parti politique » comme la seule forme d’activité et de participation politique, mais s’est aussi donné pour mission de dénigrer toute autre forme d’engagement politique concurrent, refusant depuis lors une expansion démocratique. Pour beaucoup, c’est un vieux grief.
Le gouvernement d’Evo Morales a été pendant de nombreuses années l’instrument du démantèlement des organisations populaires en les divisant, les transformant en une direction corrompue et clientéliste, en concluant des pactes de pouvoir partiels avec les secteurs les plus conservateurs de la société, des entrepreneurs transnationaux aux sectes chrétiennes fondamentalistes auxquelles ils sont rattachés.
En même temps, Evo Morales construisait autour de sa figure un leadership qui a mené dans une impasse.

«Papa Evo » est la seule figure convertie illicitement en symbole de concentration de pouvoir irremplaçable, cette figure qui porte le mythe du « président autochtone » dont le seul pouvoir symbolique est la couleur de la peau, puisqu’il exerce un gouvernement habité par un cercle corrompu d’intellectuels et de dirigeants coloniaux qui le vénèrent parce qu’ils ont besoin de lui comme masque. Comme Franz Fanon l’a intitulé dans son livre Peau noire masque blanc, Evo est le Caudillo, le masque, rien de plus. Tout son contenu populaire n’est que purement rhétorique et a conduit au fait qu’il est aujourd’hui à l’avant-garde d’un projet politique épuisé et vide, dont la seule possibilité de continuité a été la destruction de toutes les formes de dissidence, de critique, de débat, de production culturelle ou économique. Son modèle est extractiviste, écocide, clientéliste et néolibéral.
Le MAS a acquis une renommée docile et servile auprès des entrepreneurs capitalistes transnationaux et multinationaux. Si le MAS proclame la complémentarité des contraires et l’interculturalité c’est parce qu’il est composé des mêmes des vestiges coloniaux oppresseurs, exploiteurs et racistes de toujours malgré ce masque indigène.
Ils ont pris le visage indigène et de gauche et ont échoué tant dans la décolonisation que dans le promesses anticapitalistes et anti-impérialistes.

Histoire d’une fraude électorale

Le 21 février 2016, un référendum a été appelé, dans lequel des hommes et des femmes boliviens d’âge légal ont été interrogés sur la réélection d’Evo Morales pour la quatrième fois, contre et au-dessus du texte constitutionnel – c’est-à-dire de ce qui est déjà accepté en 2009-. Et la Bolivie a dit NON. NON à la réélection indéfinie d’un régime politique qui encourage l’extractivisme, bien qu’avec une rhétorique anti-impérialiste et rigoureusement autoritaire, même en portant le déguisement plurinational. .
Par la suite, une gymnastique juridique et argumentative liée au «droit politique», aggrava encore davantage la situation lorsque que cette magouille donna le pouvoir à Morales de rester indéfiniment au gouvernement.
Le 20 octobre 2019, des élections ont eu lieu. Plusieurs candidats ont été présentés : Les plus en vue étaient Evo Morales pour le MAS et Carlos Mesa a travers le parti politique Communauté Citoyenne. Les deux ne se distinguent toutefois ni par la forme présentée, ni par les projets économiques qu’ils proposent pour le pays: l’expansion de l’extractivisme en tant que cœur du fonctionnement du pays

La loi électorale de la Bolivie dispose ce qui suit: si aucun candidat ne remporte plus de 50% des suffrages, il y aura un deuxième tour de scrutin uniquement si il y a moins de 10% de suffrages d’écart entre le premier et le deuxième candidat. Les premiers comptes indiquent qu’il y aurait un deuxième tour. Donc en décembre prochain, Morales devait faire face à Carlos Mesa,- ancien vice-président d’un gouvernement néolibéral démoli par la mobilisation communautaire, autochtone et populaire en 2003-.

Soudainement, le décompte des voix est arrêté encours de route. Le silence dans le dépouillage, sans aucune explications, a provoqué d’énormes tensions sociales dans un pays où, jusqu’il y a une décennie, l’activité politique communautaire, populaire et syndicale avait un principe essentiel: la rotation des personnes occupant des mandats au sein des mouvements sociaux pour éviter le phénomène de «dirigeant perpétuel».Quant aux Mallkus et Mama T’allas (autorités communautaires masculines et féminines) de la nation Qhara Qhara (CONAMAQ) ils rappellent avec force que personne n’est indispensable ni ne doit prendre et encore moins s’éterniser au pouvoir.

Certains, après le silence dans le décompte des votes, ont commencé à parler de « fraude »; d’autres, dont des soutiens du MAS, ont décidé de dire « nous avons gagné« .

Les
22, 23 et 24 octobre, un moment d’intense délibération s’est ouvert
en Bolivie. De nombreuses voix ont commencé à occuper l’espace
public, s’alignant autour de deux versions des événements du 20:
« il
n’y a pas de différence de plus de 10% et il doit y avoir un
deuxième tour »

contre « il
y a une différence de plus de 10% et Evo reste au pouvoir ».

Le malaise s’est intensifié et c’est à ce moment-là que les
comités civiques – et en particulier celui de Santa Cruz – ont
commencé à récupérer
la contestation de la fraude tout en refusant, comme le MAS, un
second tour.
Les comités civiques sont d’anciennes institutions politiques en
Bolivie: des groupes de « forces
vives »

par départements

des chambres de commerce, des groupes et des fraternités, des partis
locaux, des associations professionnelles et des syndicats, etc. –
elles expriment formellement
des
alliances de classes,
presque toujours sous l’hégémonie des hommes d’affaires locaux.
Les
comités départementaux civiques parlaient un à un, bien que le
plus strident ait toujours été celui de Santa Cruz. La
guerre
des grands
meetings,
manifestations, blocages et confrontations ont
commencé : d’immenses concentrations de dizaines ou de centaines de
milliers de personnes, où les partisans de chaque posture se
confrontent dans l’espace public,
consolidant leur position et défiant celle
de l’autre.
Jusque-là, cela semblait être un jeu
à somme nulle bien connu: de celles qui poussent et obligent chacun
à choisir l’une ou l’autre des positions opposées, même si aucune
ne convient.
Tout
le processus néolibéral a réduit le contenu de la démocratie à
une sorte d’acte bureaucratique et d’appareil électoral, et rien de
plus. Ce processus a eu pour résultat une
privatisation de la politique :
les élections ont légitimé des actes d’exclusion massive des
intérêts de la société, des intérêts de secteurs spécifiques,
des voix complexes qui composent une société spectatrice,
légalement exclue
du droit de parole, de penser, et de décision.

Préludes
d’un coup d’état

Le
conflit politique – et de plus en plus social – qui s’est exprimé
sous divers blocus dans les grandes villes et dans d’innombrables
concentrations dans la rue, se sont articulés en 3 productions
de sens contradictoires ;


Le
gouvernement Evo s’intéresse de plus en plus à sa surdité
triomphante en prenant soin de déplacer les organisations sociales
corporatisées qui, il faut le dire, n’ont pris aucune initiative par
elles-mêmes et ont plutôt attendu des instructions. Cette faction
défend un groupe de pouvoir, se prétend indigène et de gauche,
s’accrochant à la veste de l’Indien Evo Morales. La mobilisation
sociale et le refus des mouvements de défendre ce qu’ils
considéraient comme «leur»
gouvernement à l’époque ont été à l’origine de la démission du
président.
La déclaration historique
de la Fédération des syndicats des ouvriers des mines de Bolivie
(FSTMB), pourtant proche du gouvernement, est l’exemple le plus clair
du sentiment de nombreux mouvements: «Monsieur
le Président Evo, vous avez déjà beaucoup œuvré pour la Bolivie.
Vous avez amélioré l’éducation, la santé, ne laissez pas votre
peuple entrer en guerre fratricide. Toutes les personnes vous
apprécieront pour le poste que vous avez occup
é
mais la démission est inévitable, ch
er
président. Nous devons laisser le gouvernement national entre les
mains du peuple. »

-Carlos
Mesa, candidat
de
Communauté
Citoyenne,
appuyé
par divers comités
civiques , appelle
à la « défense
de la démocratie »

et exige dans
un premier temps
un second tour avant
de demander la démission du président..
Luis F. Camacho, président du Comité civique de Santa Cruz,
constituait une source de production de sens spécifique au sein du
camp « démocrate »
dans la confrontation. Il a rapidement acquis une centralité. Ce
personnage, dans un mouvement de compétition patriarcal bien connu,
s’est peu à peu éloigné de son alliance avec
Carlos Mesa et a commencé à se présenter lui-même comme le
protagoniste, n’autorisant rien moins que « Dieu »
à incarner « l’anti-message »
contre Evo « dans
les rues »
.
Cette
opposition incarne l’aile
droite la plus réactionnaire des
castes
parasitaires, qui vivent
leur vie quotidienne en opprimant et discriminant racialement les
autres.

– Des organisations sociales autonomes et indépendantes des deux premiers groupes, notamment féministes, ont tissé une articulation croissante entre personnes en lutte, faisant des efforts énormes pour se rencontrer et discuter à La Paz, Cochabamba, Santa Cruz et peut-être dans d’autres villes. Les mouvements sociaux indépendants se sont donné la force d’ouvrir des espaces de délibération à El Alto et, à Cochabamba, et se sont également réunis pour discuter au milieu d’une situation de plus en plus tendue de combats de rue. Cependant cette troisième option a été dans un premier temps assez discrète.

En réalité, dans ce scénario néo libéral démocratique, deux «groupes de pouvoir» se battent et se disputent ouvertement dans les rues centrales des villes pour la prise du pouvoir politique en Bolivie officielle. C’est-à-dire que le pouvoir confronte la société elle même dans un face à face, dans le seul intérêt de la Bolivie coloniale.
La situation changea quand les forces armées ont invité le président à démissionner le 10 novembre. Evo Morales, dans sa démission, a affirmé avoir nationalisé les ressources naturelles en Bolivie, faisant référence à l’exploitation du gaz naturel. Bien que cette nationalisation soit partielle, une chose a été faite, c’est de privatiser la politique au point que s décisions étaient et sont prises dans des cercles très fermés de hauts politiciens du MAS. Cela a créé un vide démocratique que le fascisme a utilisé pour installer un contre-modèle caudilliste, jouant de la frustration dans le plan d’une polarisation insurmontable qui s’est résolue par le recours à la terreur.
Le 12 novembre, une femme très à droite, Jeanine Áñez, prit le pouvoir en tant que présidente transitoire » bénéficiant de l’aval de l’armée. avec toutes les forme d un coup d’État en règle.

Un gouvernement « transitoire » dictatorial et meurtrier

« Tant de morts et tant de blessés … la présidente qui s’est autoproclamé doit démissionner, c’est ce que nous voulons, c’est mauvais ce qui se passe dans le pays, l’histoire se répète violemment, comme les gouvernants précédents, comme Carlos Mesa, Goni, Banzer et Tuto Quiroga, ; avec ceye présidente qui s’est autoproclamée de la même manière… c’est vraiment mieux de démissionner, car il n’y aura pas de solution… il y a déjà des tant morts, il n’y aura pas de solution!  » Témoignait une anonyme dans la foule des manifestants a El Alto.

« Le prix de la violence », carte illustrant les morts, blessés et détenus en Bolivie suite à la crise politique.

Le gouvernement de la présidente de transition a approuvé le décret autorisant l’affectation de 34,7 millions de Boliviens de la Trésorerie générale de la nation (TGN) aux forces armées boliviennes pour leur équipement. La police et les forces armées mènent des opérations conjointes en raison de la crise politique et sociale qui s’est aggravée après le coup d’état. Les secteurs sociaux indigènes et populaires ont défilé dans les rues pour demander la démission du gouvernement de transition.

Le gouvernement avait également approuvé une autre règle autorisant les forces armées de la Bolivie à mener des opérations visant à rétablir l’ordre public et, en cas de nécessité, à prendre des mesures extrêmes. exonérées de responsabilités criminelles.
La réalité dans la rue à l’heure actuelle est différente: c’est une situation de répression, de torture, d’humiliation, de meurtre et de désinformation.. Un grand nombre de ces actions violentes sont perpétrées par la police et l’armée, mais il existe également des groupes, apparemment des civils, armés.

En quelques semaines: 38 morts, plus de 1000 blessés dont beaucoup par balles, 1500 interpellations, des dizaines de disparus, des tortures et des viols. Une situation qui rappelle les heures les plus sombres des temps de dictature.
Les principales zones de conflits réprimées sont celles des vallées de Cochabamba, Del Alto , la banlieue de la Paz.
A l’heure ou ces lignes sont écrites, les médias commerciaux boliviens ne racontent pas ces histoires, les morts sont niés, invisibilisés, rajoutant ainsi une autre forme de violence.

Vidéo du média RedFish (bien que Le Poing ne partage pas la ligne éditoriale de ce média)

« Opprimée mais pas vaincue », la résistance et l’autonomie populaire tente de se réactiver.

Des rencontres discutions, assemblées et délégations se multiplient afin de donner une issue indépendante à la crise politique nationale dans un contexte ou discuter au delà des position binaires imposées par le pouvoir relève déjà du courage intellectuel.
Des comités de quartiers , des organisations féministes, des organisations paysannes, autochtones et indigènes, des organisations ouvrières, étudiantes ; Une énorme diversité de mouvements insistent sur la nécessité de défendre une position politique indépendante dans un scénario de crise . Voila ce qui se dégage comme points de consensus entre ces organisations :

-Refuser catégoriquement la répression
-Refuser catégoriquement le gouvernement de droite avec à sa tête l’oligarchie civique, la police et les militaires.
-Confronter la crise politique nationale avec l’indépendance politique vis-à-vis de la droite et de la gauche.
-Promouvoir l’auto-organisation indépendante des travailleurs, des paysans, des organisations autochtones, des associations d’étudiants et des organisations populaires,

Parmi ces organisations, il faudrait parler de la Commune Insurrectionnelle d’El Alto, (la banlieue populaire de La Paz), qui s’est créée. Celle ci regroupe l’ensemble des organisations sociales de la plus grande ville du pays. il y a tout d abord les comités de quartiers regroupés au sein de la Fédération des Conseils de Quartiers d’El Alto -la  FEJUVE-, des sections de salariés la COB , des organisations de petits commerçants et artisans des coopératives.
« La commune » s’est tout de suite démarquée par la clarté de ses positions, très critique envers le MAS et la droite au pouvoir et par son engagement énergique pour bloquer dans la zone de Senaka l’approvisionnement en gaz de la ville de la Paz, qui a entraîné une répression féroce et des dizaines de morts.

La situation confuse et changeante a participé a créer différentes options au sein des organisations sociales, c’est le cas de la COB ou deux factions réclament la légitimité de la direction de l’organisation. Une est rattachée au MAS et réclame le retour du présidant et l’autre est liée au gouvernement de « transition ». Cependant, à la base, nombre des sections de la COB se positionnent de manière indépendante.
On pourrait aussi parler de la Confédération syndicale unique des travailleurs paysans de Bolivie (CSUTCB),qui constitue une présence réelle de la Bolivie rurale opprimée. Elle connaît 3 directions en conflits, une de droite, une de gauche et une autonome. La CSTUCB dite, contestataire autonome, authentique, a retrouvé depuis août son autonomie politique vis à vis du clientélisme du MAS. Elle a pour bastion la région d Omasuyu où en 2017 s‘était déroule le vaste mouvement contre la corruption.
«Et c’est à partir de là que les hommes et les femmes de la Bolivie paysanne qui embrassent des rêves d’émancipation ont compris l’urgence de ne pas se laisser absorber par les luttes politiques des positions de gauche et de droite. Ces partis politiques, la seule chose qu’ils peuvent offrir, sont leur esclavage historique et leurs massacres aveugles. La CSTUTCB entend construire une nouvelle société. Notre Bolivie aujourd’hui clandestine sur sa propre terre, par principe politique et idéologique, se définit irrémédiablement comme un ennemi fondamental de la Bolivie coloniale, capitaliste et impérialiste. Notre objectif tactique et stratégique est la destruction de son pouvoir politique économique et militaire. En même temps, notre méthode d’auto organisation communautaire est un prélude à la nouvelle formation sociale, sans dirigeant ni dirigé, sans riches ni pauvres, sans exploités ni exploiteurs, sans discrimination raciale, sans victimes ni bourreaux. Il garantit pleinement l’égalité sociale de chaque être humain dans le nouveau Qullasuyu.» Voilà le genre de position audacieuse qui émane de cette organisation.

Les communauté et fraternité de musique et de danse autochtone et folklorique ont joué un rôle essentiel dans cette effort pour tisser des liens dans une situation de fragmentation sociale. Ce fut le cas par exemple a Cochabamaba ou la communauté des communauté autochtone, musicale et dansante « Apu Tunari » appela a une déambulation festive dans le rue pour protester contre l’incendie du drapeau andin qui flottait jusqu’alors sur les bâtiments officiels par le gouvernement provisoire lors de son arrivée au pouvoir.

Il y a actuellement une tempête profonde qui se développe dans le monde andin-amazonien pour vaincre une fois pour toutes cette caste coloniale de gauche et de droite. Cette proposition apparaît aujourd’hui dans le cadre du rythme de larges cycle de l’histoire sociale bolivienne, c’est-à-dire du véritable conflit latent depuis plus de 500 ans de colonialisme. Cette pensée est maintenant présente dans toute la société.

L’énorme diversité de l’autonomie sociale, politique et productive de la société face à ce qui l’opprime persiste et renoue avec d’innombrables expériences d’en bas, qui, malgré leur articulation avec le capitalisme et leur domination par l’État, sont encore des activités partiellement coopératives, de réciprocité et de résistance ou génératrice de solutions émancipatrices.

Ce potentiel de logique familiale, amicale, communautaire, paysanne, artisanale, semi-mercantile et semi-prolétarisé pourrait faire exister d »avantage les formes d’auto-détermination qui sont déjà présentes dans ces territoires sociaux et géographiques diffus. L’auto-détermination sociale existe en tant que capacité d’autonomie et de résistance, et a parfois tendance à générer des formes auto-organisées et émancipatrices d’usage, des biens communs naturels, des moyens de production collectifs, d’us et coutumes sociaux auto-organisés. Ces relations acquièrent une importance considérable, car elles représentent une densité sociale, la possibilité ouverte de passer d’un espace occupé à un territoire où de nouvelles formes de sociabilité sont créées et recréées.

Jallalla lxs que luchan
Jallalla quollasuyu marka

Les bénéfices de la soirée du 14 décembre seront reversés aux blessés du mouvement en Bolivie.

Sources :

Parmi les textes traduits pour la rédaction de cet article, on peut retrouver des écrits de:
Felipe Quispe Huanca ,ex guérillero de l’armée de guérilla tupak katari EGTK, porte parole de la confédération unique des travailleurs paysans de Bolivie
Raquel quitirez, intellectuelle et militante proche du zapatisme, ex guerrillera de l EGTK,
Maria Galindo, membre du groupe feministe mujer creando
Ainsi que des textes du site d’informations autonome Chaski Clandestina.


Article publié le 05 Déc 2019 sur Lepoing.net