L’enseignement agricole public subit «  par solidarité gouvernementale  » les réformes Blanquer. Incohérentes et mal préparées, ces réformes ont permis à la riposte intersyndicale de s’organiser et de remporter quelques petites avancées.

L’enseignement agricole est souvent mal connu du grand public. Très petit en effectif par rapport à l’Éducation nationale (EN) il comporte quelques particularités : la moitié des agents du ministère sont destinés à l’enseignement ; le privé est majoritaire à travers l’enseignement catholique et les Maisons Familiales Rurales. L’enseignement agricole public (EAP) assure la formation de plus de 70 000 élèves mais aussi d’adultes et apprentis via les CFPPA et CFAA  [1]. Nous formons les futurs agriculteurs et agricultrices mais aussi des métiers comme le paysage, la sylviculture, la protection de l’environnement…

Des réformes non voulues…

Le ministère a pour consigne d’appliquer les mêmes réformes qu’à l’ EN par solidarité gouvernementale. Ni les élèves, ni les enseignant·es, ni même les technocrates du ministère n’étaient demandeurs des réformes Blanquer. Ainsi, on nous l’a imposé à la va-vite pour notre bac STAV  [2] et notre bac S avec une spécialité agricole. Au delà d’une réforme très mal faite et incohérente pédagogiquement et totalement bâclée, il y a aussi une volonté d’appliquer les politiques d’austérités du gouvernement visant à sabrer des postes d’enseignant·es et autres personnels de l’EAP.

…vers une riposte intersyndicale

Cette autogestion de droite vise à réduire les moyens globaux, à ne plus attribuer des heures par discipline et à laisser les enseignant·es s’entretuer pour obtenir leur volume horaire sous peine de mutation dans l’intérêt du service. Au niveau syndical nous avons les mêmes difficultés à mobiliser que nos collègues de l’EN. Pourtant un rapport de force a été créé à l’occasion du passage des examens de juin. Contrairement à l’EN, nous devons corriger les copies dans les centres de corrections et les laisser sur place le soir.

Une très large intersyndicale du public et du privé (tous les syndicats sauf le Sgen CFDT) a appelé à la grève pendant les corrections avec un taux de grévistes assez élevé. L’intersyndicale de l’EAP (Snetap FSU – CGT Agri – Sud rural territoires) a choisi d’aller plus loin en organisant le blocage de plusieurs centres d’examens.

La réaction de notre ministère et de différentes DRAFF  [3] a été assez contrastée : évacuation et gazage par la police à Montauban ou dialogue avec les grévistes à Rennes et Brette les Pins. Cette mobilisation a contraint notre ministère à ouvrir plusieurs séances de négociations avec l’intersyndicale, montrant une certaine radicalité des collègues jusqu’ici assez timides et légalistes. Finalement très peu de résultats : quelques postes réaffectés, quelques avancées sur la précarité pour certains contrats et la levée des sanctions contre les personnels mobilisés.

La solidarité entre les collègues a également été renforcée. Il nous reste maintenant à convaincre la majorité des collègues qui sont resté·es attentistes, nous apportant un soutien tacite sans vouloir eux même s’engager. Nous devons maintenant nous appuyer sur ces mobilisations et les amplifier pour imposer nos revendications et faire vivre un enseignement agricole public tourné vers un autre modèle agricole !

Lulu (UCL Nantes)


Article publié le 09 Oct 2019 sur Unioncommunistelibertaire.org